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Full text of "Recherches pour servir à l'histoire naturelle des mammifères : comprenant des considérations sur la classification de ces animaux"

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RECHERCHES 



POUR SERVIR A L'HISTOIRE NATURELLE 



DES MAMMIFERES 



TARIS. — IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2 



RECHERCHES 

POUR SERVIR A L'HISTOIRE NATURELLE 

DES MAMMIFÈRES 

COMPRENANT 

DES CONSIDÉRATIONS SUR LA CLASSIFICATION DE CES ANIMAUX 



PAR 
1 



M. H. MILNE EDWARDS 

DES OBSERVATIONS SUR L'HIPPOPOTAME DE LIBERIA 

ET DES ÉTUDES SUR LA FAUNE DE LA CHINE ET DU TIBET ORIENTAL 



M. ALPHONSE MILNE EDWARDS 



TOME PREMIER — TEXTE 



PARIS 
G. MASSON, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 

PLACE DE l'ÉCOLE-DE-MEDECISE , 17 

1868 à 1874 



PRÉFACE 



Pendant la première moitié du siècle actuel, les collections du 
Muséum d'histoire naturelle ont fourni les matériaux de plusieurs 
ouvrages d'une grande importance pour la Mammalogie. Ainsi, en 
1801, Lacépède et Cuvier donnèrent, sous le titre de Ménagerie du 
Muséum, un volume in-folio orné de belles gravures, et contenant une 
série nombreuse d'observations intéressantes sur les Mammifères qui 
avaient vécu dans cet établissement scientifique de création récente. En 
1824, MM. E. Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier commencèrent 
la publication d'une Histoire naturelle des Mammifères, vaste recueil 
iconographique dans lequel le dernier de ces auteurs, jusqu'au moment 
de sa mort (1838), ne cessa d'enregistrer des faits nouveaux pour la 
zoologie. Enfin, de 1 839 à 1 850, M. de Blainville puisa à la même source 
pour la composition de son Osléographie, ouvrage remarquable à plus 
d'un égard. Mais depuis près de vingt ans les collections mammalo— 
giques du Muséum n'ont point été utilisées de la même manière, et 
n'ont donné lieu qu'à la publication d'un petit nombre de mémoires 
isolés. Cependant ce champ d'études n'était pas épuisé, et depuis quel- 
ques années surtout sa richesse s'est journellement augmentée. 



2 PRÉFACE. 

Lorsque après la mort de mon savant collègue M. Isidore Geoffroy 
Saint-Hilaire, j'ai pris la direction de la Ménagerie et des Collections 
mammalogiques du Muséum, je me suis proposé de porter le plus 
prompte nient possible à la connaissance du public toutes les espèces 
nouvelles que ces collections pourraient renfermer, et, afin d'assurer la 
réalisation de ce projet, je me suis associé, pour ces études, mon fils, 
qui peut y consacrer plus de temps que je ne saurais y donner. 

Pendant quelques années, les moyens de publication nous ont fait 
défaut, et mon collaborateur a dû se borner à insérer dans divers 
recueils périodiques des fragments de son travail; mais, aujourd'hui, 
M. le Ministre de l'instruction publique ayant bien voulu mettre à ma 
disposition les ressources nécessaires pour une entreprise de ce genre, 
nous ne tarderons pas davantage à reprendre le travail interrompu 
depuis la mort de M. Frédéric Cuvier, tout en y donnant une direction 
nouvelle. 

Effectivement, dans l'état actuel de la science, on ne saurait se 
contenter de l'examen des formes extérieures d'un animal ou de l'obser- 
vation de ses mœurs. Lorsqu'on veut faire l'histoire naturelle d'une 
espèce zoologique, il faut en indiquer les caractères anatomiques et 
physiologiques; il faut aussi s'appliquer à bien démêler le degré de 
parenté qu'elle peut avoir avec les espèces circonvoisines. Nos études 
relatives aux Mammifères nouveaux ou incomplètement connus que le 
Muséum possède porteront donc sur l'organisation intérieure de ces 
êtres aussi bien que sur leurs caractères extérieurs. 

De nombreuses figures, dessinées avec soin, sont le complément 
nécessaire de tout livre de ce genre ; nous lie négligerons rien pour 



PRÉFACE. 3 

rendre notre Atlas digne de la collection dont il est destiné à repré- 
senter les richesses; et, pour accomplir cette partie de notre tâche, 
nous aurons souvent recours au magnifique portefeuille des peintures 
sur vélin, qui est un des trésors de la bibliothèque du Muséum. 

J'ajouterai que les deux collaborateurs dont les noms se trouvent 
réunis sur le titre de cet ouvrage ne se proposent pas de faire en com- 
mun les travaux dont ils rendront compte : chaque article sera signé 
par l'auteur auquel il appartiendra. 

H. MILNE EDWARDS. 

27 avril 1868. 



RECHERCHES 



POUR SERVIR A L HISTOIRE NATURELLE 



DES MAMMIFÈRES 



CONSIDERATIONS 

SUR LES AFFINITÉS NATURELLES ET LA CLASSIFICATION MÉTHODIQUE 

DES MAMMIFÈRES. 

§ 1 er . 

Depuis quelques années, de grandes divergences d'opinions se 
sont manifestées parmi les naturalistes, au sujet de plusieurs ques- 
tions d'une importance considérable pour la zoologie en général, et 
plus particulièrement pour la zootaxie mammalogique. 11 pourra donc 
ne pas être inutile d'examiner attentivement les causes de ce désac- 
cord, et de chercher à apprécier la valeur des raisons dont on argue 
des deux côtés. 

Ainsi, pour quelques auteurs, les affinités naturelles entre le 
Singe et l'Homme sont si grandes, qu'on peut supposer légitimement 
pour ces êtres une origine commune, et penser que le second est un 
descendant du premier, ou qu'ils ont été l'un et l'autre engendrés par 
une même espèce animale éteinte dont l'organisme aurait été constitué 
d'après un plan général commun à ces deux types actuels. Pour ces 



6 CLASSIFICATION. 

naturalistes (1), non-seulement l'Homme et le Singe devraient donc 
être réunis dans une même classe, un même ordre et une même 
famille, mais seraient des espèces d'un même genre, ou peut-être 
des races différentes d'une même espèce. 

Aux yeux d'autres zoologistes (2), les dissemblances entre ces êtres 
paraissent au contraire si profondes, que, dans une classification 
naturelle des corps vivants, il faudrait ne pas se borner à ranger 
l'espèce humaine dans un ordre distinct du groupe formé par les 
espèces simiennes; il faudrait l'exclure de la classe des Mammifères, et 
même l'isoler de tout le reste de la création organique; ou, en d'autres 
mots, admettre l'existence de trois sortes d'êtres vivants différant 
entre eux par des caractères d'égale importance, et par conséquent 
répartir ces êtres en trois groupes primaires : le règne végétal, le 
règne animal, et le règne humain. 

Tous les naturalistes reconnaissent cependant que nos classifica- 
tions méthodiques doivent exprimer, par les degrés de rapprochement 
des espèces, les degrés de ressemblance que ces espèces ont entre 
elles, et représenter par des coupes successives la série des différences, 
d'une importance décroissante, qui distinguent ces mêmes espèces les 
unes des autres. 

La divergence d'opinions entre les zoologistes qui croient devoir 
séparer l'Homme du reste des êtres animés non moins radicalement 
qu'ils séparent ces derniers du groupe formé par les plantes, et les 
auteurs qui rangent l'Homme dans la même famille naturelle que 
les Singes, doit donc dépendre de la manière dont ils apprécient 
la valeur taxinomique des ressemblances ou des dissemblances de 
ces êtres comparés entre eux. Or, un pareil désaccord, portant sur la 
signification de faits non contestés, implique à son tour un désaccord 



(1) MM. Darwin el Cl). Vogt, par exemple. 

(2) Par exemple, Isidore Geoffroy Saint-Hilaireet M. de Quatrefages. 



DES MAMMIFÈRES. 7 

non moins grand sur quelques-uns des principes généraux de taxino- 
mie dont j'ai cherché à montrer l'importance dans un mémoire publié 
il y a plus de vingt ans (1). 

Prenant en considération l'ensemble des faits fournis jusqu'ici 
par l'étude anatomique, physiologique et embryologique des Animaux, 
il m'avait paru que les êtres dont la nature essentielle est similaire se 
ressemblent entre eux d'autant plus complètement, qu'ils sont moins 
avancés dans leur développement; que leur organisme, constitué 
primitivement d'après un plan commun, se différencie de plus en plus 
à mesure que ce développement avance, et que certaines particularités 
de structure, introduites ainsi successivement dans la constitution 
des embryons, marquent, pour ainsi dire, la série des groupes 
zoologiques de rangs de moins en moins élevés où chaque espèce 
prend place. Il résultait de ce principe que, dans nos classifications 
méthodiques, les divisions naturelles de l'ordre le plus élevé devaient 
comprendre tous les Animaux qui, au début de leur existence, 
offrent les mêmes caractères, et que chaque bifurcation de la route 
embryogénique suivie par les espèces dont le point de départ est 
connu doit être représentée dans ces tableaux par une division 
correspondante. Ainsi, quand un Chien, un Lapin, ou tout autre Mam- 
mifère commence à se constituer dans l'intérieur de l'œuf, il ne 
diffère par aucun caractère appréciable de l'embryon naissant d'un 
Oiseau, d'un Reptile, d'un Batracien ou d'un Poisson. Mais, de même 
que chacun de ceux-ci, il se distingue nettement de tout le reste du 
règne animal, soit que l'on examine les organismes en voie de forma- 
tion, soit que l'on prenne comme termes de comparaison les formes 
typiques dont la réalisation est achevée. Cuvier avait donc raison 
lorsque, se fondant sur l'anatomie comparée seulement, il réunissait 

(1) Considérations sur quelques principes relatifs à la classification naturelle des Animaur, 
et plus particulièrement à la distribution méthodique des Mammifères, par M. Milno Edwards 
(Annales des sciences naturelles, 3 e série. 1844. I. I, p. 65). 



CLASSIFICATION. 



en un seul groupe, désigné sous le nom d'embranchement des Ver- 
tébrés, toutes les espèces que Linné rangeait dans quatre divisions 
primaires du règne animal. 

Des modifications secondaires dans le mode de constitution de l'em- 
bryon des Animaux vertébrés établissent bientôt une distinction entre 
ceux qui vont devenir, d'une part Poissons ou Batraciens, d'autre part 
Reptiles, Oiseaux ou Mammifères ; et, prenant pour guide le principe 
général déjà énoncé, j'ai par conséquent proposé de diviser l'em- 
branchement des Vertébrés en deux groupes principaux : les Anallan- 
toïdiens (ou Gymnogentà) , qui manquent à la fois d'allantoïde et de 
tunique amniotique, et les Allantoïdiens (ou Amniphora), qui se déve- 
loppent dans l'intérieur d'un sac constitué par l'amnios. D'autres 
différences, qui se manifestent bientôt dans la structure de l'être 
en voie de formation, caractérisent ensuite ceux qui appartiennent, 
d'une part à la classe des Reptiles ou à celle des Oiseaux, d'autre 
part à la classe des Mammifères. 

Les affinités zoologiques et les divisions méthodiques indiquées 
de la sorte sont en si parfait accord avec tout ce que nous savons 
touchant la structure de ces animaux, leur histoire physiologique, 
leur nature en un mot, que peu d'auteurs se refusent aujourd'hui à 
en admettre les conséquences. Mais il faudrait abandonner complè- 
tement ces vues, et ne plus avoir aucune confiance dans les principes 
de taxinomie qui y ont conduit, si, dans une distribution naturelle 
des êtres animés, l'Homme devait être exclu, non-seulement de la 
classe des Mammifères et de l'embranchement des Vertébrés, dont 
cette classe fait partie, mais du règne animal tout entier, pour 
constituer à lui seul, dans l'ensemble de la création, un règne parti- 
culier. Effectivement, l'embryon humain, au début de son existence, 
présente tous les caractères communs aux autres Vertébrés durant 
la même période de leur vie; puis il se distingue de l'embryon 
des Gymnogénètes, tout en restant encore semblable à celui des 



DES MAMMIFÈRES. 9 

autres Allanloïdiens ; il acquiert ensuite les particularités d'orga- 
nisation qui séparent l'embryon du Mammifère de l'embryon de 
toutes les espèces appartenant au groupe naturel formé par les Oiseaux 
et les Reptiles; enfin, c'est plus tard seulement que peu à peu il 
s'éloigne des autres Vertébrés ayant comme lui des mamelles. 

Par son mode d'évolution, ainsi que par le plan général de son 
organisation et par la manière dont la plupart de ses fonctions phy- 
siologiques s'accomplissent, l'Homme ne diffère donc pas plus des 
autres Mammifères que ceux-ci ne diffèrent entre eux. Pour être en 
accord avec les principes exposés précédemment, il faut par consé- 
quent le ranger dans la môme classe zoologique. Mais, afin de bien 
juger la question en litige, il est nécessaire de peser les arguments 
employés par les naturalistes qui admettent, à côté du règne végétal 
et du règne animal, une troisième division, de même valeur, repré- 
sentée par l'espèce humaine. En effet, cette opinion est adoptée 
par des savants trop éminents pour ne pas être l'objet d'un examen 
attentif. 

Tous ces auteurs î^econnaissent que rien, dans le mode d'organi- 
sation de l'Homme, ne pourrait motiver, ni une séparation aussi radi- 
cale entre cet être et le reste des êtres animés, ni même l'établissement 
d'une classe distincte de celle des Mammifères; mais ils pensent, non 
sans raison, qu'une méthode zoologique doit représenter les diffé- 
rences qui existent dans les facultés ou modes de manifestation de la 
vie, aussi bien que celles offertes par la structure des corps vivants, et 
c'est en se fondant sur des considérations psychologiques qu'ils arrivent 
à dire que l'espèce humaine s'éloigne des espèces animales autant 
que celles-ci s'éloignent des plantes, ou que les unes et les autres 
s'éloignent des minéraux. 

Ainsi, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, esprit logique et écrivain 
correct, qui pesait bien le sens des mots dont il faisait usage, résume 
de la manière suivante son opinion à ce sujet : « Il y a parmi les êtres 



10 CLASSIFICATION 

» vivants trois grandes divisions , trois classes, comme on disait 
» autrefois, trois règnes dans l'empire organique, comme nous disons 
» aujourd'hui. 

» Ces trois règnes peuvent être ainsi caractérisés. Dans le pre- 
» mier seulement, les caractères communs à tout être organisé et 
» vivant. Dans le second, les mêmes caractères généraux que dans 
» le premier, plus la sensibilité et la motilité. Dans le troisième, qui 
» comprend l'Homme seul, les mêmes caractères que dans le second, 
» plus l'intelligence. 

» Dans le premier, la vie est toute végétative. Dans le second, à 
» la vie végétative s'ajoute la vie animale. Dans le troisième, à la vie 
» animale s'ajoute encore la vie morale. 

» La plante vit; l'animal vit et sent; l'Homme vit, sent et pense. » 

Puis il ajoute : « Il peut y avoir, il y a des degrés dans le déve- 
» loppement des facultés vitales, sensitives et intellectuelles; il n'y a 
» pas de milieu entre vivre et ne pas vivre, sentir et ne pas sentir, penser 
» et ne pas penser (1). » 

Pour Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, c'est donc la faculté de penser 
qui distingue l'espèce humaine des Animaux, comme c'est la faculté de 
sentir qui distingue ceux-ci des plantes, et c'est la faculté de vivre qui 
distingue les plantes des corps bruts, des minéraux. Ou, en d'autres 
termes, la faculté de penser aurait autant d'importance que la faculté 
de sentir : l'Homme posséderait seul la faculté de penser; et par consé- 
quent, dans une classification naturelle, il faudrait le séparer des êtres 
qui ne peuvent penser, tout comme on sépare des êtres insensibles 
ceux qui ont la faculté de sentir; il faudrait distinguer l'Homme 
des Animaux de la même manière qu'on distingue les Animaux des 
plantes, et diviser ainsi l'ensemble de la création organique, non 



(1) Histoire naturelle générale des règnes organiques, par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, 
t. 11(1859), p. HOetsuiv. 



DES MAMMIFÈRES. 11 

pas en deux règnes, comme on le fait communément, mais en trois 
groupes primaires : le règne végétal, le règne animal et le règne 
humain. 

Ce raisonnement repose donc uniquement sur l'hypothèse de l'ab- 
sence de la faculté de penser chez tout être vivant autre que l'Homme. 
Mais cette hypothèse est, à mon avis, inadmissible, et je m'étonne 
qu'après avoir eu pendant trente ans l'occasion d'observer chaque jour 
les mœurs des nombreux Animaux réunis dans la Ménagerie du Muséum 
d'histoire naturelle, le zoologiste habile dont je viens de citer les 
opinions ait pu refuser à tous ces êtres la faculté de penser. En effet, 
les preuves du contraire y abondent, et d'ailleurs une multitude de 
faits connus, même du vulgaire, témoignent hautement de l'existence 
de facultés intellectuelles d'un ordre assez élevé chez beaucoup de 
Mammifères. Ainsi, chez ces animaux, la mémoire ou la faculté de 
rappeler les impressions passées ou les idées acquises, le raison- 
nement s'exerçant sur ces souvenirs ou sur les impressions du 
moment, la réflexion, le jugement intervenant comme mobile des 
actions et mettant à profit les leçons de l'expérience, sont choses 
évidentes dans beaucoup de circonstances. 

Il me paraît inutile d'insister longuement sur ce sujet, mais 
je crois devoir citer, à l'appui de la thèse que je soutiens, quelques 
faits fort significatifs à mon avis, et dont je puis garantir l'exactitude, 
parce que je les ai constatés par moi-même. 

J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'étudier la manière d'agir 
des Éléphants qui arrivaient à la Ménagerie du Muséum après un 
long voyage, pendant la durée duquel ces animaux restent empri- 
sonnés dans une cage étroite, et j'ai toujours remarqué qu'ils obser- 
vent attentivement tous les mouvements de leur gardien, non pour 
l'imiter servilement, mais pour profiter des leçons qu'ils peuvent en 
tirer. Bientôt ils découvrent ainsi le secret de la clôture de leur écurie : 
la grille qui les empêche de s'avancer vers le dehors est fermée à 



12 CLASSIFICATION 

l'aide d'écrous, et, quand ils veulent l'ouvrir, ils ne manquent pas 
de dévisser délicatement avec leur trompe chacun de ceux-ci, avant 
de pousser cette barrière qu'ils savent par expérience devoir résister 
à leurs efforts tant que cette manœuvre préliminaire n'a pas été 
exécutée. Si l'Éléphant était incapable de penser, de combiner des 
idées, et d'agir en vertu d'un jugement basé sur un raisonnement, 
pourrait-il deviner que pour ouvrir sa porte, il lui faut, au préalable, 
tourner lentement des vis de droite à gauche et détacher des écrous? 
Les preuves d'intelligence données par quelques Singes sont non 
moins certaines. Ainsi un jeune Orang-Outan qui vivait dans la 
Ménagerie du Muséum d'histoire naturelle, il y a quelques années, 
était très-frileux, et, pour le réchauffer pendant la nuit, son gardien 
l'entourait souvent d'une couverture de laine que l'on accrochait 
au mur pendant le jour; mais bientôt l'animal n'eut plus besoin 
d'aide pour se préserver ainsi du froid, car chaque fois qu'il en res- 
sentait les atteintes, il allait spontanément chercher sa couverture 
et s'en affublait. On lui avait appris à boire dans un verre et à y 
verser le vin contenu dans une bouteille; or, toutes les fois que la 
bouteille était bouchée, il commençait par retirer du goulot le 
bouchon qui empêchait le liquide de sortir, et, dès qu'il avait tout bu, 
il ne se souciait plus de la bouteille ni du verre, qu'il n'avait pas voulu 
lâcher jusqu'alors. Je rappellerai également ici les manœuvres bien 
combinées auxquelles un autre animal de la môme espèce eut recours 
pour sortir d'une chambre où son gardien, qui en avait fait son com- 
pagnon ordinaire, le renfermait quand le service de la Ménagerie l'obli- 
geait à s'éloigner. Le Singe, qui aimait fort la société, se désolait chaque 
fois qu'il se voyait ainsi abandonné ; il criait, se tirait les cheveux, puis 
il cherchait à ouvrir la porte de sa chambre ; mais elle était fermée par 
une serrure qui se trouvait hors de sa portée, et il avait beau pousser 
ou tirer, elle restait close. Au bout de quelque temps, le jeune 
Orang sembla avoir réfléchi sur la nature de l'obstacle qui s'opposait à 



DES MAMAIIFÈRES. 13 

sa sortie, car il alla à l'autre bout de la pièce chercher une chaise, la 
traîna près de la porte, y grimpa, et, saisissant le bouton de la serrure, 
le tourna, ouvrit sa prison, et s'échappa au dehors en témoignant par 
ses gestes de la satisfaction que la liberté lui procurait. Désormais il 
tenta toujours d'ouvrir de la sorte les portes qui l'empêchaient de 
passer; aussi, pour le retenir au logis, fallait-il les fermer à clef et avoir 
soin de ne pas laisser les clefs dans les serrures. Or, comment serait-il 
possible d'expliquer une pareille combinaison, sans l'intervention de 
la faculté de penser, de suivre un raisonnement, d'en porter un juge- 
ment et de prendre ce jugement comme guide de conduite. 

L'intelligence du Chien se manifeste d'une manière non moins 
évidente. Chacun a pu s'en convaincre maintes fois, et peut-être 
devrais-je me dispenser d'en citer de nouveaux exemples; mais 
quelques-uns des faits dont j'ai été témoin oculaire sont si probants, 
que je ne puis résister au désir de les enregistrer ici. 

Dans la maison d'un de mes amis, le cocher habitait une chambre 
au dernier étage, très-loin de l'écurie. Il avait un caniche qui le suivait 
parfois lorsqu'il montait pour s'habiller, mais qui, d'ordinaire, restait 
en bas et couchait toujours à côté des chevaux. Une nuit, il fut réveillé 
par ce Chien qui grattait à sa porte en jappant. L'animal intelligent 
manifestait beaucoup d'inquiétude, et paraissait chercher à faire 
descendre son maître. Le cocher obéit à l'avis, et, arrivé à l'écurie, il 
trouva que l'un de ses chevaux avait cassé sa longe et maltraitait fort 
son compagnon. Évidemment, le Chien avait compris que l'ordre 
habituel ne régnait pas dans l'écurie, il avait pensé que la présence 
du cocher serait utile, et en conséquence il était allé le réveiller et le 
solliciter à descendre. Il avait donc fait acte d'intelligence. 

Un autre Chien, un Barbet, qui demeurait au Jardin des plantes 
chez un de mes confrères, dont la famille habitait la rue Saint-Domi- 
nique pendant l'hiver et le village de Sèvres pendant l'été, avait l'hu- 
meur très-vagabonde : il partait en course le matin, et d'ordinaire ne 



14 CLASSIFICATION 

revenait que vers l'heure du dîner ; mais le dimanche il trouvait porte 
close, car son maître allait ce jour-là, soit rue Saint-Dominique, soit 
à Sèvres, suivant la saison. Il se mit hientôt an courant des habitudes 
de la maison, et alors, chaque dimanche, après avoir erré seul dans la 
ville comme le reste de la semaine, il ne retournait pas au Jardin des 
plantes, mais il se présentait invariablement rue Saint-Dominique si 
l'on était en hiver, ou à Sèvres pendant l'été, tandis que les autres 
jours il ne s'y montrait jamais. Celte habitude, qui dura plusieurs 
années, suppose non-seulement un certain talent d'observation, ainsi 
que la faculté de penser et de raisonner, mais encore l'aptitude à juger 
des intervalles du temps, et à prévoir le retour périodique d'événe- 
ments qui ne se répètent qu'à longs termes. 

Je ne saurais donc admettre avec Isidore Geoffroy Saint-Hilaire 
que la faculté de penser appartient exclusivement à l'Homme, et que 
tous les Animaux en soient privés. Par conséquent, les considérations 
psychologiques dont ce naturaliste arguait pour justifier l'établis- 
sement de deux règnes dans le classement des êtres animés ne me 
semble pas admissibles. 

M. de Quatrefages, tout en partageant l'opinion d'Isidore Geoffroy 
Saint-Hilaire, relativement à la nécessité de séparer ainsi radica- 
lement l'Homme des autres Animaux, abandonne complètement les 
bases de classification adoptées par ce naturaliste. Il reconnaît plei- 
nement que des animaux peuvent vouloir, sentir et raisonner de même 
que l'Homme, bien que d'une manière moins parfaite; aussi, pour 
caractériser le règne humain, ce naturaliste éminent est-il obligé 
d'avoir recours à des considérations d'un ordre encore plus délicat. 
D'après lui, ce qui sépare d'une manière complète l'Homme des Ani- 
maux, et nécessite, pour la distribution méthodique de ces êtres, 
l'établissement de deux règnes ou divisions primaires de la création, 
c'est que l'Homme possède : 1° la notion du bien et du mal; 2° la 
croyance à une autre vie ; 3° la croyance à des êtres qui lui sont supé- 



DES MAMMIFÈRES. 15 

rieurs, ou, eu d'autres mois, que l'Honnne est doué de la l'acuité de la 
moralité et de la faculté de la religiosité, taudis que ces facultés 
n'existent chez aucun être vivant (1). 

Les dictées de la conscience chez les Hommes dont la raison 
n'a pas été développée par la civilisation me semblent être trop mal 
connues pour que les naturalistes puissent prendre pour première 
base de leurs classifications méthodiques l'existence ou l'absence, 
soit du sentiment du bien et du mal, soit de l'instinct religieux. Peut- 
être aussi, en analysant bien les actions de quelques animaux, tels que 
le Chien ou l'Éléphant, découvrirait-on que l'idée du devoir ne leur 
est pas toujours complètement étrangère. Mais, quoi qu'il en soit à cet 
égard, je ne saurais voir dans ces facultés de l'intelligence des carac- 
tères de l'ordre de ceux à raison desquels les êtres vivants sont séparés 
des corps bruts, et les plantes séparées des Animaux. 

J'incline à penser qu'il y a même plus de différence entre l'intelli- 
gence d'une Huître et celle du Chien ou du Singe, qu'il n'en existe 
entre les facultés de l'un de ces derniers animaux et celles de l'Homme. 
La différence, dans les deux cas, est immense, mais il ne me paraît y 
avoir là que du plus ou moins, et des dissemblances de cet ordre ne 
peuvent, à mon avis, prévaloir sur les affinités étroites que nous révè- 
lent le mode d'organisation et le mode de développement de tous les 
Mammifères. 

Je crois donc que la distribution générale des Vertébrés ne doit 
pas être changée; que le sous-embranchement des Allantoïdiens doit 
être divisé en deux groupes, dont l'un comprend tous les Allantoïdiens 
ovipares, savoir, les Reptiles et les Oiseaux (2), tandis que l'autre se 

(1) Rapport sur les progrès de ï anthropologie, par M. de Quatrefages. 1 867, p. 76. 

(2) Comme il est souvent nécessaire de désigner nominativement les groupes naturels, et 
que tous les Reptiles ne pondent pas des œufs, bien que tous se développent, comme les Oiseaux, 
dans l'intérieur d'un œuf à parois calcaires ou coriaces, j'ai depuis longtemps, dans mes cours 
publics, appelé la division des Vertébrés ovipares ou oovivipares, dont il est ici question, le 
groupe des Allantoïdiens oogénètes. 



16 CLASSIFICATION 

compose des Mammifères; enfin que, dans cette dernière classe, 
l'Homme prend naturellement place tout aussi bien que le Singe, le 
Chien et le Cheval. 



Lorsqu'on cherche à bien représenter par le mode de classification 
des Mammifères, d'une part ce qui est commun à certains de ces 
animaux, et, d'autre part, les particularités variées qui les distinguent 
entre eux, on voit bientôt qu'il ne suffit pas de les répartir en ordres, 
en genres et en espèces, mais qu'il est nécessaire d'indiquer, au moyen 
d'une série plus nombreuse de divisions, les divers degrés de parenté 
zoologique de ces êtres, et que les cadres dans lesquels on range les 
membres de différents groupes ne peuvent être établis d'une manière 
uniforme. 

En effet, le type général se modifie de diverses façons, et chacune 
des formes dérivées ou secondaires ainsi obtenues donne à son tour 
naissance à des ramifications plus ou moins nombreuses dont la 
branche commune doit figurer dans nos tableaux méthodiques. Il en 
résulte que pour mettre la classification mammalogique en rapport 
avec la marche que la nature semble avoir suivie pour diversifier ses 
produits, il faut souvent, non-seulement grouper en tribus «t en familles 
les genres d'un même ordre, mais réunir d'une manière analogue 
deux ou plusieurs ordres dans une division d'un rang supérieur, et 
procéder encore de la même façon pour les groupes ainsi obtenus. 
Cette gradation dans les distinctions que la classification naturelle des 
Mammifères tend à mettre en évidence complique nos méthodes, mais 
elle les rend plus conformes à la vérité. 

Linné, dans les dernières éditions de son Systema naturœ, fit un 
premier pas dans cette voie, lorsque avant d'arriver aux divisions ordi- 



DES MAMMIFÈRES. 17 

niques, il établit dans la classe des Mammifères trois sections pri- 
maires : celle des Onguiculés, comprenant les Primates, les Ferœ, les 
Glires et les Bruta; celle des Ongulés, où se trouvaient réunis les Belluœ 
et les Pecora ; enfin, celle des Mutiques, qui ne se composait que de 
l'ordre des Cétacés (1). 

Storr alla plus loin, car, après avoir divisé la classe des Mammi- 
fères en trois phalanges, il subdivisa l'un de ces groupes en deux 
cohortes composées chacune de plusieurs ordres (2). Dans cette partie 
de sa méthode zoologique, Guvier suivit à peu de chose près la 
marche adoptée par Linné (3). Mais, en 1822, M. de Blainville y intro- 
duisit un changement important ; se fondant sur les différences qui 
existent dans la conformation des organes de la génération, il divisa 
la classe des Mammifères en deux sections primaires : la sous -classe 
des Monodelphiens, ou Mammifères ordinaires, et la sous-classe des 
Didelphiens, comprenant les Marsupiaux et les Monotrèmes (4). Les 
raisons qui l'avaient décidé à procéder ainsi n'étaient peut-être pas 
suffisantes pour motiver ce mode de groupement, et, bientôt après, 
M. de Blainville crut devoir le modifier; mais des découvertes plus 
récentes ont confirmé la justesse de ses premières vues. Vers 1840, 
deux auteurs, en suivant des routes très-différentes, arrivèrent au 
même résultat (5) , et aujourd'hui la plupart des zoologistes admettent, 
sans conteste, l'existence de deux types mammalogiques principaux, 
celui des Monodelphiens, ou Mammifères placentaires, et celui des 
Didelphiens, ou Mammifères implacentaires. 



(1) Syst. nat., 1 2 e édit., 1766, t. I, p. 24. 

(2) G. C. Storr, Prodromus melhodi Mammalium , dissert, inaug. , resp. F. Walffer. 
Tubingœ, 1780. 

(3) Le Régne animal, 2 e édit., t. I, p. 66 et suiv. 

(4) De l'organisation des Animaux, par H. de Blainville, t. I, tabl. ir 3. 

(5) Milne Edwards, Eléments de zoologie, t. II, p. 27. — Charles Bonaparte, A new Sys- 
temalic Arrangement of Verlebraled Animais (Trans. of the Linn. Soc, 1840, vol. XVIII, 
p. 156). 

3 



18 CLASSIFICATION 

Dans toutes ces classifications, les caractères à l'aide desquels on 
cherchait à grouper les Mammifères d'une manière conforme à la 
nature de ces animaux étaient puisés presque uniquement dans la 
structure des membres et du système dentaire. En 18M, j'ai soutenu 
que, pour bien apprécier les affinités zoologiques de ces êtres, il était 
fort utile de prendre en sérieuse considération leur conformation 
pendant la vie intra-utérine, et qu'en se fondant sur les différences 
offertes par le placenta, on pouvait améliorer à certains égards 
l'arrangement méthodique de ces êtres (1). J'ai cherché à établir que 
les Mammifères dont le placenta est discoïde constituent un groupe 
naturel; que les espèces chez lesquelles on avait constaté l'existence 
d'un placenta zonaire devaient être réparties en deux autres sections, 
et que l'existence d'un placenta villeux ou d'un placenta polycotylé- 
donaire était caractéristique de groupes également naturels. 

Ces vues furent adoptées par M. Gervais (2), et récemment 
M. Huxley, en prenant pour guide des principes analogues, tout en 
faisant usage d'autres caractères, a proposé un nouveau mode de 
distribution de ces mêmes animaux, qui ne diffère que peu du pré- 
cédent (3). 

En 1857, M. Owen s'éleva fortement contre les vues (4) que 
j'avais émises, et il proposa à son tour une autre classification des 
Mammifères, basée sur certaines différences dans le mode de confor- 
mation du cerveau. Il répartit ces animaux en quatre sous-classes ou 
groupes primaires d'égale valeur : l'une de ces sections, la sous-classe 
des Archencéphales, ne comprend que l'espèce humaine ; le second 

(1) Considérations sur quelques points relatifs à la classification naturelle des Animaux, et 
plus particulièrement sur la distribution méthodique des Mammifères, par H. Milne Edwards 
{Ann. des se. nal., 3 e série, 1844, p. 66). 

(2) Histoire naturelle des Mammifères, par M. P. Gervais, t. I, p. 21, 1854. 

(3) Lectures on the Eléments o( Comparative Anatomy, by prof. Huxley, 1863, p. 87 et suiv. 

(4) On the Characlers, Principles of Division und Primary Groups of the Oass Mammalia, 
by prof. Owen {Journal of the Proceedings of the Linnean Society of London, 1857, vol. II, p. 1). 



DES MAMMIFÈRES. 19 

groupe de même rang taxinomique est la sous-classe des Gyr encéphales, 
où prennent place les Quadrumanes, les Carnassiers, les Ongulés et 
les Cétacés; la troisième division, appelée sous-classe des Lissencéphales, 
s compose des Chiroptères, des Insectivores, des Rongeurs et des 
Édentés; enfin, la quatrième sous-classe correspond exactement à la 
division des Didelphes dans le tableau mammalogique de Blainville, 
mais porte un nouveau nom, celui de Lyencéphales (1). 

Si les vues de M. Owen sur la classification des Mammifères 
étaient conformes à la vérité, il faudrait abandonner complètement les 
principes sur lesquels je m'étais basé précédemment. Je suis loin de 
prétendre que nous soyons en possession des lumières nécessaires 
pour pouvoir en faire toujours des applications heureuses, et j'admets 
pleinement que les caractères dont j'ai fait usage en 184'i n'aient 
pas autant de valeur que j'étais alors disposé à leur en attribuer ;mais 
je persiste à croire que pour l'arrangement méthodique des Mammi- 
fères, ainsi que pour la classification générale des Vertébrés, l'embryo- 
logie est notre meilleur guide. 

J'ajouterai que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire pensait que pour 
représenter les affinités naturelles des Mammifères, il fallait les 
répartir d'abord en deux groupes, suivant qu'ils ont une ou deux 
paires de membres, et subdiviser ensuite le second de ces groupes en 
deux sections, dont l'une comprend les Quadrupèdes monodelphiens, 
l'autre les Didelphiens (2) . 

Nous voyons donc que les zoologistes sont assez généralement 
d'accord pour admettre l'existence de groupes naturels d'une valeur 
intermédiaire à celle de la classe et de l'ordre, mais qu'il règne parmi 
eux une grande divergence d'opinions relativement à la manière dont 
ces groupes doivent être constitués. Un pareil désaccord semble indi- 

(1) Owen, On the Anatomy of Vertébrales, 1866, vol. II, p. 296. 

(2) Classification mammalogique, par Is. Geoffroy Saint-Hilaire. (Voyez Gervais, op. cit., 
p. 18.) 



20 CLASSIFICATION 

quer que les résultats présentés par chacun de ces auteurs sont insuf- 
fisants, et, par conséquent, j'ai pensé qu'il pourrait être utile de 
reprendre la discussion de quelques-uns des points en litige, et de 
chercher si, dans l'état actuel de nos connaissances, il ne serait 
pas possible de perfectionner davantage nos méthodes mammalo- 
giques. 

Les premières différences importantes que l'on remarque dans la 
constitution des embryons de Mammifères me paraissent consister, 
d'une part dans l'apparition ou l'absence de la paire de tubercules 
lobiformes postérieurs, destinés à constituer les membres pelviens ; 
d'autre part, dans le mode de développement des vaisseaux sanguins 
de la vésicule allantoïdienne, qui tantôt ne dépassent pas la surface de 
cet organe appendiculaire. et d'autres fois se prolongent dans le cho- 
rion, de façon à donner naissance à un placenta proprement dit. Or, 
ces différences coïncident avec d'autres particularités de structure 
dans l'organisme arrivé à son état parfait, et elles me paraissent indi- 
quer l'existence de trois types secondaires. Par conséquent, c'est en 
trois sections principales que la classe des Mammifères me semble 
devoir être divisée, savoir : la sous-classe des Pinnés (de Storr), ou 
Mammifères pisciformes; la sous-classe des Didelphiens de M. de Blain- 
ville, ou Lyencéphales de M. Owen, et la sous-classe des Monodelphiens 
pelvipèdes, ou Mammifères normaux. 

Dans la plupart des méthodes mammalogiques employées aujour- 
d'hui, les différences qui existent entre les Mammifères pisciformes et 
les Mammifères quadrupèdes ne sont pas indiquées autrement que 
celles à raison d squella; on sépare entre eux les Ruminants et les 
Pachydermes, ou les Rongeurs et les Carnassiers; mais elles me pa- 
raissent avoir une importance, tant anatomique que physiologique, 
beaucoup plus grande. Malheureusement, l'embryologie des Pinnés, 
de l'ordre des Siréniens, nous est complètement inconnue, et nous ne 
savons encore que fort peu de choses concernant le mode de dévelop- 



DES MAMMIFÈRES. ?1 

peinent des Souffleurs ou Cétacés proprement dits; cependant tout me 
porte à penser que les principaux traits caractéristiques de ces animaux 
nageurs doivent se prononcer à une époque très-peu avancée de la vie 
intra-utérine, et j'incline à croire que les différences sur lesquelles 
on se base pour séparer en deux sous-classes les Didelphiens et les 
Monodelphiens ordinaires ne se prononcent que plus tard ; peut-être 
même, malgré la similitude qui existe entre le placenta des Cétacés et 
celui de beaucoup de Quadrupèdes appartenant au groupe des Mono- 
delpbiens normaux, faudrait-il considérer l'arrêt de développement 
des membres pelviens comme ayant une importance zootaxique plus 
grande, et en conséquence diviser d'abord la classe des Mammifères 
en deux sections seulement, suivant qu'il existe deux ou une seule paire 
d'appendices. C'est ce dont on ne pourra bien juger qu'après avoir fait 
une étude plus complète du mode de développement de l'embryon 
cbez les Pinnés; mais dans l'état actuel de nos connaissances, il me 
paraît préférable de répartir directement ces animaux en trois sous- 
classes. 

Les particularités anatomiques et pbysiologiques constatées par 
M. Owen, chez les Marsupiaux et cbez les Monotrèmes, ne laissent, à 
mon avis, aucune incertitude relativement à la convenance de la 
marcbe suivie par M. de Blainville, lorsque ce zoologiste sagaee forma, 
il y a près d'un demi-siècle, une sous-classe distincte pour les Mammi- 
fères didelphiens, auxquels on donne communément aujourd'hui les 
noms de Mammifères implacentaires ou de Lyencéphales. Il me semble 
donc inutile d'insister sur ce point, et, quant au mode de distribution 
de ces animaux, je n'ai aucune remarque à faire ici. 

Il n'en est pas de même pour la division des Monodelphiens 
normaux, dont la classification me paraît être très-défectueuse, et 
nécessiter des modifications profondes. Effectivement, on y distingue 
plusieurs types secondaires bien marqués, et, partout où le mode 
de développement de l'embryon nous est connu, nous voyons ces 



22 CLASSIFICATION 

types concorder avec des particularités dans la conformation des enve- 
loppes fœtales qui semblent être autant de caractères dominateurs de 
l'organisme en voie de développement. Mais les groupes zootaxiques 
constitués par les dérivés de ces types ne correspondent pas à ceux 
généralement admis dans les méthodes mammalogiques réputées 
naturelles. 

L'allantoïde, dont le rôle est d'une grande importance pendant 
toute la vie intra-utérine, fournit une partie de ces caractères. Chez 
certains Mammifères, cet appendice vésiculaire ne grandit que peu; 
il ne s'étend pas de façon à correspondre à la totalité de la surface du 
corps de l'embryon, et il envoie dans la substance des parois de l'utérus 
des prolongements vasculaires qui contractent avec elles des adhé- 
rences si intimes, que, lors de laparturition, ils en entraînent avec eux 
des parties formant ce que les physiologistes appellent le decidua ou 
la membrane caduque. Chez d'autres animaux de la même classe, l'al- 
lantoïde prend au contraire un développement énorme, et le pla- 
centa s'étend bien au delà des limites de l'espace correspondant au 
corps de l'embryon ; mais ses connexions avec la chambre incubatrice 
sont peu intimes, et la tunique muqueuse de celle-ci ne fournit pas 
aux enveloppes fœtales une couche caduque, disposition sur l'impor- 
tance zootaxique de laquelle M. Huxley a insisté avec raison. Ces deux 
modes d'organisation du système allantoïdien ne sont pas les seuls que 
l'on rencontre chez les pelvipèdes placentaires : ainsi, chez des Mam- 
mifères appartenant à un troisième type, l'allantoïde est non moins 
grande que dans le groupe dont je viens de parler, mais le placenta est 
très-circonscrit et s'unit intimement à une caduque utérine; ailleurs, 
l'allantoïde reste petite, et le placenta, fort réduit, ne s'implante que 
très-faiblement dans les parois de l'utérus. Du reste, ces types inter- 
médiaires n'ont que peu de représentants, et c'est aux deux premiers 
que se rapportent presque tous ces animaux. 

L'espèce humaine, les Quadrumanes, les Chiroptères, les Insecti- 



DES MAMMIFÈRES. 23 

vores, les Rongeurs, les Carnassiers et les Phocéides, ou Mammifères 
amphibies dérivent du type embryologique qui a pour caractères 
essentiels : 1° la petitesse ou le développement médioerc de l'al- 
lantoïde, 2° l'existence d'une caduque utérine (1). Or le groupe 
ainsi constitué me semble être parfaitement naturel, et je proposerai 
de le désigner sous le nom de phalange des Hématogênètes, parce qu'à 
raison des connexions intimes du placenta et de l'utérus, la parturition 
est généralement accompagnée d'une perte de sang plus ou moins 
considérable. Il comprend tous les Monodelphiens qui sont fran- 
chement onguiculés, et qui par conséquent sont susceptibles d'em- 
ployer l'extrémité de leurs doigts comme organes du toucher; ceux-ci 
sont ordinairement au nombre de cinq. Enfin, les dents sont toujours 
pourvues d'un revêtement d'émail proprement dit, et le devant de la 
bouche est constamment armé aux deux mâchoires. 

En me fondant sur les caractères embryologiques tirés de la con- 
formation du placenta, j'ai cru devoir répartir en deux légions les. 
Mammifères que je viens de désigner sous le nom commun d'Hémato- 
génètes. Si l'on prend en considération le mode de développement de 
l'allantoïde, on arrive au même résultat. En effet, chez les uns, cette 
vésicule est très-petite ; elle ne s'étend transversalement que sur une 
portion de la circonférence du corps de l'embryon, et le placenta qui 
en naît est discoïde ou divisé en un petit nombre de lobes. Chez les 
autres, l'allantoïde s'étend latéralement en forme de ceinture autour 
de la région moyenne de l'œuf, et le placenta est également zonaire ; 



(I) M. Ovven avait argué de la non-existence de ces connexions vasculaires chez les Ron- 
geurs pour combattre les vues exposées dans mon mémoire sur la classification des Mammifères ; 
mais les observations récentes de M. Huxley, de M. Reiehert et de M. Rolliston monirent que 
ces animaux ont en réalité uno caduque, soit partielle, soit complè:e. — (Voyez Huxley, op. cit., 
p. 104. — Reiehert, Beitraye zur Entwickelungsgeschichte des Meerschweiucliens, in Archiv fur 
Anal , I 860, p. 847. — Rolliston, On Ite Placental Structures of the Tenrec and those of certain 
olher Mammalia ; ivilli R marks on ihe value of the Placental. System of Classification, in Trans. 
of the Zool. Soc, 1866, vol. Y, p. 283.) 



°2k CLASSIFICATION 

enfin, les vaisseaux ombilicaux, au lieu d'être limités à ce dernier 
organe, s'étendent sur les autres parties du chorion. On peut donc 
donner le nom de Micrallantdidés aux Mammifères discoplacentaires, et 
appeler Mésallantoidés les Hématogénètes à placenta zonaire. 

Chez quelques Mammifères dont l'allantoïde est également mé- 
diocre et dont le placenta affecte aussi la forme zonaire, ce dernier 
organe, ainsi que je l'ai déjà dit, se détache très-aisément de la mu- 
queuse utérine adjacente, et les cryptes dans lesquels ses villosités 
vasculaires s'engagent me paraissent être simplement engainants. 
Je ne connais jusqu'à présent que les Damans dont l'œuf ait ce mode 
de structure, et, pour des raisons que j'exposerai dans une autre 
partie de ce mémoire, je crois nécessaire de ranger ces animaux dans 
une division particulière de la sous-classe des Mammifères normaux. 

L'autre type aberrant, dont j'ai rappelé ci-dessus l'existence, se 
distingue de tous les précédents par le grand développement de l'al- 
lantoïde, mais ressemble à celui des Mésallantoidés par la forme 
zonaire du placenta et par le mode d'union de cet organe avec les 
parois de l'utérus. Il est également caractérisé par la forme lobée de 
l'allantoïde, forme dont je ne connais pas d'exemple ailleurs, et il a 
aujourd'hui pour uniques représentants les Eléphants. Le groupe des 
Proboscidés devra donc être élevé, ce me semble, au même rang 
zootaxique que la phalange des Hématogénètes et la phalange des 
Hyracidés (1). 

Le quatrième et dernier type embryologique qui nous a été offert 
par les Monodelphiens pelvipèdes, et qui est caractérisé par l'énorme 
développement de l'allantoïde, ainsi que par l'existence d'un placenta 
polycotylédonaire ou diffus et simplement villeux, se rencontre chez 
tous les Mammifères dont les doigts sont garnis de sabots proprement 

(1) Il est à noter que Cuvier, tout en rangeant les Proboscidiens dans l'ordre des Pachy- 
dermes, n'était pas éloigné de l'idée d'en former un groupe distinct, et qu'il avait remarqué leurs 
affinités avec les Rongeurs. [Règne animal, 2 e édition, t. I, p. 69.) 



DES MAMMIFÈRES. 25 

dits. Si les zoologistes n'avaient l'habitude de donner le nom d'ani- 
maux ongulés aux Éléphants et aux Damans, aussi bien qu'aux espères 
qui dérivent de ce type, on pourrait se dispenser de proposer, pour le 
groupe ainsi constitué, une désignation nouvelle; mais afin d'éviter 
toute confusion, il me semble préférable d'appeler cette division \a.pha- 
lange des Mégallantoidiens. Chez ces animaux, les membres sont unique- 
ment affectés à la locomotion terrestre; jamais les doigts ne sont assez 
flexibles pour devenir préhenseurs, ni les pattes disposées de façon à 
pouvoir se réunir pour constituer une sorte de pince, comme cela se voit 
chez la plupart des Micràllantoïdiens : aussi n'y a-t-il jamais entre le 
sternum et l'épaule un arc-boutant claviculaire. Le nombre des doigts 
ne dépasse jamais quatre. Enfin, le cerveau présente de nombreuses 
circonvolutions, mais le mode d'arrangement de ces plis n'est pas 
semblable a ce qui existe chez les llématogénèles, et toujours les 
hémisphères ne chevauchent que fort peu sur le cervelet. Dans la 
classification de Cuvier, les Mégallantoidiens constituent l'ordre des 
Ruminants et la majeure partie de l'ordre des Pachydermes. 

D'après le peu que nous savons des enveloppes fœtales desÉdentés, 
j'incline à croire que leur placenta doit avoir beaucoup de ressem- 
blance avec celui des Mégallantoidiens, mais nous ne connaissons rien 
touchant la disposition de leur allantoïde, et, dans l'état actuel de la 
science, il me paraîtrait prématuré d'appliquer à la classification 
de ces animaux les données embryologiques très-vagues dont nous 
pourrions arguer. A raison de leur organisation, les Édentés ne peuvent 
être rangés dans aucun des groupes dont je viens de parler, et si l'on 
venait à constater dans leur mode de développement l'ensemble de 
particularités propres à l'une quelconque de ces divisions, il faudrait 
chercher si d'autres caractères embryologiques d'une valeur plus 
grande ne les distingueraient pas. En attendant, je crois nécessaire 
d'en former une phalange séparée. 

La classification mammalogique dont je viens d'indiquer briè- 



26 CLASSIFICATION 

vement les principaux traits diffère beaucoup de celles employées 
jusqu'ici; elle diffère surtout du système proposé récemment par 
M. Owen. Est-elle préférable? C'est ce qu'il faut examiner maintenant, 
et, dans ce but, je comparerai les groupes que je crois naturels à ceux 
donnés par les méthodes précédemment employées. 



§ 3. 



La légion des Micrallantoïdés correspond à la division des Mam- 
mifères à placenta discoïde. Ainsi que je l'ai déjà dit, ce groupe com- 
prend l'Homme, les Quadrumanes, les Chiroptères, les Insectivores et 
les Rongeurs. Dans la classification de Cuvier, les Insectivores, confon- 
dus avec les Carnassiers, sont séparés des Rongeurs par les Marsu- 
piaux, et tous ces animaux se trouvent réunis aux Édentés et aux 
Monotrèmes dans une même section, sous la désignation commune 
d'Onguiculés. Il n'y a donc là rien qui corresponde au mode de distri- 
bution que j'ai proposé il y a près d'un quart de siècle. La classification 
nouvelle employée par M. Owen s'éloigne encore davantage de la 
mienne, car les ordres que je crois devoir réunir en un même groupe 
sont répartis dans trois sous-classes différentes, et s'y trouvent mêlés 
aux représentants de plusieurs autres types. En effet, cet anatomiste 
habile a cru devoir créer pour l'espèce humaine une sous-classe parti- 
culière dont cette espèce est l'unique représentant, et séparer, de la sec- 
tion des Archencéphales ainsi constituée, les Singes, qui se trouvent 
relégués, avec les fiœufs et les Cétacés, dans la sous-classe des Gyrencé- 
phales; les Chiroptères et les Insectivores, qui, à mon avis, se lient 
intimement aux Quadrumanes inférieurs, sont placés dans une troi- 
sième sous-classe où les Édentés se trouvent à côté des Rongeurs ; enfin 
la différence qui sépare l'Ornithorliynque de l'Orang n'est pas indiquée 
plus nettement que celle existant entre ce Singe anthropomorphe et 
l'Homme. 



DES MAMMIFÈRES. 27 

Ici nous nous trouvons de nouveau en présence de cette ques- 
tion si souvent débattue du degré d'affinité zoologique qui peut exister 
entre ces deux espèces, si différentes par la puissance de leurs facultés 
intellectuelles, mais si semblables par la structure de leur corps. 

Nous avons vu dans la première partie de ce mémoire qu'à moins 
de baser la classification des êtres animés sur des considérations qui 
ne sont pas du domaine des sciences naturelles, on ne saurait se refuser 
à ranger l'Homme dans la classe des Mammifères, et si l'on admet que 
le naturaliste ne doit pas tenir compte des raisons psycbologiques qui 
portent quelques auteurs à exclure l'Homme du règne animal tout 
entier, il me semble impossible d'admettre que l'Homme diffère du 
Chimpanzé, de l'Orang ou du Gorille, plus que le Singe ne diffère du 
Cheval ou de la Baleine. La classification proposée par M. Owen l'im- 
plique cependant, puisque la division des Archencéphales. établie pour 
recevoir l'Homme seulement, occupe le même rang que la division des 
Gyrencéphales, et que celle-ci, comprenant tous les éléments hétéro- 
gènes que je viens de nommer, est réputée un groupe naturel. 

Je ne comprends pas mieux la convenance de la distinction pro- 
fonde indiquée par ce système mammalogique, entre les derniers Qua- 
drumanes, qui prennent place dans la sous-classe des Gyrencéphales, 
à côté du Lion, du Phoque, du Bœuf, du Cachalot, etc., et des Chiro- 
ptères ou des Insectivores, qui se trouvent relégués dans une autre 
section primaire de la classe des Mammifères, destinée à recevoir en 
même temps les Paresseux et les Tatous. Dans tout cet arrangement, 
on sépare ce qui me paraît devoir être rapproché, et l'on rapproche 
ce qui devrait être distingué ; il me semblerait même superflu de 
m'arrêter davantage sur les défauts de cette partie de la classification 
dont je combats ici les tendances, car, pour en justifier le rejet, il 
suffit, je pense, de montrer les résultats auxquels elle conduit. 

J'ai insisté jadis sur les affinités zoologiques qui lient entre eux les 
Insectivores et les Rongeurs; aujourd'hui on est généralement d'accord 



28 CLASSIFICATION 

pour les considérer comme appartenant à une môme section, et, sous 
ce rapport, la classification fondée sur la conformation des hémisphères 
cérébraux, et celle basée sur l'embryologie, conduisent aux mêmes 
conclusions. Je ne reviendrai donc pas sur ce point. 

Mais le groupe des Micrallantoïdés, ou Mammifères à placenta dis- 
coïde, constitué de la sorte, et formant une série naturelle depuis 
l'Homme jusqu'aux Rongeurs les plus dégradés, doit-il être divisé 
directement en ordres, ou convient-il d'y établir des subdivisions préa- 
lables, alin de mieux représenter, au moyen de la classification natu- 
relle des Mammifères, les divers degrés de ressemblance ou de diffé- 
rence que ces animaux offrent entre eux ? 

A cette question je n'hésite pas à répondre affirmativement. Il me 
paraît évident qu'il faut distribuer les Micrallantoïdés en deux cohortes, 
et placer d'un côté l'Homme et les Quadrumanes, de l'autre les Chiro- 
ptères, les Insectivores et les Rongeurs. 

Pour motiver la distinction établie de la sorte, il suffirait de 
prendre en considération, soit la structure de l'encéphale, soit le 
mode de conformation des membres antérieurs, qui sont préhen- 
seurs chez les Quadrumanes aussi bien que chez l'Homme, et qui 
ne sont jamais pourvus d'un pouce opposable chez les Chiroptères, 
les Insectivores ou les Rongeurs; mais on trouve aussi dans la dis- 
position des vaisseaux sanguins du placenta des particularités qui 
paraissent concorder avec ces différences organiques. En effet, chez 
les Singes, aussi bien que dans l'espèce humaine , les ramifications 
vasculaires de l'artère ombilicale plongent dans les sinus sanguins 
de l'utérus, tandis que chez les Rongeurs, les Insectivores, et proba- 
blement aussi chez les Chiroptères, elles sont seulement juxtaposées 
aux parties terminales du système circulatoire maternel (1). 

L'un de ces groupes correspond à peu près à la division établie 

(I) Rolleston, op. cit. 



DES MAMAIIFÈRES. 29 

depuis longtemps par Linné, sous le nom de Primates, et je conserverai 
ce mode de désignation. Mais, tout en réunissant de la sorte l'Homme et 
le Singe dans une même section de la cohorte des Mégallantoïdés, je 
ne saurais adopter l'opinion de ce grand naturaliste sur le degré d'af- 
finité zoologique existant entre ces deux Mammifères, et, à l'exemple 
de Blumenbach, de Cuvier et de la plupart des zoologistes de l'époque 
actuelle, je crois devoir marquer les différences qui les séparent, en 
les plaçant dans deux ordres distincts. La cohorte des Primates se 
composerait donc: de l'ordre des Bimanes et de l'ordre des Quadru- 
manes. Effectivement les caractères anatomiques qui séparent l'Homme 
des Singes ont non moins de valeur que ceux à raison desquels on 
sépare entre eux la plupart des autres groupes ordiniques de la môme 
classe, et les caractères physiologiques, que le zoologiste ne doit pas 
négliger, indiquent une différence de nature encore plus grande. Ainsi 
laissant de côté la puissance intellectuelle de l'Homme et en ne tenant 
compte que de son mode d'organisation, je citerai en première ligne le 
caractère de supériorité dû à la division du travail physiologique entre 
les membres thoraciques et les membres abdominaux, car l'emploi 
exclusif de ces derniers dans la marche permet une appropriation com- 
plète des premiers au service du toucher et de la préhension, dis- 
position qui n'est jamais réalisée chez les Quadrumanes, où tous les 
membres fonctionnent de la même manière. Je rappellerai aussi que 
Gratiolet a constaté dans le mode de développement de l'encéphale des 
tendances différentes dans ces deux types organiques. 

Les affinités zoologiques sont également très-étroites entre les trois 
ordres dont se compose la deuxième section du groupe des Micrallan- 
toïdés, division que, par opposition à la précédente, je désignerai sous le 
nom de cohorte des Plébéiates. Là l'encéphale présente, tant dans la con- 
formation du cerveau que dans les rapports de cet organe avec le cerve- 
let, des caractères de dégradation qui commencent à se montrer chez 
les Quadrumanes de la famille des Lémuriens, mais qui ne sont aussi 



30 CLASSIFICATION 

prononcés dans aucun autre groupe de Monodelphiens. 11 est aussi à 
noter que tous les Mammifères qui produisent trop peu de chaleur pour 
maintenir leur température propre sous l'influence de la saison froide, 
et qui supportent sans inconvénient le ralentissement du travail respi- 
ratoire dont résulte la léthargie hibernale complète, sont des Chiro- 
ptères , des Insectivores ou des Rongeurs. Le sommeil prolongé des 
Ours pendant la saison froide est loin d'être aussi profond, et ne con- 
stitue pas, à proprement parler, l'état d'hibernation. Enfin, chacun de 
ces groupes ordiniques se relie aux Quadrumanes par des types inter- 
médiaires, tels que celui des Chiromys et des Galéopithèques. 

J'ajouterai que chez les Rongeurs la portion du chorion qui n'est 
pas occupée par le placenta reçoit des ramifications des vaisseaux om- 
phalo-mésentériques, disposition qui ne se rencontre pas chez les autres 
Micrallantoïdés dont le mode de distribution du système circulatoire 
foetal a été étudié. 



§ h. 



La légion des Mésallantoïdés, ou Hématogénètes, dont le placenta est 
zonaire et l'allantoïde de grandeur moyenne, renferme beaucoup moins 
d'espèces que le groupe des Micrallantoïdés, mais elle me semble avoir 
la même valeur taxinomique. Ainsi que je l'ai déjà dit, elle comprend 
les Carnivores ou Bêtes fauves, et les Amphibiens ou Mammifères qua- 
drupèdes essentiellement nageurs. Chez tous ces animaux, les hémi- 
sphères cérébraux présentent de nombreuses circonvolutions; le sys- 
tème dentaire est complet; les doigts sont onguiculés; enfin les clavi- 
cules qui, chez les Micrallantoïdés, apparaissent de très-bonne heure et 
se développent presque toujours d'une manière complète, ne constituent 
jamais des arcs-boutants sterno-scapulaires. Il est aussi à noter que 
l'organisation des Mésallantoïdés ne se perfectionne pas autant que 
chez quelques membres de la légion précédente, mais qu'elle ne se dé- 



DES MAMMIFÈRES. 31 

grade pas autant que chez certains Micrallanloïdés, et que c'est avec les 
Quadrumanes de la famille des Lémuriens que les représentants les 
plus élevés de ce type ont le plus d'affinités. Du reste, il me semble 
incontestable que tous les Mêsallantoïdés ont avec les Insectivores 
beaucoup plus de ressemblance qu'avec les Mammifères à sabots, et 
par conséquent je vois là un nouveau motif pour ne pas les placer dans 
la même sous-classe que ceux-ci, tandis qu'on les séparerait des pre- 
miers, ainsi qu'on serait obligé de le faire si l'on adoptait la division 
des Mammifères en Gyrencéphales , Li encéphales, etc., proposée 
par M.Owen. 

§ 5. 

L'animal que Moïse désigna sous le nom de Saphan, et que les tra- 
ducteurs de la Bible confondent parfois avec le Lapin, constitue avec 
les Klipdas du cap de Bonne-Espérance et quelques autres espèces ou 
variétés du même type, le genre Daman ou Hyrax, fondé en 1783 
par Jean Hermann, zoologiste distingué de Strasbourg (1) . Pallas, qui 
d'ordinaire appréciait de la manière la plus judicieuse les affinités zoo- 
logiques des Animaux, et qui avait examiné attentivement la structure 
intérieure du Daman du Cap, rangeait cet animal parmi les Rongeurs, 
à côté des Porcs-Épics, des Marmottes et des Cabiais (2) ; tandis que 
Cuvier, s'appuyant également sur l'anatomie, mais tenant compte sur- 
tout des caractères fournis par le système dentaire, le plaça dans son 
ordi'e des Pachydermes, à côté des Rhinocéros, et l'opinion de ce savant 
illustre fut adoptée sans contestation par la plupart de ses contempo- 
rains ou de ses successeurs (3) . Cependant on savait, par les observa- 

(1) Hermann, Tabula affinitalum Ànimalium, 1783, p. 115. 

(2) Pallas désigne le Daman du Cap sous le nom de Cavia capensis (Spicilegia zoologica, 
fasc. 2, 1767). 

(3) Cuvier, Description osléologique et comparative du Daman [Arch, du Muséum, t. III, 
1804). 



32 CLASSIFICATION 

lions d'Evrard Home, que le placenta du Daman ne ressemble ni à celui 
d'un Rongeur, ni à celui d'un Pachyderme, et affecte la forme zonaire, 
comme dans l'ordre des Carnassiers (1). Ce fait me parut avoir trop 
d'importance pour être négligé dans l'appréciation des affinités zoolo- 
giques de ces animaux, et, en 1844, je proposai de séparer complète- 
ment les Damans des Mammifères ongulés, pour en former un groupe 
particulier (2). L'année suivante, M. de Blainville, guidé par des consi- 
dérations d'un autre ordre, émit une opinion analogue (3); mais ces 
vues ne furent partagées par aucun des auteurs qui depuis vingt ans 
ont eu à parler des Damans : tous placent ces animaux dans le même 
groupe naturel que les Rhinocéros, et M. Owen a même argué de 
l'affinité étroite qui unirait entre eux ces Mammifères, ainsi que des 
différences qui séparent les Damans des Carnassiers, pour refuser aux 
caractères tirés de la conformation du placenta toute valeur zoolo- 
gique. 

Il m'a donc paru nécessaire d'examiner la question en litige, et de 
chercher en premier lieu si le placenta du Daman, tout en ayant la même 
forme générale que celui des Carnassiers, ne présenterait pas dans sa 
structure des particularités importantes à noter. Pour cela, j'ai profité 
d'un utérus de Daman du Cap en état de gestation, qui se trouvait 
dans les collections du Muséum, et qui n'avait été l'objet d'aucune pré- 
paration anatomique. Cet utérus renfermait dans chaque corne un 
fœtus qui paraissait être presque à terme, et, en l'ouvrant sous l'eau 
avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas déranger les rap- 
ports naturels des parties, j'ai pu constater que le placenta n'adhère 
que très-faiblement aux parois de la chambre incubatrice. Tout en 
étant concentré et de forme zonaire, comme celui d'un Chat ou d'un 



(1) Home, Lectures on comparative Analomy, vol. VI, 1828, pi. LXI et LXII. 

(2) Milne Edwards, op. cit. [A un. des se. nat., 3 e série, t. I, p. 97, et 'tableau suivant). 

(3) Blainville, Osléographie, t. III, les Damans. (La livraison comprenant cette mono- 
graphie parut en <845.) 



DES MAMMIFÈRES. 33 

Chien, cet organe en diffère beaucoup par la conformation de ses 
appendices vasculaires. La plupart de ceux-ci sont de simples vill<>- 
sités, fort analogues à celles du placenta d'un Pachyderme ordinaire; 
au milieu de la ceinture formée par cet organe, il existait, il est vrai, 
des végétations vasculaires engagées dans des cavités correspondantes 
de la paroi utérine, mais elles n'y adhéraient pas plus que les prolon- 
gements analogues des cotylédons placentaires de la Vache ou de tout 
autre Ruminant n'adhèrent à la muqueuse utérine, dans les cryptes de 
laquelle ils s'enfoncent; elles s'en détachaient avec la môme facilité, 
sans rien déchirer et sans emporter aucune portion du tissu de 
l'utérus. Il n'y avait donc là rien qui indiquât l'existence d'une ca- 
duque, et j'ajouterai que l'allantoïde ne dépassait pas les limites 
de la zone transversale occupée par le placenta. 

La disposition des enveloppes fœtales du Daman diffère donc de ce 
qui existe dans les autres Mammifères, et les particularités de structure 
remarquables que présentent les viscères éloignent non moins cet 
animal du Rhinocéros et des Pachydermes, en général. Ainsi l'intestin 
présente une disposition qui est exceptionnelle dans la classe des Mam- 
mifères, et n'est comparable qu'au mode d'organisation propre à la 
plupart des Oiseaux : le côlon donne insertion à une paire de caecums 
dont les dimensions sont considérables, et il existe en outre comme 
d'ordinaire dans la classe des Mammifères, à l'extrémité supérieure du 
gros intestin, une grande poche caecale dans laquelle l'intestin grêle 
débouche latéralement. Il est aussi à noter que le côlon ne présente pas 
de boursouflures. Le foie, au lieu d'être peu divisé, comme chez le Rhi- 
nocéros, se compose de six lobes dont la conformation rappelle ce qu'on 
voit d'ordinaire chez les Rongeurs. De même que chez la plupart des 
Pachydermes, il n'y a pas de vésicule biliaire, mais on sait que ce 
réservoir manque aussi chez divers Rongeurs. Le cerveau du Daman ne 
présente pas le mode de conformation qui est commun aux Ongulés. 
et qui constitue le caractère de la sous-classe des Gyrencéphales. dans 



3i CLASSIFICATION. 

le système mammalogique de M. Owén; effectivement, ses hémi- 
sphères n'offrent que très-peu de circonvolutions, et ses plis princi- 
paux ne sont pas disposés d'après le même type que chez le Rhinocéros. 
La structure intérieure des Damans présente beaucoup d'autres 
particularités qui contribuent également à éloigner ces petits animaux 
du Rhinocéros, auquel ils ne ressemblent guère que par leur système 
dentaire (1). Enfin, pour apprécier leurs affinités zoologiques, il ne 
faut pas négliger l'examen des membres. Les pieds des Damans ne 
ressemblent en rien à ceux des Rhinocéros; ces animaux sont planti- 
grades, au lieu d'être digitigrades comme ces derniers, et ils grimpent 
avec beaucoup de facilité. Par ce caractère ainsi que par beaucoup 
d'autres, ils ressemblent aux Rongeurs plus qu'aux Pachydermes. Il 
me semble donc évident que, dans une classification naturelle des Mam- 
mifères, on ne saurait ranger les Damans clans le même ordre que les 
Rhinocéros, et qu'il convient d'en faire un groupe particulier. 

§ 6. 

Les Éléphants, que Cuvier rangeait dans le même ordre que les 
Damans, les Rhinocéros, les Cochons et les Chevaux, me paraissent 
devoir constituer un groupe particulier de même rang que les grandes 
divisions dont nous venons de nous occuper. Les caractères fournis par 
leur charpente solide, par leur système dentaire et par la conformation 
remarquable de plusieurs autres organes, suffiraient pour motiver cette 
séparation, et la disposition de leurs enveloppes fœtales confirme plei- 
nement ce changement dans la classification naturelle des Mammifères. 
En effet, les observations de M. Owen nous apprennent (2) que l'allan- 

(1) Pallas a décrit avec beaucoup d'exactitude ia structure intérieure des Damans du Cap 
(Spicil. zool., fasc. 2), et plus récemment de nouvelles observations anatomiques sur le même 
sujet ont été publiées par M. Owen (Proceedings of the Zoological Society, 1832, p. 202) et par 
M. Read(Proceeti. Zool. Soc, 1835, p. 14). 

(2) Owen, Description of the fœtal Membrane, and Placenta of the Eléphant (Phil. Trans., 
1857, p. 347). 



DES MAMMIFÈRES. 35 

toïde, au lieu d'être extrêmement réduite, comme chez les Primates et 
les Plébéiates, ou de ne se développer que juste assez pour entourer la 
portion moyenne du corps de l'embryon, et de ne pas dépasser les 
limites d'un placenta zonaire. comme chez les Mésallantoïdés et les 
Hyraciens. s'allonge extrêmement dans une direction opposée, de façon 
à atteindre aux deux pôles de l'œuf, dont la forme est fort allongée. Par 
ses dimensions, cet organe fœtal ressemble à l'allantoïde d'un Ongulé, 
mais il s'en distingue par sa forme lobée, et le placenta qui en naît. 
au lieu d'être polycotylédonaire, comme chez les Ruminants ordi- 
naires, ou diffus, comme chez les Chameaux, les Chevaux, les Hippo- 
potames, les Suilliens et les Tragulides, ne constitue qu'une ceinture 
étroite qui ressemble beaucoup au placenta zonaire des Carnassiers 
et des Damans. L'embryologie aussi bien que l'étude anatomique de 
ces grands Mammifères me semblent donc prouver que les Probosci- 
diens doivent constituer un ordre particulier, quelque réduit que soit 
le nombre de leurs représentants dans la faune actuelle. 

La phalange des Mégallantoïdiens, dont j'ai indiqué ci-dessus les 
principaux caractères, comprend tous les Mammifères qui méritent 
réellement le nom d'Ongulés. Ainsi que je l'ai déjà dit, dans la classifi- 
cation de M. Owen ils sont réunis à un grand nombre d'autres Mam- 
mifères, tels que les Quadrumanes et les Carnassiers; mais ils ont entre 
eux des affinités si étroites, et ils diffèrent tant de la plupart des Ani- 
maux de leur classe, qu'il me semble inutile de discuter longuement la 
question de leur réunion en ungroupe particulier, et je passerai immé- 
diatement à l'examen de la manière dont il convient de les subdiviser 
entre eux. 

Cuvier, de même que la plupart des autres naturalistes de notre 
époque, attachant une grande importance à la structure de l'estomac 
et au phénomène du mérycisme, sépara les Mammifères à sabots en 



36 CLASSIFICATION 

deux ordres, et rangea d'un côté tous ceux qui ruminent, de l'autre côté 
ceux qui ne ruminent pas. Les premiers forment, dans ce système de 
classification, l'ordre des Ruminants ; les seconds, réunis aux Probosci- 
diens et aux Hyraciens, constituent l'ordre des Pachydermes ; mais ce 
mode de distribution des Ongulés n'est pas naturel, et dans ces derniers 
temps quelques auteurs, M. de Blainville, M. Owen et M. Gervais, par 
exemple, l'ont abandonné pour une classification fondée sur le mode 
de conformation du pied. D'après ces zoologistes, les Ongulés consti- 
tueraient encore deux ordres, mais l'un de ces groupes comprendrait 
tous les Bisulques ou Artioodactyles, savoir : les Ruminants, les Hip- 
popotames et les Porcins, tandis que l'autre, désigné sous le nom 
d'ordre des Périssodactyles ou des Jumentés, recevrait les Chevaux, les 
Tapirs, les Rhinocéros et les Damans. Ni l'une ni l'autre de ces clas- 
sifications ne me paraissent en accord avec les affinités naturelles des 
Ongulés, et pour représenter dans nos tableaux méthodiques les rela- 
tions qui, sous le rapport du mode d'organisation, existent entre ces 
animaux, il me semble nécessaire de chercher d'autres combinaisons 
zootaxiques. 

Effectivement, la légion des Mégallantoïdiens me paraît comprendre 
cinq types secondaires bien distincts, et par conséquent elle me parait 
devoir être divisée en un même nombre de groupes naturels qui au- 
raient tous une valeur ordinique. 

Le premier et le plus important de ces groupes se compose, non pas 
de tous les Mammifères qui ruminent, mais seulement des Ruminants 
qui, pendant la vie fœtale, possèdent un placenta polycotylédonaire. 
L'ordre ainsi constitué est des plus homogènes, et le caractère em- 
bryologique que je viens d'indiquer concorde avec une réunion de 
particularités organiques dont l'importance zootaxique est considé- 
rable. Toujours le système dentaire est constitué de la môme manière, 
et ce mode de composition ne se rencontre que rarement chez des 
animaux appartenant à d'autres groupes ; il y a toujours quatre esto- 



DES MAMMIFÈRES. 37 

macs, et c'est seulement dans ce groupe naturel que le front se garnit 
de prolongements osseux sous-cutanés qui constituent des cornes. Il 
est aussi à noter que tous les Mammifères de cet ordre sont onguli- 
grades et ont le pied fourchu. 

La division caractérisée de la sorte se compose des Bœufs, des 
Moutons, des Chèvres, des Antilopes, des Girafes, des Cerfs et des 
Muscs, c'est-à-dire de tous les Ruminants ordinaires. Mais, ainsi que 
je l'ai déjà dit, tous les Mammifères qui ruminent n'y appartiennent 
pas, et par conséquent il y aurait, ce me semble, quelque inconvénient à 
l'appeler l'ordre des Ruminants; cela serait trop significatif, et je pro- 
poserai d'y appliquer le nom de Pêcorides ou de Pecora. expression 
qui, dans le système linnéen, avait à peu près la même valeur. 

Les Mégallantoïdés, ou Ongulés dont le placenta est papilleux. 
sont constitués d'après plusieurs types secondaires différents. Les uns 
ressemblent extrêmement aux Pêcorides, par leurs formes extérieures 
ainsi que par leur système dentaire; ils semblent composer un petit 
groupe satellite de l'ordre dont nous venons de nous occuper, mais ils 
s'en distinguent par la structure de leur appareil digestif : au lieu 
d'avoir, comme les Pêcorides, quatre poches stomacales, ils n'en ont 
que trois; le feuillet manque (l),-et, à raison de certaines particula- 
rités de leur charpente osseuse, ils ont beaucoup d'analogie avec les 
Pécaris. Ce sont les Chevrotains proprement dits, et je proposerai d'en 
former un ordre particulier, sous le nom de Tmgulidês. 

Les Camélidés me paraissent constituer aussi un ordre spécial. 



(i) Voyez Alph. Milne Edwards, Recherches sur la famille des Chevrolains, pi. V, Gg. 1 el 2 
(Afin, des se. nat., 5 e série, 1865, t. II). 

M. Flower, qui vienl de publier de nouvelles observations sur ce sujet, pense que la portion 
initiale delà caillelte des Chevrotains pourrait être considérée comme représentant le feuille!, 
parce que son revêtement épithélial n'a pas la même structure que dans la portion suivante de 
cette poche stomacale; mais cette circonstance ne me semble pas suffire pour caractériser le 
feuillet, et, du reste, il n'y a certainement chez ces animaux aucun réservoir alimentaire situé 
entre la terminaison de la gouttière œsophagienne qui surmonte le bonnet et la caillette. 



38 CLASSIFICATION 

Comme on le sait, ces animaux sont les seuls Mammifères dont le sang 
charrie des globules elliptiques ; leur placenta est papilleux comme 
celui des Tragulides, et quoiqu'ils ruminent comme tous les Mégal 
lantoïdiens dont je viens de parler, ils offrent dans le mode de confor- 
mation de leur estomac, ainsi que dans leur système dentaire, des par- 
ticularités importantes; enfin leur pied n'est pas construit de la même 
manière que chez les Ruminants ordinaires , et ils sont phalangi- 
g rades. 

Les Ongulés à pieds fourchus, dont l'estomac n'est pas conformé 
pour la rumination, constituent un autre groupe naturel qui peut être 
désigné sous le nom d'ordre des Pachydermes Bisulques, et qui com- 
prend la famille des Porcins, ainsi que celle des Hippopotames. Chez 
ces derniers animaux, ainsi que chez les Pécaris, l'estomac présente une 
structure très-complexe qui rappelle un peu ce qui existe chez les Tra- 
gulides, mais la mâchoire supérieure ne manque pas de dents incisives 
comme chez toutes les espèces qui ruminent. 

Enfin, une cinquième division de la phalange des Mégallantoïdiens, 
celle des Pachydermes solidongulés (l),ou Périssodactyles de M. Owen, 
est également un groupe naturel, quoique moins homogène que les 
précédents. On y range la famille des Chevaux, celle des Tapirs et celle 
des Rhinocéros. 



Les Édentés, qui, dans la classification de M. Owen, sont réunis 
aux Chiroptères, aux Insectivores et aux Rongeurs, pour constituer 

(1 ) Le nom de Solidungula fut introduit dans la science par Illiger pour désigner les Jumenta 
de Stoor, mais a été généralement abandonné pour celui de Solipèdes, employé par Cuvier j il 
n'y a donc aucun inconvénient à en étendre un peu le sens, et à l'appliquer non-seulement à la 
famille des Chevaux, mais à tous les Pachydermes dont le doigt principal, impair et symétrique, 
semble représenter les deux doigts principaux des Bisulques. Cela me paraît préférable à l'emploi 
du mot Jumenta, dont la signification est trop précise pour cet usage, ou à celui plus récent de 
Périssodactyles, qui se grave moins facilement dans la mémoire. 



DES MAMMIFÈRES. 39 

avec ces animaux la sous-classe des Lissencéphales. s'en éteignent à tant 
d'égards, et diffèrent aussi tellement des autres types dontil vient d'être 
question, que je n'hésite pas à en former une légion particulière. 
Ainsi que je l'ai dit, pour motiver mon opinion, je ne puis arguer des 
caractères embryogéniques des Édentés, car nous ne connaissons pas 
d'une manière suffisante le mode de développement de ces animaux; 
mais je rappellerai que, par la structure intime de leurs dents, ainsi 
que par l'absence complète de ces organes sur le devant de la bouche, 
ou même parfois sur toute la longueur du bord gingival, ils diffèrent 
de tous les autres Monodelphes pelvipôdes, et que sous ce rapport ils 
ressemblent aux Cétacés plus qu'aux autres animaux de la classe des 
Mammifères. Ils me semblent avoir aussi quelques rapports avec les 
Monotrèmes. 

Quant aux Sirénidés, que Cuvier confondait avec les Souffleurs, 
sous le nom commun de Cétacés, et que Blainville rapprochait des Élé- 
phants dans sa division des Gravigrades, je n'ai rien à ajouter ici. Il me 
semble indubitable que dans une classification naturelle des Mammi- 
fères, ils doivent constituer un ordre distinct; mais j'hésite à dire que 
l'on doive les considérer comme des dérivés du type propre aux Pro- 
boscidiens ou aux Mégallantoïdiens, qui serait modifié pour s'adapter à 
là vie aquatique, plutôt que des Mammifères construits d'après le môme 
plan essentiel que les Cétacés, tout en ayant emprunté secondairement 
certains traits organiques propres aux Éléphants. 

§9- 

La classification mammalogique dont je viens d'indiquer sommaire- 
ment les principales bases serait d'un emploi très-difficile si l'on n'a- 
vait, pour en faire l'application, que les caractères transitoires fournis 
par le mode de constitution de l'embryon. Mais les groupes naturels 
sont toujours Teconnaissables à un certain ensemble de particularités de 



40 CLASSIFICATION 

structure d'une valeur secondaire, qui sont en quelque sorte les satel- 
lites du caractère dominateur dont leur mode spécial d'organisation 
semble être une conséquence, et l'on peut employer ces signes comme 
une clef pour arriver empiriquement au résultat marqué par la 
théorie. Les divisions des différents degrés dont l'établissement est 
motivé par l'embryologie peuvent être définies de la sorte d'une ma- 
nière artificielle, et en terminant l'esquisse que je me proposais de 
tracer ici, je crois devoir résumer les caractères accessoires les plus 
utiles à prendre en considération, lorsqu'on veut retrouver chez les 
Animaux adultes les traces des différences typiques primordiales. Le 
tableau suivant contient ces indications. 



CLASSE DES MAMMIFERES. 

Première sous-classe. — MAMMIFÈRES NORMAUX. — Bassin bien développé, portant 
une paire de membres et dépourvu d'os sus-pubiens ; mamelles à découvert; cer- 
veau pourvu d'un mésolobe bien constitué. 

PHALANGE DES HÉMATOGÉNÈTES. — Doigts onguiculés, en général au nombre de cinq ; 
des dents sur le devant de la bouche. 

Légion des NicraiiaiMoïdcs. — Dents mâchelières essentiellement broyeuses ou râ- 
peuses ; condyles de la mâchoire inférieure arrondis ou allongés. 
Couorte des Primates. — Des mains ; cerveau offrant des circonvolutions; système den- 
taire complet. 
Ordre des Bimanes. — Pouce opposable aux membres antérieurs seulement. 
Ordre des Quadrumanes. — Pouce toujours opposable aux membres postérieurs et 
presque toujours aux membres thoraciques. 
Cohorte des Plébéutes. — Jamais de mains aux membres antérieurs et presque jamais 
aux membres abdominaux ; système dentaire souvent incomplet. 
Ordre des Chiroptères. — Des ailes ; trois sortes de dents. 
Ordre des Insectivores. — Pas d'ailes ; trois sortes de dents. 
Ordre des Rongeurs. — Deux sortes de dents seulement (pas de canines). 

Légion des Mésallantoïdés. — Dents mâchelières tranchantes; condyles delà mâchoire 

inférieure très-élargis transversalement. 
Ordre des Carnivores. — Pattes conformées pour la marche. 
Ordre des Pinnés (Storr) ou Amphibies. — Pattes conformées essentiellement pour la 

natation. 



DES MAMMIFÈRES. ûl 

PHALANGE DES HYRACIENS. — Pieds plantigrades et subongulés; doigts au nombre de 
qualre; système dentaire complet; pas de trompe. 

PHALANGE DES PROBOSCIDIENS. — Doigts subongulés et au nombre de 5; une trompe. 

PHALANGE DES MÉGALLANTOIDIENS.— Membres ongulés; des dents incisives; jamais 
cinq doigts; digitigrades. 

Ordre des Pachydermes solidongulés ou Périssodactyles. — Estomac impropre à la rumi- 
nation ; pieds non fourchus. 

Ordre des Pachydermes bisulques. — Estomac impropre à la rumination ; pieds fourchus . 

Ordre des Camélidés. — Estomac conformé pour la rumination; pieds fourchus, pha- 
Iangigrades. 

Ordre des Tragulides. — Pieds fourchus ; estomac conformé pour la rumination et divisé 
en trois réservoirs. 

Ordre des Pécorides ou Ruminants ordinaires. — Pieds fourchus ; quatre réservoirs 
stomacaux. 

PHALANGE DES ÉDENTÉS. — Membres subongulés; pas de dents sur le devant de la 
bouche. 

Deuxième sous-classe. — PINNIFERIENS ou MAMMIFÈRES PISCIFORMES. — 

Bassin rudimentaire ; ni membres abdominaux, ni os sus-pubiens; membres 
thoraciques complètement transformés en nageoires. 

Ordre des Sirénides. — Doigts composés, comme d'ordinaire, par trois phalanges au 
plus ; narines antérieures. 

Ordre des Cétacés ou Souffleurs. — Certains doigts composés de plus de trois pha- 
langes; narines frontales. 

Troisième sous-classe. — DIDELPHIENS ou MAMMIFÈRES IMPLACEXTAIRES. 

— Bassin bien développé, portant des os sus-pubiens et des pattes postérieures ; 

en général une poche mammaire ; cerveau sans méiolobe. 
Ordre des Marsupiaux. — Os coracoïdien rudimentaire; un vagin très-développé. 
Ordre des Monolrèmes. — Os coracoïdien s'articulant avec le sternum et l'omoplate; pas 

de vagin proprement dit. 

Les relations naturelles de ces divers groupes zoologiques ne 
peuvent être représentées, ni par la disposition unisériale générale- 
ment employée dans les tableaux méthodiques de mammalogie, ni par 
le système des séries paralléliques adoptées par M. Isidore Geoffroy 
Saint-Hilaire. Frappé de l'insuffisance de ces essais, un de nos chimistes 
les plus éminents, M. Chevreul, a proposé récemment de superposer 
les groupes, et de disposer sur chaque étage, le long des rayons partant 

6 



lt'2 CLASSIFICATION DES MAMMIFÈRES. 

d'un centre commun, les divers membres de chacun de ces groupes, de 
façon à les rapprocher le plus possible de leurs analogues dans les 
groupes sou s-jacents (1). En effet, cela lèverait quelques-unes des dif- 
ficultés qui se rencontrent à chaque pas dans les autres systèmes dont 
je viens de parler; mais la réalisation de ce projet présenterait d'autres 
difficultés sérieuses, et il ne répondrait pas à ce que le zoologiste 
cherche à mettre en évidence. Je préfère l'artifice graphique dont j'ai 
fait usage dans plusieurs publications, notamment dans mon mémoire 
sur la classification des Mammifères, qui date de 18W. Je dispose les 
types à peu près comme les îles d'un archipel sur une carte géogra- 
phique, où les étoiles du firmament sur une carte céleste, en les rap- 
prochant suivant le degré de leurs affinités naturelles ; ces types se 
groupent alors comme les étoiles dans les diverses constellations, et je 
circonscris par des ceintures chacun des agrégats primaires, secon- 
daires, ou d'un ordre plus élevé, obtenus de la sorte ; enfin, je réunis 
par des lignes de jonction les types qui semblent établir des passages 
entre les groupes différents. Le tableau théorique ainsi dressé rend sai- 
sissables, au premier coup d'oeil, tous les degrés de division et de sub- 
division que la nature semble avoir introduits parmi les dérivés d'un 
même type fondamental, et il rappelle également les traits de ressem- 
blance les plus importants à noter, qui existent entre certains membres 
de groupes plus ou moins éloignés entre eux. 



(I) Chevreul, Sur la méthode expérimentale en général, et en particulier sur un mode de 
distribution des espèces zoologiques dite par étagts (Comptes rendus des séances de l'Académie des 
sciences, 1863, t. LVII, p. 409 et 457). 

H. Milne Edwards. 



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OBSERVATIONS 



SUR 



L'HIPPOPOTAME DE LIBERIA 



Les singuliers habitants des fleuves de l'Afrique que les anciens 
comparaient à des Chevaux, et que les auteurs modernes continuent a 
désigner sous le nom d'Hippopotames, ne sont bien connus des natu- 
ralistes que depuis un petit nombre d'années. Pendant fort longtemps on 
croyait que ces animaux appartenaient tous à une même espèce ; mais 
l'examen comparatif d'un certain nombre d'individus provenant, les 
uns du cap de Bonne-Espérance, les autres du Sénégal, a conduit Des- 
moulins, Duvernoy, et quelques autres zoologistes, à penser que, dans 
ces deux parties extrêmes du grand continent africain, le type gé- 
nérique commun a ces mammifères gigantesques était représenté 
par deux espèces distinctes ; et la découverte d'un autre animal 
de même forme, mais de moyenne taille, vivant a Libéria, donna en 
18M un nouvel intérêt à l'histoire naturelle du groupe ainsi constitué. 
Cependant, faute de matériaux nécessaires pour en faire une étude ap- 
profondie, cette nouvelle acquisition scientifique est restée incomplète, 
et les auteurs les plus récents sont partagés d'opinions, relativement au 
degré de parenté zoologique qui existe entre l'Hippopotame de Libéria 
et les Hippopotames ordinaires. Les premières notions à ce sujet 
furent fournies par une collection de pièces ostéologiques formée à 
Monrovia par le docteur Goheen et soumise à l'examen de M. Morton. 



hk OBSERVATIONS 

Ce naturaliste y remarqua deux têtes d'Hippopotames de petite taille, 
provenant d'animaux tués sur les bords de la rivière Saint-Paul, qui 
prend sa source dans les montagnes de la Guinée, traverse la colonie 
de Libéria, et débouche dans l'océan Atlantique, au nord du cap Me- 
surado. Ces têtes différaient de celle de l'Hippopotame du Cap et de 
l'Hippopotame du Sénégal par plusieurs caractères importants, tels 
que le nombre des dents et la grandeur relative des régions crânienne 
et faciale. M. Morton en publia une description sommaire, et donna 
le nom d' Hippopotamus minor à l'espèce nouvelle ainsi introduite 
dans la science (1). Cette désignation, ayant déjà été appliquée par 
Cuvier à un Hippopotame fossile, n'a pu être conservée, et, peu de 
temps après, M. Morton y substitua le nom d! Hippopotamus Libe- 
riemis (2). 

D'après une nouvelle étude de la tête osseuse de ce Mammifère, 
publiée en 1850, M. Leidy crut devoir le distinguer des Hippopotames 
proprement dits, et en former un genre nouveau sous le nom de 
Chœrodes ; malheureusement, ce nom avait déjà reçu un emploi dans 
une autre branche de la zoologie, par conséquent il ne pouvait pas 
être appliqué de la sorte, et M. Leidy ne tarda pas à le remplacer par 
celui de Chœropsis (3). 

Enfin, plus récemment, Gratiolet, dans son beau travail sur l'ana- 
tomie de l'Hippopotame ordinaire, appela de nouveau l'attention sur 
la petite espèce que nous étudions ici, et, ignorant sans doute l'exis- 
tence du travail de M. Leidy, il forma pour cet animal une division 
générique particulière sous le nom de Ditomeodon (h) . 

(1 ) On a supposed new Species of Hippopotamus, by S. G. Morton (Proceedings of ihe Âcademy 
of Nalural Sciences of Philadelphia, 1844, t. JI, p. 4 4). 

(2) Âddilional Observations on a new living Species o[ Hippopotamus of Western Africa 
(Hippopotamus Liberiensis), by S. G. Morton (Journal ofthe Academy of Natural Sciences of Phi- 
ladelphia, second séries, vol. I, 4 849). 

(3) On the Osleology of the head of Hippopotamus, by J. Leidy (Journ. of the Acad. of Nat. 
Se. of Philadelphia, 2 d séries, 4 852, vol. II, p. 207). 

(4) Recherches sur l'anal, de t Hippopotame, par P. Gratiolet, publ. par E. Alix, 1867, p. 217. 



SUR L'HIPPOPOTAME DE LIBERIA. A5 

Toutes les observations que je viens de rappeler portent presque 
exclusivement sur la tête osseuse du Choeropsis Liberiensis. On ne con- 
naissait ni les caractères extérieurs de l'animal, ni les particularités 
que pouvait présenter le reste de son organisme, et, dans le but de 
remplir ces lacunes, l'administration du Muséum signala a Son Altesse 
impériale le prince Napoléon, alors ministre de la Marine et des Colo- 
nies, l'intérêt qu'il y aurait pour la zoologie à voir figurer ce Mammi- 
fère curieux dans nos galeries nationales. Son Altesse, toujours 
disposée à aider aux progrès de la science, fit venir de Libéria, non- 
seulement la dépouille de cet animal, mais aussi un squelette complet 
et deux têtes osseuses appartenant à des individus d'âges différents. 
Ces pièces, préparées récemment et placées aujourd'hui dans la collec- 
tion publique, me permettront d'ajouter quelques faits nouveaux à 
l'histoire du petit Hippopotame de Libéria, et de mieux établir les 
rapports zoologiques qu'il présente, soit avec les Hippopotames pro- 
prement dits, soit avec certains représentants du groupe des Sui- 
liens. 

La figure ci-jointe, où se trouve représenté pour là première fois 
le Chœropsis Liberiensis (1), me permettra de n'entrer que dans peu de 
détails relatifs à la forme générale de ce pachyderme. 

Il ressemble beaucoup aux Hippopotames ordinaires. De même 
que chez ces derniers animaux, la peau est épaisse, légèrement rosée 
et entièrement dépourvue de poils, si ce n'est à la base et dans l'inté- 
rieur des conques auditives, ainsi que sur le museau, où l'on aperçoit 
quelques poils rudes. La tête, relativement beaucoup plus petite que 
chez l'Hippopotame ordinaire, est également remarquable par le déve- 
loppement moindre de la face. La bouche et les yeux sont dirigés beau- 
coup plus en dehors. Le corps est moins massif que celui de la grande 
espèce et paraît moins surchargé de graisse ; or, cette particularité, 

(4) Voyez pi. I. 



i6 OBSERVATIONS 

jointe à la direction des yeux, semble indiquer chez cet animal un 
genre de vie plus terrestre. 

Cependant les doigts sont encore réunis à leur base par une 
membrane ; mais, aux pattes postérieures, les doigts latéraux sont no- 
tablement plus courts que les médians. La queue est courte, légère- 
ment comprimée latéralement et porte quelques poils clair-semés. 

Je ne puis donner plus de détails sur les particularités extérieures 
de l'Hippopotame de Libéria. Pour bien l'étudier à ce point de vue, 
il serait nécessaire de l'observer vivant, ce qu'il a été jusqu'à présent 
impossible de faire. Cet anima] paraît cependant habiter en grand 
nombre les environs de la rivière Saint-Paul, et, à raison de sa taille 
moindre et de ses habitudes évidemment moins aquatiques, il serait 
plus facile à transporter en Europe que la grande espèce, que l'on 
voit néanmoins dans la plupart de nos ménageries. 

11 est probable que si les zoologistes n'avaient eu à leur disposition 
que des peaux de l'Hippopotame de Libéria, ils auraient longtemps 
hésité à le séparer génériquement, ou même spécifiquement, de celui 
du Nil, du Sénégal ou du Cap ; mais les caractères fournis par le sque- 
lette ont une importance beaucoup plus grande et très-facile à saisir. 
Ainsi la tête osseuse du Chœropsis (1), tout en étant conformée d'après 
le plan général des Hippopotames proprement dits, présente des 
particularités importantes à noter, et par plusieurs de ses caractères 
elle se rapproche de celle de certains représentants du groupe des 
Suiliens et surtout des Pécaris. 

Le développement de la boîte crânienne, comparé à celui de la 
face, est beaucoup plus grand que chez l'Hippopotame, et semble indi- 
quer un moindre abaissement des facultés intellectuelles. 

La cavité orbitaire est placée très en avant; son bord antérieur 
correspond à peu près à la moitié de la distance comprise entre la face 

(I) Voyez pi. 11. 



SUR I.'HII'POPOTAMK DE LIBERIA. 47 

postérieure de l'occiput et l'extrémité des os pré maxillaires. Chez 
l'Hippopotame du Sénégal, la portion de la fac3 située en avant de 
l'orbite constitue les trois cinquièmes de la longueur totale de la tête. 
Sous ce rapport, le Chœropsis ressemble beaucoup aux Pécaris. L'élé- 
vation de la boîte crânienne au-dessus du niveau du bord sourcilier 
constitue aussi un caractère qui semble rapprocher le Chœropsis de ces 
derniers Mammifères, en même temps qu'il l'éloigné de l'Hippopo- 
tame, chez lequel les orbites s'élèvent beaucoup au-dessus du niveau 
du sinciput; et, ainsi que l'a déjà fait remarquer Gratiolet. cette diffé- 
rence dans la position des yeux semble indiquer chez le Chœropsis un 
mode d'organisation moins bien approprié a une vie aquatique. 

Morton a insisté avec raison sur la forme bombée de la face supé- 
rieure de la tête, qui, chez les Hippopotames, est au contraire forte- 
ment concave. Cette différence n'est pas due seulement à la saillie et 
à l'élévation des voûtes orbitaires de ces derniers animaux; elle 
dépend aussi, en partie du moins, de l'abaissement de la région crâ- 
nienne par rapport à la racine du nez. Les parois latérales du crâne, 
au lieu d'être très-déprimées comme chez ceux-ci, sont assez fortement 
bombées. Enfin, la capacité de la boîte crânienne est beaucoup plus 
considérable. 

Je ne puis partager l'opinion de M. Leidy au sujet de la similitude 
de formes qui existerait entre les fosses temporales de l'Hippopotame 
et du Chœropsis ; celles de ce dernier sont en effet beaucoup moins 
profondes, ce qui est dû en partie à la convexité des pariétaux, et, 
d'autre part, au peu de développement des apophyses postorbitaires. 
Les arcades zygomatiques sont non moins fortement arquées que dans 
le genre Hippopotamus, mais leur forme est tout à fait différente. Elles 
sont beaucoup plus allongées, plus grêles, plus horizontales ; leur por- 
tion sous-orbitaire est beaucoup moins saillante, mais elle est plus 
arquée en dessous et en avant. Son bord inférieur se recourbe forte- 
ment vers le haut pour remonter au-dessus du trou sous-orbitaire, 



48 OBSERVATIONS 

tandis que, dans l'Hippopotame du Sénégal, ce bord est à peine 
oblique. Enfin, la surface rugueuse destinée à l'insertion du muscle 
masséter est beaucoup moins élargie, et la distance qui le sépare du 
bord alvéolaire est relativement très-petite. 

La cavité orbitaire est peu profonde ; elle ne présente pas en des- 
sus une voûte sourcilière, comme chez l'espèce du Cap et du Sénégal. 
L'os lacrymal, qui, chez cette dernière, se trouve exclu du cadre orbi- 
taire par le rapprochement du frontal et du malaire, sépare ici ces deux 
os, comme chez la plupart des autres Mammifères ; cependant il ne se 
joint pas à l'os nasal, car le frontal se prolonge beaucoup en avant, de 
telle sorte qu'il dépasse le bord antérieur de ce dernier et s'articule avec 
l'os maxillaire dans une étendue assez considérable. Cette suture des- 
cend obliquement en arrière, de façon à se continuer directement avec 
la suture maxillo-lacrymale, qui, à son tour, prolonge régulièrement la 
courbe décrite par la suture maxillo-malaire. 

Chez l'Hippopotame, les rapports mutuels de ces parties sont 
complètement différents (1) ; le malaire s'avance beaucoup au-devant 
du lacrymal, et le frontal se termine à une distance considérable en 
arrière de la suture maxillo-lacrymale, ou ne dépasse guère le niveau 
de l'angle orbitaire antérieur. 

Chez le Chœropsis, la disposition de cet ensemble de lignes articu- 
laires cesse d'être visible d'assez bonne heure, par suite de la soudure 
complète des divers os entre eux ; mais elle est très-marquée chez les 
jeunes sujets, et l'on peut s'en former une idée exacte par la figure 
que M. Leidy a donnée du crâne de l'un de ces animaux. La tête 
osseuse représentée dans les planches qui accompagnent le mémoire 
de M. Morton ne montre presque aucune trace de ces sutures, dont 
la disposition est caractéristique. 

De même que chez les Hippopotames, la portion antérieure des 

(1) Voyez Blainville, Osléographie : Onguligrades, genre Hippopotamus, pi. II. 



SUR L'HIPPOPOTAME DE LIBÉRIA. 49 

os maxillaires, dans laquelle s'implante la canine, se renfle énor- 
mément, de manière à constituer de chaque côté du museau une 
forte tubérosité qui contribue beaucoup à donner a la face de ces 
animaux l'aspect étrange qui leur est commun. Dans le jeune âge, 
ces tubérosités sus-canines sont peu développées, mais les fosses ju- 
gales qu'elles limitent en avant et qui sont bordées postérieurement 
par la racine malaire de l'arcade zygomatique, sont toujours très- 
profondes. Chez le Chœropsis, elles s'étendent beaucoup moins d'ar- 
rière en avant que chez les Hippopotames, ce qui les fait paraître 
beaucoup plus excavées. Du reste, cette disposition n'est due qu'à la 
brièveté de la face. Un mode de conformation analogue, quoique moins 
prononcé, se rencontre chez un grand nombre de Suiliens, surtout 
chez les Pécaris. L'aspect de cette partie de la face est très-différent 
chez les Sangliers, les Phachochceres, etc., par suite du renversement 
des alvéoles des canines, qui se dirigent en haut; au contraire, celles 
des Pécaris ont une direction normale, et la partie antérieure de la 
tubérosité qui les surmonte est excavée pour recevoir la canine infé- 
rieure. Chez les Hippopotames, cette dernière dent ne s'élève pas au- 
dessus du bord alvéolaire supérieur, mais, dans le genre Chœropsis, 
les rapports de ces parties sont à peu près les mêmes que chez les 
Pécaris, bien que la tubérosité sus-canine ne soit pas excavée an- 
térieurement. 

Les os intermaxillaires sont beaucoup moins développés que ceux 
de l'Hippopotame; ils ne se renflent que peu au-dessus des incisives 
et, inférieurement, ils se joignent presque sur la ligne médiane (1), 
tandis que, chez l'Hippopotame, ils laissent entre eux, à la partie anté- 
rieure du palais, une échancrure large et profonde. M. Leidy et Gra- 
tiolet ont déjà insisté avec raison sur ce caractère anatomique. Il 
résulte de ces dispositions que l'ouverture des fosses nasales est beau** 

(I) Voyez pi. III. 



50 OBSERVATIONS 

coup plus resserrée, que le museau est moins saillant et que la partie 
antérieure de la voûte palatine est terminée par un bord alvéolaire 
assez régulièrement arqué. La portion de cette voûte comprise entre 
les canines est comparativement étroite; ainsi une ligne longitudinale 
faisant suite à la série des molaires, tombe en dehors de l'incisive 
externe et affleure presque le bord interne de la canine, tandis que, 
dans le genre Hippopotames, elle passe à une très-grande distance de 
cette dernière dent et laisse môme en dehors les deux incisives. La 
distance qui sépare entre elles les incisives internes n'égale pas la 
moitié de la distance comprise entre les premières molaires; chez 
l'Hippopotame, au contraire, elle excède la totalité de cet intervalle. 

Les trous incisifs, situés immédiatement en arrière et un peu en 
dedans des alvéoles prémaxillaires, sont grands, ovalaires et séparés 
entre eux par une fissure médiane bien prononcée ; une dépression 
médiane assez profonde occupe la partie suivante de la voûte palatine, 
jusque vers le niveau de la quatrième fausse molaire, mode de confor- 
mation qui n'existe pas chez l'Hippopotame. La portion de la voûte 
palatine comprise entre les molaires est plus étroite que dans le genre 
que je viens de citer et se rétrécit notablement en arrière. L'ouverture 
postérieure des fosses nasales est moins profonde, moins régulièrement 
arrondie en avant. Les caisses auditives sont très-renflées, caractère 
qui se retrouve aussi chez les Pécaris et n'existe pas chez l'Hippo- 
potame où ces renflements se rétrécissent beaucoup en avant et s'y ter- 
minent par une pointe en forme de corne tombante. L'apophyse 
mastoïde du Chœropsis est située beaucoup plus en dedans et descend 
presque immédiatement en arrière des caisses auditives. La tubérosité 
glénoïdale interne est petite, et la cavité articulaire destinée à recevoir 
le condyle de la mâchoire est dirigée suivant une ligne à peu près 
transversale au lieu de se porter très-directement en dehors et en 
avant, comme cela a lieu chez l'Hippopotame. 

La région occipitale du Chœropsis indique moins de force dans les 



SUR L'HIPPOPOTAME DE LIBÉRIA. 51 

muscles et dans les ligaments cervicaux. Sa portion supérieure ne sur- 
plombe pas, à beaucoup près, autant, et les expansions latérales des 
mastoïdes, Taisant suite à la crête lambdoïdale, sont comparativement 
faibles. 

Les différences de proportion entre les régions crânienne et faciale 
de la tête du Chœropsis, comparée à celle des Hippopotames propre- 
ment dits, deviennent encore plus considérables, lorsqu'au lieu d'exa- 
miner les caractères extérieurs des têtes osseuses, on prend en consi- 
dération la structure intérieure, ainsi que cela est facile de le faire en 
pratiquant sur la ligne médiane une section verticale. En effet, la ca- 
vité encéphalique est réduite d'une manière très-remarquable chez 
ces derniers animaux; chez le Chœropsis, au contraire, elle est de 
grandeur moyenne (1) . Ainsi, son plus grand diamètre vertical corres- 
pond aux deux neuvièmes de la longueur totale de la tête, tandis que 
dans le genre Hippopotame, il n'est égal qu'à un huitième de cette 
même longueur. Chez celui-ci (2), la petitesse de la boîte cérébrale 
est en quelque sorte masquée extérieurement par l'énorme épaisseur 
des os qui en forment la voûte, et qui, dans l'individu que j'ai sous 
les yeux, atteint 7 centimètres dans la partie correspondante au bord 
postérieur des pariétaux, tandis que la plus grande hauteur de la 
cavité intérieure du crâne n'est que de 8 centimètres et demi. 

Le renflement de la région interorbitaire du Chœropsis, sur lequel j'ai 
déjà appelé l'attention (3), est dû à un grand développement des sinus 
frontaux, qui s'étendent du niveau de la partie antérieure de l'ethmoïde 
jusque vers le milieu du sinciput. Chez les Hippopotames, il n'y a 
aucune trace de ces sinus. 

Les fosses nasales du Chœropsis sont beaucoup plus hautes et 
moins longues; leur plus grand diamètre vertical correspond aux 

(1) Voyez pi. IV, fig. 1. 

(2) Voyez pi. IV, fig. 2. 

(3) Voyez page 47. 



52 OBSERVATIONS 

trente-cinq centièmes de leur diamètre longitudinal (mesuré sur leur 
plancher) , tandis que chez l'Hippopotame ordinaire, il n'est égal qu'aux 
vingt-huit centièmes de la même longueur, et cependant, chez ce 
dernier animal, la portion palatine du méat inférieur est proportion 
nellement beaucoup plus élevée. La forme de la portion antérieure de 
ce méat est également très-différente dans les deux genres dont nous 
comparons ici les caractères. Chez le Chœropsis, il est très-étranglé 
par un renflement oblique dû à l'alvéole de la canine, tandis que chez 
l'Hippopotame, il se continue sans rétrécissement notable, jusqu'à 
l'ouverture extérieure des narines, disposition qui dépend de la ma- 
nière dont la canine est rejetée en dehors. 

11 y aurait un grand intérêt à étudier comparativement le cerveau 
de l'Hippopotame de Libéria et celui de la grande espèce ; malheureu- 
sement nous ne connaissons de cette dernière que l'encéphale d'un indi- 
vidu nouveau-né figuré par Gratiolet, et nous n'avons de l'autre abso- 
lument aucune notion. Mais en moulant l'intérieur de la cavité 
crânienne, on peut se rendre très-bien compte de la forme générale 
du cerveau et des proportions relatives des différentes parties qui le 
constituent. J'ai fait exécuter de la sorte des modèles en plâtre de 
l'encéphale du Chœropsis et de l'Hippopotame du Nil. 

En comparant entre elles ces pièces, on est frappé tout d'abord 
des différences considérables qu'offrent les lobes olfactifs. Chez le 
Chœropsis (1), ces prolongements sont extrêmement courts, mais bien 
développés dans le sens vertical; chez l'espèce du Nil (2), ils sont 
très-longs et beaucoup plus arrondis; ce caractère se voit aussi très- 
bien sur la coupe verticale du crâne. Le champ olfactif, qui s'étend de 
la base de ces bulbes au chiasma des nerfs optiques, remarquablement 
long et renflé chez l'Hippopotame, est large et court chez le Chœropsis. 
La glande pituitaire de ce dernier est petite et placée très-loin en 

(\) Voyez pi. V, fig. 1, 2 et 3. 
(â) Voyez pi. V, 6g. 4, 5 et 6. 



SUR L'HIPPOPOTAME DE LIBÉRIA. 53 

arrière du chiasma ; chez l'Hippopotame, au contraire, elle est très- 
grosse et rejetée fort en avant (1). Le lobe de l'hippocampe du Chœ- 
ropsis est beaucoup plus renflé que dans l'autre espèce (2). 

L'encéphale examiné en dessus paraît beaucoup plus bombé et 
plus ramassé (3). 

Les chiffres suivants indiquent quelques-uns des rapports de pro- 
portion qui existent entre le cerveau des deux espèces d'Hippopotame. 

Hippopotame Chœropsis 
du Nil. liberiensis. 

Hauteur du cerveau prise au niveau du chiasma 12,5 6,5 

Largeur mesurée au même niveau 20,5 8 

Longueur mesurée de l'extrémité antérieure de l'hémisphère au bord 

latéral de la tente du cervelet. 10,4 7,5 

Chez ces deux animaux, le cervelet est remarquablement petit et 
déprimé. 

Il aurait été intéressant de comparer le moulage intérieur du 
crâne du Chœropsis à celui d'un très-jeune Hippopotame, car, à en juger 
d'après les figures jointes au mémoire de Gratiolet, l'encéphale de ce 
dernier différerait beaucoup moins de celui de l'espèce de Libéria que 
lorsqu'il est arrivé à son complet développement. Ainsi, chose remar- 
quable, dans le cerveau de l'individu nouveau-né, observé par Gra- 
tiolet, les lobes olfactifs sont très-réduits « et si plats, qu'on les aper- 
çoit à peine sur le profil du cerveau ». Au contraire, le moulage que 
j'ai fait exécuter, indique que chez l'adulte ces lobes offraient un dé- 
veloppement considérable, plus considérable que celui que l'on re- 
marque chez le Chœropsis. 

Si l'on considère les proportions générales, on arrive aux mêmes 
résultats ; ainsi, le cerveau du jeune Hippopotamus amphibius est assez 
épais, comparativement à sa longueur et à sa largeur, sans l'être 

(1) Voyez pi. V, fig. 5 et 6. 

(2) Voyez pi. V, fig. 1 . 

(3) Voyez pi. V, fig. 2. 



54 OBSERVATIONS 

cependant autant que celui du Chœropsis; chez l'adulte, au contraire, 
il est excessivement aplati et effilé en avant. Dans cette espèce, les 
facultés intellectuelles semblent relativement beaucoup plus déve- 
loppées dans la jeunesse, et tandis que, par les progrès de l'âge, les 
centres nerveux restent à peu près stationnaires, la charpente osseuse 
et le système musculaire prennent un développement énorme, la 
nature brutale de l'animal s'exagère, et ces modifications sont ana- 
logues à celles que l'on avait observées sur certains Singes et surtout 
sur les Anthropomorphes. 

La mâchoire inférieure du Chœropsis ressemble à celle de l'Hippo- 
potame par sa forme générale ; mais elle en diffère par son moindre 
développement comparatif et par plusieurs autres particularités im- 
portantes. Ainsi, les tubérosités où sont creusées les alvéoles des ca- 
nines sont beaucoup moins saillantes latéralement, et ne sont pas 
séparées du bord alvéolaire incisif par une excavation large et pro- 
fonde, comme chez les Hippopotames. La symphyse du menton est 
large et solide, mais elle s'étend cependant beaucoup moins en arrière 
que chez ces derniers ; en effet, elle ne dépasse que peu le niveau du 
bord antérieur de l'antépénultième prémolaire, au lieu de se prolonger 
jusqu'au niveau de la partie correspondante de la dernière de ces dents. 
Les branches horizontales de la mâchoire sont peu élevées et dirigées 
presque verticalement, tandis que chez les Hippopotames, elles sont 
remarquablement hautes, et convergent notablement l'une vers l'autre 
dans leur portion supérieure. La région massétérienne est beaucoup 
moins développée en bas et en arrière ; son angle inférieur ne se re- 
courbe que peu en avant ; enfin le condyle est petit, il se prolonge à 
peine du côté interne, et sa surface articulaire est disposée plus trans- 
versalement et ne s'incline que peu en bas et en dedans. 

C'est principalement à raison des particularités de son système 
dentaire que l'Hippopotame de Libéria a été séparé génériquement des 
Hippopotames ordinaires. On sait, en effet, que dans la première de 



SUE L HIPPOPOTAME DE I.JBEI'.IA. 00 

ces espèces, il existe à la mâchoire inférieure une paire d'incisives de 
moins que chez la seconde, et que la première prémolaire, au lieu 
d'être caduque et de disparaître de très-bonne heure, sans laisser 
aucune trace de l'existence de son alvéole, persiste pendant toute la 
durée de la vie de l'animal, et reste implantée dans une cavité pro- 
fonde. La conformation des dents a été décrite avec assez de détails 
par Morton, Leidy et Gratiolet, pour qu'il me paraisse inutile d'in- 
sister longuement sur ce sujet. Tous les crânes que possède le Muséum 
d'histoire naturelle sont malheureusement dépourvus d'incisives su- 
périeures ; mais il est facile de voir, par le développement des alvéoles 
aussi bien que par les figures données par M. Morton, qu'à l'opposé 
de ce qui existe chez les Hippopotames, les incisives internes sont un 
peu plus faibles que les externes. 

A la mâchoire inférieure, les deux dents correspondantes sont 
allongées, moins proclives que celles de l'Hippopotame, et répondent 
à l'intervalle que les incisives de la première et de la seconde paires 
laissent entre elles. 

Les canines sont relativement très-fortes, celles de la mâchoire 
supérieure s'usent très-rapidement, et par conséquent ne dépassent 
que peu le bord alvéolaire (1). Elles se distinguent nettement de celles 
de l'Hippopotame, aussi bien par leur forme générale que par la dispo- 
sition des stries de l'émail. Elles sont extrêmement élargies transversa- 
lement, au lieu d'être presque cylindriques ; leur diamètre antéro-pos- 
térieur est faible, et la gouttière longitudinale, dont elles sont creusées 
en arrière, est à la fois très-profonde et très-large; les deux lobes ainsi 
séparés sont moins inégaux que chez l'Hippopotame, et il existe sur la 
face externe de la dent une autre gouttière superficielle, dont on voit 
à peine quelques traces chez ce dernier. Les stries longitudinales des 
faces postérieure et externe sont très-fines ; à la face antérieure, on 

(I) Voyez pi. II et III. 



56 OBSERVATIONS 

remarque, au contraire, des cannelures très-larges. Une gouttière 
très-superficielle, mais évasée, sillonne la face interne. Enfin, la sur- 
face triturante est moins oblique, et par l'effet de l'usure, au lieu de 
devenir plane, elle présente deux portions dont la direction n'est pas 
la même : l'une, plus grande et située du côté externe, résulte du frot- 
tement de la partie subterminale de la canine opposée ; l'autre, située 
du côté interne et tournée plus en dedans, est produite par le contact 
de la portion basilaire de la même dent. Cette dernière est longue et 
se porte plus en dehors que d'ordinaire; par sa direction, elle rappelle 
davantage un boutoir de Sanglier. Chez les véritables Hippopotames, 
l'élévation de la portion postérieure du bord alvéolaire est si considé- 
rable que, lors du rapprochement des mâchoires, celles-ci restent très- 
écartées entre elles sur le devant de la bouche. Il résulte de cette dis- 
position et de la direction des canines, que ces dents ne frottent l'une 
contre l'autre que dans une portion de leur longueur, et l'inférieure, 
par la détrition, présente un biseau peu allongé, et en général terminé 
en bas par un ressaut brusque situé à une distance notable du bord 
alvéolaire. 

Dans le Chœropsis, au contraire, les mâchoires se rapprochent 
davantage en avant; la canine supérieure descend jusqu'au bord alvéo- 
laire de la mâchoire inférieure, et la canine, implantée dans cette der- 
nière, se trouve usée dans toute la longueur de sa portion libre. Il est 
aussi à noter qu'elle ne présente pas, à sa face interne, de dépression 
ou gouttière longitudinale, et que les stries de l'émail sont très-fines, 
très-rapprochées et saillantes. 

Quant aux molaires, je rappellerai seulement que les replis de 
l'émail y sont moins compliqués que chez les Hippopotames, que la 
première vraie molaire s'use très-vite, et que sa couronne est déjà for- 
tement entamée, lorsque celle des autres est encore presque intacte (1) 

(I) Voyez pi. III. 



SUR L'HIPPOPOTAME DE LIIiERIA. 57 

Pour l'étude détaillée de chacune de ces dents, considérée en particu- 
lier ou dans ses rapports avec ses congénères, je me bornerai à ren- 
voyer au mémoire de Gratiolet, récemment publié par les soins du 
docteur Alix. 

Lorsque Morton fit connaître la nouvelle espèce d'Hippopotame 
dont l'étude nous occupe ici, il n'en avait que le crâne; plus tard, 
quand M. Leidy publia de nouvelles observations sur cet animal, il eut 
entre les mains le squelette ; mais ne possédant pas. comme terme de 
comparaison, la charpente osseuse de l'Hippopotame proprement dit, 
et n'ayant à sa disposition que les figures données par Blainville, il 
dut se borner à signaler la ressemblance générale, qui, sous ce rap- 
port, existe entre ces animaux. Le squelette complet donné au Muséum 
par S. A. I. le prince Napoléon, me permet de combler une des lacunes 
laissées ainsi dans l'histoire analomique du Chœropsk liberiemis. 

La colonne vertébrale (1) présente clans son ensemble les mêmes 
courbures que chez Y Hïppopotamus ampkibius; cependant, la portion 
cervicale semble se relever davantage. Les vertèbres sont groupées de 
la manière suivante : 

Cervicales 7 

Dorsales 15 

Lombaires h 

La comparaison de ces nombres avec ceux que l'on a constatés 
chez l'Hippopotame amphibie, ne conduit à aucun résultat, car chez 
ce dernier, on sait qu'ils peuvent varier dans certaines limites ; ainsi, 
tandis que le nombre des vertèbres costifères est toujours de 15, celui 
des lombaires est généralement de h, comme cela se remarque sur le 
squelette préparé au cap de Bonne-Espérance par Delgorgue, sur celui 
que le même voyageur s'est procuré à Natal, et sur un des jeunes in- 

(1) Voyez pi. II. 



58 OBSERVATIONS 

dividus nés de la paire d'Hippopotames du Nil, offerte au Muséum par 
M. Delaporte. On compte au contraire cinq de ces osselets sur le sque- 
lette rapporté du Sénégal par S. A. R. le prince de Joinville. 

De même que dans le genre Hippopotamus, les vertèbres du cou 
offrent beaucoup de force et de largeur, cependant leur système apo- 
pbysaire est notablement moins développé que chez ces derniers ani- 
maux. L'atlas ne nous présente rien de particulier à noter. L'axis est 
pourvu d'une apophyse épineuse relativement courte ; son bord supé- 
rieur, au lieu d'être régulièrement arqué, est excavé vers le milieu, et 
son angle postérieur constitue une sorte de pointe qui ne se prolonge 
pas au-dessus de la vertèbre suivante, tandis que, chez l'Hippopotame, 
cet angle se termine en arrière par une extrémité fourchue qui s'ap- 
puie sur l'apophyse épineuse de la troisième vertèbre. Les apophyses 
suivantes ne présentent rien de spécial, si ce n'est que la dernière est 
grêle et très-longue. Les apophyses transverses sont courtes; celles 
des deuxième, troisième et quatrième vertèbres sont à peine renflées 
en dehors, et les lames ou ailes qui limitent latéralement les gouttières 
vertébrales inférieures, sont moins grandes que celles de l'Hippopo- 
tame amphibie, où elles chevauchent les unes sur les autres et offrent 
aux muscles cervicaux une surface d'insertion d'une étendue considé- 
rable. La sixième vertèbre du Chœropsis ressemble davantage, sous ce 
rapport, à celle de ce dernier ; mais les lames sont à la fois plus hautes 
et plus courtes. La carène inférieure, qui se remarque sur le corps des 
vertèbres, et son extrémité postérieure ne se bifurquent pas comme 
chez les Hippopotames amphibies adultes. 

Les vertèbres dorsales du Chœropsis liberiensis se reconnaissent à 
la disposition de leurs apophyses épineuses, relativement hautes et 
grêles ; celle de la première vertèbre est à peu de chose près aussi 
longue que les autres; elle s'atténue un peu vers son extrémité, 
en s'infléchissant légèrement en arrière. Celles des deuxième, troi- 
sième, quatrième, cinquième et sixième vertèbres ont à peu près la 



SUR L'HIPPOPOTAME DE LIBERIA. 59 

môme forme; elles se rendent cependant davantage vers le haut; â 
partir de la onzième vertèbre, elles se raccourcissent notablement et 
s'élargissent de plus en plus à mesure qu'elles se rapprochenl des lom- 
baires auxquelles elles ressemblent beaucoup. Dans cette région, ainsi 
que je l'ai déjà dit, les vertèbres sont au nombre de quatre, et par 
leur configuration générale, elles s'éloignent très-notablement de celles 
des Hippopotames proprement dits; ainsi, leurs apophyses épineuses 
sont larges, surbaissées, coupées carrément vers le haut, et en contact 
les unes avec les autres dans presque toute leur hauteur. Dans le genre 
Hippopotamus, elles sont plus longues, plus inclinées, mais beaucoup 
moins élargies, et elles se rétrécissent dans leur portion subterminale 
(vers leur tiers supérieur) . 

Les apophyses articulaires supérieures du Chœropsis sont cour- 
tes, trapues, arrondies et presque verticales, tandis que celles de l'Hip- 
popotame sont comprimées et se prolongent beaucoup en avant en 
forme de crochet. 

Les apophyses transverses sont grandes et lamelleuses comme 
d'ordinaire dans ce groupe. Mais celles de la première vertèbre, au 
lieu de dépasser en longueur les suivantes, sont notablement plus 
courtes. 

Le bassin (1) diffère par sa forme de celui des Hippopotames 
ordinaires. Les fosses iliaques externes sont plus horizontales, leur 
portion interne se relève davantage, de façon à encaisser largement 
la partie du sacrum qui correspond à la totalité de la deuxième 
vertèbre de cette région. Leur angle antéro-externe est coupé car- 
rément; aussi le bord adjacent de la crête iliaque forme-t-il, avec 
celui de la partie moyenne de celle-ci, un angle presque droit. La 
portion rétrécie, située immédiatement en avant de la cavité coty- 
loïde, et que l'on pourrait appeler le col de l'iliaque, est beaucoup 

(I) Voyez pi. n. 



60 OBSERVATIONS 

plus allongée que chez L'Hippopotame, Les cavités cotyloïdes sont 
petites et dirigées plus en arrière. La tubérosité du bord supérieur de 
l'ischion, qui, chez VHippopotamus amphibius, surmonte cette cavité, est 
située, chez l'espèce de Libéria, beaucoup plus en arrière, de façon à 
diminuer la longueur du petit bassin. Le trou sciatique se fait remar- 
quer par sa forme ovalaire ; le bord ischiatique postérieur est plus 
tronqué, plus mince, et son angle inférieur se porte davantage en 
arrière. 

L'omoplate (1) diffère de celle de l'Hippopotame par plusieurs 
particularités. Le col est beaucoup moins gros ; l'apophyse coracoïde 
qui le surmonte est moins élevée et ne se recourbe pas en forme de 
corne. L'apophyse acromion est mince, et s'avance à peine vers l'ar- 
ticulation scapulaire ; la portion moyenne du bord libre de l'épine de 
l'omoplate est beaucoup moins renflée. Enfin, la face interne de l'os 
est moins excavée, et elle présente, en haut et en avant, une surface 
rugueuse destinée à l'insertion du muscle angulaire. Ces empreintes 
sont moins étendues et à peine marquées chez l'Hippopotame. 

La conformation générale des membres ne diffère que peu de 
celle qui appartient aux autres animaux du môme groupe naturel. 

L'humérus du Chœropsis est beaucoup moins robuste, et cette dif- 
férence s'accuse surtout dans les extrémités articulaires. En prenant 
pour unité de mesure la longueur totale de l'os, la largeur de l'extré- 
mité scapulaire n'est que de 37 centièmes, tandis que dans le genre 
Hippopotame, elle atteint /|5 centièmes. La tubérosité qui surmonte la 
coulisse bicipitale est moins élargie à sa base, mais s'allonge davan- 
tage et se recourbe plus en dedans. La crête deltoïdienne est moins 
contournée en arrière que chez l'Hippopotame, où elle atteint le 
niveau d'une ligne qui passerait par le bord antérieur de la tubérosité 
externe et par le bord postérieur de l'épicondyle ; chez le Chœropsis, 

(1) Voyez pi. II. 



SUR L'HIPPOPOTAME DE LIBERIA. 61 

elle se trouve sur le trajet d'une ligne, qui, parlant en haut du même 
point, irait aboutir à la partie antérieure de L'épicondyle. il est aussi à 
noter que cette crête est plus régulièrement développée, et que sa por- 
tion moyenne est beaucoup moins renflée. 

L'extrémité inférieure de l'humérus est beaucoup moins grosse. 
Sa plus grande largeur, au lieu d'égaler un tiers de la longueur totale 
de l'os, n'en mesure que le quart. La fosse olécrânienne est très-pro- 
fonde, longue, étroite et fortement encaissée; la crête épicondvlienne, 
qui la limite en dehors, est presque droite et peu oblique, à l'opposé 
de ce qui se remarque chez l'Hippopotame, où elle est à la fois beau- 
coup plus saillante, plus inclinée et plus arquée. L'épitrochlée est com- 
parativement faible. 

La fosse coronoïdienne, qui donne insertion au muscle brachial 
antérieur, et la portion adjacente de la surface sus-épicondylienne, 
sont étroites et dirigées beaucoup plus obliquement en arrière que 
chez l'Hippopotame. Enfin, la torsion de la partie inférieure de l'os est 
moins forte. Les os de F avant-bras sont soudés encore plus intimement 
que chez l'Hippopotame ; l'espace interosseux est occupé presque en 
entier par une lame osseuse mince, ce ne présente pas en dessus le 
sillon large et profond, qui est extrêmement marqué chez l'Hippo- 
potame. L'apophyse ©fécrâne est moins allongée et moins grosse ; sa face 
interne est pj^iondément excavée, et son angle supérieur se prolonge 
et sp Kscourbe fortement en dedans, en se détachant des parties adja- 
centes. La face externe de cet angle est à peine creusée en gouttière, 
tandis que chez l'Hippopotame on y remarque une excavation pro- 
fonde, dont la lèvre externe s'élève en forme de tubérosité. Le bord 
postérieur du cubitus est tranchant et cristiforme, et la surface articu- 
laire carpienne qui termine cet os, ne présente pas en arrière et en 
dedans une tubérosité condyliforme, ainsi que cela a lieu chez l'Hip- 
popotame. 

Le radius est plus réduit proportionnellement que le cubitus, et sa 



62 OBSERVATIONS 

surface carpienne est plus régulièrement oblique, moins onduleuse, et 
n'encaisse pas aussi fortement le scaphoïde et le sémilunaire. La crête 
qui, en bas et en arrière, sépare les facettes sur lesquelles glissent 
ces deux os, est très-proéminente, et dirigée directement en arrière, 
tandis que dans le genre Hippopotame, elle est mousse et dirigée 
obliquement en dedans, de telle sorte que la facette articulaire corres- 
pondant au scaphoïde, est presque entièrement rejetée en dehors. 
Chez le Chœropsis, elle est beaucoup plus grande, proportionnellement 
à celle du sémilunaire. 

Les os du pied sont beaucoup moins trapus que ceux de l'Hippo- 
potame. Les os du carpe ont des formes mieux accusées, et chacun 
d'eux considéré séparément est plus haut et moins élargi; leurs rap- 
ports ne présentent d'ailleurs rien de particulier à noter. 

Les métacarpiens, au nombre de quatre comme d'ordinaire, se 
rétrécissent davantage dans leur portion diaphysaire; ils sont beau- 
coup moins robustes, aplatis d'avant en arrière, et leur face palmaire 
est excavée. Au-dessus de la tête articulaire des deux médians, on 
remarque une petite fossette qui manque chez les autres espèces. La 
forme des métacarpiens latéraux est assez particulière et rappelle un 
peu ce qui existe chez les Suiliens. Ca S os son t en effet plus petits, 
comparativement aux autres, et leur portion inférieure est tordue vers 
la face palmaire. Leur tête articulaire est très-obliquo, d e façon que 
les doigts latéraux sont dirigés beaucoup plus en dehors. Enfin, j'ajou- 
terai que leur extrémité inférieure est comparativement beaucoup plus 
élargie que leur portion carpienne. 

Les doigts, à peu près de même longueur relative que chez les 
Hippopotames, se reconnaissent à leur forme moins élargie et plus 
déprimée. 

Les os des membres postérieurs (1), de même que ceux des 

(1) Voyez pi. II. 



SUR i/hippopotamk de liiserja. 63 

membres antérieurs, sont notablement moins robustes que ceux de 
l'Hippopotame amphibie, et cependant Je fémur, comparé au tibia, 
est beaucoup plus court. La tête de cet os est petite et portée sur un 
col grêle, allongé et très-oblique. Le grand trochanter est très-peu 
renflé. Le corps de l'os est plus régulièrement cylindrique et ne s'élargit 
que dans le sens antéro-postérieur en s'approchant de l'extrémité 
tibiale. Les condyles sont plus étroits et se prolongent sensiblement 
moins en arrière et en haut. La fosse située au-dessus du condyle ex- 
terne est profonde et extrêmement large. 

La crête du tibia est plus développée et se recourbe davantage en 
dehors, de façon à rendre la portion supérieure de la face antéro- 
externe de cet os très-concave et à augmenter l'étendue de la surface 
d'insertion du muscle jambier antérieur, qui, d'autre part, se trouve 
amoindrie par la forme plus concave du bord externe de l'os. Les 
deux tubérosités rotuliennes qui terminent en haut la crête tibiale, et 
la tubérosité antéro-externe adjacente, sont relativement beaucoup 
plus petites. La face postérieure de l'os est profondément excavée lon- 
gitudinalement au-dessous du condyle externe. L'extrémité inférieure 
est moins forte et s'unit au péroné dans une étendue beaucoup moins 
considérable. Enfin, ce dernier os est beaucoup plus grêle. Le talon 
est comparativement faible et se prolonge peu en arrière ; ainsi sa 
longueur, comparée à celle du tibia, prise comme unité, serait de 0,44, 
tandis que chez l'Hippopotame ordinaire, elle serait de 0,54. Cette 
différence est principalement due à la longueur du bras de levier de 
la puissance, constitué par la portion postarticulaire du calcanéum, à 
l'extrémité duquel s'insère le tendon des muscles gastro-cnémiens. La 
face interne du calcanéum est très-excavée. 

L'astragale, par sa forme, présente des ressemblances étroites 
avec celui des Suiliens ; il ne se renfle que peu au-dessous de la mal- 
léole externe, et n'y constitue pas, comme chez l'Hippopotame, une 
grosse tubérosité. La partie antérieure de la poulie externe est moins 



64 OBSERVATIONS 

élargie, comparativement, que l'interne, et la fosse qui les sépare est 
peu profonde. 

Les autres os du tarse, de môme que ceux du carpe, sont plus 
étroits et plus hauts; ils sont d'ailleurs disposés d'après le môme type 
que ceux des Hippopotames, et n'en diffèrent que par des particularités 
peu importantes. Le cuboïde, cependant, est nettement caractérisé 
par le prolongement de son angle plantaire antéro-interne, en forme 
de bec de corbin, au-dessous de la partie correspondante des deux 
métatarsiens externes, par l'échancrure profonde de son bord plan- 
taire interne et par la forme odontoïde de l'angle postérieur qui 
s'avance au-dessous de l'astragale. 

L'inégalité des os métatarsiens est plus marquée que chez les Hip- 
popotames, disposition qui, de môme que plusieurs de celles que j'ai 
déjà indiquées, tend à rapprocher le Chœropsis des Suiliens; ainsi, en 
prenant pour unité de mesure la longueur du métatarsien médian 
externe, qui est le plus grand de tous, le métatarsien latéral externe 
aurait 0,60 chez le Chœropsis, et 0,75 chez l'Hippopotame du Cap ; l'in- 
terne n'aurait, chez le premier, que 0,5G, et chez le second 0,68. Les 
métatarsiens médians de l'Hippopotame sont presque d'égale longueur; 
dans l'espèce de Libéria, au contraire, l'interne est plus court dans la 
proportion de 85 à 100. 

Indépendamment de ces différences qui existent dans les rapports 
de dimension, il y a aussi des particularités de formes qui méritent 
d'être signalées; ainsi l'extrémité inférieure des métatarsiens latéraux 
est très-élargie, comparativement à l'extrémité supérieure, et la sur- 
face articulaire digitale est dirigée très-obliquement en dehors, de façon 
a déterminer un écartement considérable entre les doigts correspon- 
dants et ceux du milieu. Le corps de Los semble tordu sur lui-même, 
et sa face inférieure regarde en dedans. Enfin, l'angle interne et in- 
férieur de la surface articulaire supérieure du métatarsien externe, 
se prolonge à peine en dedans, tandis que chez l'Hippopotame, il con- 



SUR I.'HIPPOPOTAME DE LIBERIA. 65 

slitue une tubérosité bien marquée. L'angle correspondant du premier 
métatarsien médian constitue, comme chez l'Hippopotame, une forte 
apophyse, mais descend moins bas; enfin, la surface articulaire du 
deuxième métatarsien est au contraire beaucoup plus allongée que 
dans ce dernier genre. 

Les doigts ne présentent rien de remarquable, si ce n'est plus 
d'inégalité dans leur longueur : ainsi, celui du côté externe ne se pro- 
longe que jusqu'au niveau de la moitié de la première phalange du 
doigt mitoyen, tandis que chez l'Hippopotame, il arrive presque à l'ex- 
trémité de cet os. 

11 me semble résulter clairement de cet examen comparatif des 
caractères ostéologiques de l'Hippopotame amphibie et de l'Hippopo- 
tame de Libéria, qu'entre ces deux espèces, les différences sont plus 
considérables qu'on ne serait porté à le croire au premier abord, et 
qu'elles sont au moins suffisantes pour motiver l'établissement d'une 
coupe générique spéciale pour cette dernière espèce. Le nom de 
Chœropsis me paraît lui être parfaitement approprié. 

Si l'on ne considérait que le système dentaire, on hésiterait peut- 
être à adopter une distinction aussi complète, et il serait plus conforme 
aux principes d'une classification naturelle de donner seulement au 
groupe formé par l'Hippopotame de Libéria le rang de sous-genre, le 
plaçant au même degré d'importance relative que les Tétraprotodons 
et que les Hexaprotodons fossiles; car si la présence d'une paire d'in- 
cisives de plus chez ces derniers animaux les a fait séparer des pre- 
miers, il est évident que l'absence d'une paire d'incisives chez le 
Chœropsis doit constituer un caractère de même valeur. Mais lorsqu'au 
lieu de se borner à cet examen, on prend aussi en considération les 
particularités que fournit l'étude des proportions relatives des diverses 
parties du crâne et de la boîte encéphalique, les différences s'accusent 
davantage, et la prédominance du cerveau par rapport à la face, la 
conformation des fosses nasales, l'existence de sinus frontaux, chez le 



66 OBSERVATIONS SUR L HIPPOPOTAME DE LIBERIA. 

Chœropsis, indiquent des modifications profondes dans le plan de l'orga- 
nisation. L'Hippopotame de Libéria se rapproche beaucoup plus de 
l'embryon, ou plutôt du jeune Hippopotame amphibie que de l'adulte, 
et si, au lieu de le rencontrer vivant aujourd'hui dans un des fleuves 
de l'Afrique occidentale, on en avait découvert les débris enfouis dans 
quelque couche des terrains tertiaires supérieurs, il se serait certai- 
nement trouvé des paléontologistes qui auraient voulu voir dans cet 
animal la souche primitive du genre Hippopotamus proprement dit. 
Mais si, dans un autre ordre d'idées, on veut appliquer au groupe formé 
par ces différents Pachydermes, les observations faites dernièrement 
par M. Lartet sur le développement de l'encéphale, par rapport au 
volume du corps, chez les espèces vivantes et fossiles d'un même 
groupe zoologique, le Chœropsis Liberiensis semblerait destiné à per- 
sister dans la série des temps plus longtemps que les Hippopotames. 
L'habile paléontologiste dont je viens de citer le nom pense pouvoir 
conclure de ses observations « que plus les Mammifères remontent 
dans l'ancienneté des temps géologiques, plus le volume de leur cer- 
veau se réduit par rapport au volume de leur tête et aux dimensions 
totales de leur corps » (1). L'Hippopotame fossile du val d'Arno semble 
avoir eu l'encéphale comparativement encore plus petit que l'espèce 
ordinaire de l'époque actuelle, et, sous ce rapport, celle-ci à son tour 
est bien inférieure à l'Hippopotame de Libéria. On pourrait donc se 
demander si Y Hippopotamus amplabius ne serait pas une espèce an- 
cienne, et le Chœropsis une forme d'origine plus récente. 

Alpii. Milne Edwards. 



(I) E. Lartet, De quelques cas de progression organique véritables dans la succession des 
temps géologiques, sur des Mammifères de même fiimille et de même genre (Comptes rendus hebdo- 
madaires des séances de l'Académie des sciences, 1 S 6 8 , t. LX.VI, p. 1119). 



ETUDES 

POUR SERVI!', A L'HISTOIRE 



FAUNE MAMMALOGIOUE DE LA CHINE 



Jusque dans ces derniers temps, les zoologistes ne savaient 
presque rien de la faune mammalogique de l'immense région géogra- 
phique qui constitue l'empire de la Chine. Les indications sommaires 
et vagues, quelquefois même fantastiques, qu'on trouve dans les livres 
chinois, sont en général relatives aux usages pharmaceutiques ou 
industriels des animaux et de leurs produits, plutôt qu'à l'histoire 
naturelle de ces êtres. 

L'intérieur du pays était inaccessible pour nos voyageurs ; par 
conséquent, on ne pouvait guère former de conjectures sur le carac- 
tère de sa population zoologique qu'en se fondant sur les résultats 
obtenus par l'étude des faunes circonvoisines. Sur ce sujet, des tra- 
vaux nombreux et importants avaient été accomplis. Ainsi, pour ne 
parler que des Mammifères, on citera toujours avec éloge les travaux 
de Pallas sur la zoologie de la Russie asiatique (1) ; les investigations 
de M. Brandt, de M. Mkldendorff, de M. Radde et de quelques autres 

(I) Pallas, Zoographia Rosso-asialica, sislens omnium Ânimalium in extenso imperio Iiossico 
et adjacentibus maribus observatorum recensioncm, domicilia, mores eldescripliones, anutomen atque 
icônes plurimorum. Saint-Pétersbourg, 4 831. 



68 ÉTUDES POUR SERVIR A L'illSTOIRE 

voyageurs (1) ont également contribué au progrès de nos connais- 
sances relatives aux espèces qui- peuplent la Sibérie, et les recherches 
de M. Schrenck sur les animaux du bassin du fleuve Amour (2) sont 
venues compléter le tableau de la faune de l'Asie septentrionale. 
Les importantes collections formées au Japon par Siebold, et l'étude 
approfondie de ces richesses scientifiques faite par ïemminck, four- 
nissent pour le sujet qui nous occupe un second terme de compa- 
raison. Enfin, les publications nombreuses faites depuis le commence- 
ment du siècle actuel sur les Mammifères de l'île Formose (3), de 
l'Inde anglaise, de Java, des Philippines et des terres adjacentes, per- 
mettent de compléter, sous ce rapport, l'histoire naturelle du cadre 
géographique dont la Chine occupe le centre. Mais l'étendue de la 
région ainsi entourée est si considérable, qu'on ne pouvait en juger 
sainement par analogie, et depuis longtemps les zoologistes désiraient 
vivement en connaître d'une manière directe la faune mammalo- 
gique. Aujourd'hui, la Chine est en partie ouverte aux explorateurs ; 
des collections importantes y ont été formées, et le Muséum d'histoire 
naturelle de Paris a eu une large part dans les conquêtes scientifiques 
effectuées de la sorte. 

M. de Montigny fut le premier à nous procurer quelques Mammi- 
fères de l'intérieur de la Chine. 

Plus récemment, M. Fontanier, consul honoraire à Pékin, réunit 



(1) Brandt, Beilràge zur Kenntniss der Suugethiere Rnssland's (Mémoires de V Académie de 
Saint-Pétersbourg, scienc. nat., t. VII). — Middendorff, Sibiriseke lieise. Saugethiere, etc. — Radde, 
Reisen im Siiden- von Osle-Sibirien in den Jahren 1 855-1 859, Band I : Die Saugethiere Fauna. 
Saint-Pétersbourg, 1862. 

(2) Schrenck, Reisen und Forschungen im Âmur-Lande, Bd. I. 

(3) M. Robert Swinhoe, consul d'Angleterre à Amoy, a étudié avec non moins de persévé- 
rance que de soin la faune de l'île Formose, et en a fait l'objet de plusieurs publications 
insérées, soit dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres, soit dans la revue pério- 
dique intitulée: the Ibis. On lui doit aussi des observalions intéressantes sur quelques Mammi- 
fères de l'intérieur de la Chine, et ses études sur l'ornithologie de ce pays ont puissamment con- 
tribué aux progrès de cette branche de la zoologie. 



I)E LA FAUNE M AMM AL0G1 QUE DE LA CHINE. 69 

pour le Muséum une collection nombreuse de Mammifères et d'autres 
animaux recueillis dans diverses parties du nord de la Chine. Mais, 
c'est surtout aux efforts éclairés d'un de nos missionnaires aposto- 
liques, M. l'abbé Armand David, que nous devons les connaissances 
dont nous sommes aujourd'hui en possession touchant les caractères 
de la faune, tant de la Chine septentrionale que de la Mongolie chi- 
noise (1). Ce savant voyageur arriva à Pékin en juillet 1862, et dès 
l'année suivante le Muséum reçut de lui un envoi important. En 1864, 
un séjour de plusieurs mois à Géhol, ville située à environ '200 kilo- 
mètres au nord de Pékin, permit à M. l'abbé David d'augmenter beau- 
coup sa moisson zoologique. En 1866, il entreprit dans la Mongolie 
chinoise une exploration beaucoup plus longue ; il se rendit dans 
l'Ourato, et le journal de son voyage, publié récemment par les soins 
de l'administration du Muséum, montre combien son esprit est obser- 
vateur et son zèle infatigable (2) . 

Ce sont les Mammifères obtenus de la sorte par le Muséum d'his- 
toire naturelle, que je me propose de faire connaître dans ce mémoire. 
On verra que la faune mammalogique du nord de la Chine est loin de 
ressembler autant qu'on aurait pu le présumer à celle des régions en- 
vironnantes. Par ses traits généraux, elle participe aux caractères des 
faunes septentrionales et méridionales du grand continent asiatique; 
mais elle présente un nombre considérable d'espèces dont la présence 
n'a pas été constatée ailleurs, et parmi les animaux qui lui appartien- 
nent en propre, il en est dont l'existence sous un climat aussi froid 
est fort remarquable. Ainsi les montagnes situées à l'est de la province 



(1) Voyez H. .Milne Edwards, Rapport sur diverses collections cnvoijées au Muséum par le 
P. Armand David , missionnaire de la congrégation des Lazaristes à Pékin (Xouoelles Archives du 
Muséum d'histoire naturelle de Paris, I. I, Bulletin, p. 1, 1866). 

(2) Voyez Journal d'un voyage en Mongolie fait en 1866 sous (es auspices de S. E. M. Duruy, 
ministre de l'instruction publique, par M. l'abbé Armand David, missionnaire de la congrégation 
des Lazarisles, correspondant du Muséum {Nouvelles Archives du Muséum, t. III, Bulletin, p. 9 
et suiv., 1868). 



70 ÉTUDES POUR SERVIE A L HISTOIRE 

du Tclié-ly sont habitées par une espèce de Macaque nouvelle pour la 
science (1), et je ne connais aucun autre Singe continental qui s'élève 
autant vers le Nord. Les Spermophiles et les Rats-Taupes du genre 
Sïphneus, qui sont des animaux septentrionaux, y vivent à côté de 
grandes Panthères et d'un Tigre qui ne paraît pas différer spécifique- 
ment de celui des plaines torrides de l'Inde. Les espèces sont généra- 
lement distinctes de celles de la faune japonaise, et quelques-unes 
d'entre elles constituent des types zoologiques à la fois nouveaux et 
fort remarquables : tel est, par exemple, Y Elaphurus Davidianus, dont 
j'ai fait connaître les caractères dans un mémoire précédent (2). Du 
reste, le lecteur jugera de l'intérêt des collections de M. l'abbé David 
et de M. Fontanier, par la description que je Tais en donner, mieux 
qu'il ne pourrait le faire par des considérations générales sur les- 
quelles il me semble inutile de m'arrêter davantage ici. 

J'examinerai successivement tous les groupes qui m'ont fourni 
des espèces nouvelles, en faisant connaître les caractères extérieurs de 
celles-ci, et leur structure anatomique, chaque fois que les matériaux 
dont je dispose me le permettront, et en discutant aussi leurs affinités 
naturelles. Je m'occuperai d'abord de l'ordre des Rongeurs, et j'étu- 
dierai en premier lieu quelques espèces d'un genre sur lequel les 
zoologistes ne possédaient que des notions très-imparfaites, et qui, 
jusqu'à présent, n'était représenté que par une espèce sibérienne, 
le Siphneus myospalax, qu'on plaçait à tort à côté des Spalax, dans le 
groupe artificiel des Rats-Taupes. 



(1) Le Macacus Tcheliensis (voyez planche XXXII el XXXIII). 

(2) Note sur fElaphui'us Davidianus, espèce nouvelle de la famille des Cerfs, par M. Alph. 
Milne Edwards (Nouvelles Archives du Muséum d'histoire naturelle, t. II, 1 8G6). 



DE LA FAUNE M A.M M ALOOfQUE DE LA CHTNE. 71 



§ 2. —GENRE SIPIINË. 

Les conditions d'existence dans lesquelles se trouvent les animaux 
coïncident généralement avec certaines particularités d'organisation, 
et tendent à modifier la forme extérieure de ces êtres pour l'approprier 
en quelque sorte aux besoins auxquels ils sont soumis. Ainsi on voit, 
dans presque tous les ordres de la classe des Mammifères, des espèces 
nageuses à côté d'espèces terrestres, et, parmi ces dernières, il en est 
souvent qui mènent une vie souterraine. Ces conditions biologiques 
variées se traduisent au dehors par des modifications organiques qui, 
bien qu'offrant entre elles une grande similitude, se trouvent réalisées 
par des animaux de types très-différents ; il en résulte que les repré- 
sentants de deux ordres bien distincts peuvent, à raison des analogies 
qui existent dans leur genre de vie et dans les circonstances qui les 
entourent, présenter entre eux une grande ressemblance extérieure, 
quoique le plan organique d'après lequel ils ont été formés soit loin 
d'être le même. C'est ainsi que l'Echidné, parmi les Monotrèmes, se 
rapproche beaucoup de certains Édentés; que les Phalangers volants 
pourraient être pris pour des Sciuroptères ; que le Polamogale du 
Gabon, bien que faisant partie de l'ordre des Insectivores, présente un 
aspect semblable à celui de la Loutre. Ces analogies, qui dépendent de 
l'adaptation de la machine animale à des conditions biologiques spé- 
ciales, se remarquent non-seulement entre des espèces appartenant à 
des ordres différents, mais aussi entre des animaux d'un même ordre 
et de familles distinctes; souvent on y a attaché une importance exa- 
gérée, et l'on a pris comme caractères dominateurs certaines particu- 
larités qui, sans avoir d'influence sur le plan organique de l'animal, 
avaient seulement modifié son apparence extérieure. 

Les espèces qui font le sujet de cette étude en sont une nouvelle 



72 ÉTUDES POUR SER\IR A L HISTOIRE 

preuve : ainsi, la plupart des zoologistes ont réuni dans un même 
groupe les Rongeurs dont l'existence est souterraine, qui creusent, à 
l'aide de leurs ongles, des galeries profondes, et se nourrissent de 
racines et de bulbes de plantes. Ces animaux ont dans leur aspect 
général quelque chose qui rappelle les Taupes : leur corps est trapu, 
plus ou moins cylindro-conique, et porté sur des membres courts et 
robustes ; leurs yeux sont souvent à peine ouverts. C'est à raison de 
ces ressemblances qu'on les appelle Rats-Taupes, et ils se répartissent 
en un certain nombre de genres, tels que les Bathyergus et les Geory- 
chus qui habitent l'Afrique, les Rhizomys de l'Inde, les Heliophobius de 
Mozambique, les Spalax de la Russie méridionale et de l'Asie Mineure, 
les Ellobius du Volga, et enfin les Siphneus de Sibérie. Le groupe ainsi 
constitué et admis par la plupart des zoologistes est loin d'être na- 
turel, et il comprend des êtres essentiellement différents. Ainsi, je me 
propose de démontrer que les Sipbnés, communément appelés Zocors, 
animaux qui, par leur aspect extérieur, méritent bien le nom de Rats- 
Taupes, diffèrent en réalité beaucoup plus qu'on ne le croyait géné- 
ralement des autres genres que je viens de citer, et au milieu desquels 
on les rangeait. Leur véritable place est à côté des Campagnols. 

Laxmann paraît être le premier qui ait parlé des Zocors. En 1764, 
il découvrit le cadavre à demi putréfié de l'un de ces animaux, aux 
environs de Barnaoul, en Sibérie, et relata ce fait dans une lettre 
adressée à Schlôzer, lettre que ce dernier publia à Gottingue en 
1769 (1). En 1773, Laxmann, après avoir fait de nouvelles observations 
sur ces Rongeurs, en lit connaître avec plus de détails les principaux 
caractères ( - 2), et lit représenter la nouvelle espèce, à laquelle il don- 
nait le nom de Mus myospalax. Dans cette ligure, le dessinateur a 



(1) Sibirischc Briefe lierausgegebin von A. L. Schlôzer. Gôttingen, 1769, in-8, p. 75. 

(2) Beschreibung des Tliieres, Mus myospalax, palmis maximis, cauda brevi, oculis adinodum 
parvis (Der KSniglich-ScTwiedischen Âkademie der VVissenschaften-Abhandlungen, 1773; Lei]zig. 
17S0, p. 126, pi. XIV). 



DE LA FAUNE M AMM A LOGIQUE DE LA CHINE. 73 

armé la mâchoire supérieure de quatre petites incisives aiguës coni- 
ques et séparées, qui rappellent celles de certains Insectivores. 

Laxmann indique cependant d'une façon précise, dans son mémoire, 
la similitude qui existe entre la dentition du Mus myospalax et celle 
des Rats, et il considère sa nouvelle espèce comme formant une tran- 
sition entre ces derniers animaux et les Taupes. 

En 1772, Pallas observa la même espèce en Daourie, et il en publia 
une description très-exacte et très-étendue sous le nom de Mus aspa- 
lax (1). Quelque temps après il plaça ce Rongeur dans le genre Spalax, 
que Gùldenstàdt avait établi pour recevoir le Rat-Taupe Zemmi de la 
Russie méridionale, animal auquel il appliquait, dès 1759, le nom de 
Spalax microphthalmus (2). Pallas réunissait dans ce même petit groupe, 
non-seulement le Zocor et le Zemmi, mais aussi le Sukerkan (3), et, 
sans en indiquer les motifs, il substitua à la dénomination spécifique 
à'Aspalax, qu'il avait appliquée dès le principe au Zocor, celle de Ta/pi- 
nus [h), qui dans son travail sur les Rongeurs se rapporte au Sukerkan. 

En 1827, Rrants reconnut que la conformation du Mus myospalax de 
Laxmann est trop différente de celle du Spalax microphthalmus (Gùlden- 
stàdt), pour que l'on puisse réunir ces deux espèces dans un même 
groupe générique. Dans un travail sur la classification des Rongeurs rangés 
par Linné sous la dénomination commune de Mus, il proposa de former pour 
le Mus myospalax un genre particulier auquel il donna le nom de Siphneus, 
et il le plaça dans la famille des Cunicularia à côté des Bathyergues et 
des Spalax (5). 



(1) Palliis, Xovœ species quadr upedum e Glirium ordine, 4 7 î 8 , p. 163, pi. X. 

(2) Gùldenslâdt, Spalax novum Glirium genus. .Xovi commenlarii Académies scientiarum 
Petiopolitanœ, t. XIV, pro atmo 1759, p. 409. 

(3) Mus Talpinus, de Linné. 

(4) Pallas, Zoographia Rosso-Asialica, p. 159. 

(5) A. Brants, Hel geslacht der Maizen door Unneus opgestchl, volgens de Tegenswoordigen 
loestand der Wclenschap in familien, geslachten en soorlen Verdeeld, in-8. Berlin, 1827, 
p. 20. 

10 



74 ÉTUDES POUR SERVIR A L HISTOIRE 

La synonymie de l'espèce qui nous occupe a été, comme onle voit, fort 
embrouillée; cependant on peut se convaincre, d'après ce qui précède, 
que l'on doit appliquer au Zocor le nom qui lui a été donné par Lax- 
mann dès 1769, et que le mot de Myospalax doit être conservé pour 
cette espèce comme dénomination spécifique (1). 

Les zoologistes qui depuis Brants se sont occupés de l'étude des 
Rongeurs ont remanié de différentes façons la classification de cet 
auteur, mais pour la plupart ils ont toujours placé le genre Siphneus 
à côté des Spalax (Mus typMtts de Pallas) , et du Sukerkan ou .Mus. ted- 
pinus (2). Au premier abord, ces espèces ressemblent en effet beaucoup 
au Siphneus myospalax ou Zocor, et le caractère le plus saillant qui 
permette de les en distinguer consiste dans la conformation des 
pattes antérieures, dont les ongles ne sont pas robustes, falcilormes 
et pointus, comme chez les Spalax. 

Frédéric Cuvier, dans son ouvrage sur les dents des Mammifères, 
réunit dans le genre Spalax le Zemmi et le Zocor ; il décrit et figure 
leur système dentaire qui semble autoriser un semblable rapproche- 
ment (â); mais j'ai pu m'assurer que la tète même qui avait servi de 
terme de comparaison au zoologiste que je viens de citer n'appartenait 
pas au Zocor (Siphneus myospalax), mais provenait d'un Rat-Taupe 
Zemmi, portant une fausse détermination; il n'était donc pas étonnant 
qu'il existât entre les dents figurées par Frédéric Cuvier une si grande 
similitude, puisqu'elles provenaient d'une même espèce. Le Muséum 
d'histoire naturelle possède encore aujourd'hui les crânes d'après les- 
quels ont été faites les figures de l'ouvrage sur les dents des Mammi- 
fères ; je les ai examinés avec soin, et j'ai reconnu que Fr. Cuvier avait 

(i) Pallas paraît penser que le nom de Myospalax avait pour Laxmann une valeur géné- 
rique; mais il suffit de lire le titre du mémoire de cet auteur, cilé plus haut, pour se convaincre 
qu'il no l'appliquait qu'à l'espèce Mus Myospalax. 

(2) Aujourd'hui rangé dans le genre Ellobius. 

(3) Frédéric Cuvier, Des dents des mammifères considérées comme caractères zoologiques, 
1823, p. 176, n° 66. 



DE LA FAUNE M AM M A LOGIQ LE DE LA CHINE. 75 

fait représenter comme appartenant à deux genres différents la denti- 
tion de trois individus d'une môme espèce, mais d'âge divers. Ainsi les 
mâchoires désignées par la lettre a appartiennent à un animai trés- 
jeune, les dents qui portent la lettre b sont usées plus profondément, 
et enfin les dernières c proviennent d'un Spalax parfaitement adulte. 

Cette erreur, dont aucun naturaliste n a soupçonné l'existence, a eu 
une importance véritable, car elle établissait des liens étroits entre le 
Zemmi et le Zocor, c'est-à-dire entre le genre Spalax et le genre 
Siphnem : rapprochement qui depuis cette époque a été admis dans 
presque tous les traités de zoologie. Ainsi dans l'histoire naturelle des 
Mammifères de M. P. Gervais, nous retrouvons la même dentition de 
Spalax, déjà donnée par Frédéric Cuvier comme celle d'un Siphneus 
(n° 66, b), figurée de nouveau comme appartenant à ce dernier genre, 
et le crâne de Zemmi figuré dans le môme ouvrage, provient d'un 
très-vieil individu rapporté de la Russie méridionale par Em. Rous- 
seau (1 ) . 

J\J. Brandt, qui a étudié d'une manière spéciale les animaux de la 
Sibérie, est le seul zoologiste qui ait fait représenter d'une façon exacte 
le système dentaire du Siphneus myospalux (2) . 

Les Spalax, les Bathyergues, les Georyques, les Rhyzomys, ont tous 
les dents construites à peu près sur le même type. Il est vrai que leur 
nombre varie suivant les genres, mais elles sont toujours radiculées ; 
par conséquent leur croissance n'est pas continue et la forme des replis 
d'émail change suivant l'âge des animaux. Ainsi chez les jeunes Spalax 
microphthalmus (Gùld.), l'émail circonscrit des échancrures qui existent 
non-seulement sur la face externe, mais aussi sur la l'ace interne des 
molaires; lorsque celles-ci sont très-usées, elles deviennent plus cylin- 
driques et sont alors entourées par un bord d'émail qui semble circu- 

(1) P. Gervais, Histoire naturelle des Mammifères, 1854, p. 380 et 381. 

(2) J. F. Brandt, Untersuchungen tiber die craniologischen Entwickelungsslnftn und die davon 
herzuleitenden Venvandtschaften und Classipcationen der Nager der Jetztwelt (Mémoires de l'Aca- 
démie de Saint-Pétersbourg , t. VII, pi. V, flg. 8 à 17, 1854). 



76 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

Iaire, el elles ne présentent plus vers le centre que quelques îlots isolés 
du même tissu : derniers indices des échancrures primitives qui s'éten- 
daient plus profondément vers l'intérieur de la dent que sur ses bords. 
Il est facile de suivre tous ces changements de forme en usant sur une 
meule une dent de jeune Zemmi. 

Les molaires du Siphneus myospalax (Laxmann) se rapportent à un 
tout autre type (i); elles sont au nombre de trois paires à chaque 
mâchoire, mais elles n'offrent jamais de racines quel que soit l'âge de 
l'animal ; par conséquent leur croissance est illimitée et leur forme ne 
peut se modifier par suite du degré plus ou moins avancé de l'usure. 
Ces dents diminuent graduellement de la première à la dernière ; elles 
sont profondément sillonnées sur leurs faces latérales, et leur couronne 
est formée de prismes plus ou moins triangulaires alternant d'une façon 
irrégulière et dont la disposition varie d'ailleurs notablement suivant 
les espèces. 

Frédéric Cuvier attachait une très-grande importance à la présence 
ou à l'absence de racines aux molaires des Rongeurs, et, dans son travail 
sur les dents des Mammifères, il se sert de ce caractère pour diviser 
cet ordre en deux sections. Il exagérait évidemment la valeur de ce 
caractère, car on sait que dans le genre Campagnol il est certaines 
espèces dont les molaires sont privées de racines dans le jeune âge et 
qui en acquièrent plus tard (YArvicola rubidus de Sélys-Longchamps, par 
exemple), et chez l'Ondatra les màchelières sont radiculèes, bien 
qu'elles soient conformées sur le même plan général que celles des 
Arvieoles. 

Dans le genre Siphneus, l'âge n'amène aucun changement de cette 
nature et j'ai entre les mains des dents très-usées appartenant à de vieux 
individus et sur lesquelles il n'y a aucune trace de racines: d'ailleurs^ 
quand bien même il en eût été autrement, la structure des molaires du 

(1) Voyez pi. VIII, fig. 2 el 7, et pi. IX ; fig. 9 à 12. 



DE LA FAUNE MAMMAL0G1QUE DE LA CHINE. 77 

Zocor est trop différente de celle des autres Rats-Taupes, pour per- 
mettre de l'y réunir. 

Dans l'ordre des Rongeurs, plus que dans aucun autre, on doit, pour 
l'établissement des groupes naturels, se baser sur la constitution de la 
charpente osseuse et surtout des dents, bien plus que sur les formes 
et l'aspect extérieur, et, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le développer 
dans un autre travail (1), on pourrait, en suivant une marche différente, 
s'exposer à des erreurs très-graves. 

Si l'on cherche à se rendre compte des affinités naturelles du 
genre Siphneus et de la place qu'il doit occuper parmi les Rongeurs, on 
voit que son système dentaire ressemble beaucoup à celui des Campa- 
gnols proprement dits. Chez les Arvicoles les molaires, au nombre de 
trois paires à chaque mâchoire, ont une croissance continue et sont 
formées de prismes triangulaires, alternants et séparés sur leurs faces 
latérales par de profonds sillons. Cette disposition rappelle tout à fait 
celle que nous avons signalée chez les Siphneus, et elle n'en diffère 
que par des particularités de minime importance. Ce rapprochement 
s'accorde d'ailleurs fort bien avec les autres caractères des Zocors et 
des Campagnols, et plusieurs zoologistes anciens paraissent en avoir été 
frappés. Ainsi, Desmarest range le Mus myospalax de Laxmann dans le 
genre Lemmus (2) , tandis qu'il place le Zemmi avec les Bathyergues, à 
la suite des Rats ; et il ajoute que le Zocor diffère essentiellement de 
ces derniers par la forme de ses molaires, et que ses poils ressemblent 
par leur nature à ceux du Campagnol amphibie. M. de Sélys-Long- 
champs, en discutant la place que l'on doit assigner à la famille des 
Campagnols, signale les ressemblances qui existent entre les espèces 
à oreilles et à queues courtes et certains Rats-Taupes (3). Ces considé- 

(1) Voyez Mémoire sur une nouvelle famille de l'ordre des Rongeurs [Nouvelles Archives du 
Muséum, Mémoires, t. III, p. 81). 

(2) Desmarest, Mammalogie, 2 e partie, 1822, p. 288. 

(3) De Sélys-Longchamps, Etudes de micromammalogie [Revue des Musaraignes, des Rats et 
des Campagnols d'Europe, 1839, p. 85). 



78 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

rations me portent à rattacher le genre Siphneus à la petite division des 
Arvicoles, dont il doit être considéré comme un type dérivé essentielle- 
ment fouisseur et modifié dans ses formes extérieures, à raison des 
circonstances au milieu desquelles il est destiné à vivre. Les Zemmis 
(Spalax) appartiennent au contraire au groupe des Rats-Taupes pro- 
prement dits dont les Oryctères et les Géoryques sont aussi les prin- 
cipaux représentants. 

M. Brandt a interprété d'une manière différente les caractères du 
genre Siphneus (1) , car il le range dans sa famille des Spalacoïdes, qui 
correspond aux Cunicularia d'Illiger, de Brants et de Wagner, et aux 
Spalacoïdes de Fischer et de Giehel. Il subdivise ensuite ce groupe en 
deux sous-familles : 1° celle des iuiizodontes, comprenant les genres 
Spalax (Gùldenst.), Rhizomys (Gray), Heterocephalus (Ruppell) , Bathyer- 
gus (Illiger), Georyehus (Illiger) et Heliophobius (Peters) ; 2° celle des 
piusMATODONTES, qui se compose des Ellobius (Fischer) et des Siphneus 
(Brants). Par conséquent, tout en faisant ressortir les caractères de la 
dentition de ces derniers Rongeurs, il n'hésite cependant pas a les 
réunir aux autres Rats-Taupes. 

Ce mode de groupement a été suivi par M. Lilljeborg, dans le 
mémoire qu'il a publié récemment sur la classification des Rongeurs, 
car il divise les Spalacidœ de la manière suivante : 

UYOSPALACIftl. 

1 . Ellobius (Fischer). 

2. Myospalax (Laxmann). 

S1MLACIMI. 

3. Spalax (Giild). 

4. Rhizomys (Gray). 

5. Heterocephalus (Rupp.). 

6. Bathyergus (lllig.). 

7. Georyehus (Illîg.) 

8. Heliophobius (Peters). 

(4) Brandi, op. cit., page 307. 

(2) W. Lilljeborg, Systemalisk iifversigt af de gnagande dâggdjuren, glires. Uppsala, 
*866,in-4. 



DE LA FAUNE M AM.M ALOG IQU E DE LA CHINE. 79 

Il me semble que ce mode de groupement ne rend pas bien compte 
des modifications organiques de ces animaux, et n'est pas l'interprète 
des affinités qu'ils offrent, soit entre eux, soit avec les groupes voisins. 
C'est en me basant non-seulement sur les particularités du système 
dentaire, mais aussi sur celles de la charpente osseuse et même sur les 
caractères extérieurs, que je crois devoir séparer les Siphnés des 
Spalax, et tandis que je regarde ces derniers comme des Murides 
anormaux, je considère les premiers comme des Arvicoles anormaux, et 
je suis porté à penser que la ressemblance extérieure qui se remarque 
entre ces animaux est simplement due aux modifications organiques 
amenées, dans deux groupes différents, par les nécessités d'un genre de 
vie commun. D'ailleurs ce fait ressortira d'une façon encore plus nette 
des observations qui vont suivre sur les Siphnés. 

Le Muséum a reçu de M. l'abbé Armand David deux exemplaires 
d'un Siphneus du Pétchély, conservés entiers dans le sel. Cette circon- 
stance m'a permis d'en étudier non-seulement le squelette, mais aussi 
la plupart des muscles et quelques portions des viscères. Malheureuse- 
ment ces derniers étaient tellement altérés qu'il était impossible d'en 
faire une dissection délicate, et que j'ai dû me contenter de l'examen 
de la forme générale de l'estomac, du caecum et du foie. Je passerai 
successivement en revue ces divers systèmes d'organes. 



Du Squelette. 

La tête osseuse des Zocors se fait remarquer par l'aplatissement 
de toute sa portion supérieure qui s'étend, suivant une ligne presque 
droite, depuis l'occiput jusqu'à l'extrémité du museau (1). Parmi les 
Rats-Taupes, le Bathyergue seul présente, sous ce rapport, une disposi- 

(\) Voyez pi. VIII, fig. 3, 8 et 12, et pi. IX A, fig. I. 



80 ÉTUDES POUR SERVIR A l'hJSTOIRE 

tion analogue ; chez les Spalax, les Géoryques, les Héliophobes, les 
Rhizomys et les Ellobies, le dessus de la tête est au contraire fortement 
courbé dans le sens longitudinal. 

La région occipitale des Siphnés est très-grande et presque verti- 
cale, au moins dans sa portion moyenne (1) ; non-seulement elle est 
très-haute, mais elle se prolonge de chaque côté de façon à constituer, 
au-dessus du trou auditif, une sorte d'aile dirigée en dehors. Sa forme 
varie un peu suivant les espèces, mais toujours elle se termine en haut 
par une crête transversale très-marquée. Les fosses temporales sont 
relativement peu développées, ce qui tient à deux causes : au peu d'écar- 
tement de la partie postérieure des arcades zygomatiques et à la posi- 
tion des crêtes temporales, qui ne s'élèvent que peu et laissent entre 
elles sur le sinciput un large espace déprimé ("2) . Chez aucun Rat- 
Taupe nous n'observons cette disposition. 

Dans le genre Rhizomys, ces crêtes, distinctes sur une longueur 
assez considérable de leur portion antérieure, se confondent en une 
arête médiane qui surmonte la suture sagittale et se réunit en arrière, 
à angle droit, à la crête occipitale supérieure. Dans les genres Bathyer- 
gus, Georychus, Heliophobius et Spalax, la coalescence que je viens d'in- 
diquer a lieu à très-peu de distance des os nasaux. Sous ce rapport, les 
Ellobius sont intermédiaires entre les véritables Rats-Taupes et les 
Siphnés, car les lignes d'insertion des aponévroses temporales, très- 
peu marquées, ne se réunissent pas; elles restent séparées par un 
espace assez considérable et, au lieu d'être dirigées presque parallè- 
lement, elles sont arquées et beaucoup plus écartées en arrière qu'en 
avant. 

Les arcades zygomatiques, très-courbes à leur partie antérieure, se 
dirigent ensuite presque directement en arrière, de sorte que le dia- 



(1) Voyez pi. VIII, flg. 4 et 9 . 

(2) Voyez pi. VIII, fig. 1, 5, 6, 10, 13, et pi. IX A, fig. 2. 



DE LA FAUNE M A MM ALOOIQUE DR LA CHINE. 81 

mètre transversal de la tête est à peu près le même iImiis la région 
orbitaire et dans la région temporale, tandis que chez les Rats-Taupes 
ces arcs osseux s'écartent beaucoup en se rapprochant de leur racine 
postérieure, ce qui donne à la tête notablement plus de largeur au ni- 
veau des oreilles qu'auprès des yeux. 

Le trou sous-or bi taire (1) dans lequel s'engage le faisceau profond 
du muscle massé ter est grand, obscurément triangulaire et dirigé direc- 
tement en avant et un peu en haut; son plancher dépasse de beaucoup 
son bord supérieur. Chez les Spalax, ces trous sont encore plus grands 
et affectent la forme d'un ovale dont le grand axe se dirige en haut et 
en dedans. Chez les Rhizomys, ils ont aussi des dimensions considé- 
rables, mais leur diamètre vertical est moindre que leur diamètre hori- 
zontal. Dans le genre Ellobius, les pertuis sous-orbitaires sont rétrécis 
et leur bord supérieur surplombe de façon à les cacher, quand on 
regarde la tête en dessus : disposition qui dépend du peu de dévelop- 
pement de la racine antéro-inférieure de l'arcade zygomatique. Enfin, 
les Bathyergus, les Georychus et les Heliophobius se distinguent des pré- 
cédents par la petitesse de ces trous qui deviennent trop étroits pour 
loger des faisceaux musculaires. 

Les os du nez sont remarquablement élargis et très-aplatis anté- 
rieurement où ils débordent de chaque côté les os maxillaires; ils 
s'avancent beaucoup au dessus du bord alvéolaire et surplombent l'ou- 
verture des fosses nasales (2). Sous ce rapport, il n'y a que peu de 
différence entre les Siphnés et les Spalax, mais il n'en est pas de même 
chez les autres Rats-Taupes. Dans le genre Rhizomys, les os du nez sont 
courts, peu élargis et très-bombés transversalement ; ils s'arrêtent à 
une distance considérable du bord alvéolaire des inlermaxillaires. 
Dans les Géoryques et les Héliophobies, leur largeur est bien moins 
considérable ; enfin, chez les Rathyergues, ils sont allongés, très- 

(1) Voyez pi. IX c, fig. 3. 

(2) Voyez pi. VIII, fig. 1, 5, G, 10, 13, et p". IX À, fig. 2. 

11 



82 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

étroits et s'avancent presque au niveau du bord alvéolaire des inci- 
sives. 

La face inférieure du crâne est comparativement moins élargie en 
arrière que chez les Rats-Taupes, ce qui tient principalement à la forme 
et à la position occupée par les caisses auditives (l).En effet, l'os basi- 
laire présente l'apparence d'un écusson subquadrilatère; il est moins 
rétréci en avant que chez les Rhizomys, les Géoryques, les Bath vergues 
etlesSpalax; les caisses auditives médiocrement renflées ne s'étendent 
que peu en dehors et se prolongent davantage d'avant en arrière, con- 
trairement à ce que l'on observe dans les genres que je viens de 
citer. 

Les apophyses mastoïdes sont petites, tuberculiformes et ne descen- 
dent même pas au niveau des condyles occipitaux ; chez les Rhizomys, 
elles sont grandes et pointues ; chez les Géoryques, elles affectent à peu 
près la même conformation. 

Les cavités gléhoïdales sont étroites, très-encaissées latéralement 
et beaucoup plus élevées que le trou occipital. Chez tous les Rats- 
Taupes, elles sont situées à un niveau inférieur et leur direction varie 
suivant les genres; ainsi chez les Spalax, elles sont larges et obliques 
en dehors et en arrière et il en est de même chez les Ellobies; dans le 
genre Georychus, leur bord externe est à peine marqué et elles semblent 
se confondre avec la base de l'arcade zygomatique ; enfin celles des 
Bathyergues. sont larges, courtes et ouvertes en arrière, de façon à 
simuler une véritable gouttière, dans laquelle le condyle de la mâchoire 
inférieure peut glisser librement d'avant en arrière. 

Le sphénoïde est très-étroit et les fosses ptérygoïdiennes sont pro- 
fondes, limitées en dehors par une muraille élevée et terminées en 
cul-de-sac comme chez les Rhizomys ; mais dans ce dernier groupe, leurs 
dimensions sont beaucoup plus considérables, bien que la paroi externe 

(1) Voyez pi. VIII, fi*. 2 et 7, et pi. IX A, lig. 3. 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE DE LA CHINE. 83 

soit rudimentaire. Dans les genres Georychus, Bathyergus et Spalax, 
ces fosses sont au contraire perforées et établissent une communica- 
tion avec l'intérieur de la cavité crânienne, ainsi que M. W. Péters l'a 
déjà constaté chez l'IIéliophobie de Mozambique, où ce pertuis donne 
passage à un faisceau du muscle ptérygoïdien interne (1). L'ouverture 
postérieure des fosses nasales est longue, étroite et se prolonge en 
avant, presque au niveau de l'intervalle qui sépare la troisième molaire 
de la seconde ; sur le bord antérieur de cette ouverture, on remarque 
une petite apophyse médiane dirigée en arrière et qui sépare les der- 
niers pertuis palatins. Chez les Spalax, cette région offre une disposition 
bien différente, l'ouverture des arrière-narines ne dépassant pas le bord 
postérieur des dernières molaires et l'apophyse médiane étant rudimen- 
taire ou nulle. Dans le genre Rhizomys, cette ouverture est très-évasée 
et se trouve rejetée encore plus en arrière ; mais cette disposition est 
poussée encore plus loin chez les Bathyergues et surtout chez les Géory- 
ques. Il est à remarquer que chez ces derniers, la voûte palatine se 
prolonge en arrière des molaires de façon à clore en dessous les fosses 
nasales jusque dans le voisinage de l'os basilaire ; on observe de 
chaque côté de cette espèce de tube un renflement très-marqué qui 
correspond au bulbe de la dent incisive. 

La portion de la voûte palatine comprise entre les molaires est 
étroite et un peu plus large en arrière qu'en avant (2) , tandis que les 
Spalax nous présentent une disposition inverse. Chez les Bathyergues 
et les Géoryques, cette partie du palais est encore plus étroite. La rangée 
des alvéoles des Zocors est étroite et remarquablement longue comme 
chez les Arvicoles; elle est au contraire très-courte dans les genres 
Georychus. Bathyergus, Heliophobius et Spalax. 11 est aussi à noter que 
ces cavités sont creusées presque verticalement et ont une très-grande 
profondeur, tandis que chez les Rats-Taupes que je viens de citer, elles 

(4) Reise nach Mossambique, in-4, 1852, p. 141. 

(2) Voyez pi. VIII, Og. 2 et 7, pi. IX, 6g. 1 et 9, et pi. IX A, fig. 3 et 6. 



Sli ÉTUDES POUR SERVIR A l/niSTOIRE 

s'enfoncent à peine et sont dirigées un peu obliquement en bas et 
en dehors. Quand on compare la conformation de cette région chez 
lesSiphnés et chez les Arvicoles, il est impossible de ne pas être frappé 
de la ressemblance qui existe entre ces animaux, et je rappellerai que 
cette similitude est encore plus grande pour ce qui concerne le système 
dentaire. 

Les os maxillaires constituent en avant des molaires une sur- 
lace large et aplatie, qui, chez la plupart des Rats-Taupes, est plus 
courte et convexe transversalement; cette surface est nettement 
séparée de la fosse jugale, creusée à la base de l'arcade zygomatique, 
au-dessous du trou sous-orbitaire, mais la ligne d'insertion musculaire 
qui la limite est peu saillante et ne constitue pas une crête élevée 
comme chez les Rhizomys.Ces fosses jugales sont grandes et s'étendent 
presque horizontalement; elles sont au contraire très-petites chez les 
Spalax, les Géoryques et les Bathyergues ; elles acquièrent des dimen- 
sions plus considérables chez les Rhizomys et les Ellobies, mais au 
lieu d'affecter une position presque horizontale, elles remontent obli- 
quement. 

Les os intermaxillaires sont larges et courts. Les trous palatins y 
sont chez quelques espèces entièrement logés (1); chez d'autres, ils se 
prolongent un peu entre les maxillaires Ç2). Ces fissures sont longues 
et resserrées au lieu d'être excessivement petites, ainsi que cela a lieu 
chez les Géoryques, les Bathyergues et les Spalax. Les alvéoles qui 
logent les incisives sont médiocrement profonds et fortement arqués 
de manière à décrire un demi cercle. Leur fond se trouve immédiate- 
ment en avant de la première molaire, et par conséquent le bulbe de 
ces dents est entièrement logé dans la partie antérieure de l'os maxil- 
laire. On observe à cet égard d'assez grandes différences chez les Rats- 
Taupes. Ainsi, dans le genre Spalax, ces alvéoles occupent à peu près la 

(1) Voyez pi. VIII, fig. 2. 

(2) Voyez pi. VIII, fig 7. 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE DE LA CHINE. 85 

môme position, bien qu'ils se prolongent moins en arrière. Dans le 
genre Bathyergus, ils atteignent la première molaire; chez les Iihizo- 
mys, ils arrivent au niveau de la seconde de ces dents, et chez les 
Georychus ils décrivent une courbe à grand rayon, de façon a passer 
au-dessus de l'origine jugale de l'arcade zygomatique, à dépasser <mi 
arrière toute la série des molaires et à faire saillie immédiatement au 
devant du pertuis qui remplace la fosse ptérygoïdienne. 

La mâchoire inférieure des Siphnés est surtout caractérisée par sa 
hauteur et la régularité de la courbe formée par son bord inférieur (1). 
Elle est aussi remarquablement épaisse et sa face externe présente une 
série de trois bosselures inégales correspondant au bulbe des molaires : 
disposition qui ne se rencontre chez aucun Rat-Taupe, mais qui se 
retrouve, bien que d'une façon moins prononcée, chez les Campagnols. 
L'apophyse coronoïde est mince, longue et dépasse un peu le niveau du 
condyle, sans s'élever autant que chez les Spalax où l'échancrure qui 
la sépare de la tête articulaire est beaucoup plus évasée. Cette dernière 
se dirige fortement en arrière, mais s'incline un peu en dedans : dis- 
position qui n'existe pas chez les Géoryques, mais qui est encore plus 
marquée chez les Spalax. L'angle de la mâchoire est peu développé, 
arrondi et se termine en haut et en dehors par une faible crête destinée 
à l'insertion du muscle masséter; entre celte saillie et le col du condyle, 
on remarque une petite tubérosité arrondie qui correspond au fond de 
l'alvéole occupé par l'incisive. La position de cette tubérosité varie 
beaucoup et fournit de bons caractères pour la distinction des genres : 
ainsi chez les Rhizomys, elle est beaucoup plus saillante et située en 
dehors tout près du col condylien. Chez les Bathyergues, elle se confond 
avec la tête articulaire ; il en est de même chez les Géoryques ; mais 
chez les Spalax elle constitue une saillie très-élevée qui se dirige obli- 
quement en haut et en dehors, de façon à dépasser en dessus le con- 

(1) Voyez pi. VIII, fig. 3, 8 et 12, et pi. IX A, fg. \. 



86 ÉTUDES POUR SERVIR A L HISTOIRE 

dyle et à simuler presque une seconde apophyse coronoïde. Le trajet 
suivi par l'alvéole est marqué à la face interne de la mâchoire par une 
saillie fortement arquée, en arrière de laquelle la portion angulaire du 
maxillaire ne se prolonge que très-peu. Chez les Géoryques et chez les 
Bathyergues ce bourrelet alvéolaire est beaucoup plus marqué et la 
portion angulaire extrêmement développée se trouve rejetée en dehors 
en forme d'aile, constituant ainsi par sa face interne une large fosse 
pour l'insertion des muscles ptérygoïdiens. 

Les alvéoles des molaires sont disposés sur deux rangées pa- 
rallèles, mais au lieu de ne s'enfoncer que fort peu comme chez les 
Rats- Taupes, ils descendent très-loin dans l'épaisseur de l'os en s'in- 
clinantj beaucoup en dehors, de façon à aboutir dans les tubercules de 
la face externe dont j'ai déjà signalé l'existence. L'espace situé entre 
le bord externe de ces alvéoles et l'apophyse coronoïde est très-large 
et constitue une excavation longitudinale en forme de gouttière, qui 
rappelle, quoique d'une manière moins prononcée, la disposition propre 
aux Arvicoles. La barre ou espace compris entre les incisives et les 
molaires est très-courte. 

La colonne vertébrale (1) est extrêmement robuste dans sa partie 
antérieure et présente, dans sa région cervicale, un mode de conforma- 
tion dont je ne connais pas d'autre exemple chez les Rongeurs. En 
effet, les quatre vertèbres qui suivent V atlas sont complètement soudées 
entre elles, de façon à constituer, comme chez certains Cétacés, une 
pièce unique d'une grande puissance, et tout dans cette région indique 
une disposition mécanique très-favorable à l'action des muscles moteurs 
de la tète (2) . 

Vatlas est très-épaissi sur les côtés où sont creusées les cavités arti- 
culaires ; les apophyses transverses sont courtes et tuberculiformes au 
lieu de s'étendre en manière d'ailes, comme chez les Bathyergues, les 

(1) Voyez pi. IX B. 

(Y, Voyez pi. IX, fig. 4 8 et 19. 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE L> E LA CHINE. 87 

Géoryques et même les Spalax. En dessous, on y remarque chez l<s 
individus adultes une petite apophyse épineuse inférieure. 

Uaxis, pourvu en avant d'une apophyse odontoïde pointue et à base 
élargie, est, ainsi que je viens de le dire, confondu avec les trois ver- 
tèbres suivantes. La pièce qui résulte de leur coalescence présente 
d'une manière plus ou moins marquée les traces de la division primor- 
diale des parties constitutives ; ces traces sont à peine visibles entre 
Yaxis et la troisième vertèbre, et entre celle-ci et la quatrième ; ce sont 
les trous de conjugaison et les très-courtes apophyses transverses qui 
servent de points de repère. Cette soudure existe môme chez les très- 
jeunes individus où les épiphyses des os longs sont encore distinctes. La 
pièce cervicale ainsi formée est surmontée d'une crête médiane très- 
puissante, qui résulte de l'union des apophyses épineuses correspon- 
dantes ; celle de Yaxis est la plus grosse de toutes, et c'est dans son 
bord postérieur que paraissent encastrées les deux suivantes. La cin- 
quième vertèbre est souvent dépourvue d'apophyse épineuse, et c'est 
la règle pour la sixième et la septième cervicales, ainsi que pour la 
première dorsale. 

Chez les Spalax, les Géoryques, les Bathyergues et chez les Ar- 
vicoles, Yaxis seul estpourvu d'une apophyse épineuse bien développée; 
les vertèbres suivantes en sont privées ou n'en présentent que des 
vestiges. La sixième cervicale offre de chaque côté, en dessous, une 
petite saillie pointue dirigée en arrière, qui correspond à la pièce 
costale et qui cloisonne inférieurement le canal vertébral pratiqué à la 
base des apophyses tran s verses. 

Les vertèbres dorsales sont au nombre de treize, comme chez les 
Spalax et les Géoryques. Elles sont beaucoup plus étroites que celles 
du cou ; les apophyses épineuses qui les surmontent toutes, à l'excep- 
tion de la première, ne présentent rien de remarquable, si ce n'est 
que dans la région scapulaire. elles sont notablement plus longues que 
chez les Rats-Taupes. 



88 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

On compte six vertèbres lombaires, nombre qui est général chez 
les Rats-Taupes, lors même qu'il existe une vertèbre de plus dans la 
région dorsale, ainsi que cela a lieu dans le genre Bathyergus. 

Il y a deux vertèbres sacrées articulées avec le bassin ; elles sont 
suivies de quatorze vertèbres caudales, dont les deux premières sont 
soudées l'une à l'autre. 

Les côtes, au nombre de treize, sont très-grêles, excepté dans la par- 
tie antérieure du thorax, où elles acquièrent des dimensions exception- 
nelles (1). Ainsi celles de la première paire sont extrêmement courtes, 
épaisseset tellement élargies inférieurement qu'elles deviennent presque 
spatuliformes ; leur portion vertébrale s'articule directement au ster- 
num par son angle antérieur et en est séparée en arrière par une pièce 
osseuse, en forme de lame, qui représente le cartilage costal. Une dispo- 
sition analogue, mais beaucoup moins marquée, existe chez les Spalax, 
mais on ne trouve rien de semblable chez les Géoryques et les Ba- 
thyergues. La deuxième côte est aussi très-robuste et se relie à un 
épais cartilage costal qui affecte la forme ordinaire. 

Le sternum est long et formé de sept pièces placées bout à bout (2) ; 
de même que chez les Spalax, la première de ces pièces ou manubrium 
est très-développée et élargie en avant, disposition qui ne se rencontre 
ni dans le genre Bathyergus, ni dans le genre Georychus ; elle porte en 
dessous une forte carène longitudinale, analogue au bréchet, et sa 
portion antérieure, qui donne insertion aux clavicules et aux côtes, est 
beaucoup plus dilatée que chez les Spalax-, les autres pièces sont étroites 
et n'offrent rien de particulier à noter, si ce n'est que l'appendice 
xiphoïde est très-allongé. 

Les clavicules sont, de même que chez les Spalax, très-longues, 
grêles, mais beaucoup plus arquées que chez ceux-ci et que chez les 
autres Rats-Taupes où, d'ailleurs, leur longeur est moindre. 

(1) Voyez pi. IX B. 

(2) Voyez pi. IX B et pi. IX A, fig. 1 0. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 89 

L'omoplate est à peu près de même forme que celle des Zemmis, 
mais elle s'élargit un peu plus vers le haut (1), sans offrir, à beaucoup 
près, la dilatation que l'on remarque chez les Géoryques, les Bath ver- 
gues et les Arvicoles. 

Les fosses scapulaires sont longues et étroites, mais la sus-épi- 
neuse est un peu plus large que l'inférieure, tandis que chez les Spalax 
on observe une disposition inverse. L'acromion est lamelleux et ne se 
détache de l'épine de l'omoplate qu'à une très-petite distance de la 
cavité glénoïdale. 

Chez les Bathyergues et les Géoryques, au contraire, cette apo- 
physe s'isole vers la moitié de la longueur de l'omoplate, et s'avance 
au-dessus de l'épaule sous forme d'une tige plus ou moins contournée 
et presque cylindrique. Chez les Spalax, où sa forme générale est à 
peu près la même que chez les Siphnés, sa portion terminale ne se 
recourbe pas en dessous à beaucoup près aussi fortement. 

L'humérus est court, trapu et fortement tordu sur lui-même, de 
façon à avoir à peu près la même forme générale que celui des Spalax; 
mais il est beaucoup plus robuste (2) . 

Le trochanter s'élève un peu au-dessus de la tête articulaire. La 
crête externe est très-saillante, pointue et dirigée en dehors; mais 
c'est principalement l'extrémité inférieure de l'os qui fournit des ca- 
ractères dont il est important de tenir compte. Elle est extrêmement 
élargie, non pas seulement dans sa portion articulaire, mais dans 
toute la partie destinée à l'insertion des muscles. Ainsi, il existe en 
dehors une expansion mince, cristiforme, presque en manière d'aile, 
qui continue le bord interne, et en se contournant, va aboutir à l'épi- 
trochlée. 

L'épicondyle est remarquablement saillant, se prolonge plus bas 
que la poulie articulaire et se relie supérieurement à la crête pectorale 

(1) Voyez pi. IX, B. 

(2) Voyez pi. IX, B, et pi. IX, 6g. 14 et 20. 

12 



90 ÉTUDES POUR SERVIR A i/HlSTOIRE 

par un renflement mousse. En arrière, la fosse olécrànienne est allon- 
gée dans le sens transversal. 

L'avant-bras est très-court; mais le cubitus présente cependant 
une longueur considérable, dépendant surtout du grand développe- 
ment de sa portion olécrànienne, qui constitue en arrière de l'articu- 
lation un levier très-puissant propre à favoriser singulièrement l'ac- 
tion des muscles extenseurs (1). L'extrémité de cette apophyse, renflée 
en forme de tubercule, se recourbe en dedans comme un crochet, et sa 
face interne est creusée d'une dépression longitudinale ; sa face supé- 
rieure est très-élargie et limitée latéralement en dedans, aussi bien 
qu'en dehors, par une crête lamelleuse qui sert à renforcer les inser- 
tions des muscles. Chez tous les Rats-Taupes, l'olécrâne est allongé et 
fort; mais elle ne présente jamais les conditions de puissance qui 
sont réunies d'une manière si remarquable chez les Siphnés. 

Le radius est solidement fixé au cubitus, de façon à ne pouvoir 
exécuter que des mouvements obscurs de pronation et de supination. 
Cependant, il est moins immobilisé que chez les Bathyergues et les 
Géoryques. Son extrémité carpienne est plus élargie que chez les Rats- 
Taupes. 

Les os du carpe sont au nombre de huit (2). La première rangée 
se compose d'une partie articulaire et d'une partie accessoire. La 
partie articulaire est formée par deux pièces, dont l'une résulte de la 
soudure du scaphoïde avec le semi-lunaire, et correspond à la facette 
radiale tout entière; l'autre, qui s'articule avec le cubitus, est con- 
stituée par le cunéiforme. Les pièces accessoires sont: du côté interne, 
le pisiforme, et du côté externe, un os surnuméraire qui est très-al- 
longé et solidement relié au pouce par des ligaments qui rendent ses 
mouvements solidaires de ceux de ce dernier doigt. La deuxième 
rangée se compose du trapèze, du trapézoïde, du grand os et de l'os 

(1 ) Voyez pi. IX, Gg. 1 5 et 2 1 ; et pi. IX, B. 
(2) Voyez pi. IX, A, fig. 41. 



DE LA FAUNE M AMM ALOOIQUE DE LA CHINE. 91 

crochu ; ce dernier est de tous le plus développé et se trouve en rap- 
port avec les métatarsiens du quatrième et du cinquième doigts. Le 
grand os est au contraire très-rédùit et s'articule spécialement avec le 
troisième métacarpien, n'étant en contact avec le deuxième que par 
une très-petite facette. 

Les métacarpiens sont tous très-courts, et, dans leur brièveté, de 
dimensions très-inégales (1). Celui du pouce ne forme qu'un petit os- 
selet lenticulaire; le second est grêle, mais relativement assez allongé, 
il est cependant dépassé par le troisième, qui est de tous le plus déve- 
loppé. Celui-ci en effet est élargi, épais, et se prolonge jusqu'au niveau 
de l'extrémité de la première phalange du quatrième doigt. Le métacar- 
pien qui supporte cette dernière est très- raccourci; sa largeur égale 
presque sa longueur. Enfin, le métacarpien du cinquième doigt est encore 
plus court et offre beaucoup de ressemblance avec les osselets du carpe. 

Le troisième doigt dépasse de beaucoup les autres (2). Les deux 
premières phalanges sont très-trapues, tandis que la dernière, destinée 
à porter l'ongle, est très-forte, très-longue, falciforme, et se prolonge 
au-dessus de la phalange précédente, de façon à la cacher complète- 
ment lorsqu'elle est dans l'extension. Le quatrième doigt est presque 
aussi robuste, mais plus court; sa phalange unguéale offre la même 
conformation que celle que je viens de décrire. Le cinquième doigt est 
très-petit; cependant, sa dernière phalange chevauche encore au-dessus 
de l'osselet qui la supporte. 

Le deuxième doigt est faible, mais relativement allongé. Enfin, le 
pouce est extrêmement réduit et terminé par une phalange unguéale 
courte, en forme de lame, très-mince et dilatée inférieurement. 

Il n'existe dans la conformation des membres postérieurs que peu 
de particularités importantes (3) . Le bassin est conformé à peu près 

(1) Voyez pi. IX, A, fig. 11, et pi. IX, B. 

(2) Voyez pi. IX, B et IX, A, fig. 1 2. 

(3) Voyez pi. IX, B. 



92 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

comme celui des Spalax; mais il est plus grand, comparativement à la 
taille de l'animal, et les angles iliaques antéro-externes se prolongent 
beaucoup plus en dehors que cela n'a lieu chez ces Rats-Taupes. Il est 
aussi à noter que les tubérosités isehiatiques se relèvent davantage. 

Le fémur est à la fois beaucoup plus large et plus robuste que 
celui des Zemmis, le grand trochanter se dilate beaucoup en dehors, et 
le trochanter interne forme une saillie considérable (1). 

Le tibia et le péroné sont comme d'ordinaire soudés ensemble 
dans leur tiers inférieur, et laissent entre eux, dans leur partie supé- 
rieure, un espace très-large, dû à une courbure très-prononcée du 
tibia (2) ; ce dernier os est fortement excavé sur sa face postérieure, 
et présente sur son bord externe une crête mince qui limite cette 
dépression. 

Le calcanéum est peu saillant et le pied est court (3) ; on y compte, 
comme chez les Rats-Taupes, cinq doigts dont le deuxième et le troi- 
sième dépassent de beaucoup les autres ; le doigt externe est le plus 
réduit de tous. Son extrémité dépasse à peine le niveau du troisième 
métatarsien. 

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, relativement à la 
structure du squelette, montrent clairement que les parties de la char- 
pente osseuse, dont la conformation est en quelque sorte commandée 
par le genre de vie souterraine de ces animaux, sont disposées à peu 
près de la même manière que chez les Rats-Taupes ; mais les différences 
s'accusent nettement clans l'appareil masticateur et dans les parties 
qui en dépendent. 

(1) Voyez pi. IX, fig. 16. 

(2) Voyez pi. IX, fig. 17. 

(3) Voyez pi. IX, B. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 93 



Appareil musculaire. 

Le système musculaire des Zocors présente des particularités re- 
marquables qui sont en harmonie avec le mode de conformation du 
squelette et avec les habitudes fouisseuses de ces animaux. 

La tête et les membres antérieurs sont mis en mouvement par 
des muscles d'une très-grande puissance, tandis que les pattes posté- 
rieures sont faibles, peu charnues, et n'offrent dans leur système 
musculaire rien qui s'éloigne du plan commun aux Rongeurs ordi- 
naires. Je crois donc ne pas devoir m'arrôter sur l'histoire anatomique 
de cette dernière partie de l'organisme, tandis qu'il me semble utile 
de décrire avec quelques détails les muscles des membres thoraciques, 
car ce sont eux surtout qui méritent de fixer l'attention. 

Les mouvements à l'aide desquelles Zocors creusent leurs terriers 
ont quelque analogie avec ceux des bras d'un homme qui nage. Les 
ongles, dirigés en arrière et un peu en dedans, font l'office de pioches, 
et lorsqu'ils ont été profondément enfouis dans le sol, les muscles de 
l'épaule se contractent de façon à fixer solidement l'omoplate contre le 
thorax et à fournir ainsi un point d'appui très-résistant pour le levier 
articulé constitué par le bras, l'avant-bras et la main. 

Ce levier doit alors se porter en arrière et un peu en dehors, de 
façon à arracher, à rejeter de côté et à repousser la terre qu'il s'agit 
de déplacer. Pour déterminer ce mouvement, les muscles rétrac- 
teurs du bras entrent en action, ainsi que les extenseurs de l'avant- 
bras et les fléchisseurs des doigts. Non-seulement ces mouvements 
doivent avoir une grande puissance, mais ils doivent aussi être com- 
binés de façon à s'exécuter simultanément; aussi la plupart des muscles 
dont je viens de parler sont-ils à la fois très- développés et reliés entre 
eux, de façon à se prêter aide mutuellement. 



9â ÉTUDES POUR SERVIR A L HISTOIRE 

Le plus superficiel de tous est le trapèze (1) ; il est mince, mais très- 
large et nettement divisé en trois portions. La portion antérieure (2) 
qui correspond au muscle que Straus-Dùrckeim a décrit, chez le Chat, 
sous le nom de clavo-cucullaire , se fixe i intérieurement à la clavicule, 
vers le tiers externe du bord antérieur de cet os, immédiatement en 
dehors du cléido-mastoïdien ; elle contourne l'épaule, croise presque 
à angle droit le muscle transverso-scapulaire ou angulaire de l'omo- 
plate, et va s'attacher en haut au bord postérieur de la crête occipi- 
tale, depuis le trou auditif jusqu'au point de rencontre de celle-ci avec 
la crête temporale, ainsi qu'à une aponévrose cervicale qui occupe la 
ligne médiane et qui donne également attache à la portion correspon- 
dante du même muscle du côté opposé. 

La portion médiane ou cervicale postérieure (3), désignée par 
Straus sous le nom d ' acromio-cucullaire , est beaucoup plus large que 
la précédente; ses fibres sont dirigées presque verticalement; elle dif- 
fère de son analogue chez l'homme : 1° en ce qu'elle s'insère à la fois 
à l'acromion et à l'épine de l'omoplate, dont elle occupe la moitié an- 
térieure; 2° en ce que son attache supérieure a lieu sur l'aponévrose 
cervicale, dont je viens de parler, en restant complètement indépen- 
dante de la colonne vertébrale. Il résulte de cette dernière disposition 
que les deux muscles trapèzes doivent se contracter simultanément 
pour que leur point d'appui soit résistant. 

La portion dorsale (ou dorso-cucullaire de Straus) est parfaitement 
distincte et nettement séparée de la précédente {h). Son extrémité 
antérieure est fixée à l'épine scapulaire, vers sa partie moyenne, im- 
médiatement au-dessus de l'extrémité du deltoïde postérieur, et im- 
médiatement au-dessous des dernières fibres de la portion cervicale 



(1) Voyez pi. IX, C, 6g. 1, 1. 

(2) Voyez pi. IX, C, fig. i , i a . 

(3) Voyez pi. IX, C, fig. 1, i 

(4) Voyez pi. IX, C, fig. \, 1". 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 95 

du trapèze. Ce muscle se porte en arrière et en haut en s élargissant 
graduellement, croise le triceps brachial, passe au-dessus de l'angle 
postérieur de l'omoplate, presque parallèlement aux libres du muscle 
grand dorsal qui est au-dessous (1), et se termine en partie sur les 
apophyses épineuses des quatre dernières vertèbres dorsales, en partie 
sur l'aponévrose lombaire. 

L'action combinée des trois faisceaux du trapèze a pour effet 
d'élever l'épaule; lorsqu'elle agit isolément, la portion antérieure 
la porte en avant; la portion postérieure, au contraire, la tire en ar- 
rière et fait très-légèrement basculer l'omoplate sur la clavicule. 

Ce muscle est disposé à peu près de la même manière que celui 
du Spalax; cependant, chez ce dernier, la portion dorsale est plus 
forte. La portion occipitale est plus oblique, et ses fibres confondent 
leur attache avec celles du s te rno-cléido -mastoïdien. 

Le trapèze du Siphné est notablement plus robuste que celui du 
Rat. Chez ce dernier, la portion occipitale est beaucoup plus longue 
et plus oblique, ce qui dépend des différences qui existent dans les 
dimensions du cou de ces deux Rongeurs; en effet, chez le Siphné, la 
crête occipitale est située presque au niveau de l'épaule ; chez le Rat 
elle s'en trouve à une assez grande distance. J'ajouterai que, dans cette 
dernière espèce, la portion du trapèze dont je viens de parler re- 
couvre complètement le sterno-cléido-mastoïdien, de telle sorte qu'au 
premier abord on pourrait la confondre avec ce muscle. 

Chez beaucoup d'autres Rongeurs, le Castor, le Porc-Épic, le 
Cabiai, le Paca, par exemple, la portion dorsale du trapèze se fu- 
sionne presque complètement avec la portion cervicale, ce qui n'a pas 
lieu dans le genre qui nous occupe. 

Immédiatement au-dessous du trapèze se trouvent trois muscles 
remarquablement forts, qui correspondent au rhomboïde de l'homme. 

(1) Voyez pi. IX, C, fig. 1, 15. 



96 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

L'un, ou rhomboïde antérieur, appelé aussi à raison de ses inser- 
tions occipito-scapulaire (1), se fixe à toute la crête scapulaire, dont 
la portion antérieure, comme nous l'avons déjà vu, est remarquable- 
ment épaisse. Ce muscle occupe toute cette épaisseur, car ce n'est 
que sur le bord inférieur de l'épine que s'insère le trapèze. Les fibres 
de l'occipito -scapulaire se portent directement en avant et s'attachent 
au-dessous du trapèze à la crête occipitale jusqu'à l'apophyse mas- 
toïde, immédiatement au-dessus du point d'insertion du grand dentelé 
et du sterno-mastoïdien. Ses contractions portent l'épaule en avant et 
font basculer l'omoplate sur la clavicule, de façon à donner plus 
d'obliquité au premier de ces os. Lorsque l'épaule est fixée et que ce 
muscle se contracte simultanément avec son congénère, il relève la 
tête; s'il se contracte seul, il tourne la tête de côté. 

Chez le Rat, le rhomboïde antérieur ne consiste qu'en une ban- 
delette très-étroite et de faible épaisseur, qui ne s'attache qu'à la 
moitié externe de la crête occipitale. Chez le Spalax, il est conformé à 
peu près comme celui des Siphnés, bien que sa longueur soit plus con- 
sidérable. 

Le second rhomboïde, ou rhomboïde principal (2), occupe presque 
tout l'espace compris entre la ligne médiane du cou et le bord supérieur 
du muscle précédent. Il s'attache à l'angle postérieur de l'omoplate, 
dans sa moitié supérieure et à une très-courte portion (4 ou 5 milli- 
mètres) du bord supérieur attenant à cet angle. Ses fibres se portent 
ensuite obliquement en dedans et se fixent à l'entrecroisement apo- 
névrotique qui existe sur la ligne médiane, et auquel s'attachent aussi 
le trapèze et le splénius. Elles ne prennent aucune insertion sur les 
vertèbres cervicales. Ce muscle relève l'angle postérieur de l'omoplate, 
et par conséquent, porte le bras et l'avant-bras en arrière. Chez le 
Rat, il est plus grêle, beaucoup moins oblique, et s'insère sur tout le 

(!) Voyez pi. IX, C, fig. 5, 2". 
(2) Voyez pi. IX, C, Og. 5, 2\ 



DE LA FAUNE M AA1M A LOGIQUE DE LA CHINE. 97 

bord supérieur de l'omoplate, de façon à tirer cet os presque directe- 
ment eu haut et à l'appliquer contre le rachis. 

Le troisième muscle, que l'on pourrait appeler rhomboïde acces- 
soire, s'insère (1) à la face interne de l'angle postérieur de l'omoplate, 
et se porte directement en dedans pour se fixer aux apophyses épineuses 
des quatrième, cinquième et sixième vertèbres dorsales; il est destiné à 
maintenir l'angle du scapulum appliqué contre la colonne vertébrale. 
Chez le Spalax, il n'est pas distinct, mais paraît représenté par la por- 
tion postérieure du rhomboïde principal, qui s'épaissit beaucoup en 
arrière. 

Le muscle grand dentelé (2) est remarquablement fort et diffère 
beaucoup, non-seulement de celui de l'Homme, mais aussi de celui de 
la plupart des Mammifères, car il s'étend en dedans depuis la tête 
jusqu'à la dixième côte, et de là, ses fibres convergent vers l'angle pos- 
térieur et vers le bord supérieur de l'omoplate. Elles forment, à raison 
de leur direction, trois faisceaux bien distincts, que l'on peut désigner 
sous le nom de faisceau antérieur, moyen et postérieur. 

Le premier, que l'on doit considérer comme l'analogue du rele- 
veur de l'omoplate (3), s'attache à la partie inférieure de la crête oc- 
cipitale, immédiatement en arrière du cléido-mastoïdien, aux apo- 
physes transverses de la pièce osseuse constituée par la soudure des 
deuxième, troisième et quatrième vertèbres, ainsi qu'à la première 
côte. Ses fibres se dirigent obliquement en arrière et vont se fixer au 
tiers postérieur du bord supérieur de l'omoplate et à la face interne de 
ce bord. 

La portion moyenne (4) prend attache sur les deuxième, troisième 
et quatrième côtes, ainsi qu'à un espace fibreux qui les réunit entre 



(1) Voyez pi. IX, C, fig. 5, 6 et 7, %. 

(2) Voyez pi. IX, D, fig. 1 et 2, 3. 

(3) Voyez pi. IX, D, fig. 2, 5'. 

(4) Voyez pi. IX, D, fig. 2, S». 

13 



98 ÉTUDES POUR SERVIR A L HISTOIRE 

elles, et monte ensuite presque directement s'insérer en dedans de 
l'angle postérieur du scapulum. La portion postérieure du grand den- 
telé (1) se compose de cinq ou six bandes musculaires, qui, fixées sur 
les côtes jusqu'à la dixième, s'attachent par leur extrémité opposée 
à la partie inférieure de l'angle scapulaire postérieur. 

Lorsque ces trois portions se contractent simultanément, elles 
appliquent fortement l'omoplate contre le thorax, et maintiennent par 
conséquent J'épaule. Quand la portion antérieure entre seule en jeu, 
elle porte l'omoplate en avant en la faisant basculer sur son extrémité 
articulaire. Quand la portion postérieure se contracte, l'omoplate est 
tirée en arrière et en bas. 

Le sous-clavier (2) doit être compté parmi les muscles qui agissent 
sur l'omoplate; il est très- volumineux, très-épais, et s'insère sur l'ex- 
trémité élargie de la première côte et sur une tubérosité que cet os pré- 
sente en dehors, puis se porte non-seulement à tout le bord postérieur 
et à la face inférieure de la clavicule, mais encore à l'extrémité supé- 
rieure de l'acromion. Comme ses fibres s'étendent presque directement 
en dehors, lorsqu'elles se contractent, elles fixent solidement l'épaule en 
la tirant en bas et en l'appliquant contre les parois du thorax, en même 
temps qu'elles élèvent la première côte. 

Ce muscle, qui manque généralement chez les Mammifères dé- 
pourvus de clavicules, se développe d'autant plus que cet os présente 
plus de force. Ainsi, chez le Paca dont la clavicule est incomplète, il 
est faible et n'occupe que la portion osseuse de ce stylet. Chez le 
Castor, il augmente beaucoup de volume et recouvre une grande partie 
du bord postérieur de la clavicule ; enfin, nous voyons que dans le 
genre Siphneus, il s'étend jusqu'à l'acromion. 

Immédiatement en avant du muscle sous-clavier, on voit un 



(1) Voyez pi. IX, D, fig. 2, 3 e . 

(2) Voyez pi. IX, C, fig. 2 et 6, i. 



DE LA FAUNE M AMM ALOG] Q E DE LA CHINE. 99 

autre muscle (1) que l'on pourrait comparer à l'angulaire de l'homme, 
mais qui correspond plutôt au transverso-scapulaire de Schreger et de 
Straus Durckeim. Ce muscle s'attache sur l'apophyse récurrente de 
l'épine seapul'aire, puis se porte en avant et en dedans, contourne 
l'acromion, passe au-dessus du cléido-mastoïdien pour aller se fixer 
par un tendon peu développé aux apophyses transverses et au corps 
des vertèbres cervicales soudées. Ce muscle est peu développé, com- 
parativement a ceux de la même région; lorsqu'il se contracte, il tire 
l'épaule en avant et un peu en dedans. 

Le petit pectoral (2) constitue un muscle très-épais et bien dis- 
tinct; il se fixe à toute l'apophyse coracoïde et se porte ensuite obli- 
quement en dedans et en arrière, pour s'insérer à l'extrémité interne 
de la deuxième côte et au cartilage correspondant. Ses contractions 
tirent l'épaule en arrière et en dedans. Chez la plupart des Rongeurs, 
ce muscle est plus faible, plus allongé et surtout moins distinct que 
chez les Siphnés. 

Les muscles qui mettent le bras en mouvement sont: le deltoïde, 
le sus-épineux, le sous-épineux, le grand rond, le petit rond, le grand 
dorsal, le grand pectoral, le sous-scapulaire et le coraco-brachial. 

Le deltoïde (3) constitue une seule masse musculaire très-consi- 
dérable qui occupe les portions antérieure et latérale de l'épaule; il 
s'attache à l'apophyse du bord externe de l'humérus, au-dessus et en 
dehors du grand pectoral; de là ses fibres se portent, les unes en de- 
dans, les autres directement en haut, et enfin, les autres en arrière et 
en dehors. 

Ces dernières s'insèrent au bord inférieur de l'épine scapulaire, 
dans toute sa portion élargie, et recouvrent directement le triceps; les 
fibres antérieures s'attachent à l'acromion et à l'extrémité externe du 



(1) Voyez pi. IX, C, fig. 2 et 6, 5. 

(2) Voyez pi. IX, D, fig. 1, 6. 

(3) Voyez pi. IX, D, fig. 1, S. 



100 ÉTUDES POUR SERVIR A L'iIISTOIRE 

bord claviculaire antérieur; les fibres internes prennent leur point 
d'insertion sur les deux tiers de ce même bord. Le deltoïde du Siphné 
est spécialement élévateur du bras. Cependant, comme la portion ex- 
terne ou scapulaire est plus volumineuse que les autres, ce muscle 
doit porteren même temps le bras en dehors. 

Chez un grand nombre de Rougeurs, le deltoïde est simple, comme 
celui du Siphné ; tels sont, sous ce rapport, le Castor, le Hamster, 
l'Écureuil et le Rat. Cependant, chez ce dernier, on observe déjà des 
traces de la division en deux faisceaux, dont l'externe se prolonge 
plus loin en arrière que dans le genre qui nous occupe, de telle sorte 
qu'il doit, en élevant le bras, le porter en dehors. 

Dans le genre Spalax, le deltoïde ressemble aussi à celui des 
Siphneus, mais comme les clavicules sont beaucoup plus obliques, les 
fibres de ce muscle sont presque verticales et doivent tendre à élever 
directement le bras. 

Chez beaucoup de Rongeurs, le deltoïde se divise en deux muscles 
entièrement séparés l'un de l'autre parla tête de l'humérus. Ils cor- 
respondent au delto-acromial et au delto-spinal décrits par Straus- 
Durckeim chez le Chat. Ainsi, dans les genres Porc-Épic et Agouti, on 
voit deux faisceaux parfaitement distincts, dont l'un part de l'acromion 
et de la partie antérieure de l'épine, et l'autre de la moitié externe de 
la clavicule. Chez les Marmottes, la division du muscle élévateur du 
bras est portée bien plus loin encore, car on y distingue quatre fais- 
ceaux. 

Le sus-épineux (1) ne remplit pas entièrement la fosse de ce 
nom, dont la partie postérieure est occupée par le rhomboïde; il s'at- 
tache au bord supérieur de l'omoplate dans ses trois quarts antérieurs, 
ainsi qu'à la portion correspondante de la fosse sus-épineuse et de la 
face supérieure de l'épine scapulaire. Ce muscle s'engage ensuite au- 

(I) Voyez pi. IX, C, fig. 2 et C, 9. 



DE LA FAUNE M AMM A LOG IQUE DE I.A CHINE. 101 

dessous de l'aeromion et de la portion externe du sous-clavier, et s'in- 
sère à la tubérosité supérieure de l'humérus, de façon à élever cet os, 
en lui imprimant en même temps un mouvement de rotation en dehors. 

Chez le Spalax, le sus-épineux est comparativement plus déve- 
loppé que dans le genre qui nous occupe ; il s'étend plus loin en arrière 
et remplit toute la fosse sus-épineuse. 

Le sous-épineux (1) est peut-être plus volumineux que le précé- 
dent; il est logé dans la fosse sous-épineuse et s'étend jusqu'au bord 
scapulaire postérieur; il paraît entièrement confondu avec le petit 
rond (2). Son tendon, court et large, se fixe sur la tubérosité externe 
de l'humérus en s'entrecroisant en partie avec les fibres du ligament 
capsulaire. Ses contractions impriment au bras un double mouvement 
de rotation de dedans en dehors et d'élévation. 

Le grand rond (3) ou rond externe se voit immédiatement au- 
dessous du muscle précédent ; il lui est presque parallèle et se détache 
du bord inférieur de l'angle postérieur de l'omoplate, et va prendre 
son insertion mobile au bord interne de l'humérus, vers son tiers su- 
périeur, immédiatement en dehors du tendon du grand dorsal, dont il 
est d'ailleurs parfaitement séparé. Généralement, chez les Rongeurs, le 
grand rond se développe moins. Dans le genre Spalax, où il est assez 
volumineux, il s'attache à l'os du bras beaucoup plus près de la tête 
articulaire. Chez aucun Rongeur, il n'atteint les dimensions de celui 
de la Taupe, où il est énorme et recouvre tout le sus-épineux. 

Le grand dorsal (4) constitue un muscle très-robuste et remar- 
quable par les relations qu'il offre avec le triceps brachial. Il s'insère en 
arrière à la partie antérieure de l'aponévrose lombaire et aux apophyses 
épineuses des dixième, onzième, douzième et treizième vertèbres dor- 



(1) Voyez pi. IX, C, fig. 1 et 2, 10. 

(2) Voyez pi. IX, E, fig. 2, 11. 

(3) Voyez pi. IX, D, fig. 1 , et pi. IX, B, fig. 2, 12. 

(4) Voyez pi. IX, C, et IX, D, fig. 1, 1>. 



402 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

sales, par l'intermédiaire d'un plan fibreux mince et très-élargi, qui 
s'entrecroise avec celui du côté opposé. Il est. dans ce point, recouvert 
par la portion postérieure du trapèze ou dorso-cucullaire; il est large, 
lamelieux et se porte en bas et en avant, croise le grand dentelé et se 
termine sur une expansion tendineuse, qui se continue jusqu'au bord 
interne de 1 humérus, où elle se fixe en dedans du grand rond. 

Cette même expansion tendineuse donne attache à un faisceau 
interne du triceps (1), dont les fibres semblent même être la continua- 
tion directe de celles du grand dorsal; quelques-unes vont se fixer 
en partie sur l'olécrâne, et les autres se confondent avec la masse des 
muscles fléchisseurs des doigts. 

Cette disposition est destinée à donner une très-grande énergie 
aux mouvements qui portent le membre antérieur en arrière depuis 
son extrémité jusqu'à sa base, car lorsque le grand dorsal se contracte, 
non-seulement il tire l'humérus en arrière au moyen de son long ten- 
don, mais il constitue en même temps un point d'insertion fixe pour 
le faisceau interne du triceps, qui peut alors entrer enjeu et à la fois 
étendre l'avant-bras sur le bras et fléchir les doigts par l'intermédiaire 
des muscles propres à ces appendices. 

On remarque, chez un certain nombre de Rongeurs, une disposi- 
tion analogue, mais toujours moins exagérée; ainsi, chez Je Porc-Epic 
et chez le Spalax, le faisceau interne du triceps prend quelques points 
d'attache sur le grand dorsal; mais il ne peut plus en être considéré 
comme la continuation. Sa direction est différente, et par conséquent, 
le grand dorsal n'agit plus aussi directement sur l'olécrâne. 

Chez quelques Rongeurs, le Castor, par exemple, le grand dorsal 
présente, dans sa portion numérale, une disposition bien différente de 
celle que je viens de signaler dans le genre Siphné. Ce muscle se ter- 
mine en formant une arcade aponévrotique qui s'attache à la face 

(1) Voyez pi. IX, D, fig. 1, ¥. 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE DE LA CHINE. 103 

interne de la partie supérieure de l'humérus, et laisse un espace vide 
destiné au passage du muscle biceps, du coraco-brachial et des princi- 
paux nerfs et vaisseaux du bras. Le faisceau externe et supérieur de 
cette arcade s'unit intimement au grand rond et donne attache au dermo- 
huméral. Rien de semblable ne se remarque chez les Siphnés. 

Le grand pectoral (1) est extrêmement épais, aussi voit-on sur la 
ligne médiane une sorte de raphé aponévrotique qui unit les fibres 
d'un côté à celles du côté opposé, et qui constitue un sillon longitu- 
dinal à cause du renflement de chaque pectoral. Ses fibres s'attachent 
très-largement à l'humérus; en premier lieu, «à l'extrémité de l'apo- 
physe en forme de crochet qui prolonge le bord externe, puis à une 
ligne intermusculaire située sur la face antérieure, et remontant jus- 
qu'à la tête de l'os en limitant la gouttière bicipitale ; l'insertion du grand 
pectoral circonscrit ainsi un espace ovalaire que remplit la portion 
antérieure du deltoïde. Les fibres antérieures du grand pectoral se 
portent directement en dedans vers le sternum, mais n'ont aucune 
connexion avec la clavicule dont elles sont séparées par le deltoïde; 
les fibres postérieures se dirigent obliquement en dedans et en ar- 
rière, et s'insèrent en partie sur le sternum jusqu'à la base de l'ap- 
pendice xiphoïde, en partie sur la portion interne des deuxième, troi- 
sième et quatrième côtes, par des faisceaux parfaitement distincts, 
dont la direction est beaucoup plus oblique que celle des fibres plus 
superficielles qui se portent au sternum; ces faisceaux s'attachent à 
l'humérus le long du bord de la gouttière bicipitale, tandis que les 
autres s'insèrent à l'apophyse externe. 

Le grand pectoral rapproche l'humérus du corps et le porte en 
même temps en arrière, tandis que chez le Rat, il n'est guère qu'ad- 
ducteur. 

Il est peu de Rongeurs chez lesquels ce muscle soit aussi robuste 

(1) Voyez pi. IX, C, fig. I, et pi. IX, D, fig. I, 7. 



104 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

que celui du Siphné. Dans le genre Spalax, ce muscle ne constitue pas 
de chaque côté de la poitrine une niasse renflée; il est au contraire 
aplati et peu épais. 

Chez le Rat, où il est médiocrement développé, ses fibres anté- 
rieures se dirigent obliquement, et un peu en arrière du sternum, vers 
l'humérus, de façon à déterminer pour cet os un mouvement de rota- 
tion en dedans beaucoup plus marqué que chez le Siphné. 

Dans le genre Arctomys, il existe au-dessous du grand pectoral un 
autre muscle faible, mais bien distinct, qui s'étend de la région 
moyenne du sternum vers la crête numérale. Ce faisceau ne peut être 
comparé au petit pectoral des Siphnés, dont l'insertion mobile se faft 
sur l'apophyse coracoïde. 

Le grand pectoral de la Taupe est conformé d'une façon tout à fait 
spéciale, et les mêmes résultats s'obtiennent, chez cet animal fouis- 
seur, à l'aide d'un mécanisme différent. Ce muscle est formé de plu- 
sieurs faisceaux dont l'un d'eux s'attache, d'une part, sur la clavicule, 
d'autre part, au bord inférieur de l'humérus. Les derniers faisceaux 
s'étendent, au contraire, jusqu'aux tubérosités antérieure et posté- 
rieure de ce même os. 

Le sous-scapulaire (1) ne présente rien de remarquable à noter; 
il remplit toute la fosse scapulaire qui est étroite, mais très-profonde, 
de telle sorte que l'épaisseur du muscle est considérable, puis il se 
termine par un tendon court et très-large, qui s'engage sous le coraco- 
brachial qu'il croise presque à angle droit, et va se fixer à la tubérosité 
humérale interne. 

Le coraco-brachial (2) prend naissance à l'extrémité de l'apo- 
physe coracoïde, immédiatement au-dessous du petit pectoral, par un 
tendon grêle et allongé, qui ne tarde pas à s'élargir et se transforme 



(<) Voyez pi. IX, D, fig. \, ii. 
(2) Voyez pi. IX, D, fig. 1, 15. 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE DE LA CHINE. 105 

en une aponévrose très-étendue dont émanent les fibres musculaires 
qui constituent, vers la partie inférieure du bras, un faisceau compa- 
rativement renflé. Ces fibres se fixent au bord interne de l'humérus, 
dans son tiers inférieur et dans une excavation que l'on remarque sur 
ce bord, immédiatement au-dessus de la tubérosité interne ou épitro- 
chlée, de façon à donner à cet os un mouvement d'adduction très- 
prononcé. 

Chez la plupart des Rongeurs, ce muscle est beaucoup plus grêle, 
quelquefois même il fait complètement défaut, et il est curieux de le 
voir manquer chez certaines espèces fouisseuses et particulièrement 
dans le Rat-Taupe du Cap. Chez le Spalax, il est réduit à une bride ten- 
dineuse qui ne devient musculaire que près de son extrémité infé- 
rieure. Dans les genres Sciurus et Hystrix, il est relativement presque 
aussi développé que chez le Siphné, mais son tendon est très-court ; 
il en est de même chez le Castor, où l'on remarque que ce tendon, à peu 
de distance de l'apophyse coracoïde, donne naissance à deux ventres 
charnus distincts, dont le supérieur s'insère très-haut à l'humérus, et 
dont l'inférieur, qui est le plus considérable, s'attache à toute la face 
interne de cet os. 

Le Porc-Épicet le Hamster offrent, sous ce rapport, une disposition 
semblable. 

Lorsqu'on examine les muscles qui mettent l'avant-bras en mou- 
vement, on est frappé de la disproportion qui existe entre les fléchis- 
seurs et les extenseurs ; ces derniers sont énormes et renforcés par 
d'autres muscles, tels que le grand dorsal ; les premiers sont au con- 
traire peu robustes. 

Le plus développé est le biceps (1) qui, dans le genre Siphné, ne 
mérite pas ce nom, car il n'a qu'une seule tête; on devrait plutôt l'ap- 
peler le long fléchisseur de l'avant-bras. Son tendon s'attache en haut, au 



(4) Voyez pi. IX, D, fig. 1, 19. 

14 



106 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

bord de la cavité glénoïdale de l'omoplate, il s'engage ensuite dans 
une coulisse creusée d'abord entre la tubérosité externe et la tête de 
l'Immérus, puis entre cette dernière et la tubérosité interne ; dans cette 
portion de son trajet, il est maintenu par des brides de tissu fibreux. 

Le long fléchisseur se renfle au niveau de l'insertion du grand 
dorsal et constitue une sorte de ventre, puis il s'atténue de nouveau, 
passe au devant de l'articulation du coude et s'engage entre le rond 
pronateur et le brachial antérieur pour aller se fixer au bord supé- 
rieur du cubitus, en avant de son articulation, de manière que ses 
contractions déterminent non-seulement la flexion de l'avant-bras, 
mais aussi un léger mouvement de pronation. 

Beaucoup de Rongeurs présentent dans la disposition de ce muscle 
les particularités que je viens de signaler; ainsi chez le Castor, le biceps 
est beaucoup plus robuste, mais il naît aussi par une seule tête. On 
peut en dire autant pour le Spalax, le Porc -Épie, la Marmotte et le 
Paca. Au contraire, chez le Rat-Taupe du Cap, le Rat et l'Écureuil, il 
existe un véritable biceps pourvu de deux têtes bien distinctes. 

Le court fléchisseur de l'avant-bras, ou brachial antérieur (1) , dif- 
fère considérablement de celui de l'homme et de la plupart des autres 
Mammifères par la hauteur à laquelle il s'insère. En effet, il prend ses 
points d'insertion supérieure, sur la face postérieure de l'humérus, 
immédiatement au-dessous de la tête articulaire de cet os et aune petite 
portion de la crête externe, puis il glisse en dehors de cette dernière, 
contourne l'apophyse qui la termine, s'accole au long fléchisseur, croise 
le muscle radial et va enfin s'insérer, au moyen d'un tendon mince et 
aplati, à une faible distance en avant de la tête articulaire du radius, 
et au bord supérieur du cubitus, dans une fossette qui lui est com- 
mune avec le muscle précédent, de manière à fléchir l'avant-bras en 
m ême temps qu'il fait exécuter à la main un mouvement très-marqué 
de pronation. 

(1) Voyez pi. IX, D, fig. \,20. 



DE LA FAUNE M A JIM ALOG in UE DE LA CHINE. 107 

L'extenseur de l'avant-bras, ou triceps (1), constitue sur les faces 
externe et postérieure du bras une masse énorme, divisée en quatre 
portions bien distinctes. L'une d'elles, beaucoup plus considérable que 
les autres, prend son insertion sur l'omoplate : je la désignerai sous le 
nom de portion scapulaire. Les deux autres se fixent à l'humérus, l'une 
en dehors, l'autre en arrière et en dedans. J'appellerai la première 
portion humer aie externe, et la seconde portion humé raie interne. Enfin, le 
quatrième faisceau, ou accessoire, prend son point d'attache sur le ten- 
don du grand dorsal. 

La portion scapulaire (2) tend à se diviser en deux faisceaux qui 
en haut se confondent. Le premier faisceau s'insère à l'angle posté- 
rieur de l'omoplate par l'intermédiaire d'une expansion aponévrotique, 
ainsi qu'au bord inférieur de cet os. Le deuxième faisceau, recouvert 
en haut parle deltoïde, s'attache à l'omoplate d'une façon très-singu- 
lière : il envoie une expansion aponévrotique qui va se fixer, en dehors, 
sur l'épine scapulaire en passant au-dessus du muscle sous-épineux. 
Une autre lame aponévrotique passe au-dessous de ce môme muscle 
pour aller s'insérer sur le bord scapulaire inférieur. Les fibres muscu- 
laires qui émanent des deux faisceaux dont il vient d'être question, se 
dirigent en bas et ne tardent pas à se réunir ; quelques-unes se fixent 
sur le bord postérieur de l'apophyse olécrâne ; les autres, situées plus 
en arrière, se confondent avec l'aponévrose antibrachiale, de façon à 
aider puissamment l'action des muscles fléchisseurs des doigts. 

La portion numérale externe (3) prend naissance, par l'intermé- 
diaire d'une lame aponévrotique, sur la partie de la crête externe située 
au-dessus de l'apophyse d'insertion du grand pectoral ; elle occupe par 
conséquent la région brachiale antérieure et externe. Les fibres recou- 
vertes supérieurement par le deltoïde se dirigent en bas et un peu en 

(1) Voyez pi. IX, C, fig. 1 et 2, et pi. IX, D, fig. 1, 21. 

(2) Voyez pi. IX, C, fig. 1 et 2, 2f*. 

(3) Voyez pi. IX, C, fig. 1 et 2, 21à. 



108 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

arrière et vont s'insérer au bord externe de l'olécrâne. Dans une partie 
de leur étendue, elles recouvrent le brachial antérieur ou court fléchis- 
seur de l'avant-bras, et dans leur portion terminale, elles passent au- 
dessus des muscles extenseurs des doigts. Ce faisceau sert à fléchir 
l'avant-bras, en même temps qu'il lui fait exécuter un mouvement de 
rotation en dehors. 

La portion bumérale interne (1) affecte une forme triangulaire, 
elle s'attache directement : 1° à la crête qui surmonte l'épicondyle et se 
dirige en haut et en dedans ; 2° à tout le bord interne de l'humérus, 
ainsi qu'à la face postérieure de l'os comprise entre ces deux crêtes. 
Inférieurement, elle s'insère au bord postérieur et externe de l'olé- 
crâne et à la face supérieure de cette apophyse, de manière à agir avec 
une très-grande puissance sur ce bras de levier et à contribuer en 
majeure partie aux mouvements d'extension de l'avant-bras. 

Le faisceau accessoire (2) dont il a déjà été question (voyez page 102j , 
naît sur une intersection fibreuse qui le sépare du grand dorsal, dont 
il semble former la continuation directe, puis il se dirige en dedans, et 
parallèlement à la portion scapulaire, vers le coude et se fixe à l'angle 
postéro-interne de l'olécrâne, ainsi qu'à l'aponévrose antibrachiale. 

Enfin, pour terminer ce qui est relatif aux extenseurs de l'avant- 
bras, je dois parler d'un petit muscle, qu'on peut considérer comme 
une dépendance du triceps, et que l'on désigne d'ordinaire sous le nom 
d'anconé ou d'olécrdnien (3); il s'attache d'une part à l'épitrochlée et 
d'autre part à l'angle postéro-interne de l'olécrâne. 

Je ne connais aucun Rongeur chez lequel le triceps soit aussi 
développé que chez le Siphné et chez lequel il présente des adhé- 
rences aussi intimes avec l'aponévrose antibrachiale. Lorsqu'on 
cherche à se rendre compte des mouvements qu'il détermine, on voit 

(1) Voyez p!. IX, D, fig. 1 et 3, 2ic 

(2) Voyez pi. IX, D, fig. 1 et 3, 2i d . 

(3) Voyez pi. IX, D, fig. 5, 22. 



DE LA FAUNE M A MMALOGIQUE DE LA CHINE. 109 

qu'il est admirablement conformé pour servir des membres fouisseurs. 
Car lorsqu'il se contracte, non-seulement il étend l'avant-bras, mais 
encore il le tourne légèrement en debors en même temps qu'il main- 
tient les doigts solidement fléchis : combinaison de mouvements néces- 
saire pour entamer le sol et en repousser les débris. 

Dans le genre Spalax, le triceps ne s'insère que sur les deux tiers 
antérieurs de l'omoplate, au niveau du point d'attache du faisceau del- 
toïdien postérieur, et il passe sous le muscle sous-épineux, pour aller 
se fixer au bord inférieur de l'omoplate, de telle sorte que ce dernier 
muscle n'est pas, comme chez le Siphné, compris entre deux lames 
aponévrotiques. Le faisceau accessoire émane aussi du grand dorsal; 
mais la direction de ses fibres est différente de celle de ce muscle, 
et par conséquent le grand dorsal agit moins directement sur l'olé- 
crâne. 

Chez le Rat, le muscle court fléchisseur de l'avant-bras est com- 
plètement à découvert, à cause du développement beaucoup moindre 
que présente la portion antéro-externe du triceps qui ne s'attache que 
sur le bord inférieur de l'omoplate, laissant le sous-épineux compléte- 
men àdécouvert. Le faisceau accessoire est très-faible, et au lieu de se 
continuer avec le grand dorsal il s'insère sur une arcade aponévroti- 
que constituée par ce muscle et une portion du grand pectoral. 

Il n'existe chez les Siphnés qu'un seul muscle pronateur corres- 
pondant au rond pronateur (1), qui naît en avant de l'épitrochée, à la 
partie supérieure de cette petite tubérosité, immédiatement au-des- 
sous de la dépression dans laquelle se fixe le court fléchisseur de 
l'avant-bras. De là, ce muscle se dirige obliquement en avant et en bas 
pour s'attacher, au moyen d'une très-large aponévrose, à la partie in- 
terne du bord supérieur du radius, vers sa portion moyenne. 

Le carré pronateur est très-faible; il constitue un petit faisceau, 

(l) Voyez pi. IX, D, fig. 1 et 3, 23. 



110 ÉTUDES POUR SERVIR A L'iUSTOIRE 

qui s'étend du radius au cubitus, vers la partie inférieure de l'avant- 
bras. 

Chez le Porc-Épic, l'Agouti, la Marmotte, il existe un muscle carré 
pronateur, qui occupe presque toute la longueur de l'avant-bras. 

Comme antagoniste du rond pronateur, on ne trouve qu'un seul 
muscle qui correspond au court supinateur (1) ; il est comparative- 
ment beaucoup moins développé que le précédent, et naît au-dessous 
des extenseurs des doigts sur l'épicondyle, contourne l'extrémité su- 
périeure du radius, et s'insère vers le tiers supérieur de cet os, au- 
dessus et en dehors du rond pronateur. 

Le Hamster et la Marmotte possèdent deux supinateurs; mais chez 
le Lièvre, le Porc-Épic, l'Agouti, le Paca, le Castor, le Rat, le Spalax 
et l'Hélamys, on ne trouve aucune trace du long supinateur. Sous ce 
rapport, ces Rongeurs ressemblent donc au Siphné. 

Dans le genre dont l'étude nous occupe ici, les muscles qui, d'or- 
dinaire, se portent de l'humérus au carpe, et qui servent aux mouve- 
ments d'extension et de flexion de cette partie, sont en quelque sorte 
détournés de leurs fonctions, et s'insérant sur les métacarpiens, sont 
en partie affectés au service des doigts. 

Les extenseurs sont les deux radiaux externes et le cubital 
externe. 

Le premier radial (2) se voit à la face antérieure et interne du bras; 
il naît de l'épicondyle de l'humérus, passe au devant de l'articulation 
du coude, recouvre le supinateur, croise le large tendon du rond pro- 
nateur, passe au-dessus de la tête du radius, où il est maintenu par une 
bride aponévrotique qui lui est commune avec le deuxième radial ; puis 
il va se fixer en dedans_ de l'extrémité du métacarpien de l'index, au 
moyen d'un tendon grêle, mais très-allongé. 



(1) Voyez pi. IX, D, fig. 6, 24. 

(2) Voyez pi. IX, D, fig. 1, et pi. IX, E, fig. 1, 25. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. III 

Le deuxième radial externe (1) , plus épais et plus charnu que le 
précédent, naît immédiatement au-dessous et en dehors de lui sur le 
bord externe de l'épicondyle ; il est accolé au premier radial dans presque 
toute sa longueur, mais on l'en sépare facilement sans aucune déchi- 
rure ; son tendon est comparativement plus fort et plus court ; il s'insère 
sur la face interne du métacarpien du doigt médius. Les deux radiaux 
agissent de même, ils étendent ou relèvent la main en tirant les deuxième 
et troisième métacarpiens en dedans d'une manière très-marquée. 

Dans le genre Spalax et Georychus, il n'y a qu'un seul radial externe; 
mais chez beaucoup d'autres Rongeurs, ce muscle est double ; ainsi le 
Castor, lePorc-Épic, le Rat, le Hamster, l'Écureuil, la Marmotte, sont 
pourvus de deux extenseurs radiaux très-distincts qui s'attachent 
aussi sur les deuxième et troisième métacarpiens. 

Le cubital externe (2) constitue deux faisceaux bien séparés, qui 
s'insèrent à la base de l'épicondyle, recouvrent le supinateur et s'enga- 
gent sous une bride fibreuse qui les maintient pendant leur passage 
sur la tête du cubitus. Le tendon situé en dehors s'attache sur la face 
externe du métacarpien du petit doigt ; il remplace même l'extenseur 
dont il n'existe aucune trace. Le second tendon se fixe sur le quatrième 
métacarpien ; de même que le précédent, il est à la fois extenseur et 
abducteur. 

Une semblable disposition est très-rare dans l'ordre des Rongeurs, le 
cubital externe y est constamment unique ; cependant chez le Zemmi, 
j'ai trouvé un tendon extrêmement grêle qui se détachait de celui de 
ce muscle, vers son passage sous la bride fibreuse, et se portait au qua- 
trième doigt ; mais l'extenseur du petit doigt existait et était même 
bien développé. Chez plusieurs Édentés, on remarque que le muscle 
cubital externe est profondément divisé et ressemble à celui des 



(1) Voyez pi. IX, E, fig. 1, 26. 

(2) Voyez pi. IX, E, fig. 1 , 27. 



112 ÉTUDES POUR SERVIR A L'iIISTOIRE 

Siphnés ; ainsi chez le Tatou, il existe deux faisceaux bien séparés, 
dont le plus grêle s'insère sur le quatrième métacarpien ; j'ajouterai 
aussi que chez cet animal, le fléchisseur commun des doigts n'envoie 
aucun tendon au cinquième doigt, ce qui augmente la ressemblance 
entre la disposition de l'appareil moteur de la main de ces deux genres, 
zoologiquement très-différents, mais tous deux fouisseurs. 

Le troisième doigt ou médius est pourvu d'un véritable abduc- 
teur (1) qui, dans sa partie supérieure, se confond avec le cubital 
externe, mais ne tarde pas à s'en isoler ; son tendon s'accole à l'exten- 
seur commun des doigts, passe dans la même gaîne et s'attache à la 
face externe du troisième métacarpien de façon à tirer le médius en 
dehors, devenant ainsi l'antagoniste du deuxième radial externe qui 
est, ainsi que je l'ai dit plus haut, l'adducteur de ce même doigt. 

Si l'on considère le trajet de ce muscle et ses rapports dans la 
gaîne interosseuse, on serait tenté de le regarder comme une dépen- 
dance de l'extenseur commun des doigts ; mais lorsque l'on examine 
son attache supérieure, on voit qu'il est, dans cette portion, intime- 
ment uni au cubital externe, et je serais porté à le regarder comme le 
troisième faisceau de ce muscle. 

L'extenseur commun des doigts (2) fournit des tendons aux 
deuxième, troisième et quatrième doigts ; il naît par un faisceau unique 
et très-charnu de la portion antérieure du bord externe de l'épicondyle, 
puis se décompose en trois tendons. Celui qui est placé en dehors se 
bifurque bientôt lui-même et se porte à la dernière phalange du troi- 
sième et du quatrième doigt. Le tendon médian se réunit au précédent 
et s'attache avec lui au troisième doigt, enfin le dernier, qui de tous 
est le plus grêle, se fixe à la phalange unguéale de l'index. 

Ce doigt possède aussi un extenseur propre (3) qui, situé plus pro- 

(1) Voyez pi. IX, E, fig. 1, 29. 

(2) Voyez pi. IX, E, fig. 1, 50. 

(3) Voyez pi. IX, D, fig. 6, et pi. IX, E, fig. 1, 58. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 113 

fondement, s'insère sur le tiers inférieur de la face supérieure du 
cubitus. Ce muscle se continue par un tendon extrêmement grêle, qui 
passe dans la gaîne des extenseurs communs et se fixe au côté externe 
de la première phalange de l'index. Malgré cette position, il est beau- 
coup plus extenseur qu'abducteur. La plupart des Rongeurs possèdent 
un muscle analogue et souvent même plus développé que chez les 
Siphnés. 

Les extenseurs du pouce manquent, ils sont remplacés par l'ab- 
ducteur (1). Ce muscle qui est placé très-profondément, se détache de 
la fosse creusée sur la face externe de l'olécrâne ; il s'insère au bord 
antérieur du cubitus, ainsi qu'au ligament interosseux et à la portion 
correspondante du radius, puis il se porte en dedans, contourne ce 
dernier os et se montre à découvert entre l'extenseur propre de l'index 
et le deuxième radial externe, enfin il se fixe à la base et en dedans du 
pouce. Chez le Castor ce muscle est double, mais dans la plupart des 
Rongeurs, quoique assez volumineux, il est simple; c'est le seul 
muscle long du pouce ; cette disposition a été constatée chez le Porc- 
Épic, la Marmotte, le Rat, l'Écureuil, le Hamster et le Spalax, etc. 

Les muscles fléchisseurs de la main et des doigts ont un volume 
relatif beaucoup plus considérable que les extenseurs. Le cubital 
interne (2) est très-robuste ; il naît de l'épitrochlée et de toute la crête 
correspondante de l'olécrâne, de façon à présenter en arrière une 
large étendue d'insertion. Ce muscle devient tendineux vers le tiers 
inférieur du cubitus, et il passe dans une coulisse creusée sur l'extré- 
mité de cet os. Dans ce trajet, il est maintenu par une bride fibreuse, 
puis il se dirige en arrière et va s'attacher au cinquième métacarpien, 
de manière à fléchir ce doigt sur la main. Chez plusieurs espèces de 
Rongeurs, le muscle cubital interne ne s'attache que sur l'épitrochlée, 
et aucune de ses fibres ne naît de l'olécrâne. 

0) Voyez pi. IX, D, fig. 1, et pi. IX, E, fig. 1, 31. 
(2) Voyez pi. IX, D, fig. 3, et pi. IX, E, fig. 1 , 32. 

15 



lill • ÉTUDES POUR .SERVIR A i/llISTOIRE. 

Le radial interne (1) ou fléchisseur radial de la main, est à peu 
près aussi volumineux que le muscle précédent; mais, comme il se 
confond dans sa partie supérieure avec le fléchisseur superficiel des 
doigts, il doit acquérir une grande force par la contraction de ce der- 
nier. Il s'attache à l'épitrochlée, immédiatement au-dessous du rond 
pronateur, puis il s'accole au fléchisseur, passe sous l'os surnumé- 
raire et va se fixer à la hase et au-dessous du métacarpien du troi- 
sième doigt; il fléchit celui-ci et en même temps l'attire en dedans. 

Un muscle, que l'on doit considérer comme le grand palmaire (2), 
se voit à la face postérieure de l'avant-bras, au-dessus du fléchisseur 
superficiel des doigts; il est très-robuste et se confond en haut avec le 
muscle que je viens de nommer; en bas, il s'attache à la gaîne fibreuse 
qui maintient les tendons des fléchisseurs au-dessous de l'extrémité 
des métacarpiens du troisième et du quatrième doigt. Un autre fais- 
ceau dépendant du même muscle, se fixe sur l'os surnuméraire du 
carpe, de façon à le tirer en arrière, et comme ce dernier os est étroi- 
tement uni au pouce, il l'entraîne dans ses mouvements, de telle sorte 
que ce muscle devient en réalité le fléchisseur du pouce. 

Le fléchisseur superficiel des doigts (3) est remarquablement fort; 
il est bien distinct dans sa partie supérieure; mais, dans la région 
palmaire de la main, son tendon se soude à celui du fléchisseur pro- 
fond ; cependant, bien que très-étroitement uni à ce dernier, on peut, 
par la dissection, l'isoler, et l'on voit alors qu'il se divise en deux fais- 
ceaux qui se rendent au troisième et au quatrième doigt, et se fixent 
à la saillie basilaire de la phalange unguéale. Enfin, j'ajouterai que 
les fibres du triceps brachial qui se confondent avec celles de ce muscle, 
doivent lui donner une force de contraction très-considérable. 



(1) Voyez pi. IX, D, fig. 1 et 3, 33. 

(2) Voyez pi. IX, D, fig. 3, 54. 

(3) Voyez pi. IX, D, fig. 4, 55. 



DE LA FAUNE MAUMALOG] QUE DE I.A CHINE. J 1 -"j 

Le deuxième doigt possède un fléchisseur propre (1), qui est 
d'abord caché entre le précédent et le fléchisseur profond ; on ne voit 
que sa portion tendineuse, qui paraît un peu au-dessus du poignet. Ce 
tendon est assez grêle et très-nettement perforé. 

Le premier et le cinquième doigt n'ont pas de fléchisseur super- 
ficiel distinct. 

Le fléchisseur profond (2) ou perforant naît par deux faisceaux dont 
l'un se fixe dans la fosse olécrànienne interne, et au bord correspon- 
dant de l'apophyse olécrâne et de la face postérieure du cubitus jusque 
vers son quart inférieur; l'autre se détache de l'épitrochlée et de la 
face postérieure du radius, en dedans du rond pronateur et du liga- 
ment interosseux. Au niveau de l'aponévrose palmaire, ces deux fais- 
ceaux se fondent en un tendon large et renflé, qui bientôt se divise en 
quatre cordons très-gros et très-résistants. Ceux-ci vont se fixer sur la 
saillie basilaire de la phalange unguéale des quatre doigts externes. 

On voit, d'après cette description, que bien que les mouvements 
des doigts soient peu variés, les muscles de l'avant-bras offrent beau- 
coup de force et une très-grande complication. Si l'on en juge par le 
volume des os et par le nombre des tendons qui s'y attachent, c'est le 
médius qui joue le rôle le plus actif dans les manœuvres que l'animal 
exécute pour creuser le sol. Effectivement, si l'on examine quels sont 
les muscles qui se rendent à chacun des doigts, on remarque que le 
pouce est, sous ce rapport, très-mal partagé. Il ne possède qu'un long 
abducteur et un fléchisseur qui, lui-même, n'agit pas directement, 
car il se fixe sur l'os surnuméraire. C'est, ainsi que je l'ai déjà dit, 
l'analogue du long palmaire. 

Le deuxième doigt reçoit un fléchisseur superficiel propre et un 
tendon du fléchisseur profond : deux extenseurs et un abducteur 



(1) Voyez pi. IX, D, fig. 4, 56. 

(2) Voyez pi. IX, D, fig. 4, 37. 



11(5 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

(premier radial externe) ; le troisième doigt présente également deux 
fléchisseurs et un fléchisseur adducteur fourni par le palmaire, deux 
tendons releveurs émanant l'un et l'autre de l'extenseur commun, un 
adducteur qui n'est autre chose que le deuxième radial externe; le radial 
interne lui imprime aussi un mouvement d'abduction; enfin, de l'ex- 
tenseur commun se détache un faisceau dont le tendon s'insère à la 
base et en dedans de la troisième phalange, et concourt à élever le 
doigt en même temps qu'il le porte en dehors. C'est donc le muscle 
antagoniste des deux précédents. 

Le quatrième doigt, dont le rôle est beaucoup moins important, 
reçoit deux fléchisseurs et un fléchisseur adducteur émané du long 
palmaire, un extenseur et un abducteur fourni par le cubital externe. 

Le cinquième doigt n'a pas d'extenseur propre, c'est encore le 
cubital externe qui lui envoie un tendon servant à la fois aux mouve- 
ments d'extension et d'abduction. II est fléchi par le cubital interne et 
par le fléchisseur profond. 

Splanchnologie. 

Les individus du genre Siphneus que j'ai eus à ma disposition 
avaient été, ainsi que je l'ai déjà dit, conservés pendant plusieurs mois 
dans le sel, de façon que lorsque je les ai ouverts, presque tous les 
organes intérieurs étaient dans un état d'altération telle que je n'ai pu 
les étudier d'une manière satisfaisante, et que j'ai dû me borner à en 
constater les dispositions principales. 

L'estomac (1) présente des particularités de structure importantes 
à noter. Sa portion pylorique est renflée et aussi volumineuse que le 
grand cul-de-sac. Quand on examine sa surface extérieure, on re- 
marque des différences dans la teinte de chacune de ces parties, diffé- 

(I) Voyez pi. IX, K, fig. 4 et 5. 



DE LA FAUNE M AMMALOGIQUE DE LA CHINE. 117 

rences qui résultent de la nature de la membrane muqueuse. Le grand 
cul-de-sac est entièrement tapissé par des papilles très-grosses, très- 
rapprochées, garnies d'un épithélium épais, de façon à ressembler 
beaucoup à la tunique interne de la panse d'un Ruminant (1). 

Dans la portion moyenne correspondante au cardia et à une 
partie de la petite courbure de l'estomac, la muqueuse présente un 
aspect ridé dû à de petits plis parallèles et transverses, interrompus 
par d'autres plis plus petits et longitudinaux. Cette structure cesse 
brusquement du côté pylorique, où cette portion de la muqueuse est 
limitée par un bourrelet saillant et irrégulièrement circulaire. La troi- 
sième portion de l'estomac est revêtue d'un épithélium villeux très- 
délicat, et c'est dans l'épaisseur de ses parois que paraissent être 
logées les glandules pepsiques. Le pylore est marqué par un petit 
bourrelet annulaire. 

Dans les notes que Pallas a laissées sur les viscères du Zocor (2), 
cet auteur parle de l'estomac comme étant biloculaire. Je n'ai pu con- 
stater ce mode de conformation, ce qui tient peut-être au ramollisse- 
ment qu'avaient subi les parois stomacales. 

De tous les Rongeurs que j'ai eu l'occasion de disséquer, c'est le 
Rat dont l'estomac ressemble le plus à celui du Siphné ; on n'y re- 
trouve cependant pas les grosses papilles dont je viens de parler, et l'on 
n'y distingue à l'intérieur que deux portions. 

Le caecum (3) est gros, long et contourné en spirale dans J 'abdo- 
men. Lorsqu'on l'étend, on voit qu'il présente une suite de boursou- 
flures marquées par des étranglements, et qu'il se termine par une 
extrémité renflée. Le gros intestin est assez large à son origine, mais 
bientôt se rétrécit beaucoup et ne présente pas de boursouflures. 



(\) Voyez pi. IX, E, fig. 5. 

(2) Pallas, Novœ species quadrvpedum e glirium ordine, 1778. 

(3) Voyez pi. IX, E, fig. 6. 



118 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

Le foie (1) est profondément divisé en sept lobes dont le gauche 
est le plus grand. Il existe une vésicule biliaire bien développée, mais 
les conduits hépatiques étaient entièrement détruits. 



Des espèces que comprend le genre Siphné. 

Jusqu'à présent, on ne connaissait du genre Siphné qu'une seule 
espèce propre à la Sibérie, c'était le Mus myospalax, de Laxmann, ap- 
pelé communément par les Tongouses, Monon-Zocor, ce qui veut dire 
aveugle, et par les Russes, Semlanaj a- Medwedka, ou petit Ours terrestre. 
On le trouve depuis le gouvernement de Tomsk jusqu'à l'Amour supé- 
rieur; les individus observés par Laxmann provenaient des environs 
de Barnaoul, où cette espèce existe communément dans toute la région 
située entre l'Ob et la Tysch. 

Pallas nous apprend que le Zocor est plus rare vers Abakanskoi, 
et qu'on le rencontre en grand nombre dans la Daourie, entre les 
vallées de l'Argun et de l'Ingoda. Radde en a rencontré sur la rive 
orientale du lac Baikal, entre l'Angara et la Selanga. Cet animal fuit 
les plaines basses et humides, surtout celles qui sont exposées aux 
inondations ; il évite également les régions très-montagneuses, et se 
tient de préférence dans les terres voisines des fleuves, mais qui sont 
assez élevées pour être toujours sèches et sont composées de sables ou 
d'argile faciles à entamer. Il recherche aussi le sol des forêts clair- 
semées, où il trouve une abondante nourriture. 

Il est fort difficile de s'emparer de ce Rongeur, à raison de son 
genre de vie essentiellement souterraine. Il ne sort que très-rarement 
de son terrier, et lorsqu'on l'y poursuit, il se creuse de nouvelles ga- 
leries avec une telle rapidité, qu'il est presque impossible de l'at- 

(1) Voyez pi. IX, E, Gg. 3. 



DE LA FAUNE M A JIM ALOGIQUE DE LA CHINE. 1 11* 

teindre. Aussi, le Zocor peut-il être compté parmi les espèces que l'on 
ne voit que rarement dans les musées zoologiques. C'est ce qui expli- 
que l'état imparfait de nos connaissances relatives à ce genre sin- 
gulier. 

Il est intéressant, au point de vue de la répartition géographique 
des représentants d'un môme type, de retrouver dans le nord de la 
Chine, par conséquent à une distance relativement faible de la 
Daourie, trois espèces bien distinctes de Sipbnés. L'une, que j'ai dési- 
gnée sous le nom de Siphnèus Armandu, provient de la Mongolie ; l'autre, 
le Siphnèus Fontanierii, a été trouvée dans les environs de Pékin, et la 
troisième, que je nomme Siphnèus psîlurus (1), est originaire du 
Petchély. Si l'on ne considère que les caractères extérieurs de ces 
animaux, on ne trouve entre eux que de faibles différences, et l'on 
serait tenté, à la suite d'un examen superficiel, de les considérer comme 
appartenant à une même espèce, ou peut-être, attribuant aux variations 
individuelles une importance exagérée, serait-on conduit à regarder 
chacune de ces variations comme correspondant à une espèce particu- 
lière. Mais ces incertitudes cessent lorsqu'on étudie le squelette, et 
surtout le crâne et le système dentaire. En effet, ces parties présen- 
tent l'une et l'autre des caractères parfaitement tranchés, et la denti- 
tion offre, dans chacun de ces animaux, des particularités faciles à 
distinguer, particularités qui ne varient pas avec l'âge, car les molaires, 
comme je l'ai déjà dit, n'ont pas de racines, leur croissance est illimi- 
tée, et par conséquent les replis d'émail sont disposés de la même ma- 
nière, quelle que soit la hauteur de la dent à laquelle on les examine. 
Enfin, j'ajouterai que je me suis assuré que les différences de sexe 
n'apportaient aucune modification dans la configuration des molaires. 

(I) De \j;iX>j, sans poils, et oùpà, queue. 



120 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

SIPHNEUS ARMANDII (1). 
(Planche VI.) 

Cette espèce a été trouvée sur les hauts plateaux de la Mongolie, 
par M. l'abbé Armand David. Par son aspect général, elle ne diffère pas 
notablement du Siphneus myospalax de Sibérie, et les variations que l'on 
remarque entre les individus, sous le rapport de la teinte du pelage, 
sont peut-être plus considérables que celles qui existent entre ces 
deux espèces. Cependant, on peut dire en général que le poil est plus 
doux et plus soyeux, moins roux et plus grisâtre, et que la partie an- 
térieure de la tête est d'un blanc plus pur. Les pattes de devant sont 
armées d'ongles non moins robustes; celui du doigt externe est même 
un peu plus fort et plus long (2). Enfin, le troisième doigt des pattes 
postérieures est un peu plus développé que chez le Siphné de Si- 
bérie (3). 

Ces caractères seraient loin de suffire pour motiver une distinction 
spécifique; mais, lorsqu'on examine les dents, on y constate des parti- 
cularités de conformation tellement marquées, que les déterminations 
deviennent faciles. 

Chez le Siphneus Armandii, la première molaire supérieure (4) est 
comparativement beaucoup plus grosse que chez le Siphneus myospalax. 
Sa face interne (5) n'est creusée que d'un seul sillon vertical qui la 
divise en deux portions a peu près égales, et qui correspond au milieu 
du second lobe externe, tandis que dans l'espèce de Sibérie (G), il 

(1) Voyez Annales des sciences naturelles, 5 e série, t. VII, p 376 . 

(2) Voyez pi. VI, fig. 3. 

(3) Voyez pi. VI, fig. 4. 

(4) Voyez pi. IX, fig. 1. 

(5) Voyez pi. IX, fig. 2. 

(6) Voyez pi. IX, fig. 10. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 121 

existe, sur cette même face, deux sillons, dont l'un occupe à peu près 
la môme position que je viens d'indiquer, et l'autre, situé beaucoup 
plus en avant, correspond au tiers postérieur du premier lobe. La 
deuxième molaire est conformée à peu près de la même manière dans 
ces deux espèces. On remarque cependant que le sillon interne est 
plus profond chez le Siphneus Armandii. La troisième molaire présente 
des différences plus marquées; elle est relativement beaucoup plus 
petite, obscurément lobée du côté externe (1), creusée en dedans d'un 
sillon vertical bien distinct, et en dehors de deux sillons analogues 
extrêmement rapprochés. Chez le Siphneus myospalax, celte dent est 
au contraire grande (2) et profondément divisée du côté externe en trois 
lobes, dont les deux premiers sont larges et à peu près égaux, tandis 
que le troisième est petit. Sur la face interne, le sillon vertical est à 
peine marqué. A la mâchoire inférieure, les molaires du Siphné de 
Mongolie sont beaucoup plus étroites, et les plis d'émail de la couronne 
sont disposés plus obliquement (3). La première machelière se fait 
remarquer par sa longueur. De même que chez le Siphneus myospa- 
lax (l{), elle est creusée, sur sa face interne, de trois sillons, mais, 
chez ce dernier, ces gouttières sont beaucoup plus profondes, surtout 
la première. La deuxième molaire du Siphneus Armandii présente en 
dehors deux cannelures verticales qui manquent dans l'autre espèce; 
enfin, la troisième molaire est notablement plus petite. 

Le crâne offre, dans ces deux espèces, la même forme générale. 
mais le museau du Siphneus Armandii est plus court et relativement 
plus large à sa base (5), et sa face supérieure est moins nettement 
séparée des faces latérales. La forme de l'os basilaire est très-différente ; 



(1) Voyez pi. IX, fig. 3. 

(2) Voyez pi. IX, fig. 1 I. 

(3) Voyez pi. IX, fig. 4. 

(4) Voyez pi. IX, fig. 4 2. 

(5) Voyez pi. VIII, fig. 10. 

16 



122 ÉTUDES POUR SERVIE A L'HISTOIRE 

il est plus élargi vers sa partie moyenne, se rétrécit davantage près 
des arriére narines, et présente en arriére deux fosselles é\asées qui 
sont séparées par une petite crête médiane, et qui sont à peine indi- 
quées chez le Siphneus myospalax (1). Les caisses auditives sont plus 
globuleuses et s'avancent moins vers la région palatine; il en résulte 
que les fossettes dans lesquelles s insèrent les ptérygoïdiens internes 
sont plus développées. J'ajouterai que 1 ouverture postérieure des 
arrière-narines est plus élroite, et que la portion jugale des arcades 
zygomaliques est moins fortement courbée en dehors. 

Je me suis assuré que ces caractères osteologiqiies ne varient ni 
avec le sexe ni avec 1 âge. Ces deux espèces se retrouvent lune et 
l'autre à l'état fossile, dans le terrain d'alluvion des contrées qu'elles 
habitent encore aujourd'hui. M. Louis d' Eichlbal, qui a entrepris il y a 
quelques années, avec M. Mej nier, uu voyage en Sibérie, a bien voulu 
me communiquer plusieurs crânes (2) et quelques ossements trouvés 
dans les cavernes de l'Iuia et de la Tscha/ych (3), et j'ai reconnu que 
ces pièces appartenaient au Siphneus myospalax de Laxmanu. D'autre 
part, M. l'abbé David a recueilli, dans des dépôts sableux de Mongolie, 
quelques parues du squelette et entre autres une tête presque com- 
plète qui provient du Siphneus Armandii (k). 

SIPHNEUS FONTANIERII (5). 
(Voyez planche VII.) 

Le premier exemplaire de cette espèce, que j'ai eu l'occasion 
d'examiner, avait été envoyé au Muséum par M. Fontanier, consul 

(1) Voyez pi. VIII, fig. 1. 

(2) Voyez pi. VIII, fig. 5. 

(3) Voyez pi. IX, fig. 20 et 21. 

(4) Voyez pi. IX, fig. 13 à 19. 

(5) Voyez Annales des sciences naturelles, 5 e série, Zool., t. Vil, p. 376, 1867. 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE DE LA CHINE. 123 

honoraire à Pékin. M. 1 abbé A. David nous en a également adressé 
quelques-uns qu'il avait pris à Si-wan, localité située dans nu pays de 
ifi€»tâgnes, à environ soixante lieues au nord-oust de Pékin et à six ou 
huit lieues de la plaine de la Mongolie proprement dite. 

Le seul caractère extérieur constant et facile à apercevoir est 
fourni par la conformation des paties antérieures (I). Les ongles en 
sont beaucoup moins robustes et moins longs que chez les deux es- 
pèces dont i! a éié déjà question. Le deuxième doigt correspondant à 
l'indicateur est armé d'un ongle à peu près de même taille que celui 
du fruN eme . et notablement plus allongé que celui du quatrième 
doigi. (ibez le Slphnem myospulax elle Siphneus Armandii, le deuxième 
doigt est au contraire dépassé de beaucoup par le troisième et même 
par le quatrième. 

Les pattes postérieures (2) sont plus longues et pourvues d'un 
doigt externe parfaitement distinct, tandis que. dans l'espèce précé- 
dente, cet appendice est rudimentaire. Enfin, les autres doigts sont 
plus minces et armés d'ongles notablement plus allongés. 

La teinte du pelage varie du gris ardoise au gris glacé de roux ; 
le museau est blanc, et parfois celte coloration s'étend jusque sur le 
front (3) ; mais cette disposition n'est pas constante. 

Cette espèce nouvelle est également très-bien caractérisée par son 
système dentaire. La première molaire ressemble beaucoup à celle du 
Siphneus myospalax , mais elle est plus comprimée (4) , les sillons 
internes sont plus profonds (5), et le premier est situé plus en avant. 
Ainsi que je l'ai déjà dit, cette dernière cannelure n'existe pas chez le 



(1) Voyez pi. VII, fig. 3. 

(2) Voyez pi. VII, fig. i. 

(3) Celte tache frontale est très-marquée chez l'individu figuré sur la planche VII, mais 
souvent elle manque complètement. 

(4) Voyez pi. VIII, fig. 7, et pi. IX, fig. 5. 

(5) Voyez pi. IX, fig. 6 et 7. 



12/| ÉTUDES P0LR SERVIR A L'HISTOIRE 

Siphneus Armandii. Le sillon interne de la deuxième molaire est plus 
marqué. La troisième de ces dents est remarquable par ses dimensions 
et par l'écartement de ses lobes. Sa face interne porte une canne- 
lure très-profonde qui la divise en deux parties égales. Chez le Siphneus 
Armandii, cette dent est extrêmement petite, et chez l'espèce de Si- 
bérie, sa face interne est indivise. 

La première molaire de la mâchoire inférieure (1) ressemble 
beaucoup à celle des deux autres espèces, mais la deuxième molaire 
se distingue par l'existence de deux sillons externes qui manquent chez 
le Siphneus myospalax. Les particularités les plus saillantes nous sont 
fournies par la deuxième molaire, qui est très-longue, profondément 
trilobée sur le côté interne, et creusée de deux sillons verticaux bien 
marqués sur la face externe, disposition qui n'existe ni dans l'une ni 
dans l'autre des espèces mentionnées. 

La forme de la tête osseuse (2) est très-diiférente de celle de 
toutes les autres espèces du même genre. Au lieu d'être terminée en 
arrière par un plan presque vertical, constitué parla région occipitale, 
elle est, clans cette portion, fortement arrondie; la crête occipitale 
supérieure est mince, située moins en arrière, et au lieu de former une 
ligne transversale continue, elle est interrompue sur la ligne médiane 
et manque presque complètement dans tout l'espace compris entre les 
lignes temporales. Les crêtes qui représentent la ligne courbe infé- 
rieure de l'occipital sont très-saillantes et le dessus de la tête est légè- 
rement voûté d'arrière en avant, au lieu d'être aplati ou déprimé dans 
sa région coronale. La boite crânienne est élargie et très-renflée laté- 
ralement au-dessus des trous optiques. 

Les crêtes temporales s'écartent davantage en arrière. Les arcades 
zygomatiques naissent directement de la partie latérale des crêtes 



(«) Voyez pi. IX, fie. 8. 

(2) Voyrz pi. VIII, fig. 6 et 7. 



DE LA FAUNE M A MM A LOGIQUE DE LA CHINE. 125 

occipitales, au lieu d'en être comme d'ordinaire, séparées par une 
échancrure profonde. La place correspondante à cette échancrure est 
occupée par un prolongement lamelleux de la crête dont je viens de 
parler, qui s'avance latéralement en forme de voûte, au-dessus du 
trou auditif. La région faciale est très-courte; la portion des os inter- 
maxillaires qui loge l'alvéole des incisives est plus à découvert que 
chez les autres espèces, ce qui lient à la fois à ce qu'elle est plus 
renflée et à ce que les os du nez sont plus étroits. 

La face inférieure du crâne se distingue par quelques caractères 
qui méritent d'être indiqués (1). L'os basilaire est très-étroit et ne se 
dilate pas latéralement, comme chez le Siphneus Armandii (2). Les 
trous palatins antérieurs, au lieu de se terminer au niveau du bord 
postérieur des intermaxillaires, comme chez le Siphneus myospalax (3), 
empiètent beaucoup sur ces os, de telle sorte que la suture qui les 
sépare des intermaxillaires se trouve vers le milieu de ces fissures ; 
chez le Siphneus Armandii, elle correspond au quart postérieur des 
trous palatins; enfin, les surfaces jugales qui forment la base de 
l'arcade zygomatique et qui donnent insertion au muscle masséter 
sont beaucoup plus développées que dans les autres espèces du même 
genre. 

Je rapporte à cette espèce une tête parfaitement conservée (4), 
plusieurs mâchoires inférieures et un assez grand nombre d'autres 
os, que M. l'abbé David a trouvé à l'état fossile, en Mongolie, dans des 
couches d'un limon sablonneux rougeâtre, dont le dépôt remonte pro- 
bablement à l'époque quaternaire. Cette tête appartient à un Siphné 
beaucoup plus âgé que tous ceux que j'ai eus entre les mains, mais, 
malgré quelques légères différences qui tiennent au développement 

(1) Voyez pi. VIII, fig. 7. 

(2) Voyez pi. VIII, fig. 11. 

(3) Voyez pi. VIII, fig. 2. 

(4) Voyez pi. VIII, fig. 13. 



126 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

plus considérable des crêtes musculaires, les caractères essentiels 
restent toujours les mêmes, et la disposition des dents est tout à fait 
semblable à celle que je viens de décrire. 



SIPHNEUS PSILURUS, nov. sp. 
(Voyez planche IX, A et IX, B.) 

Le voyage de M. l'abbé David dans le Petcbély a procuré au 
Muséum une troisième espèce noiweile du genre Siphneus. Elle se ren- 
contre dans les champs sablonneux, au sud de Tékin. et se distingue 
de celles que nous avons déjà décrites par l'absence de poils sur la 
queue; aussi l'ai-je désignée sous le nom de Sipkneus p&ilurus. Les 
ongles des pattes antérieures sont très-forte et ressemblent à ceux du 
Siphneus Ârmandii par leur grosseur et leur longueur relatives. Au 
contraire, les pattes postérieures l'appellent davantage celles du 
Siphneus Fonlanieni, car les doigts sont grêles, et l'externe est bien ap- 
parent. Je ne m'arrêterai pas à décrire le pelage dont la teinte est la 
même que chez les autres espèces de ce genre. 

La tête osseuse (1), par sa forme générale, ressemble à celle du 
Siphneus myospalax et du Siphneus Armandii. En effet, elle est tronquée 
canément en arrière, et la crête occipitale constitue, dans la partie 
supérieure de cette région, une sorte de bourrelet marginal, qui, 
latéralement, devient très-tranchant. Les crêtes qui séparent le sinci- 
put des fosses temporales et qui se prolongent au-dessus des orbites 
sont parallèles, et, chez les individus adultes, deviennent très-sail- 
lantes ; il en résulte que l'espace intermédiaire offre une concavité 
bien marquée. Les trous sous-orbitaires ont une forme particulière 

(1) Voyez pi. IX, A, fig. 1, 2, 3, 4 et S. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 127 

due principalement à l'élévation et à l'allongement de leur paroi in- 
terne, qui, en avant, circonscrit une grande échancrue verticale et 
assez étroite, disposition qui donne à ces orifices, lorsqu'on les exa- 
mine en dessus, l'aspect d'une gouttière longitudinale. 

Chez le Siphneus myospalax, le Siphneus Armandii et le Sipkneus 
Fontanierii,]es trous sous-orbitaires sont au contraire largement nu- 
verts, et leur bord externe est très-surbaissé. L'os basiiaire est en 
forme d'écusson, comme chez le Siphneus Armandii; mais les deux 
fossettes dont il est creusé sont plus profondes, enfin il se dilate da- 
vantage latéralement. 

L'échancrure qui surmonte le trou auditif et qui sépare la base de 
l'arcade zygoma tique de la erêie occipitale est bien marquée, comme 
chez le Syphneus myospalax et le Siphneus Armandii. 

A la mâchoire supérieure, les molaires sont fortes et élargies (1). 
et sous ce rapport, ressemblent à celles de l'espèce de Sibérie. Ce qui 
augmente encore les ressemblances, c'est l'existence de deux sillons 
verticaux à la face interne de cette dent; mais le bourrelet qui est 
compris entre eux est beaucoup plus saillant, et la seconde de ces can- 
nelures est tellement profonde que la lame d'émail qui la borde se 
confond avec celle de la face externe, à peu près comme dans le Siph- 
neus Fontanierii. 

La deuxième et la troisième molaires sont profondément sillon- 
nées en dedaus, comme chez cette dernière espèce et chez le Siphneus 
Armandii. tandis que chez le Siphneus myospalax, ces cannelures n'exis- 
tent pas. 

La dernière de ces dents est relativement beaucoup plus grosse 
que chez le Siphné de Mongolie. 

La mâchoire inférieure (2) se fait remarquer par le grand déve- 



(\) Votez pi. IX, A, fig. 6 à 8. 
(2) Voyez pi. IX, A, fig. 9. 



128 ÉTUDES POUR SERVIR A l/HISTOIRE 

loppement des trois tubérosités qui occupent sa face externe et qui 
correspondent au bulbe des molaires. La première mâchèlière est 
grande et large, mais ne diffère que peu de celle des Siphnés de Sibérie 
et de Mongolie. La seconde est caractérisée par les deux sillons très- 
profonds qui creusent sa face externe, sillons qui sont à peine marqués 
chez le Siphneus Armandii, et dont il n'existe qu'un seul à peine indi- 
qué chez le Siphneus myospalax. Enfin, la troisième molaire présente, 
sur chacune de ses faces latérales, deux sillons. La première cannelure 
du côté interne est large et profonde, tandis que la seconde est étroite 
et superficielle; une disposition inverse s'observe sur la face opposée. 
Le lobe postérieur est réduit à une sorte de talon rudimentaire, tandis 
que chez le Siphneus Fontanierii, il est presque aussi développé que les 
deux lobes précédents. 

Les descriptions que je viens de présenter montrent que le genre 
Siphneus comprend aujourd'hui quatre espèces parfaitement caracté- 
risées; mais, pour les distinguer entre elles, l'examen des particula- 
rités extérieures serait, dans la plupart des cas, insuffisant, tandis que 
le système dentaire ne peut laisser à cet égard aucune incertitude, car 
les détails de structure que l'on remarque dans les molaires sont très- 
apparenls et ne varieut pas avec l'âge, puisque ces dents croissant 
pendant toute la vie, la conformation et le nombre des sillons dont 
elles sont parcourues ne changent pas. Pour déterminer ces espèces, 
on pourrait même se borner à tenir compte des caractères indiqués 
dans le tableau suivant : 



i un seul sillon Siphneus Armandii. 

I Deuxième et troisième molaires supérieures à peine 

Sipnnes [ sillonnées en dedans S. Myospalax. 

dont la premièrel V Troisième molaire inférieure 

™ lalre J J Deuxième et trni- / , ej deux ^^ de 

supérieure deux sillons. . ' sieme molaires su- e face . Fontanierii. 

P resen,e / / Pendre* profonde- Troisjème nlolaire inférfeure 

en dedans 1 r ment si lonnees en! t , ... , 

lu ui-u<iu:> | ■■■<; j ayant les deux sillons de 

V v ans ' ''\ chaque face très-inégaux. . S. Psilurus. 



DE LA FAUNE M A M M ALOGIQUE DE LA CIIIM. I 29 

Ces espèces sont également faciles à distinguer à laide des carac- 
tères ostéologiques fournis par la conformation du crâne; pour s'en 
convaincre, il suffit de consulter le tableau suivant : 



/ , Trou sous-oibitairc très-encaissé en dehors cl 1res rétréci à sa partie 

I antéro inférieure SiPHNEUS PsiLUBUS. 

I Ironqué carrément enl ~ t , . / Surface basilaire large, écus- 

Siphnés \ arrière et à bourrelet ] . . ' i sonnée et creusée de deux 

j / ••...> a< lal|, e presquel r . , ... ,. , „ , 

dont / occipital 1res marqué v ..' /* . 1 fossettes tres-distinctes. .. . S. Ahmandn. 

le crâne est ] au milieu | . , ' I Surface basilaire étroite et 

i f bord externe/ ,. 

I -i • I sans dépressions bien rr.ar- 

I peu eleve .... I , ' _ ,, 

\ ' \ quées S. MTOSPALAX. 

\arrondi en arrière et à bourrelet occipital médian rudimentaire S. Fontamerii. 



§ 3. — GENRE ARVICOLA. 

ARVICOLA MANDARINUS. 

(Voyez planche XU, fig. à, et planche XIII, fig. 4 à hd.) 

Le genre Arvicole est représenté dans l'Asie septentrionale par 
un nombre considérable d'espèces dont nous devons la connaissance 
à Pallas (t), à M. Schrenck (2), à M. Radde (b) et «à quelques autres 
zoologistes russes; mais tous ces rongeurs diffèrent notablement du 
petit Campagnol que M. l'abbé David a trouvé dans la Mongolie chinoise, 
et que je désignerai sous le nom (ïArvicola mandarinus. 

Cette espèce est facile à reconnaître par sa coloration, par la petitesse 
de sa queue et la brièveté de ses oreilles qui sont presque entièrement 
cachées par les poils de ses joues. Le dessus du corps et de la tête est d'un 
brun roux foncé et mêlé de noir; les flancs sont d'un jaune roussàtre qui 
se prolonge jusque sur les côtés du ventre; la gorge et le dessous 
du corps sont d'une teinte grise mêlée de jaune; les pattes, poilues 
jusqu'à l'extrémité des doigts, sont d'un brun jaunâtre clair; les ongles 
sont de la même couleur, et celui du pouce des pattes antérieures est 

(1) Novœ specics quadrupedum e Glirium ordine (1778). 

(2) Reism und Forschungen im Amur-Land, BJ. I (1858). 

(3) Reiscn im Sùden von Ost-Sibirien, BJ. I (186 2). 

17 



J 30 ÉTUDES POUR SERVIR A l.'lllSTOlRE 

obtus et très-court, tandis que les autres sont longs et pointus, enfin 
la queue, très-grêle et garnie de poils ras, est brune en dessous. 

Les caractères fournis par le système dentaire sont également à 
noter (1). La première molaire de la mâchoire inférieure (2) présente 
du côté externe quatre prismes ayant à peu près la même grandeur. 
etdu eôtéinterne, cinq prismes qui sonttousbien développés. La molaire 
suivante offre, comme d'ordinaire, trois prismes en dehors ainsi qu'en 
dedans. La molaire postérieure est garnie de trois prismes saillants 
du côté interne, et de deux seulement du côté externe (3). La première 
molaire supérieure, beaucoup plus grosse que les suivantes, porte sur 
chacun de ses côtés trois angles saillants ou prismes bien développés. 
La deuxième molaire supérieure a également trois prismes bien 
constitués du côté externe, mais du côté interne il n'ya que deux prismes 
distincts suivis d'un prisme rudimentaire. Enfin, la dernière molaire 
de la mâchoire supérieure présente du côté interne, aussi bien que 
du côté externe, trois prismes, mais le troisième du côté interne est 
rudimentaire. 

Chez la plupart des Arvicoles, le mode de conformation de la pre- 
mière molaire inférieure ou de la dernière molaire supérieure est 
différent et suffirait pour distinguer ces Rongeurs de l'espèce dont il est 
ici question. En effet, chez plusieurs de ces Campagnols, YArvicola rutilas 
dePallas (l\), YArvicola g lareolus du même auteur (5) etVÀrvicola amu- 
riensis de M. Schrenck (6), par exemple, la première molaire inférieure 
présente, du côté interne aussi bien que du côté externe, seulement 



(1) Vo ez à ce sujet : Wagner. Belle . sur Kennlniss der Galtung Arvico!a [Bulletin dcr 
[{. Akademie der Wissenschaftcn. Miinclien, 1853, n° 33, p. 257). 

(2) Voyez p!. XIII, fig. 4c. 

(3) Voyez pi. XIII, fig. 4rf. 

(4; Glires, p 216, pi. XIV, li — Afyodes rutilus, Pallas, Zooyr., t. I. p 177. — Ar- 
ticula rutilus, Schrenk, Knisen, t. I, p. 135 — Radde, Reise, t. I, p. I86, pi. Vil, lig. 8. 

(5) Mus rutilas var., PalLis, Glires. — Mus glureolus, Schreber, Suugelh. 

(6) Reisen, t. I, p. 129, pi. VI, fig. 1, 2. 



DE I.A TA UNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 1 .'5 1 

quatre prismes ou angles saillants, et chez X Arvkola muivjolkus. Y A. 
Brandtii (1), l' A. saxatilis (2), etc., la dernière molaire supérieure <-st 
pourvue d'un quatrième prisme du côté interne. Sous le rapport 
du nombre des angles latéraux de ces dents, VA. mandarinus ressemble 
à r 'Arvkola russatus (3), à l'A. rufocanus (II), à VA. obscurus (5) et à 
quelques espèces européennes; mais il s'en dislingue par les dimen- 
sions de la queue et la forme des oreilles. Ainsi, chez V Arvkola obscurus 
et VA. Brandtii, la queue est rudimentaire; chez l'A. russatus, au con- 
traire, elle est, proportionnellement à la taille de l'animal, environ deux 
l'ois aussi large que chez Y Arvkola mandarinus. Chez l'A. rufocanus. la 
queue est aussi beaucoup plus longue que chez cette dernière espèce. 
Par les dimensions de cet appendice, l'A. mandarinus se rapproche de 
l'A. macrotisAe la Sibérie orientale (6), mais il s'en distingue nettement 
par sa coloration ainsi que par le faible développement de ses oreilles. 

M. Gerbe, à qui l'on doit un travail spécial sur les Campagnols, classe 
ces animaux en deux séries, suivant qu'ils ont deux ou quatre paires 
de mamelles (7). Ce caractère est difficile à constater sur des peaux 
desséchées, et par conséquent je n'oserais en parler d'une manière posi- 
tive pour ce qui concerne X Arvkola mandarinus, mais j'ajouterai que sur 
l'individu dont je donne ici la description, je n'ai aperçu de trace que 
de deux paires de tétines. 

La tète osseuse de X Arvkola mandarinus (8) est d'une forme très- 



(1) Radde, Reine, t. I, p. 199, pi. VII, fig 3. 

(2) Mus saxatilis, Palla-, Glires, p. 235, pi. 23 B. — Sclirenck, op. cit., p. 137, pi. VI, 
ûg. 3. 

(3) Radde, op. cit., t. I, p. 186, pi. VII, fig. 2. 

(4) Radde, op. cit., p. 183, pi. VII, fig. 4. 

(5) Hypudœus obscurus, Eversmann, Addenda ad Pallasii Zooyr., fasc. 2, IS4I. — Mid- 
dendorff, Reise, t. II, p 109, pi. XI, fig. 1. —Radde, op. cit., t. I, p. 190, pi. VI, fig 6. 

(6) Radde, op. cit., t. I, p. 196, pi. VI, fig. 2. 

(7) Arlicle Campagnol du Dictionnaire universel d'histoire naturelle, 2 e édition, I. III. 
p. 153 (1867). 

(8) Voyez pi. XIII, fig. 4, 4 a. 



132 ÉTUDES POUR SERVIR A l'hISIOIRL: 

ramassée; la boîle crânienne est fort large immédiatement en arrière 
des cavités orbitaires; les arcades zygomatiques sont très-arquées et 
la face est étroite. 

Par les notes dont M. l'abbé David a accompagné ses collections, 
je vois que ce Campagnol a les yeux assez gros et noirs. La femelle est 
un peu plus petite que le mâle. 

Voici les dimensions des différentes parties du corps du Campagnol 
mandarin. 



Longueur tolale du corps depuis le museau jusqu'à la base de la queue en suivant 

la courbe du dos 0, 105 

Longueur de la tète depuis l'extrémité du museau jusqu'au Irou auditif. . 0,035 

Longueur de la queue 0,020 

Hauteur des oreilles 0,012 

Longueur des pieds postérieurs 0,0 !(i 



§ l>. — GENRE CRIGETUS. 

Le Hamster, ou Cricetus frumentarius de Pallas (I), habite la vaste 
région européo-asiatique comprise entre l'Alsace et la province de Liège 
à l'ouest, l'Obi et l'Irtisch à l'est; mais il ne s'étend pas dans la partie 
orientale de l'Asie et il y est représenté par un nombre considérable 
de petits Rongeurs qui ressemblent davantage aux Campagnols et qui 
m'ont paru devoir être réunis dans un sous-genre particulier. J'ai 
désigné cette division secondaire sous le nom de Cricetules ou petits 
Hamsters (2), mais les caractères qui les distinguent des Hamsters pro- 
prement dits n'ont pas assez d'importance pour motiver une séparation 
plus profonde, et je ne proposerai pas de retirer ces espèces du grand 
genre Cricetus de Cuvier (3) . 



(1) Zoographia Rvsso-Asialica, t. I, p. ICI. 

(2) Observations sur quelques mammifères du nord de la Chine (Ann. des sciences nat., 1 867, 
sére 5, t. Vil, p. 275). 

(3} Quelques auteurs (Giebel, par exemple) atlribuent l'établissement de ce genre à Pallas, 



DE LA FAUNE M AMMALOG l QUE DE r.A CHINE. 133 

La section ou sous-genre des Cricetulus diffère des Hamsters ordi- 
naires par la forme plus allongée de la tête osseuse, par la faiblesse des 
pattes antérieures et par la disposition des ongles qui se relèvent pen- 
dant la marche, de façon à conserver leur pointe aiguë, tandis que 
<liez le Hamster ordinaire elles touchent la terre et s'usent très-rapt- 
dement. Le Mus furanculus (1), le Mus arenarius (2), le Mus songarus (3) 
elle Mus phceus{h) de Pallas, ainsi que le Cricelusnigricansde M. Brandt(5), 
appartiennent à cette subdivision, et les espèces nouvelles que je vais 
faire connaître ici doivent également y prendre place. 

CRICETUS (CRICETULUS) GRISEUS. 

(Voyez planche XII, fig. 1 et planche XIII, fig. 1-1 h). 

Cette petite espèce de Hamster a environ la taille du Mulot, elle 
est très-commune dans les champs aux environ de Pékin, et elle y fait 
de grands dégâts en emmagasinant du grain dans les galeries où elle 
passe l'hiver. Elle se trouve aussi dans les montagnes de la Mongolie 
chinoise. Son pelage est très-doux, soyeux, serré, régulièrement couché. 



mais on le doit en réalité à Cuvier qui, après l'avoir indiqué succinctement dans son Tableau 
élémentaire imprimé en 1797 (p. 139), y donne le nom de Cricelus dans la première édition de 
son Règne animal publié en 1S17(t. I, p. 198). 

La Zoographia Rosso-Asialica de Pallas, où les espèces désignées d'abord par cet auleur 
sous les noms de Mus arenarius, Mus accedula, etc , furent rangées dans le genre Cricelus, ne 
parut qu'en 1 83 1. 

(1) Pallas, Giires, p. 273, pi. XV B. — Cricelus furunculus, Desmarest, Mammal., p 312. 

— Pallas, Zoogr., t. I, p. 163. — Wagner, Saugelli., t. III, p. 450, pi. CC1I. 

(2) Pallas, Giires, p. 265, pi. XVI A. — Cricelus arenarius, Desmaresl, op. cil .p. 311. — 
Pallas, Zoogr., t. I, p. 16 2. — Wagner, op. cil., pi. CXCIX. 

(3) Pallas, Giires, p. 269, pi. XVI B. — Cricelus songarus, Desmarest, op. cit., p. 31 I. 

— Pallas, Zoogr., t. I, p. 162, — Wagner, op. cil., pi. CCI. 

(4) Pallas, Giires, p. 261, pi. XV A. — Cricelus phœus, Desmarest, op. cit., p. 311. — 
Pallas, Zoogr., t. I, p. 163. — Wagner, op. cit., pi. CC. 

(5) Menetriès, Catalogue raison té des objets de Zoologie recueillis dans un voyage au Caucase, 
p. 22. 1832. 



L3/i études pour, sïryïk A l'histoire 

La portion 1 asilaire des poils est partout d'un gris ardoisé intense, mais 
cette teinte n'est pas visible à l'extérieur, car leur portion terminale est 
colorée d'une autre manière et cache complètement la première. Le 
dessus du corps et de la tête est d'un gris pâle tirant sur le fauve, et dans 
l'adulte il existe sur la ligne médiane du dos une bande brune mal 
limitée et peu distincte qui s'étend depuis la nuque jusqu'à la base 
de la queue, mais ne se prolonge pas notablement sur cet appendice dont 
le bord supérieur est jaunâtre. Dans le jeune âge cette raie dorsale 
manque. 

La gorge, les flancs, le ventre, les pattes et la queue sont d'un blanc 
grisâtre. Les lèvres et le bas des joues sont bleuâtres; les moustaches 
sont plus longues que la tête et composées de poils de deux teintes : les 
uns bruns noirs, les autres blanchâtres. Les oreilles sont grandes, 
bordées de blanc et d'un brun noirâtre dans la moitié antérieure de leur 
face postérieure, ainsi que dans la portion supérieure et postérieure 
de leur face antérieure. La queue est très-courte, grise et entièrement 
revêtue de petits poils roides. Les ongles sont longs et très-acérés. Enfin, 
les pelotes ou tubercules de la face plantaire des pieds sont au nombre 
de six partout. Aux pattes antérieures (1), ces pelotes sont disposées 
d'une manière assez régulière sur deux rangs transversaux dont 
l'antérieur décrit une ligne courbe et le postérieur une ligne presque 
droite. Dans chacune de ces rangées, le tubercule moyen est plus gros 
que les deux tubercules latéraux, et ceux-ci sont à peu près de même 
grandeur. Aux pattes postérieures (2), il n'en est pas de même ; des trois 
tubercules de la rangée antérieure, l'extérieur est le plus gros; une 
seconde rangée se compose de deux tubercules moins développés que 
les précédents et très-écartés entre eux; enfin, le sixième tubercule 
est rudimcnlaire et rejeté très en arrière. 



(1) Voyez pi. XIII, fig. I g, 

(2) Voyez pi. XIII, fig, 1 h. 



DE LA FAUNE MA.MMALOCrIQUE DE LA CHINE. 135 

La boîte crânienne (1) est plus bombée que chez le Hamster pro- 
prement dit, et ne présente pas de crêtes sus-temporales; la région 
frontale interorbitaire n'est pas excavée longitudinalement. 

La forme des dents molaires varie beaucoup suivant le degré 
d'usure de ces organes (2). La molaire postérieure de la mâchoire 
supérieure est plus petite comparativement à la seconde molaire que 
chez le Hamster de France. A la mâchoire inférieure, la différence 
entre ces deux dents est au contraire moins marquée. 

Les abajoues sont très-dé veloppés. 

Le Cricetus griseus, quoique plus petit que le Cricetus furunculus 
de Pallas (o), y ressemble beaucoup, mais chez ce dernier Rongeur 
le dessus du corps et de la tête est d'une couleur brunâtre beaucoup 
plus foncée et tirant davantage sur le roux ; la raie dorsale, mieux 
dessinée et plus noire, se prolonge jusqu'à l'extrémité de la queue ; 
enfin, le bas des joues, la gorge et le dessous du corps sont d'un 
sris foncé. 

Le Cricetus isabeUinus, trouvé en Perse par M. Filippi (li) et décrit 
très-sommairement par cet auteur, paraît ressembler au Cricetus 
griseus par son mode de coloration, mais serait notablement plus 
grand. 

Les proportions du Cricetus griseus sont indiquées par les mesures 
suivantes : 

Longueur lolale de l'extrémité du museau à la base de la queue 0,12 

Longueur de la queue " 0,02 

M. l'abbé Armand David nous apprend que ce Hamster a les yeux 
assez gros et noirs. La femelle est un peu plus petite que le mâle. 

(1) Voyez pi. XIII, fig. 1 et 1 a. 

(2) Voyez pi. XIK, fig. 1 c, 1 d, 1 e, 1 f. 

(3) Mus furunculus, Pallas, Glires, p. 273, lab. XV B. — Cricetus furunculus, Pjllas. 
Zoogr., I. I, p. 1 03. 

(4) Sole di un Viuggio in Persia, p. 3 I 4 (\ 865). 



136 ÉTUDES POUR SERVIR A l'BISXOIUE 

CRICETUS (CRICETULUS) ORSCURUS. 

(Voyez planche XII, fig. 2 et planche XIII, fig. 2-2 c.) 

Je crois devoir distinguer spécifiquement du Cricetulus griseus et 
des autres Cricetulus, connus jusqu'ici, un petit Hamster trouvé par 
M. l'abbé Armand David à Sartchy sur le bord du Hoangho, dans la 
Mongolie chinoise, et je l'ai désigné sous le nom de Cricetus obscurus, 
parce que la couleur générale de sa robe est beaucoup plus foncée que 
chez le C. griseus sans avoir la teinte rousse qui se fait remarquer chez 
le C. furunculus. La bande dorsale est plus large et s'étend davantage 
sur le dessus de la tête ; la bordure blanche des oreilles est plus 
étendue. Enfin la queue est beaucoup plus longue et notablement com- 
primée latéralement. 

La forme de la tête osseuse diffère également chez le C. obscurus et 
le C. griseus. Dans l'espèce dont je m'occupe ici, le crâne est plus renflé 
et la face est plus courte (1). 

La forme des dents (2) est à peu près la même que chez le Cricetus 
griseus. 

Longueur de l'extrémité du museau à l'origine de la queue 0,103 

Longueur de la face depuis l'extrémité du museau jusqu'au Irou auditif. . 0,021 

Hauteur des oreilles 0,012 

Longueur de la queue 0,022 

CRICETUS (CRICETULUS) LONGICAUDATUS. 

(Voyez planclie XIII, fig. 3 et planche XIII, fig. 3, 3 n.) 

Cette espèce habite la Mongolie chinoise comme les précédentes, 
mais s'en dislingue nettement par le développement considérable de sa 
queue, qui représente presque le tiers de la longueur totale de l'animal. 

(1) Voyez pi. XIII, fig. 2. 

(2) Voyez pi. XIII, fig. 26, 2c. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 137 

La couleur du dessus du corps est plus foncée, et mélangée de brun 
et de gris noirâtre ; il n'y a pas de bande médiane sur le dos ; les oreilles 
sont brunes dans toute l'étendue de leur surface postérieure, el I' 
dessus du nez est bordé de brun latéralement. 

La queue est peu garnie de poils, et sa couleur est uniformément 
d'un gris jaunâtre pâle. Enfin la gorge, les flancs et le dessous du corps 
sont d'un blanc plus pur que cbez les C. griseus. 

Cette espèce diffère aussi des précédentes par la forme de la tête 
osseuse (1), qui est notablement plus allongée ; le crâne est plus étroit 
comparativement à la longueur de la face, et la mâchoire supérieure se 
rétrécit plus graduellement depuis les pommettes jusqu'à l'extrémité 
du museau. 

Longueur du corps de l'exlrémité du museau à la base de la queue (en suivant 

la courbure du dos) 0,105 

Longueur de la face depuis l'extrémité du museau jusqu'au trou auditif.. 0,02i 

Hauteur des oreilles 0,013 

Longueur de la queue 0,038 

§ 5. — GENRE MUS. 
MUS HUMILIATUS. 

(Voyez planche XLI, fig. 1 .) 

Le Mus rattus est représenté à Pékin et dans la partie adjacente de 
la Mongolie chinoise par une espèce dont la coloration est à peu près 
la même, mais dont la taille est beaucoup moins grande et dont la queue, 
proportionnellement au corps, est notablement plus courte. M. l'abbé 
David en a envoyé au Muséum un nombre d'individus suffisant pour 
faire bien apprécier les caractères de cette espèce que je distinguerai 
sous le nom de Mus humiliatus. 

Le pelage est doux, et les longs poils du dos ne dépassent que peu 

(I) Voyez pi. XIII, Gg. 3, 3a. 

18 



]38 ÉTUDES POUH SERVIR A L HISTOIRE 

les poils ordinaires. Le dessus du corps et de la tête est couvert de poils 
d'un brun mêlé de roux à leur extrémité et ardoisés à leur base. Le 
dessous du corps est d'un gris pâle et sale, ainsi que la gorge et le tour 
des lèvres. 

Les pattes sont grisâtres en dehors aussi bien qu'en dedans. La 
queue est de longueur médiocre et bien garnie de poils très-courts ; en 
dessus elle est brune, mais en dessous elle est d'un gris pâle; on y 
compte environ 150 cercles d'écaillés. Les oreilles sont médiocres, un 
peu poilues en dedans ainsi qu'en dehors, brunes et ornées d'une ligne 
blanchâtre sur leur bord libre. Les moustaches sont bien développées, 
quelques-uns des poils qui les constituent sont blancs, les autres sont 
noirs. 



Longueur de l'extrémité du museau à la base de la queue 0,17 

Longueur de la queue 0,11 

Longueur de la face depuis l'extrémité du museau jusqu'au trou audiiif. . 0,03 

Longueur des oreilles 0,013 

Longueur du pied postérieur 0,03 



MUS PLOIliEL'S. 

(Voyez planche XLHI, flg. 2.) 

Cette espèce, par sa taille, est intermédiaire au Rat commun et à 
la Souris, et se fait remarquer par la teinte plombée de son pelage. Le 
dessus de la tête et du dos est d'un gris brunâtre terne; les joues, les 
côtés du corps et la face externe des membres sont d'un gris foncé 
légèrement bleuâtre; les côtés de la bouche, le dessous du corps et les 
pieds d'un gris clair ; les moustaches sont peu développées et très-fines. 
Les oreilles sont petites et à peu près de même couleur que les parties 
adjacentes de la tête; elles sont garnies de poils très-courts. Les dents 
incisives sont blanches au lieu d'être d'un jaune foncé comme chez la 
plupart des espèces voisines. La queue est courte , garnie d'écaillés 



DE LA FAUNE MAMM ALOGIQUE DE LA CHINE. 13(1 

très-petites, et bien pourvue de poils r;is; sa couleur est d'un brin; 
grisâtre en dessus et d'un gris pale en dessous. 

Longueur de l'animal depuis l'extrémité du museau jusqu'à l'origine de 

queue (en suivant comme d'ordinaire la courbe du dosi 0,13 

Longueur de la queue 0,07 

Longueur de la tète depuis l'extrémité du museau jusqu'aux oreilles. . . . 0,025 

Longueur des oreilles 0,011 

Longueur du pied postérieur 0,026 

Trouvé par M. l'abbé A. David, à Suen-hoa-fou, dans la partie occi- 
dentale du Tchély. 

§ 6. — GENRE GERBJLLUS. 

J. F. Gmelin, en établissant le genre Dipus (1) , y avait fait entrer non- 
seulement les Gerboises et les Helamys ou Pedetes, mais aussi quelques 
Rongeurs de la grande famille des Rats dont les pattes postérieures sont 
très-longues : par exemple, le Mus longipes ou meridianus, et le M. tama- 
ricinus de Pallas. 

En 1804, Desmarest jugea avec raison que toutes ces espèces ne 
devaient pas être réunies dans un môme groupe, et il constitua, avec le 
Mus longipes et quelques autres Murides de même forme, une nouvelle 
division générique sous le nom de Gerbillus (2). En 1811, Illiger adopta 
un mode de classification analogue, mais substitua au nom de Gerbillus 
celui de Meriones (3). Contrairement aux règles fondées sur la chrono- 
logie, beaucoup d'auteurs allemands accordent la préférence à cette 
dernière désignation et relèguent le nom de Gerbillus au nombre des 
synonymes dont la nomenclature zoologique est surchargée. S'il fallait 
opter entre les deux expressions, ce serait le nom le plus ancien qui 
devrait continuer à figurer dans nos catalogues maminalogiques. et le 

(1) Linné, Sys(. nu(., cdil. xm , t. I, p. 157 (17S8J. 

(2) Desmarest, N<mv Dict. d'hist. nal., t. XXIV, p. 22. 

(3) liligir, Pradromuv systemalis Mammalium et Aiium. p. S 2. 



140 ÉTUUES POUR SERVIR A l' HISTOIRE 

mot Meriones devrait disparaître; mais, ainsi que Fréd. Olivier (1) l'a 
l'ait voir, le genre Gerbillus de Desmarest ou Meriones d'IUiger renferme 
des espèces qui appartiennent à deux types génériques distincts, et 
tout en réservant aux Gerbilles les plus anciennement connues ce der- 
nier nom, on peut utiliser celui de Meriones en l'appliquant au groupe 
formé par les autres espèces, telles que le Mus canadensis de Pennant et 
le 31. labradoricus dont M. Wagner (2) a préféré former un genre nou- 
veau, sous le nom de Jaculus, déjà employé dans une acception très- 
différente. Enfin le môme auteur, se fondant sur quelques particularités 
dans la forme des molaires et de l'os interpariétal, sépare des Meriones 
ou Gerbilles plusieurs espèces de ce groupe et leur donne le nom 
générique de Rhombomys (3). 

J'ai cru devoir suivre ici la marche adoptée par Fréd. Cuvier, car 
elle me paraît être la plus conforme aux règles de la justice et la plus 
propre à éviter des confusions regrettables. 

Il est d'ailleurs à remarquer que le mérite de l'établissement de 
cette division n'appartient en réalité ni à Desmarest ni à Illiger, mais 
à Pennant, car le genre Gerbille correspond à une des sections que ce 
zoologiste avait formée sous le nom de Rats gerboïdes (a). 

Il me paraît inutile d'entrer ici dans des détails relatifs aux carac- 
tères du genre Gerbille, et je rappellerai seulement que chez ces ani- 
maux sauteurs les pieds postérieurs ne sont pas d'une longueur aussi 
exagérée que chez les Gerboises, et ne présentent pas dans le mode 
d'organisation du tarse les singularités qui existent chez ces dernières, 
où les trois doigts principaux ou même uniques sont portés sur un 
seul os comparable au canon du pied des oiseaux. Il est aussi à 



(1) Voypz Georges Cuvier, Le règne animal distribué d'après son organisation, 2 e éJit , t. I, 
p. 203 et 204 (1829). 

(2) Supplément à l'ouvrage de Schreber sur les .Ua/Hm/èn s, t. 111, p. 292(1813. 

(3) Wagner, loi*, cit., p. 485. 

(4) Pennant, Ilisl. o[ quadrupds, vol. Il, p 173. 



1)L' LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE I.A 'IIIM. \h\ 

noter que les Gerbilles, tout en ressemblant beaucoup aux Rats, <>ni la 
queue longue et velue sans être terminée par un pinceau touffu comme 
chez les Gerboises ; que leurs molaires supérieures (1), peu différentes 
de celles des Rats, sont au nombre de trois paires a chaque mâchoire, 
tandis que chez les Meriones ces dents sont au nombre de quatre de 
chaque côté à la mâchoire supérieure, et enfin que leurs incisives 
supérieures sont creusées d'un sillon vertical comme chez certaines 
Gerboises (2). 

Ce genre appartient à l'ancien continent seulement et abonde 
en Afrique, mais compte aussi plusieurs représentants en Asie, parti- 
culièrement en Sibérie et dans l'Inde. Tels sont les Gerbillus meridianus 
ou Mus longipes (3), le G. tamarinus (4), le G. opimus (5), le Heriuc ou 
G. indiens (G), le G. otarius (7), le G. Cuvieri (8) et le G. erytkrurus (9). 

Le voyage fait par M. l'abbé Armand David dans la Mongolie 
chinoise m'a permis d'ajouter à cette liste deux espèces nouvelles. 

(1) Voyez pi. X a, fig. 1 c et 2 c. 

(2) Voyez pi. Xa, fig. 1 e et 2e.- 

(3) Mus longipes, Pallas, Glires, p. 3!i, lab. XVlll B. — Dipus? meridianus, Pallas, 
Zoocjr., t. I, p. 182. — Gerbillus meridianus, Isid. Geoffroy, Dicl. class. d'Iiisl. nul., t. Vil, 
p 322. — Rhombomys meridianus, Wagner, Saugeih , t. III, p. 492. 

(4) Mus tamaricinus, Pallas, Glires, p. 322, lab. XIX. —Rhombomys tamaricinus, 
Wagner, op. cit., t. III, p. 491. 

(5) Lichtenslein, Catalogue des mammifères envoyés par M. Iiversmann, etc. (Voyag 
d'Altenbourg à Bookhara, par Meyendorff, 18:'6, p. 393). 

(6) Dipus inlicus, HarJwick, Trana. of tlte Linn. soc, vol. VIII, pi. VII. — Gerbillus 
inriievs, Desmaresl, Mammaloijie, p. 320. — Herine, Fréd. Cuvier, Mammifères, pi 2G7, — 
Meriones indicus, Wagner, op. cit., t. III, p. 472. 

(7) Fréd. Cuvier, Mém. sur les Gerboises el les Gerbilles (Traits, of llte Zool. soc of tendon. 
i. II, p. 144). 

(8) Waterhcure. Proceed. of (lie Zool. soc. of London, 1338, (. VI, p. 36. 

(9) Cray, Collection du musée britannique. 



lli'2 ÉTUDES TOUR SERVIR A I.' II ISTOIRli 

GERBILLUS UXGUICULATCS. 

(Voyez planche XI, lis- 1 et 2, et pi. X a, fig 2.) 
Alph. Milne Edwards, Ann. des se. nal., 5 e série, t. VII, p. 377, 1867, 

Cette espèce ressemble beaucoup au Gerbillus tamaricinus, bien 
qu'elle soit notablement plus petite. De même que le G. opimus et le 
G. indiens, elle se distingue nettement du G. longipes et du G. Cuvieri 
par la brièveté relative des pieds postérieurs, et l'on ne saurait la con- 
fondre avec le 0. otarius, car elle a les oreilles à peu près de même 
grandeur que les autres espèces dont je viens de parler. Sa queue n'est 
pas terminée par une houppe, ainsi que cela paraît avoir lieu chez le 
Gerbillus opimus ; enfin les doigts sont poilus en dessus au lieu d'être 
nus comme chez le C. tamaricinus. 

Par sa coloration, le G. unguiculatus ne présente rien de remar- 
quable, si ce n'est que les côtés de la face n'offrent pas de blanc comme 
chez le G. tamaricinus. Les oreilles sont moins grandes et beaucoup 
plus poilues que chez cette dernière espèce. Les moustaches sont 
longues et composées en partie de soies noirâtres, en partie de soies 
blanchâtres. La gorge, la poitrine et même le ventre sont d'un blanc 
sale teinté de gris et de jaune. La queue est de longueur médiocre et bien 
garnie de poils assez longs. Les ongles, de couleur noire, sont plus 
allongés, plus robustes et plus pointus que d'ordinaire dans le même 
genre. Les pieds de devant sont poilus en dessous. Aux pattes posté- 
rieures cette disposition est très-prononcée ; le talon seul est à décou- 
vert et tout le reste de la plante du pied, ainsi que le dessous des 
doigts, est complètement revêtu de poils longs et serrés. 

Les caractères tirés de la conformation de la tête osseuse et du 
système dentaire distinguent encore mieux le Gerbillus unguiculatus 
des autres espèces dont je viens de parler. En effet, si l'on compare 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. ]/|3 

ces parties chez notre Rongeur et chez le G. indiens, dont Fr. Cuvier. 
a donné d'excellentes figures, on remarque que chez l'espèce des 
Indes, la tête, considérée dans son ensemble, est beaucoup plus 
longue et plus étroite; ces différences de proportion sont surtout 
dues au développement de toute la partie praeorbi taire. La léte du 
G. unguiculatus est remarquable par le renflement de la boîte crânienne, 
comparé à la brièveté de la face qui est plus courte encore que chez 
le G. Burtoni. La forme du trou sous-orbi taire est très-différente de 
celle que l'on observe dans l'espèce indienne : au lieu d'être profon- 
dément encaissé en bas par le développement exagéré de l'arc maxil- 
laire, ce trou présente les dimensions que l'on trouve communément 
chez les Gerboises africaines. Le front est un peu excavé sur la ligne 
médiane, disposition qui n'existe pas chez le G. indiens; la branche 
postérieure de l'arcade zygomatique est beaucoup moins élargie 
à sa racine. Les trous incisifs s'avancent beaucoup plus vers les dents 
antérieures. La dernière molaire supérieure est plus simple; sa 
couronne est régulièrement arrondie au lieu de présenter en arrière 
une sorte de petit talon ; elle est aussi plus petite comparativement 
à la deuxième molaire. Le lobe antérieur de la première de ces dents 
est. au contraire, notablement plus élargi. Les mômes caractères 
se retrouvent à la mâchoire inférieure où la dernière molaire porte 
un petit talon et où les prismes de la première de ces dents sont 
beaucoup plus inégaux. Chez le Gerbille de Burton, l'espace occupé 
par la série des ma -lielières est comparativement moindre; celles-ci 
semblent avoir été comprimées d'avant en arrière et leurs lobes consti- 
tutifs, aussi larges que dans le G. unguiculatus, ont beaucoup moins 
d'épaisseur. I.a couronne de la dernière molaire, au lieu d'être arrondie. 
est ovalaire. Une disposition analogue se retrouve chez le Gerbille 
Otarie. Les termes de comparaison m'ont manqué pour établir les 

(i) Voyez pi. 10 a, fig. 2. 



llill ÉTLD-ES POUR SETU'Ill A L'mSTOJfiE 

caractères ostéologïques qui distinguent le Gerbillus unguiculatus du 
G. tamaricinus, du G. longipes et du G. Cuvieri, mais les figures qui 
accompagnent ce mémoire rendront cette lacune facile à combler pour 
les zoologistes qui ont à leur disposition la tête osseuse de ces 
différentes espèces. 

Le Gerbillus unguiculatus habite les plaines stériles et pierreuses 
de la Mongolie chinoise. M. l'abbé Armand David nous apprend que 
ce petit Rongeur y vit en troupes nombreuses et se creuse des galeries 
souterraines d'où il sort pendant le jour pour courir au soleil. En 
hiver, il se tient généralement renfermé, à moins que le temps 
ne s'adoucisse, et pendant cette saison il se nourrit à l'aide des 
provisions qu'il a amassées en été. Les Chinois le désignent sous le nom 
de Hoang-hao-dze. 

Longueur de l'extrémité du museau ù l'origine de la queue 0,132 

Longueur de la queue non compris les poils terminaux. 0,09 

Longueur de la queue y compris les poils terminaux 0,10 

Longueur de la face de l'extrémité du museau au trou auditif 0,031 

Hauteur des oreilles 0,012 

Longueur des pieds postérieurs, de la face postérieure du talon à l'extié- 

mité des ongle? 0,028 

GERBILLUS PSAMMOPIIILLS. 

(Voyez planclie XI, fig. 3 et 4, et planclie Xa, fig. 1.) 

Geibillus brevicaudalus (I), Alpli Milne Edwards, Annales des sciences naturelles, 5 e série, 

t. VII, p. 377 (1807). 

Cette espèce est plus petite que la précédente, avec laquelle elle 
a cependant beaucoup de ressemblance, et j'aurais hésité à l'en séparer, 

(I) Le nom de Gerbillus brevicaudalus avait élé donné en 1836 par F. Cuvier à une espèce 
déjà décrite par Smith sous le nom de G. auricularis (1 831) ; cette désignation de brev caudatus 
a dû par conséquent être abandonnée et est devenue disponible: c'est ce qui m'avait permis 
de l'appliquer à l'une des espèces de la Mongolie, mais celle dénomination ayant déjà donné lieu 
à certaines erreurs, je crois préférable de la remplacer par l'épilhète spécifique de psammophilus 
qui indique les habitudes de celle Gerbille. 



DE LA FAUNE M AMM AL0G1 Q U E DE LA CHINE. 145 

si ces caractères différentiels ne s'étaient pas présentés avec une 
grande constance, et si en Mongolie elle ne vivait pas séparée de la 
Gerbille onguiculée. La teinte générale du pelage est moins grise, 
le jaune cannelle y domine davantage ; le dessus de la tête, la gorge, 
la poitrine, le ventre, la face interne des membres et le dessus des 
pieds sont d'un blanc pur; enfin, la queue est d'un jaune roussâtre 
clair mélangé de brun vers l'extrémité de cet appendice. C'est surtout 
par la brièveté relative de la queue que le G. psammopkilus se distingue 
du G. unguiculatus. Ses pattes postérieures sont aussi plus allongées, 
les doigts sont moins fortement armés, les poils qui les garnissent 
sont plus clair-semés; enfin, les ongles, au lieu d'être noirs, sont 
blancs. 

La forme générale de la tête osseuse (1) est à peu près la même 
que chez l'espèce précédente; cependant la face supérieure en est 
[•lus arquée d'arrière en avant; le museau est plus court et plus étroit 
surtout vers son extrémité. L'arc maxillaire, qui circonscrit en dehors 
le trou sous-orbitaire, se prolonge moins en avant; la racine antérieure 
de l'arcade zygomatique est plus étroite et la caisse auditive est 
beaucoup plus renflée au-devant du trou auditif, de façon qu'elle est 
dans ce point en contact avec l'arcade zygomatique, tandis que chez 
le G. unguiculatus elle en est séparée par un espace notable. L'angle 
de la mâchoire inférieure est très-mince et en forme de crochet, 
tandis que chez le G. unguiculatus il est plus élargi et plus obtus. Les 
dents de ces deux espèces de Mongolie ne diffèrent que peu. Cependant 
les incisives du G. psammophilus sont beaucoup plus étroites, et la 
dernière molaire est relativement plus forte à la mâchoire supérieure 
aussi bien qu'à la mâchoire inférieure (2). 

(!) Voyez pi. Xo, fig. \. 

(2) Voyez pi. Xo, fig. 4 c et \ d. 



19 



1/|6 ÉTUDES POUR SERVIR A L HISTOIRE 

Longueur de l'extrémité du museau à la base de la queue 0,125 

Longueur de la queue sans les poils terminaux 0,075 

Longueur de la queue avec les poils terminaux 0,080 

Longueur de la face, depuis le bout du museau jusqu'à l'entrée de l'oreille. 0,027 

Hauteur des oreilles 0,009 

Longueur des pattes postérieures du talon à l'extrémité des ongles 0,030 

Cette espèce a été trouvée par M. l'abbé Armand David, dans 
la Mongolie chinoise et à Suen-hoa-fou, dans la province de Pékin. 
Elle est moins commune que la précédente et a les mêmes habitudes, 
mais elle fréquente de préférence les plaines sablonneuses. Les Chinois 
l'appellent Cha-oa-dzê. 

§ 7. — GENRE DIPUS. 

Le groupe naturel des Gerboises ou genre Dipus de Gmelin (1), 
tel qu'il fut délimité par Illiger en 1811 (2), et par Frédéric Cuvier 
quelques années plus lard (3), comprend un nombre considérable 
de petits Rongeurs sauteurs qui, tout en ayant à peu près la même 
conformation générale et le môme aspect, présentent entre eux des 
différences assez grandes pour motiver leur répartition en plusieurs 
divisions secondaires ou sous-genres. Lichtenstein fut le premier 
à les classer de la sorte; se fondant sur les variations offertes par 
le nombre des doigts des pattes antérieures, cet auteur les distribua 
en trois sections, mais il ne jugea pas nécessaire de donner à ces 
divisions des noms particuliers (h). Ses successeurs allèrent plus loin. 
En 1821, un zoologiste polonais, dont les écrits cités par M. Brandt 
sont peu connus en France, T. -P. Jarocki, réserva le nom générique 
de Dipus aux Gerboises dont les pattes postérieures sont Iridactyles, 

(1) Linné, Systema natures, edilio décima tertia, 1788, t. I, p. ( 57. 

(2) Prodromus syslemati 1 ; Mammalium et Avium, p. 81. 

(3) G. Cuvier, Règne animal, 1 re édition, t. I, p. 199 (1817). 

(4) Lichtenstein, Veber die Springmduse (Abhandlungen der Âkademie der Wissenschaften 
zu Berlin, aus dem Jahre 1825, p. 133, 1828). 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQL'E DE LA CHINE. lZl7 

el constitua sous le nom de Jaculus un nouveau genre pour les espèces 
à pattes postérieures pentadactyles (l). En 1836, Frédéric Cuvier (2), 
sans avoir eu connaissance du travail de Jarocki, arriva au même 
résultat, mais il donna à la nouvelle division générique, établie de 
la sorte aux dépens du grand genre Dipus, le nom (YAlactaga (3). 
Bientôt après, un zoologiste allemand, J.-A. Wagner, crut utile 
de modifier cette nomenclature et contribua ainsi a augmenter la 
confusion regrettable qui y régnait déjà. En effet, tout en conservant 
le nom de Dipus aux Gerboises à pieds postérieurs tridactyles . 
comme l'avaient fait les deux auteurs dont je viens de parler, 
il réunit aux Gerboises à pattes postérieures pentadactyles le Dipus 
tetradactylus dont ces naturalistes n'avaient pas parlé, et il donna 
au genre Jaculus de Jarocki ou Alactaga de Frédéric Cuvier, ainsi 
étendu, le nom de Scirtetes (h), puis il appliqua à une nouvelle division 
générique, établie pour recevoir un Mérione du Labrador, le nom 
de Jaculus employé précédemment par Erxleben pour désigner une 
division comprenant les Dipus, les Gerbilles et les Pedetes, par 
Jarocki dans le sens que je viens de rappeler, et par la plupart des 
zoologistes comme nom spécifique pour l'un de ces Scirtetes ou Alac- 
taga de Frédéric Cuvier (5) . Une pareille marche me semble difficile 
à justifier, et ici, de même que dans les autres questions de nomen- 
clature zoologique , les droits établis par la priorité me paraissent 
devoir être respectés. 

(1) Zoologia Cayli Zioiertopismo ogolne. Warszawie, 1821, t. I, p. 26. (D'après Brandt.) 

(2) T. Cuvier, On the Jerboas and Gerbillus (Proceedings of the Zool. Soc, 1S36, p. 141). 
— Mémoire sur les Gerboises et les Gerbilles (Transactions of the Zool. Soc, 1841, vol. H, 
p. 4 31). 

(3) D'après Messerchmidt, les Mongols-Dauriens donnaient aux Gerboises de la Sibérie 
le nom d'Alak-daagha qui est devenu ensuite Alagtaga pour Buffon et Alactaga pour les zoolo- 
gistes du siècle actuel. 

(4) A. Wagner, Gruppirung der Gallungen der Nager in nalùrlichen Familien (Archiv fiir 
Nalurgeschkhte, 1841, Bd. I, p. 119). 

(5) Supplément à l'ouvrage de Schreber : Die Sàugelhiere, t. III, p. 292, 1843. 



1/|8 ÉTUDES POUR SERVIR A l' HISTOIRE 

Dans un mémoire remarquable sur les Gerboises, publié par 
M. Brandt en 18kk (1), ce naturaliste éminenl introduit dans le mode 
de distribution méthodique de ces Rongeurs plusieurs perfectionne- 
ments ; mais il me paraît avoir compliqué un peu trop la nomenclature 
destinée à mettre en relief cette partie de la classification mammalo- 
gique. Ainsi, après avoir réparti les Gerboises en trois genres, appelés, 
le premier, genre Dipus, le second, genre Alactaga, et le troisième 
Platycercomys , M. Brandt subdivise son genre Dipus en deux sous- 
genres caractérisés par le nombre des dents molaires de la mâchoire 
supérieure; il conserve à l'un de ces groupes le nom de Dipus, et il 
donne à l'autre subdivision le nom de Scirtopoda; puis il établit, parmi 
ces derniers, deux sections auxquelles il donne les noms de Hallictus 
et de Hallomys; enfin il divise également son genre Alactaga en deux 
sous-genres dont l'un, comprenant les espèces à pattes postérieures 
pentadactyles et correspondant exactement au genre Alactaga de Fré- 
déric Cuvier, prend le nom de Scirtela, tandis que l'autre, caractérisé 
par l'existence de quatre doigts aux pattes postérieures, est appelé 
Scirtomys. 

Plusieurs de ces subdivisions me paraissent devoir être adoptées, 
mais aucune d'entre elles ne me semble reposer sur des particularités 
organiques d'une importance assez grande pour motiver la dislocation 
complète du genre Dipus, et afin de mettre bien en évidence les affi- 
nités naturelles qui réunissent tous ces Rongeurs, je crois utile de 
n'enlever à aucun d'eux le nom commun sous lequel Illiger, Georges 
Cuvier et la plupart des autres zoologistes de la première moitié du 
siècle actuel les ont désignés. 

C'est pour celte raison que j'ai donné à l'espèce nouvelle, dont je 
vais décrire ici les caractères, le nom générique de Dipus, bien qu'elle 

(I) Remarques sur !a classification des Gerboises, eu égard surtout aux espèces de Russie, 
avec un aperçu de la disposition systématique des espèces en général, etc. (Bulletin de l'Acad. 
des se. de Saint-Pélersbonrg, t. I, p. 209, 1844 ) 



DE LA FAUNE M AMM ALOOIQTJE DE LA CHINE. 1 k$ 

soit, non pas un Dipus, mais un Jaculus pour Jarocki, un Alactaga pour 
M. Brandt et pour M. Giebel, un Scirletes pour M. A. Wagner et pour 
Van der Hœven ; mais afin de rappeler les particularités organiques qui 
la distinguent des Dipus proprement dits, j'ajouterai à ses noms géné- 
rique et spécifique l'indication du sous-genre dont elle fait partie. 

DIPUS (JACULUS) ANXULATCS. 

(Voyez planche X et planche \n, fig. 3.) 
Dipus annulants, Alph Milne Edwards, Ami. des se. natur., 5 e série, t. VII, p. 376, 1867. 

La subdivision du genre Dipus, à laquelle cette espèce appartient, 
est caractérisée par l'existence de cinq doigts aux pattes postérieures, 
d'incisives supérieures dépourvues de sillon à leur lace antérieure, de 
quatre molaires de chaque côté à la mâchoire supérieure et d'une 
queue très-grande, grêle et terminée par un large pinceau de longs 
poils. 

Ce groupe appartient principalement à la partie orientale de 
l'Europe et à l'Asie. Suivant la plupart des auteurs qui ont traité de la 
faune mammalogique de ces contrées, elle se composerait d'un 
nombre considérable d'espèces, notamment du Dipus jaculus de Gme- 
liii (1), du Dipus aconHon de Pallas (2) ou du Dipus pygmœus d'Illiger (o), 

(1) Cuniculus pumilius saliens, Georg. Gmelin, Nov. Comment. Petropol., t. V, p. 37, 351, 
tab. II, fig. 1. — L°pus terrestris, Golhl. Gmelin jun. Iliner, I, p. 26, lab. II. — L'alaglaga, 
BufTon, edit. in-8 de Verdière, t. XXIII, p. 46. — Musjaculus, Pallas, Glires, p. 275, lab. XX. 
— Dipus jaculus, Pallas, Zoogr. Rosso-Asiatica, t. I, p. 18t. — Dipus jaculus, J -F. Gmelin, 
Linné, Sysl. nat. , éd. 13, t. I, p. 1 57. — Dipus alagtaga, Olivier, Bull, de la Soc. rhilomalhique, 
p. 50. — Lichlenstein; op. cit. {Mém. de l'Acad. de Berlin, pour 1825, p. 153). — Nordmann, 
Voyage de Demidoff en Crimée, t. III, p. 52. Je ne cite pas Linné, car cet auteur a appliqué le 
nom de Musjaculus aux Gerboises à pattes postérieures tridactyles. (Syst. nat., édit. 12, t. I, 
p. 85). 

(2) Zoographia Rotso-Âsiatka, t. I, p. 182. — Musjaculus var. minulus, Pallas, Glires, 
p. 292. — Scirtetes acontion, J. A. Wagner, Saugclhiere von Schreber, supplém. B. 3, p. 289. 

(3) Lichlenstein, op. cit., p. 155, tab. VIII. 



150 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

du Dipus minutas de Blainville (1), du Dipus vexillarius d'Eversmann (2) . 
du Dipus decumanus (3), du Dipus spkulum {h) et du Dipus dater de 
Lichtenstein (5), de YAlactaga indica de Gray (G) et du Dipus aulacotis de 
Wagner (7) ; mais M. Brandt, qui a fait nue étude attentive de ces 
Gerboises, a cru devoir réduire beaucoup cette liste (8). Ainsi, d'après 
ce zoologiste, le Dipus decumanus et le D. vexillarius ne doivent pas être 
distingués spécifiquement du Dipus jaculus. et il faudrait aussi y réunir 
le Dipus spiculum, opinion que je ne partage pas ; enfin le Dipus minutus 
ne saurait être séparé du Dipus acontion. 

Pour faire bien ressortir les caractères distinctifs du Dipus annulalus, 
je le comparerai donc à chacune des espèces dont il vient d'être question. 

Le Dipus annulatus est beaucoup plus petit que le Dipus jaculus ou 
D. vexillarius, mais il s'en rapproche par la grandeur des oreilles. En 
effet, celles-ci. sans être aussi développées que chez la grande Gerboise 
de Russie et de la Sibérie, sont remarquablement longues, car elles 
égalent, à peu de chose près. la longueur de la face. Du reste, le Dipus 
annulatus se distingue de cette espèce par le mode de coloration de la 
portion terminale de sa queue. Chez cette dernière le bout de cet 
appendice est blanc dans une étendue presque égale à celle de la 
portion brune qui le précède , et la teinte brune de celle-ci passe 
graduellement au fauve grisâtre en avant. Chez le Dipus annulatus, au 

(1) Desinarest, article Gerboise. Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, t. XIII, p. 127. 
— Mammalogie, p. 318. 

(2) Millheilungen ûber einige neue und einige iveniger gekannle Sàugelhiere Russlands, von 
D r E. Eversmann [Bulletin de la Soc. des naturalistes de Moscou, 1840, n° 1, p. 42). 

(3) Lichtenstein, loc. cit., p. 154, tab. VI. 

(4) Lichtenstein, loc. cit., p. 154, tab. VII. 

(5) Lichtenstein, loc. cit., p. 155, tab. IX. 

(6) Descript. of some new Gcnera and species of Mammalia (Ann. and Mag. of Nat. Hist., 
1842, vol. X, p. 262). 

(7) Andréas Wagner, Beschreibung einiger neuer Nager (Abnand. der Batjerischen Akademie 
der Wissenschaften, B. 3, 1840, p. 21 I, tab. IV, fi g. 1). 

(8) Brandt, Remarques sur la classification des Gerboises (Bulletin de l'Académie de Saint- 
Pétersbourg, 1841, t. II, p. 210). 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE DE LA CHINE. 151 

contraire, le pinceau terminal blanc est très-court, et la portion pré- 
cédente du pinceau coloré en brun noirâtre est séparée de la partie 
grêle et fauve de la queue par une bande transversale blanche. 

La teinte générale du dessus de la tête, du dos et de la face externe 
des jambes postérieures est beaucoup pins foncée que chez le Dipus 
jaculus de la Sibérie occidentale ; elle est même entremêlée de brun 
noirâtre ; mais il est à noter qu'un mode de coloration analogue se 
retrouve chez les Gerboises que M. Radde a observées dans la région du 
fleuve Amour et que ce zoologiste rapporte au Dipus jaculus (1). Il est 
aussi à noter que chez le Dipus annulalus les doigts des pattes posté- 
rieures sont garnis latéralement de poils très-longs et touffus. 

Le Dipus spiculum de Lichtenstein ressemble davantage à la Ger- 
boise dont nous nous occupons ici ; mais la portion brune subtermi- 
nale de la queue n'est pas bordée de blanc en avant comme chez cette 
dernière, et d'ailleurs la petitesse relative des oreilles ne permet pas de 
la confondre avec notre espèce. Il est vrai que, suivant M. Brandt, ce 
caractère n'aurait que peu de valeur, et le Dipus spiculum ne serait 
qu'une variété du Dipus jaculus; mais je pense que ce rapprochement 
n'est pas fondé et que ces deux Gerboises sont distinctes spécifique- 
ment, ainsi que Lichtenstein l'avait avancé. 

Un autre trait de ressemblance entre le Dipus spiculum et le Dipus 
annulalus consiste dans la brièveté des doigts latéraux des pattes 
postérieures qui descendent notablement moins bas que chez le 
Dipus jaculus. 

Le Dipus annulalus, de même que le Dipus jaculus, se distingue du 
Dipus acontion ou Dipus pi/gnuetis, par la grandeur plus considérable des 
oreilles, par la longueur des pieds de derrière et par moins de réduction 
dans les pattes antérieures. Chez le Dipus acontion ces membres sont 
remarquablement petits. 

(1) Dipus jaculus, var. Mongolien, Radde, Reisen im siulen von Osl-Sibirien, von G. Raddp, 
t. f, p. «70. 



J52 ÉTUDES POUR SERVIR A i/lll STOIR li 

Je ne connais le Dipus elater des sieppes des kirghis que par la 
description et les ligures que Lichtenstein en a données (1). Par la 
proportion des oreilles, celte Gerboise ressemble beaucoup au Dipus 
annulatus; mais le pinceau terminal de sa queue est grêle, sa portion 
brune est peu marquée, et il n'y a pas d'anneau blanc la bordant en 
avant. 

Le Dipus aulacotis qui habite l'Arabie manque également de l'an- 
neau blanc à la base de la portion brune du pinceau terminal de la 
queue, et d'ailleurs cette espèce diffère de toutes celles dont je viens 
de parler par le mode de conformation de la l'ace antérieure des oreilles 
qui est aréolée (2). 

Enfin le Dipus indicus du Candabar, décrit très-sommairement par 
M. Gray et paraissant se rapprocher beaucoup du D. acontion, se dis- 
tingue par la coloration des poils de la portion subterminale du pinceau 
caudal qui, au lieu d'être bruns ou noirs dans toute leur longueur 
comme d'ordinaire, sont jaunes vers la base et brunâtres près de 
l'extrémité seulement. 

La tète osseuse du D. annulatus (3) présente les mêmes caractères 
essentiels que celle du D.jacnhis de Russie, et sauf les dimensions qui 
sont moindres, elle lui ressemble beaucoup; mais le système dentaire 
nous fournit des particularités importantes et qui permettent de distin- 
guer très-facilement le crâne de l'espèce à queue annelée. La série 
des dents màchelières est plus allongée, cl à la mâchoire supérieure (A) 
la première molaire sélève presque au même niveau que les suivantes, 
tandis que chez la Gerboise de Russie elle est extrêmement petite et sa 
couronne n'atteint pas le même niveau que les autres dents; la deuxième 
molaire est très-simple, elle est constituée par deux lobes séparés l'un 



(1) Loc. cil , tab. IX. 

(•?.) Voyez Wagner, op. cil. (hfêm. de l'Acad. de Munich, t. III, pi. IV, fig. la). 

(3) Voyez pi. Xa, fig. ?.. 3a, 3 6 et 3c. 

(4) Voyez pi. Xn, fig. 3 d. 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE DE LA CIIINL. 153 

de l'autre par un sillon vertical séparant la dent en deux portions à peu 
près égales. Sur sa surface on n'aperçoit que deux îlots d'émail indiquant 
l'existence d'autant de divisions superficielles qui s'effacent par l'usure 
Chez le D. jaculus les plis d'émail sont plus compliqués et la face 
externe de la dent porte deux sillons bien distincts. Le même caractère 
différentiel se retrouve sur la troisième molaire. La quatrième molaire 
du D. annulatus est remarquablement petite; elle affecte une forme 
cylindrique et l'émail l'enveloppe comme une gaine, mais ne constitue 
aucun repli intérieur, tandis que chez le D. jaculus cette dent est rela- 
tivement grosse et présente plusieurs replis transversaux d'émail. 

Les molaires de la mâchoire inférieure (1) sont construites d'après 
le même type, et beaucoup plus simples chez l'espèce de Mongolie 
que chez celle de Russie. La première de ces dents est très-allongée 
dans le sens antéro-postérieur et l'émail revêt sa surface extérieure sans 
s'avancer dans l'intérieur en forme de lames transversales ; comme 
chez le D. jaculus ; on aperçoit cependant [rois fossettes garnies 
d'émail, dont deux contigués situées en avant, et L'autre près du bord 
postérieur et intérieur; un sillon vertical superficiel se voit sur 
chacune des faces, circonscrivant ainsi deux lobes dont l'antérieur 
est beaucoup plus étroit que le postérieur. Chez le D. jaculus ces sil- 
lons sont au nombre de deux. Les mêmes caractères différentiels se 
remarquent sur la deuxième molaire ; les replis d'émail et les sillons 
latéraux offrant à peu près la même disposition que sur la molaire 
précédente. La dernière de ces dents est très-petite et exactement 
semblable à sa congénère de la mâchoire supérieure; elle est cylin- 
drique et dépourvue de replis d'émail; au contraire, chez le D. jaculus 
elle est profondément sillonnée sur ses faces externe et interne. 

Le Dipus annulatus habite en grand nombre les collines sablon- 
neuses de la haute Mongolie chinoise, et le Muséum d'histoire natu- 



(I; Vov. ],!. Xa, fig. 3e. 

20 



154 ÉTUDES POUR SERVIR A I.'hISTOIRE 

relie en a reçu plusieurs exemplaires par les soins de M. l'abbé Armand 
David. Ce savant et zélé voyageur nous apprend que celte Gerboise est 
nocturne et se creuse des galeries profondes; ses moeurs sont très- 
douces et elle ne chercbe jamais à mordre lorsqu'on la tient en capti- 
vité. M. David en a vu aussi quelques individus aux environs de Sueu- 
Hoa-fou, dans la province de Petchély, mais ils sont très-rares dans 
cette partie de la Chine. Voici les principales dimensions de l'une de 
ces Gerboises adultes : 



Longueur du corps depuis l'extrémité du museau jusqu'à la base de la queue 

(en suivant la coin bure du dos) 0,173 

Longueur de la queue 0,190 

Longueur de la face depuis le bout du museau jusqu'à l'oreille 0,037 

Longueur des oreilles 0,033 

Longueur des pattes antérieures depuis l'articulation du coude jusqu'à 

l'extrémité des doigts 0,040 

Longueur des pattes postérieures depuis l'extrémité supérieure de la jambe 

jusqu'à l'extrémité des doigts 0,122 

Distance entre le talon et l'extrémité inférieure du doigt externe 0,044 

Longueur totale du métatarsien médian 0,056 

Longueur du doigt médian ... 0,019 



§ 8. - GENRE SPERMOPHILE. 

Frédéric Cuvier, dont le nom mérite d'être cité avec éloge à 
presque toutes les pages de l'histoire des progrès accomplis en mam- 
malogie pendant la première moitié du siècle actuel, fonda en 1822, 
sous le nom de Spennophile, une division générique particulière pour 
recevoir le Souslik ou Mus titillus de Linné (1), que ses prédécesseurs 
rangeaient dans le genre Marmotte ou Arctomys (2). Cette distinction 
était motivée par l'existence d'abajoues chez le Souslik et l'absence de 



(1) Systema nalurœ. 

(2) F. Cuvier, Considérations sur les caractères génériques de certaines familles de Mammi- 
fères, appliquées aux Marmottes et au Souslik, et formation du genre Spennophile [Mém. du Mu- 
séum, t. IX, p. 295). 



DE LA FAUNE M AMMALOG IQU E DE LA CHINE. 155 

ces organes chez la Marmotte proprement dite, par quelques diffé- 
rences dans la forme des dents molaires, des oreilles et de la tête 
osseuse ; elle était aussi en concordance avec certaines différences dans 
les mœurs de ces Rongeurs, et elle fut aussitôt admise sans contes- 
tation par tous les naturalistes. Cependant si les droits résultant de la 
priorité devaient être notre seul guide dans l'emploi des désignations 
méthodiques en zoologie, il faudrait ce me semble rayer le mot Sper- 
mophihis de nos catalogues mammalogiques et y substituer celui de 
Cynomys. Effectivement, dès 1817 Rafinesque avait donné ce dernier 
nom à un genre nouveau, établi pour recevoir le chien des prairies ou 
écureuil jappant des voyageurs américains (1), et je ne vois aucun motif 
suffisant pour séparer génériquement le Cynomys et les Spermophiles. 
ainsi que le font quelques auteurs. Mais ce changement de nomencla- 
ture serait une source de beaucoup de confusions, et tout en rappelant 
les droits de Rafinesque il me semble préférable de conserver la dési- 
gnation introduite dans la science par F. Cuvier et employée journelle- 
ment par tous les mammalogistes; cela est regrettable, mais utile. 

J'ajouterai que le Souslik est évidemment le représentant d'une 
forme zoologique particulière autour de laquelle viennent se grouper 
un assez grand nombre d'espèces, dont quelques-unes diffèrent nota- 
blement soit des Écureuils, soitdes Marmottes proprementdites (2). Or, 
le chien des prairies, qui est le type du genre Cynomys de Rafinesque. 
est précisément une de ces formes intermédiaires qui tient presque 
autant des Marmottes que des Spermophiles (o). Il serait donc impos- 
sible de le prendre comme représentant d'une division mammalogique 
quelconque. 

Une autre cause de confusion, que rien ne peut justifier, consiste 

(1) Description of seven new gênera of Norlh-American Quadrupeds (American Monlhhj 
Magazine, vol. II, p. 4a, New- York, 4817). 

(2) Par exemple, le Spermopltilus macrourus du Mexique. 

(3) M. Brandt range celte espèce dans le genre Arclomys proprement dit. (Bull, de VAcad. 
de Saint-Pétersbourg, t. II, p. 364, 1844.) 



156 ÉTUDES POUR SERVIR A I.'lIISTOIRE 

dans les changements de nomenclature introduits plus récemment par 
Lichtenstein. Cet auteur, pensant qu'il était utile de pousser les divi- 
sions génériques plus loin que ne l'avait fait Frédéric Cuvier, forma, 
aux dépens des Spermophiles de celui-ci, deux genres dont l'un a pour 
type le Souslik, et l'autre comprend, les espèces américaines. Mais, au 
lieu de réserver le nom de Spermophilm à la division contenant l'espèce 
pour laquelle ce nom avait été introduit dans la science, il appela ce 
groupe genre Cilillus, et il appliqua le nom de Spermophilm au groupe 
formé par les Cynomys de Rafmesque et les autres espèces américaines 
dont Frédéric Cuvier ne s'était pas occupé lorsqu'il créa son genre 
Spermophiltis (1). Heureusement Lichtenstein n'eut que peu d'imita- 
teurs, et son genre Cilillus ne ligure que dans un petit nombre de 
classifications mammalogiques. 

Les modifications introduites dans le mode de distribution métho- 
dique de ces Rongeurs par M. Brandt. n'offrent pas les inconvénients 
que je viens de signaler. M. Brandt conserve intégralement le genre 
Sperrnophiliïs de Frédéric Cuvier, mais il y établit des divisions secon- 
daires ou sous-genres qui peuvent faciliter le groupement des espèces. 
Ainsi, ce zoologiste distingue d'une part les Spermophiles colobates, et, 
d'autre part, les Otospennophiles. Les premiers, caractérisés par la gran- 
deur relative des molaires et par quelques autres particularités orga- 
niques , se subdivisent à leur tour en trois sections suivant que la 
plante des pieds est nue ou poilue, etc. 

Les Otospennophiles appartiennent tous à l'Amérique ; quelques 
espèces du nouveau monde prennent, au contraire, place dans le sous- 
genre des Spermophiles colobates, mais la plupart de ces derniers 
habitent l'Asie ou l'Europe orientale, et c'est seulement à eux qu'il me 
paraît nécessaire de comparer ici l'espèce nouvelle dont je me propose 
de faire connaître les caractères. 

(I) Lichtenstein, Darstellung neuer oder ivcnig bekannler Sàucjethicre. Berlin, 18Î7-I834, 
H hclï. (Texte joint à la planche 3 I , sans paginalion.) 



DE LA FAUNE M A MM ALOGIQUE DE LA CHINE. 157 

SPEIUrOPHILUS (COLOBATES) MOIXGOLICUS. 

(Voyez planche XVII, %. 1.) 

Alpli. Milne Edwards, Ânn. des se. nat. Zool., 5 e série, 1867, p. 376. 

Ce Spermophile de petite taille a le dessous des pieds postérieurs 
très-poilu, caractère qui ne permet de le confondre ni avec le Sper- 
mophihis fulvus (1). ni avec les S. rufescens (2) , S. erythrogenys (o), 
S. brevkauda (h). S. mugosarieus (5), S. musicus (G). S. concolor (7), ou 
toute autre espèce appartenant à la première subdivision établie par 
M. Brandi, parmi les Spermopbiles colobates. Sa queue est courte; sa 
longueur égale à peu près une fois et demie celle des pieds posté- 
rieurs, comme cbez les espèces rangées par M. Brandt dans sa sec- 
tion C, tandis que cbez le Spermophilus Eversmannii (8) et les autres 
espèces de la section B du môme auteur, la queue est longue. 

(1) Arctomys fulvus, Liclilenstein. Catal. des Mammifères envoyés par Eversmann (Voyage 
à Boukhara, par Meyendorff, 1826, p. 385). — Eversmann, Millheilung ùber Saugeihiere Russ- 
lands (Bull, de la Soc. des nalural. de Moscou, 1840, p. 33). — Spermophilus fulvus, Brandt, 
op. cit. [Bull, de l'Acad. de Sainl-Pétersb., t. If, p. 366). • 

(2) Mus citillus var. major, Pallas, Glires, p. 125, tab. 6. — Spermophilus rufescens, Keyser- 
ling et Blasius; voyez Brandt, loc. cit., p. 367. 

(3) Brandt, loc. cit., p. 367. 

(4) Brandt, loc. cit., p. 368. — Spermophilus Mugosarieus? Eversmann, loc. cit. (Bull, de 
la Soc. des nat. de Moscou, 1 840, p. 33). 

(5) Mus citillus var. pygmœa, Pallas, Glires, p. 122 (ex parte) Arctomys mugosarieus Lich- 
tenstein. op. cit. (Voyage de Meyendorff, p. 387). — Lichtenstein, Darstellung neuer Saugeihiere, 
tab. 32, flg. 2. -- Spermophilus muyosaricus, Keyserl. et Blasius. — Brandt, loc. cit., p. 370. 

(6) Mus citillus var., Pallas, Glires, p. 122. — Spermophilus musicus, Menetries. (Catalogue 
raisonné des objets de zoologie recueillis dans un voyage du Caucase, p. 21 (1832).) 

l7) Isidore Geoffroy Saint-llilaire, Voyage aux Indes orientales, par Bélanger; Zoologie, 
p. loi, pi. VIII (1834). 

(8) Mus citillus, Pallas, Glires, p. 126. — Spermophilus Eversmanni, Brandt (Bull, de 
l'Acad. de Saint-Pétersbourg, 1841, p. 42). — Observ. sur les Souslilcs (Bull, de l'Acad. de 
Saint-Pétersbourg, 18 44, p. 373). — Middendorff, Siiagethiere (Sibiresche Reise, Bd. II, p. 83, 
pi. 3, fig. 1 , 2). — Radde, Ueisen im Sûden von ost-Sibirien, t. I, p. 1 49. 



158 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

C'esl donc à côté du Spermophilus citillus (I), du Spermopkilus gutta- 
tus (2), du Spermophilus leptodactylus (3), du Spermophilus dauricus (4), 
et du Spermophilus xanthoprymnus (5) , que le S. mongolicus doit prendre 
place. 

II a les oreilles plus courtes que chez la première de ces espèces, 
et sa robe n'est pas tachetée comme chez le S. guttatus. Par son mode 
de coloration, il ressemble beaucoup au S. leptodactylus et au S. dau- 
ricus ; mais il a la queue plus courte que chez le S. leptodactylus, et il 
parait différent de l'espèce que je viens de citer en dernier lieu, par 
l'absence du jar noirâtre dont celle-ci est abondamment pourvue. .!e 
n'ai pas eu l'occasion de voir le S. dauricus, et je ne le connais que par 
la description et la figure que M. Iîadde en a données ; le S. mongolicus 
y ressemble beaucoup, quoique la teinte de celui-ci soit plus brune ; 
de même que chez cette espèce, il a la queue terminée par un pinceau 
noirâtre bordé de blanc, mais foncé en dessous aussi bien qu'en dessus 
vers sa base, tandis que chez le S. dauricus la. face inférieure delà queue 
est blanchâtre vers sa base. Du reste, ce qui me paraît caractériser le 

(1) Mus citillus, Linné, Sysl. nal., éd. 12, t. I, p. 80. — Spermophilus citillus, Keyserling 
et Blasius. — Brandt, op. cit. (Bull, de VAcad. de Saint-Pélersb., 1844, p. 37 6). 

(2) Mus citillus var. gullala, Pallas, Glires, p. 127, pi. 6 B. — Fréd. Cuvier , Mammifères. 

— Spermophilus citillus var.Odessana. Nordmann, Voyage de Demidoff en Crimée, t. III, p. 27, 
pi. 3. — Spermophilus guttatus, Brandt, op. cit. (Bull, de VAcad. de Saint-Pétersbourg, 1844, 
p. 375). 

(3) Arctomys leptodactylus. Lichtenstein, op. cit. (Meyendorff, Voyage à Boukhara,]*, 385). 

— Cilillus leptodactijlus. Lichtenstein, S'dugelhie.re, pi. 32, fig. 1. — M. Brandt rapporte celle 
espèce au S. fulous, mais Lichtenslein dit formellement que chez ce Rongeur la plante des pieds 
est couverte o de poils, serrés, roides et assez longs » (/oc. cit , p. 386), tandis que chez les 
S. fulvus celte partie est nue. 

(4) Brandt, op. cit. (Bull, de VAcad. de Saint-Pétersbourg, 1844, p. 379). — Radde, 
Reisen, t. I, p. 145, pi. 6, fig. 1. 

(5) Dans la collection du Muséum ce nom a élé donné à un spermophile trouvé aux environs 
d'Erzeroum par M. Challaye, consul de France. Cette espèce ressemble beaucoup au S. cilillus 
de la Turquie, mais s'en distingue : 1° par la coloration jaune plus ou moins ferrugineuse du bas 
des joues, des épaules, de la face anlérieure et externe des pattes antérieures, de la partie posté- 
rieure des jambes de derrière et de la région anale; 2° par l'absence presque complète de blanc 
à l'extrémité de la queue. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. i 5t> 

plus l'espèce dont je m'occupe ici, c'est l'extrême douceur de son 
pelage ; chez tous les autres Spermophiles de la même section que 
j'ai pu examiner, le poil est sec et un peu grossier; ici. au contraire, 
il est d'une mollesse remarquable, et au toucher on distingue facile- 
ment cet animal de tous ses congénères. 

Ainsi que je l'ai déjà dit. le S. mongoliens a les oreilles extrême- 
ment courtes; le dessus du nez est fauve, la face supérieure du crâne 
et le dos sont d'un gris jaunâtre mêlé de brun, bien que la base des 
poils soit d'un ton ardoisé très-foncé. Les côtés de la tête, les flancs et 
la face externe des membres sont d'un gris jaunâtre tirant sur le 
blanc; le tour de la bouche et la gorge sont tantôt grisâtres, d'autres 
fois tout à fait blancs ; la poitrine et la face antérieure des pattes thora- 
ciques sont plus jaunes ; enfin les ongles sont noirs ainsi que les 
moustaches. 

La tête osseuse du Spermophihis mongoliens (i) ressemble beaucoup, 
par sa conformation générale, à celle du Souslik ; on remarque cepen- 
dant que chez l'espèce de Mongolie la portion crânienne est plus étroite 
par rapport à la face; effectivement les os du ne. sont plu Uts il 
plus larges en arrière, de façon que le dessus du museau est moins 
busqué. Les dents de ces deux Spermophiles présentent les mêmes 
caractères dans leurs rapports de grandeur et dans l'arrangement des 
< rêtes et des tubercules qui garnissent leur surface triturante. Cepen- 
dant on remarque que chez l'espèce que nous décrivons ici les molaires 
sont comparativement plus étroites (2). 



Longueur de l'extrémité du museau à la base de la queue 0,21 

Longueur de la queue y compris le bouquet de poils terminal 0,06 

Longueur de la queue, les poils terminaux non compris 0,04 

Longueur de la face depuis l'extrémité du museau jusqu'au trou auditif. 0,038 

Longueur du pied postérieur 0,035 



(1) Voy. pi. XVIII fig. 3 et 3 a. 

(2) Voy. pi. XVIII, Gg. 3 6 à 3 d. 



1G0 ÉTUDES POUR SERVIR A u'iIISTOIUE 

Ce pelit Rongeur a été trouvé par M. l'abbé Armand David dans la 
Mongolie chinoise et dans le voisinage de Pékin. Il y est très-commun 
dans les plaines aussi bien que dans les montagnes, et se creuse des 
galeries souterraines fort profondes où il s'endort pendant l'hiver. Son 
régime est frugivore aussi bien que granivore. Les Chinois le connais- 
sent sous le nom de Hoang-Chou. 

§ 9. — GENRE SCIURUS. 

SC1URUS (TAMIAS) DAVIDIANUS. 

(Voyez planche XVI et planche XVIII, fig. 2.) 

Alph Milno Edwards, Description de quelques espèces nouvelles cV Ecureuils (Revue cl Magasin. 

de Zoolocjie, I 867, p. 196). 

L'Écureuil des environs de Pékin, que j'ai désigné sous le nom de 
Sciurus Davidianus, peut être considéré comme une espèce de transition 
reliant entre eux les Écureuils véritables et les Tamias. Un des carac- 
tères sur lesquels Illiger s'appuya pour motiver une distinction géné- 
rique entre ces deux groupes consiste dans l'existence d'abajoues chez 
ces derniers Rongeurs, et l'absence Je ces poches jugales chez les pre- 
miers (1) ; à ce caractère s'en ajoutent quelques autres tirés du peu de 
développement de la queue chez les Tamias. de leurs habitudes souter- 
raines, etc. Ces particularités n'ont qu'une faible valeur zoologique et 
motiveraient tout au plus l'établissement d'un sous-genre; car elles 
présentent peu de constance, et l'on trouve tous les passages de l'une 
de ces formes extrêmes à l'autre. Ainsi, par le mode de coloration, par 
la longueur de la queue, le Sciurus Davidianus ressemble beaucoup aux 
Ecureuils ordinaires, mais il porte de chaque côté des joues des poches 
buccales très-petites, il est vrai, mais bien caractérisées, et nous ver- 

(1) Illiger, Prodromus syslemalis Mammalium et Avium, 1811, p. 83. 



DE LA FAUNE M AM M ALOGIQ U E DE LA CHINE. 161 

rons que la tête osseuse se rapproche beaucoup plus de celle des Tamias 
que de celle des Écureuils. Enfin il habite dans des galeries souter- 
raines, et ce n'est qu'accidentellement qu'il grimpe au tronc des arbres. 
L'Écureuil de Pékin doit donc être considéré non pas comme un Sciurus, 
mais plutôt comme un Tamias ; cependant on ne doit attribuer à ce 
dernier groupe qu'une valeur subgénérique, et par conséquent j'in- 
scrirai, dans nos catalogues de zoologie, l'espèce des environs de Pékin 
sous le nom de Sciants Davidianas. 

La tête est longue et pointue; le nez, les joues, le front et l'oc- 
ciput sont d'une teinte noirâtre piquetée de fauve olivâtre et de gris. 
Les oreilles, dépourvues de pinceaux de poils, sont petites ; elles sont 
complètement nues en arrière, et il existe seulement le long de leur 
bord antérieur une bande couverte de poils. Le dessus du corps, les 
flancs, la face externe des membres, sont d'un gris tiqueté de noir. Les 
pieds sont de la même teinte, mais un peu plus clairs. Aux pattes 
antérieures, le pouce est rudimentaire. Sur la gorge, la poitrine et le 
ventre, les poils sont d'un blanc grisâtre ou lavé de jaune; mais cette 
coloration ne s'étend pas a toute la face inférieure du corps, elle ne 
se remarque que sur une bande assez étroite et longitudinale qui se 
prolonge transversalement en dedans des bras et des cuisses à peu 
près comme chez le Sciurus lokrioides (1), bien qu'elle soit beaucoup 
plus claire et n'offre pas la teinte jaune qui s'observe chez cette der- 
nière espèce. La queue est presque de la longueur du corps; elle est 
formée de poils allongés légèrement distiques en dessous. Leur base 
est teintée de gris plus ou moins fauve; leur portion moyenne est 
brune ou noire, et leur extrémité de la même couleur que leur 
base. Les moustaches sont longues et noires. Les ongles sont robustes, 
mais peu aigus. 

Longueur du corps 0,23 

Longueur de la queue 0,20 

M) Hodgson, Journal of the A sialic Society ofBengal, 1836, t. V, p. 232. 

21 



162 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

Le genre Sciurus, comme on le sait, est répandu en Afrique et en 
Amérique aussi bien que dans la région européo-asialique, et les 
espèces appartenant à ces trois grandes divisions géographiques sont 
presque toujours reconnaissables par la qualité de leur poil, de sorte 
qu'avec un peu d'habitude on parvient souvent à les distinguer au 
toucher. 

Les Écureuils américains sont en général remarquables par la 
mollesse et la douceur de leur pelage ; les Écureuils africains, au con- 
traire, ont d'ordinaire le poil court et sec ; enfin les espèces asia- 
tiques sont, sous ce rapport, intermédiaires aux deux autres groupes, 
et le S. Davidianus ne fait pas exception à cette règle. 

Les espèces d'Asie inscrites sur les catalogues zoologiques sont 
très-nombreuses, et pour montrer en quoi le S. Davidianus en diffère 
il me paraît utile d'indiquer une série de caractères peu importants, 
il est vrai, mais d'un emploi facile, à l'aide desquels on peut arriver 
rapidement aux déterminations spécifiques dans ce groupe dont l'étude 
présente des difficultés considérables. 

La forme de la tête suffit pour écarter de tous les autres Écureuils 
asiatiques le Sciurus laticaudatus (1) ; en effet, chez cet animal, la face 
est extrêmement allongée, tandis que chez le S. Davidianus elle est plus 
courte. Le mode de coloration du pelage permet d'établir ensuite deux 
grands groupes, car chez beaucoup d'espèces il existe, soit sur le 
dos, soit sur les flancs, des bandes "longitudinales dont la couleur 
diffère de celle des parties adjacentes, tandis que chez un nombre 
considérable d'autres espèces de la même région on n'aperçoit au- 
cune raie semblable. Les Écureuils asiatiques, à bandes dorsales ou 
latérales, sont le S. Rodolphe (2), le S. M'Clellandii (3), le S. ma- 

(1) S. Millier et Schlegel, Ooer de toi Heden Détende Eekhorens {Sciurus) van den Indischen 
archipel (Verhandelingen over de Nalutrlijke Geschiedenls der Nedeiiandsche overgeesche bezit- 
tingen, 1839-1844, p. 100, pi. 15, fig. 1-2). 

(2) Alph. Milne Edwards, F.ovve et Mag. Je zoologie, 1867, t. XIX, p. 227. 

(3) Eor&Cield, Proceed. Zool. Soc, 1-839, p. 152. — Swinhoe, Proc. Zool. Soc, 1862, p. 357. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 163 

crotis (1), le S. palmarum (2), le S. Dussumieri (3), le S. striatus (4), 
le S. bilineatus (5), le S. insignis (6), le S. pyrrhocephalus (7), le S. Pre- 
vostii (8), le S. grise/venter (9), le S. Schlegelii (10), le S. atricapilhis (11), 
le 5. vittatas (12), et le S. Plantant (13). Nous avons vu que chez le 
S. Davidianus, ni le dos, ni les flancs, n'offrent de marques de ce 
genre, et par conséquent nous pouvons nous dispenser de poursuivre 
davantage la comparaison entre cette espèce et celle dont l'étendue 
nous occupe spécialement ici. La plupart des Écureuils asiatiques, 
à face courte et à pelage non rayé longitudinalement, ont les oreilles 
garnies seulement de poils ras, et ne portent pas de pinceau ter- 
minal comme celui dont ces organes sont ornés chez le Sciurus 
maximus (14). 

Or, les espèces à oreilles non pénicillées peuvent être réparties 
en deux sections d'après les dimensions de leur queue. Chez le 

(1) Gray, Proceed. Zool. Soc, 1856, p. 344, pi. 46. 

(2) Ecureuil palmiste, Brisson, Règne animal, p. 158, n° 10. — Sciurus palmarum, Gmelin 
(Linné, Syst. nai., éd. 13, t. I, p. 149). — Wagner, op. cil., t. III, p. 204, pi. 220. 

(3) Alph. Milne Edwards, op. cit., p. 226. 

(4) Linné, Syst. nal. , éd. 12 (1766), t. I, p. 87. — Middendorff, Sib. Reise, t. II, p. 83. 
— Schrenck, Reise in Amur-Land, 1858, t. I, p. 124. — Radde, Ost. Sibirien, 1862, t. 1, 
p. 146. 

(5) Temminck, Esquisse zoologique sur la côte de Guinée, 1858, Mammif. , p. 251. 

(6) Le Lary, F. Cuvier, Mammifères, 34 e livr. — S. insignis, Desmarest, Mammalogie, 
p. 544. — HorsDeld, Zool. Research, in Java, n° 5. 

(7) Alph. Milne Edwards, op. cil. {Revue et Mag. de zoologie, 1867, t. XIX, p. 225). 

(8) Desmarest, Mammalogie, 1820, p. 335. — Schlegel, Notice sur les Ecureuils à ventre 
rouge et à flancs rayés de l'archipel indien, pi. 1 , (ig. 1,2 et 3. 

(9) Geoffroy Saint-Hilaire, Voyage de Bélanger, 1834, p. 147. 

(10) S. erythrogenys, Schlegel, op. cit., p. 6, pi. 2, fig. 3. — S. Schlegelii, Nob., Cat. d'.i 
Muséum. Le nom à' erythrogenys étant déjà employé pour un Écureuil. 

(1 1) S. atricapillus, Schlegel, op. cit., p. 4, pi. 2, fig. 1. 

(1 2) RafQes, Catalogue of a collection maie in Sumatra (Trans. Linn. Soc, t. XIII, p. 259, 
1821). — Schlegel, op. cit., p. 7, pi. 2, fig. 4. 

(13) S. Plantanii, Ljungh (Kongl. vetensk Acad. nya Handl, 1801, XXII, p. 99). — Hors- 
field, Zool. Research., avec figure. — S. bilineatus, Geoffr., Desmarest, Mammalogie. p. 336. 

(14) 5. maximus, Desmarest, op. cit., p. 334. 



164 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

S. giganteus (1), le S. bicolor (2), le S. albiceps (3), le S. Leschenaulti (li), 
le S. awriventer (5), le S. hypoleucos (6), et le S. ephippium (7), elle 
est beaucoup plus longue que le corps; tandis que chez les autres 
espèces, y compris le S. Davidianus, la queue est à peu près de la 
longueur du corps ou notablement plus courte. Parmi les Écureuils 
qui présentent ce dernier mode de conformation, le S. Finlaysoni (8) 
offre cela de particulier, que son pelage, au lieu d'être comme d'ordi- 
naire foncé en dessus, y est blanc ou d'un gris pâle, et les autres espèces 
diffèrent entre elles par le mode de coloration des pieds. Chez le S. sia- 
mensis (9) , le S. flavimanus (10) , le S. caucasiens (1 1) et le S.pygerythrus (1 2) , 
les pieds sont fauves ou d'un brun clair ; chez le S. griseirnanus (13), ils 
sont grisâtres; enfin, chez le S. Germanii (14), le S. ferrugineus (15), 
le S. Hippurus (16), le S. erythrogaster (17), le S. modestus (18), le S.Lo- 



(1) M' Clelland, voy. Horsfield, Proceed. Zool. Soc, p. 451, 1839, p. 151. 

(2) Sparrmann, Gottuborgska Uandlingar Wetenskap st. I, p. 70 (1778). — S. Madagas- 
cariensis, Shaw, Gen. zool., t. II, p. 128, pi. I. 

(3) Geoffroy Saint-Hilaire, Coll. du Muséum. 

(4) Desmarest, Vicl. d'hist. nat., 2 e éd., t.X, p. 105. 

(5) Isid. Geoffroy Saint-Hilaire (Voyage aux Indes orientales de Bélanger., Zool., p. 150, 
1834. 

(6) Horsfield, Zool. Research, in Java, 1824. 

(7) S. Millier, Over einige Ncuwe zoogdieren Van Bornco [Tidjschrift, 1 838, t. V, p. 1 47). — 
Schlegel et S. Millier, op. cit , pi. 13. 

(8) Horsfield, Cat. of (lie Mammals o( ihe East India Company, p. 154. 

(9) Gray, Proceed. Zool. Soc, 1859, p. 478. 

(10) Geoffroy Saint-Hilaire, Etudes zooiogiques. 

(11) Pallas, Zoographia, t. I, p. 4 86. 

(12) là. Geoffroy Saint-Hilaire, Voyage de Bélanger, p. 145, pi. 7, 1834. 

(13) Alph. Milne Edwards [Revue et Mag. de zoologie, 4 867, p. 4 95. 
(4 4) Alph. Milne Edwards (Revue et Mag. de zoologie, 4 867, p. 193). 

(15) Fréd. Cuvier, Mammifères. — T. Keraudreni, Reynaud (Centurie zool. de Lesson, 
livr. I, pi. I). 

(16) Isid. Geoffroy Saint-Hilaire (Mag. de zoologie de Guérin, p. 6). 

(17) Blyth, Journal of the Asialic Soc. ofBcngal, '-.XII, p. 972; t. XXIV, p. 473. 
(1P) S. Mùller et Schlegel, loc. cit., p. 96, pi. 14 fig. (-3. 



DE LA FAUNE M AMM ALOO IQU E DE LA CHINE. 165 

kriah (1). le S. lokrioides (-2), Je S. leucogaster (3), le S. Pernyi (li) et 
le S. Bocourtii (5), les pieds sont noirs ou très-foncés. Ainsi que je 
l'ai déjà dit, chez le S. Davidianus , ils présentent ce dernier mode 
de coloration. 

Chez le S. Germanii, le S. ferrugineux, le 5. hypoleucm et le S. cry- 
threus, le ventre est d'un roux intense ou même noir, ainsi que le dos. 
Mais chez toutes les espèces que je viens de citer en dernier lieu, le 
ventre est d'une teinte fauve pâle ou blanchâtre. L'existence d'une tache 
claire à la base des oreilles et la coloration jaune de la région anale 
distinguent le S. Pernyi du S. Davidianus, chez lequel aucune tache de 
ce genre ne se montre. Chez le S.Bocourti, les flancs sont blancs, tandis 
que chez le S. Davidianus, ainsi que chez le S. modestus, le S. lokriah, 
le S. lokrioides. le S. leucogaster, les flancs sont de la même couleur que 
le dos. Chez le S. modestus, le pelage du dos est tiqueté de roux, tandis 
que chez les autres espèces dont je viens de parler, il est tiqueté de 
gris. Nous voyons donc, par voie d'exclusion, que c'est avec le S. lo- 
kriah. le S. lokrioides et le S. leucogaster, que le S. Davidianus a le plus 
de ressemblance ; pour le distinguer des deux premières espèces, il 
suffit de noter que chez celles-ci, le ventre est jaunâtre, tandis que le 
ventre est blanchâtre chez le S. Davidianus et chez le S. leucogaster. 
Enfin le S. leucogaster a la queue tiquetée de roux, tandis que chez le 
S. Davidianus, elle est tiquetée de gris. 

L'Écureuil dont je viens d'indiquer les caractères distinctifs a été 
trouvé par M. l'abbé A. David dans les montagnes qui avoisinent la 
ville de Pékin. 

La tête, osseuse, fournit d'excellents caractères pour la distinction 
des différents groupes qui composent le grand genre Sciurus. e'est-à- 

(1) Hodgson, Journ. o[. the Asiatic. Soc. of Bengal, 1836, t. V, p. 232. 

(2) Hodgson, Journ. o[ the Asiatic. Soc. of Bengal, 1836, t. V, p. 232. 

3) Alph. Milne Edwards, Revue et Mag. de zoologie de Guérin, 1867, p. 19C. 
(i) Idem, ibid., p. 230, pi. 19. 
(5) Idem, ibid., p. 193. 



166 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

dire les Écureuils ordinaires, les Tamias, les Palmistes, les Macroxus et 
les Xerus. Si l'on examine les caractères que présente cette partie du 
squelette chez l'espèce des environs de Pékin (1), on est frappé des dif- 
férences qui la séparent des Écureuils proprement dits : en effet, la face 
est longue; les os nasaux se rétrécissent à peine en arrière, ils sont 
peu busqués et aplatis; les fosses temporales sont très-étendues longi- 
tudinalement et l'apophyse poslorbitaire est située vers leur portion 
médiane; la boîte crânienne est longue, mais peu élevée ; elle se con- 
tinue avec laface par une ligne continue régulière et faiblement arquée. 
Au contraire, chez les vrais Écureuils, la face est remarquablement 
courte; les os nasaux, trôs-rétrécis en arrière, sont fortement busqués; 
les maxillaires semblent pinces eu avant de la racine antérieure des 
arcades zygomatiques. Celles-ci sont courtes et arquées ; l'apophyse 
poslorbitaire est grande et rejetée fort en arrière ; enfin la boîte crâ- 
nienne est large, haute et plus élevée que la portion inlerorbitaire. 

Les Tamias, par la conformation deleurtoteosseuse.se rapprochent 
beaucoup de l'écureuil de David; on retrouve chez eux les mêmes ca- 
ractères essentiels, mais laface est plus courte et la boîte crânienne 
moins élargie. Les molaires du Sciurus Davidianus sont garnies de col- 
lines transversales très-élevées (2), ce qui les rapproche encore du 
Tamias sirialus et du Sciurus palmarum. Mais la première fausse mo- 
laire supérieure est beaucoup moins développée que chez ces deux 
espèces. La tête osseuse d'une espèce du Gabon, que Fr. Cuvier nous 
a fait connaître sous le nom de Sciurus pyrrhopus, ressemble, par sa 
forme générale, à celle de notre Écureuil ; mais les molaires offrent une 
apparence toute particulière, due à l'existence de replis d'émail qui 
s'enfoncent profondément dans la dentine, constituant ainsi de vérita- 
bles rubans. Je ne connais que cette espèce sur laquelle on observe ces 
particularités ; cependant, chez certains Xerus, on en voit des indications. 

(1) Voyez pi. XVIII, fig. 2 et 2 a. 

(2) Voyez pi. XVIII, fig. 2 b et 2 c. 



DE LA FAUNE M AM M ALOG IQUE DE LA CHINE. 167 

Les conclusions auxquelles on est amené, par l'examen de la tête 
osseuse du Sciurus Davidianus, sont en parfait accord avec celles qu'on 
pouvait tirer des caractères extérieurs. Cette espèce ne peut prendre 
place parmi les Écureuils proprement dits; elle se rapproche davantage 
des Tamias et doit se ranger à côté des Sciurus stria fus (Pal las), pal- 
marum. Gmelin, trislriatus et sublineatus, Waterhouse, bien que par sa 
coloration et son aspect extérieur elle se rapproche du Sciurus Lokriah 
et du lokrioides. 

§ 10. — GENRE PTEROMYS. 

Le genre Pteromys réduit aux limites que Frédéric Cuvier assigne 
à ce groupe (1) comprend toutes les grandes espèces d'Écureuils vo- 
lants et appartient exclusivement à la partie orientale de la région asia- 
tique ; maissadistribution géographique est moins restreinte qu'on ne le 
supposait jusqu'ici. En effet, ce n'est pas seulement dans l'Hindoustan, 
la péninsule malaise et les grandes îles de l'archipel indien, qu'on ren- 
contre ces singuliers rongeurs ; les recherches de M. l'abbé Armand 
David nous apprennent que les Pteromys habitent aussi le versant sep- 
tentrional du Thibet. et le Muséum d'histoire naturelle a reçu récem- 
ment de Pékin, par les soins de M. Fontanier. deux espèces du même 
genre, qui sont indiquées comme provenant des montagnes du Tchéli. 

Le nombre des espèces signalées jusqu'ici par les zoologistes est 
peu considérable; mais les collections formées par les deux voyageurs 
que je viens de citer, m'ont permis d'y ajouter trois espèces nouvelles, 
dont deux seront décrites dans ce travail, et dont l'autre prendra place 



(1) G. Cuvier, en établissant le genre Polatouche ou Pteromys, y comprit tous les Écureuils 
volants [Tabl. clément., 1797, p. 13o; — Anal, comp., 1 7 99, t. I, tab. 1). Son frère Frédéric 
Cuvier en sépara, sous le nom de Sciuropterm, les espèces qui ressemblent aux Écureuils ordi- 
naires par la conformation de leurs dents, et restreignit le groupe des Pteromys aux espèces dont 
les molaires présentent des replis de l'émail très-complexes. {Des dents des Mammifères, 1825, 
p. 165.; 



168 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

dans le mémoire que je me propose de publier prochainement sur les 
Mammifères du Thibet chinois. 



PTEROMYS MELANOPTERUS. 

(Voyez planche XV et planche XV», flg. 2, 2 a, 2 6.) 

(Alph. M Une Edwards, Annales des sciences naturelles, Zool., 5 e série, 1867, l. VIII, p. 375.) 

La grande espèce d'Écureuil volant que j'ai désignée sous le nom 
de Ptéromys à ailes noires se rapproche plus du Pétauriste (1) par son 
mode général de coloration que de toutes les autres espèces du même 
genre. Le pelage est très-doux, très-fourni, beaucoup plus épais que 
chez les espèces indiennes. Le dos et le dessus de la tête sont couverts 
depoilsqui, d'un gris plombé à leur base, prennent une teinte d'un jaune 
lavé de brun vers leur partie subterminale, puis deviennent d'un blond 
gris très-clair et brillant, et enfin se terminent souvent par une petite 
pointe noire ou d'un brun foncé. Il en résulte que, lorsque ces poils 
sont couchés, la teinte ardoisée est entièrement cachée, et l'on n'aper- 
çoit qu'un fond d'un gris jaune clair, presque argenté par plaques, sur 
lequel se détachent une multitude de petites touches d'un brun noi- 
râtre. Chez le Pétauriste, la portion basilaire des poils est d'un brun 
teinté de gris devenant beaucoup plus roux dans la portion subtermi- 
nale, et l'extrémité des plus longs poils est d'un gris argenté. 

La face supérieure des parachutes de notre Pleromys melanopterus 
est revêtue, dans la plus grande partie de son étendue, de poils presque 
complètement noirs. Quelques-uns d'entre eux, mais en petit nombre, 
se terminent par une pointe d'un beau jaune brillant ; enfin cette pal- 
mure latérale est garnie d'une bordure d'un gris blanchâtre nettement 
dessinée ; en dessous, elle est partout d'un fauve très-clair. Les para- 

(I) Sciurus Petaurista, Pallas ; Miscellan., p. 5i, pi. 6. — Le Taguan de Buffon, Suppl. III, 
p. 150, pi. 21,o,6. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 169 

chutes du Pétauriste sont au contraire d'un brun roux plus ou moins 
brillant en dessus et grisâtre en dessous. 

Les pattes ont à peu près la môme couleur que le dos, et les pieds 
sont noirs. Le ventre est d'un gris cendré clair, mo^ins teinté de jaune 
que chez le Pétauriste. La face est aussi beaucoup plus claire que dans 
cette dernière espèce ; elle est d'un gris tiqueté de brun, et l'on voit au- 
dessous des yeux une petite bordure d'un brun jaune. La queue est très- 
touffue, à peu près de la même teinte que le dos, mais moins brillante, 
tandis que chez le Pteromys Petaurista elle est beaucoup plus foncée 
que le dos et d'une couleur brune tirant sur le noir. 

Le Pteromys Momoga, du Japon, offre une certaine ressemblance avec 
l'espèce que je décris ici, mais le pelage est beaucoup plus sombre et 
d'une teinte plus uniforme ; les parachutes ne sont guère plus foncés 
en dessus que le dos, ils sont dépourvus de bande marginale grise ; le 
dessous du corps est fortement teinté de jaune ; la tête est presque 
partout d'un noir de suie, enfin les oreilles sont beaucoup plus poilues. 
Le P. leucogenys, Terara., se reconnaît aisément à la coloration blanche 
des joues. 

Le Pteromys inornatus, trouvé par Jacquemonl dans les hautes vallées 
de l'Himalaya, se distingue par la teinte rousse qui constitue le fond 
de son pelage, et qui devient très-intense sur les épaules, les hanches 
et la face externe des membres, ainsi que par l'absence complète de 
gris à la base des poils du ventre. 

Il est inutile d'examiner comparativement les caractères des autres 
espèces indiennes connues jusqu'ici, car leur coloration rousse les dis- 
tingue nettement du Pteromys melanopterus . 



Longueur du corps depuis le bout du museau jusqu'à la base de la queue. 0,50 

Longueur de la queue 0,44 

Longueur du pied postérieur 0,07 

La tête osseuse du Pteromys melanopterus est très-aplatie en dessus 

22 



170 ÉTUDES POUU SERVIR A L'HISTOIRE 

et même profondément déprimée dans la région interorbitaire (1). La 
boîte crânienne est relativement grande, mais très-resserrée en arrière 
des apophyses poslorbitaires. La face est courte et étroite ; les os na- 
saux s'amincissent beaucoup en arrière. La voûte palatine est peu 
élargie (2). La première molaire supérieure atteint le niveau de la cou- 
ronne des autres dents, et elle est bien développée; la deuxième mo- 
laire est très-grosse, tandis que la cinquième est relativement petite. A 
la mâchoire inférieure, l'apophyse montante s'élève beaucoup, et la tête 
articulaire est portée sur un col long et grêle ; enfin l'angle postérieur 
est large et coupé carrément. Je ne connais aucune autre espèce de 
Pteromys chez laquelle le crâne soit aussi profondément déprimé dans 
la portion frontale. On trouve des traces de cette disposition chez le 
P. momoga, du Japon, et chez le P. melanotis, de Java. La face est 
aussi très-petite chez le Pleromys grandis, découvert à Formose par 
M. Swinhoe, et les os nasaux se rétrécissent beaucoup vers leur base, 
mais la dépression dont je viens de parier ne s'y observe pas; enfin la 
voûte palatine est notablement plus large et se prolonge en arrière, 
sur la ligne médiane, par une saillie triangulaire. 

J'ajouterai que chez le Pteromys magnifiais, décrit par Hodgson, 
la tête osseuse est beaucoup plus développée comparativement au reste 
du corps, et la face est plus élargie. 



Longueur totale de la tète osseuse 0,065 

Longueur de l'extrémité du museau au bord antérieur du trou auditif. . . 0,053 
Longueur du bord antérieur du trou occipital au bord antérieur des 

os intermaxillaires , 0,055 

Longueur du bord antérieur des intermaxillaires à l'ouverture des arrière- 
narines 0,033 

Longueur de la série des molaires supérieures 0,025 

Largeur du crâne en arrière des apophyses poslorbitaires ... 0,0145 

Largeur du crâne au niveau des trous auditifs (mesurée en dessous) 0,027ô 

Largeur maximum du crâne, au niveau des arcades zygomatiques 0,043 



(\) Voyez p . 15\ fig. 2 et 2a 
(2) Voyez pi. 15», fig. 2 6. 



DE LA FAUNE M AMM ALOGIQUE DE I.A CHINE. 171 

PTEROMYS XANTHIPES. 

(Voyez planche XIV et planche XV*, fig. 3, 3 <?, 3 4.) 

Alph. Milne Edwards, Annales des sciences naturelles, Zool. , 5 e série, 1867, t. VIII, p 375. 

Parmi les Mammifères rapportés de Chine par M. Fontanier, se 
trouvaient deux autres Écureuils volants, près de moitié plus petits 
que le Pieromys melanopterus, et que j'aurais été tenté de considérer 
comme des jeunes de ce derniej, si la tête osseuse ne m'avait indiqué 
que j'avais affaire à des individus adultes et même très-avancés en âge. 
Le pelage ne diffère en effet que peu de celui de l'espèce précédente; il 
est cependant beaucoup plus fortement teinté de jaune. Les poils du 
dos et de l'occiput sont, en majeure partie, terminés par une pointe de 
cette couleur qui se détache sur un fond gris ardoise. Le tour des yeux 
et le museau sont bruns, les moustaches très-longues et noires. La face 
externe des pattes antérieures est garnie de poils d'un jaune fauve bril- 
lant qui existent également sur les pieds. La queue est très-touffue et 
grise lavée de fauve. La face inférieure des parachutes est d'un jaune 
ferrugineux, et l'on retrouve des traces de cette coloration se mélan- 
geant avec la teinte grise de l'abdomen et de la gorge. 

Longueur du corps depuis l'extrémité du museau jusqu'à la naissance de 

la queue 0,30 

Longueur de la queue 0,27 

Longueur du pied postérieur 0,06 

Ainsi que je viens de le dire, la tête osseuse que j'ai pu examiner 
provient d'un très-vieil individu (1) ; les sutures y sont presque com- 
plètement effacées, les crêtes et les apophyses sont bien développées, 
et enfin les molaires y sont usées jusqu'à leur racine; les deux premières 
i!e la mâchoire supérieure ont complètement disparu et leurs alvéoles 

(I) Voyez pi. 15 A, 6g. 3 à 3 0. 



172 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

sont en partie oblitérés. La tête est beaucoup plus arquée en dessus 
que cela ne s'observe d'ordinaire dans le groupe qui nous occupe, et 
cette configuration est principalement due à la déclivité de la portion 
poslorbi taire. La face est longue, et l'espace interorbi taire relative- 
ment étroit et aplati. La boîte crânienne, très-étendue d'avant en arrière, 
l'est très-peu transversalement. Les crêtes temporales, peu écartées 
l'une de l'autre à leur naissance, se rapprochent et finissent par se con- 
fondre un peu en avant de la ligne courbe occipitale, qui elle-même 
est très-proéminente. 

A la face inférieure du crâne, les trous incisifs sont étroits et al- 
longés, et la voûte palatine se prolonge beaucoup en arrière pour servir 
de plancher aux arrière-narines. Je ne puis rien dire des molaires, dont 
le degré d'usure empêche d'étudier les détails ; mais les incisives sont 
petites, et leur émail est a peine teinté de jaune, tandis que, chez le 
Pteromys melanopterus et chez la plupart des autres représentants du 
même genre, l'émail de ces dents est coloré en jaune intense et souvent 
même en brun. La mâchoire inférieure se distingue nettement de celle 
de l'espèce précédente par la brièveté du col sur lequel est portée la tête 
articulaire. 

Cette description montre nettement que, si le Pteromys xanthipes se 
rapproche du P. melanopterus par quelques-uns de ses caractères exté- 
rieurs, il s'en éloigne, non-seulement par sa taille beaucoup moindre, 
mais aussi par les particularités anatomiques que présente la tête 
osseuse. 

Longueur tolale de la tête osseuse 0,057 

Longueur de l'extrémité du museau au bord antérieur du trou auditif. . . 0,0i6 
Longueur du bord antérieur du trou occipital au bord antérieur des 

intermaxillaires., 0,0â9 

Longueur du bord antérieur des incisives à l'ouverture des arrière- 
narines 0,032 

Longueur de la série des molaires supérieures 0,016 

Largeur du crâne en arrière des apophyses postorbitaires 0,012 

Largeur du crâne au niveau des trous auditifs (mesuré en dessous) 0,023 

Largeur maximum du crâne au niveau des arcades zygomatiques 0,036 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 173 

§ 11. — GENRE SCAPTOCHIRUS. 

SCAPTOCHIRUS MOSCHATUS, nov. gen. et sp. 
(Voyez pi. XVII, fig. 4, et pi. XVII', fig. 1.) 

Talpa edrop^a, A. David, Journal d'un voyage en Mongolie (Xouv. Arch. du Muséum, t. III, 
Bulletin, p. 26). 

Scaptochihus moschaius, Alph. Milne Edwards, Ann. des sciences nat., 5° série, 1867, 
t. VII, p. 373. 

L'animal pour lequel j'ai établi le genre Scaptochirus appartient à la 
famille naturelle des Taupes, et ressemble tant à la Taupe d'Europe, par 
sa conformation extérieure ainsi que par son pelage, qu'à première vue 
on le confondrait facilement avec elle; mais, lorsqu'on examine son 
système dentaire, on y remarque des particularités dont l'importance 
est assez grande pour motiver son exclusion du genre Talpa. En effet, 
si l'on détermine la canine inférieure d'après sa forme et non d'après 
sa position par rapport à la canine supérieure, ce système a pour 
formule : 

3 „ 1 2 4 
I. = - ; C. - ; p. m. - ; M. -. 

4 1 2' 4 

Si, au contraire, faisant abstraction de la forme, on donne le nom 
de canine inférieure à la dent qui se trouve en avant de la canine supé- 
rieure, la formule dentaire devient : 

3 1 2,4 

I = - ; C. - : p. m. - : M. -. 

3 1 ' 3 4 

Il y a donc, à chaque mâchoire, une paire de prémolaires de moins 
que chez les Taupes proprement dites, et d'ailleurs la forme des 
dents, considérées isolément, est également différente dans ces deux 
types. 



MU ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

A la mâchoire supérieure (1), les incisives n'offrent rien de remar- 
quable. Les canines sont un peu plus grandes que chez notre Taupe. La 
première prémolaire est de taille ordinaire, mais la seconde est 
beaucoup plus petite. La première vraie molaire est beaucoup moins 
pointue et plus forte en arrière que chez la Taupe ; mais ce sont surtout 
les molaires de la deuxième et de la troisième paire dont la forme est 
caractéristique : le bord externe de leur couronne estpresque horizontal 
et cache les pointes dépendant des éminences placées plus en dedans ; 
tandis que chez les Taupes ce bord est distinctement Iricuspide et laisse 
apercevoir la grosse pointe moyenne de la couronne, lorsqu'on regarde 
la mâchoire de profil ; la couronne est aussi beaucoup plus large trans- 
versalement et plus triangulaire ; enfin, son bord interne est distincte- 
ment bilobulé. La dernière vraie molaire, quoique plus simple et moins 
grande que la pénultième, est à peu près de même forme, tandis que chez 
la Taupe elle est plus arrondie. A la mâchoire inférieure (2), il y a comme 
d'ordinaire quatre paires de dents sur le devant de la bouche, puis un 
petit hiatus où vient se loger la canine supérieure. La paire externe de 
ces dents pourrait donc, ainsi que chez les Taupes, être considérée 
comme représentant les canines inférieures des carnassiers, et elles 
sont notablement plus fortes que les incisives des trois autres paires. 
La dent suivante est très-grosse et en forme de croc ; sous le rapport 
fonctionnel, elle représente donc la canine inférieure, bien qu'elle se 
place derrière la canine supérieure. La fausse molaire suivante est 
très-petite. Les molaires sont toutes grandes et hautes; leur face externe 
est creusée d'une dépression verticale qui est très-marquée sur celles 
de la deuxième et de la troisième paire. La couronne de celles-ci est 
presque quadrilatère, mais divisée incomplètement en deux portions par 
deux replis rentrants des bords latéraux qui se rapprochent beaucoup 



(1) Voyez pi. XVII», fig. 1, 4 a et4e. 

(2) Voyez pi. XVI]*, fig. 1 pt 4». 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 175 

vers lé milieu de la dent ; leur bord externe est à peu près horizontal 
et ne s'élève en pointe que sur le lobe antérieur des molaires de la 
seconde paire, qui, sous ce rapport, ressemblent aux prémolaires anté- 
rieures. Enfin, les arrière-molaires sont moins grandes que les dents 
des deux paires précédentes et leurs bords latéraux sont moins 
échancrés. 

On voit donc que, par l'ensemble de ses particularités, cet appareil 
dentaire est moins caractéristique d'un régime essentiellement insec- 
tivore que celui de la Taupe commune. 

L'espèce unique dont ce genre se compose a reçu le nom de 
Scaptockirus moschalus, à raison de la forte odeur de musc que l'animal 
répand. Ainsi que je l'ai déjà dit, sa forme générale est tout à fait celle 
de notre Taupe commune ; son pelage présente les mêmes caractères 
que chez celle-ci ; il est encore plus doux et non moins serré. La cou- 
leur générale est à peu près la même que chez le Talpa Moogura, Tem- 
minck. du Japon; elle est d'un gris-brun clair tirant sur le fauve jau- 
nâtre et offrant des reflets brillants. Le museau est moins allongé que 
chez les Taupes, et de même que chez celles-ci on n'aperçoit à l'extérieur 
aucune trace ni d'yeux ni d'oreilles. La queue, grêle et presque nue, est 
tellement courte, que sa pointe dépasse à peine les poils de l'extrémité 
postérieure du corps. Les pattes antérieures sont de même forme que 
chez les Taupes, mais les mains sont plus élargies et les ongles sont 
plus égaux entre eux, plus robustes et plus arrondis au bout. Les pattes 
postérieures, très-faibles, ne présentent rien de particulier. 

La taille du Scaptockirus moschatus est celle de notre Taupe com- 
mune; sa longueur, mesurée de l'extrémité du museau à l'origine de la 
queue, en suivant la courbure du dos, est d'environ 14 centimètres, et 
sa queue a moins d'un centimètre. 

M. l'abbé A. David a trouvé cet insectivore fouisseur dans la Mon- 
golie chinoise ; il le considère comme y étant très-rare. Le Muséum 
n'en possède qu'un seul individu, tué au mois de septembre. 



170 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

§ 12.— GENRE MOSCHUS. 

MOSCHUS MOSCHIFERUS, Linné. 
(Voyez pi. XIX et XX.) 

J'ai exposé dans un autre travail les raisons qui me portent à 
considérer les divers représentants du genre Moschus comme appar- 
tenant à une même espèce, et à attribuer à des variations individuelles 
ou à des différences de race les particularités qui se remarquent parmi 
ces animaux, particularités qui ont cependant servi de base à plusieurs 
distinctions spécifiques admises par des auteurs récents (1). Les obser- 
vations que j'ai eu l'occasion de faire sur les Mammifères de la Chine 
me confirment dans cette opinion. En effet, j'ai vu ces modifications se 
multiplier et établir parfois des passages entre des variétés qui, au 
au premier abord, m'avaient paru les mieux caractérisées. Malheureu- 
sement les Porte-musc conservés, soit au Muséum de Paris, soit au 
Musée Britannique, ne forment pas des séries assez nombreuses pour 
nous permettre de discuter d'une manière approfondie la valeur 
zoologique des modifications offertes par ces animaux, et nous ne savons 
si elles sont dues à l'âge, au sexe, au climat ou à l'existence de races 
locales bien caractérisées. Je me bornerai donc à signaler ici les parti- 
cularités que j'ai observées chez les individus provenant de diverses 
parties de l'empire chinois, et ci les comparer aux individus originaires 
des pays adjacents. 

Le premier Porte-musc dont je parlerai provient des montagnes 
qui avoisinent Pékin (2). Il a été envoyé au Muséum par les soins de 
M. Fontanier, et il appartient à la variété maculée, que Pallas a décrite 



(t) Recherches anat., zool. et paléontol. sur la famille des Chevrotains (Ann. des se. nal. , 
5 e série, 1864, t. Il, p. 18). 
(2) Voyez pi. XIX. 



DE LA FAUNE M A MM ALOGIQUE DE LA CHINE. 177 

sous le nom de Moschus sibiricus (1), et que M. Gray considère comme 
distincte spécifiquement du Moschus moschiferus du Népaul et du Ti- 
bet (2). II présente à peu près le même mode de coloration que l'indi- 
vidu de Sibérie figuré par Pallas et qu'un autre exemplaire de môme 
provenance, qui fait partie des collections du Muséum. Mais la teinte 
de son pelage est plus claire, et ses maculatures sont, la plupart, moins 
bien marquées. De môme que chez cet animal, il porte, sur le de- 
vant du cou et de la poitrine, deux larges bandes verticales d'un blanc 
jaunâtre, qui sont séparées entre elles, sur la ligne médiane, par une 
bande brune et qui sont bordées extérieurement par du brun dont la 
teinte est plus foncée que sur les parties adjacentes du cou et des 
épaules. Le dos est zébré transversalement de brun et de grisâtre. Cette 
dernière couleur prédomine sur les flancs, et les maculatures brunes 
y sont irrégulières, mal définies et peu distinctes. Sur les hanches et la 
face externe des cuisses, le fond de la robe est brun, et les taches qui 
l'ornent sont circulaires, assez nettes et d'un gris jaunâtre. Le dessous 
du corps est jaunâtre entre les pattes antérieures et d'un gris blan- 
châtre dans la région abdominale ; la même teinte s'étend sur la face 
interne des membres, mais vers le bas les pattes antérieures sont par- 
tout d'un brun foncé. 

Toutes ces particularités sont plus fortement prononcées chez un 
Porte-musc de Sibérie appartenant au Muséum; mais, au contraire, 
elles s'atténuent beaucoup chez un autre animal de la même espèce pro- 
venant, comme la variété précédente, des environs de Pékin, et un peu 
plus avancé en âge. Les bandes blanches et brunes du cou sont dis- 
posées de la même manière, mais le dos et les flancs sont à peine ma- 
culés; enfin, les taches grisâtres de la face externe des cuisses sont 
plus grandes et plus effacées. Cet individu établit donc un passage entre 
la variété mouchetée et les Porte-musc concolores. 

(\) Spicilegia zoologica, fasc. xm, p. 29, pi. 4. 

(2) Gray, Calai. Mamm. o[ Ihe British Muséum, part. 3, 1832, p. 2i3. 

23 



178 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

Il me paraît impossible d'admettre une distinction spécifique entre 
les Porte-musc tachetés de la Sibérie et les Porte-musc des environs 
de Pékin; cependant il y a quelques légères différences dans la confor- 
mation de leur tête osseuse. Chez les représentants chinois de cette 
variété, le museau est moins allongé, la barre est plus courte et le 
front moins concave. Il est aussi à noter que les incisives de la deuxième 
et de la troisième paire sont un peu plus étroites. Mais ce sont là 
des particularités de détail dont il faut bien se garder d'exagérer 
la valeur, et l'on ne pourrait leur accorder quelque importance que 
si l'on avait constaté leur fixité chez un grand nombre d'exemplaires. 

J'ajouterai que la variété tachetée du M. mosclri férus n'appartient pas 
exclusivement à la Sibérie et au nord de la Chine. Le Muséum possède 
un Musc qui présente sur le dos et les flancs la môme coloration que le 
M. sibiricus de Pallas, et cependant il est originaire du nord de l'Inde et 
a été envoyé au Muséum par Duvaucel. Sous d'autres rapports, cet ani- 
mal diffère de tous ceux dont je viens de parler : en effet, la teinte 
blanche disparaît presque complètement; elle n'existe ni sur le cou, 
ni sur le devant de la poitrine. Si, à l'exemple de Hodgson et de 
M. Gray, on considérait des différences de cette nature comme consti- 
tuant des caractères spécifiques, il faudrait donc distinguer au moins 
trois espèces pour les Porte-musc dont je viens de parler; on devrait 
aussi former une quatrième espèce pour une autre variété qui provient 
de la Russie asiatique et qui a été donnée au Muséum par la grande- 
duchesse Hélène. En effet, chez cet individu, la robe est d'une teinte 
marron et ne présente de taches que sur les hanches ; les bandes du 
cou sont blanchâtres, étroites et incomplètes ; enfin, la bande brune qui 
les sépare, au lieu de se terminer en pointe sur le devant de la poi- 
trine, s'élargit en descendant, et se prolonge entre les pattes jusque 
vers la région abdominale. 

Hodgson a donné le nom de Moschm leucogaster (1) et de Moschus 

(I) Hodgson, Joum. of IheAsiat. Soc. ofBengal, t. VÏII, p. 203 ; t. X, p. 91 4 ; t. XI, p. 285. 



DE LA FAUNE M AMM ALOG IQ UE DE LA CHINE. 179 

chrysogaster à deux Porte-musc du Népaul. qu'à l'exemple de Sunde- 
vall (l)j je considère comme n'étant aussi que des variétés du Moschus 
moschiferus , mais que M. Gray regarde comme étant des espèces dis- 
tinctes (2). Ces animaux ont le pelage plus clair et plus gris que la 
variété maculée qui habite les mêmes montagnes et s'étend au nord en 
Sibérie. Sur le devant de la poitrine et du cou, la teinte claire, au lieu 
d'être assez bien délimitée en bandes verticales, comme chez cette der- 
nière, est diffuse et n'est pas séparée par une bande médiane brunâtre ; 
enfin, chez les uns, le dessous du corps et la face interne des cuisses 
sont d'un gris blanchâtre, tandis que chez les autres ces parties sont 
d'une teinte gris jaunâtre peu différente de celle qui occupe les mêmes 
régions chez les Porte-musc tachetés de Sibérie. Cette variété concolor 
à ventre jaune ne se trouve pas seulement dans le Népaul; le Muséum 
en possède plusieurs exemplaires dont les uns ont été tués dans le 
Tibet chinois, et dont les autres, provenant du Sé-tchouan, ont été 
envoyés à cet établissement scientifique par les soins de M. Drouyn de 
Lhuys. Je donne ici la figure d'un de ces animaux (3). J'ajouterai qu'if 
existe dans les montagnes de l'Himalaya d'autres Porte-musc à robe 
uniformément teintée qui nous ont été rapportés de Simla par M. Jans- 
sen, et qui n'appartiennent ni à la variété dont je viens de parler, ni 
à celle que Hodgson et M. Gray ont décrite sous le nom de M. leuco- 
gaster. Les deux individus que le Muséum possède sont de grande taille ; 
leur pelage est d'une teinte grisâtre uniforme, sans zébrures, ni taches, 
soit sur le dos, soit sur les côtés ; mais le cou est orné d'un bausse-col 
blanchâtre transversal surmontant deux bandes verticales et de la même 
teinte. La partie inférieure des pattes est d'un gris clair. Je ferai aussi 
remarquer que chez ces Porte-musc, ainsi que chez ceux du Tibet et 

(1) Sundevall, Pecora, p. M 8. — Alph. Milne Edwards, Recherches sur les Chevrolains, 
1864 (Ann. des se. nal., t. II, p. 64). 

(2) Gray, Cal. u[ the Mamm. ofthe Brit. Mus., part. 5, 1852, p. 245. 

(3) Voyez pi. XX. 



180 ÉTUDES POUR SERVIR A L'ilISTOIRE 

du Sé-tchouan, les sabols sont plus grêles et plus allongés que dans la 
race du nord de la Chine et de la Sibérie. La tôle osseuse offre les mômes 
caractères que chez la variété des environs de Pékin, et, sous ce rapport, 
elle s'éloigne davantage du Porte-musc de Sibérie; cependant les incisi- 
ves sont beaucoup plus élargies que dans l'une et l'autre de ces variétés. 
Nous voyons donc que dans chacune des régions de l'Asie habitées 
par les Porte-musc, on trouve une ou plusieurs variétés de ces animaux; 
il me paraît probable que quelques-unes d'entre elles constituent des 
races locales, mais aucune ne présente une réunion de particularités 
distinctives assez importantes pour nous autoriser à la séparer spéci- 
fiquement du M. moschiferus de Sibérie. 

§ 13. — GENRE CERVUS. 

Dans un travail précédent, j'ai fait connaître une des espèces chi- 
noises des plus remarquables du grand genre Cerf (1) ; je l'ai désignée 
sous le nom de Cervus {Elaphurus) Davidianas, la prenant comme type 
d'un sous-genre particulier remarquable par la longueur de sa queue (2) 
ainsi que par la forme de ses bois. Le Sseu-pou-siang, ou Elaphure, 
ne se trouve que dans le grand parc impérial des environs de Pékin. 
D'autres espèces habitent aussi la Chine : le Chevreuil de Tarlarie 
[Cervus pygargus, Pallas) (3), dont l'existence avait déjà été constatée 



(1) Noie sur l'Elaphurus Davidianus, espèce nouvelle de la famille des Cerfs (Nouo. Arch. 
du Muséum, t. II, Bulletin, p. 27, pi. IV-V1). 

(2) Depuis la publication du travail que je viens de ciler, la ménagerie de la Société zoolo- 
giquo de Londres a reçu une paire de ces animaux vivants, et M. Sclater en a fait l'objet d'obser- 
valions nouvelles (Trans. ofZool. Soc, 1871, t. V, p. 333). Ce naturaliste distingué ajoute que, 
dans son opinion, j'aurais exagéré les dimensions de la queue de ces Cerfs. Je ne doute pas que 
dans les jeunes individus élevés en captivité au Jardin zoologique les proportions de cette partie ne 
soient conformes à la description que M. Sclater en donne; mais il suffit de jeter les yeux sur le 
jeune mâle exposé dans la galerie zoologique du Muséum, pour voir que la touffe de poils dont 
l'extrémité de la queue est garnie peut, ainsi que je l'avais dit, descendre au-dessous du jarret. 

(3) Cervus Cajireolus. Pallas [Zoogr. rosso-asiat., t. I, p. 219). — Radde, Reiseu im suden 
von Ost-Sibirien, 1862, Bd. I, p. 277. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 181 

dans le bassin du fleuve Amour, se rencontre assez communément 
dans les montagnes boisées des environs de Si-wan, au nord de 
Pékin (1). D'après les renseignements recueillis par M. l'abbé A. David, 
le Cervus A/ces se trouverait aussi dans la partie septentrionale de la 
Chine et il y aurait encore dans les bois de Jéhol et de l'Ourato une 
grande espèce inconnue jusqu'ici des zoologistes, mais que les Chinois 
appellent le Mâ-lou ou Cerf cheval (2). M. Swinhoe a signalé dans la 
même région la présence d'un autre Cerf décrit par M. Gray sous 
le nom de Cervus muntchurkits, et il faut encore ajouter à cette 
liste deux espèces nouvelles dont je vais parler ici sous les noms de 
C. xanthopygus et de C. mandarinus. 

CERVUS XANTHOPYGUS. 

(Voyez pi. XXI.) 

Alph. Milne EdwarJs, op. cit. (Ami. des se. nul., série 5, 1867, t. VIII, p. 376). 
Sclater, On certain Species of Deer (Trans. of Zool. Soc, 1871, t. VII, p. 342). 

Ce Cerf ressemble beaucoup au Cervus Elaphus d'Europe; sa robe 
est aussi de couleur uniforme, mais la teinte générale en est plus claire 
et comme glacée de gris, particularité qui dépend de ce que la plupart 
des poils, surtout ceux du dos et des flancs, ont la pointe blanchâtre. 
L'écusson ischiatique est d'un jaune tirant sur le roux, et remonte 
très-haut sur la croupe, mais il ne descend que fort peu sur la face 
postérieure des cuisses; il est entouré en dessus, aussi bien qu'infé- 
rieurement, d'une bordure brune foncée, et ses dimensions sont con- 
sidérables. Les oreilles sont plus blanches, surtout dans leur portion 
inféro-postérieure. Enfin le poil est plus long, moins gros et moins 
rude au toucher. 

A ces particularités tirées du mode de coloration viennent s'ajou- 

(1) A. David, Journal d'un voyage en Mongolie (Nouv. Archiv. du Muséum, 1867, l. III, 
Bulletin, p. 28). 

(2) Op. cit., p 28. 



Î82 ÉTUDES POUR SERVIR A l/HISTOIRE 

ter des caractères ostéologiques fournis par les proportions de diverses 
parties de la tête et faciles à constater lorsque l'on compare des individus 
dont la taille est à peu près la même. Ainsi la fosse du larmier est 
notablement moins grande chez le C.xanthopygus que chez le C.Elaphus. 
Sur la tête osseuse du premier de ces deux Cerfs, longue de m ,382, 
cette dépression, mesurée d'avant en arrière, n'a que m ,045, tandis 
que sur la tête d'un Cerf de France, longue de G m ,375, et par consé- 
quent notablement moins grande, cette même fosse a, d'arrière en 
avant, m ,058. La portion sous-jacente de la région maxillaire est plus 
renflée et moins haute chez notre Cerf de Chine que chez le Cerf 
d'Europe, de sorte que la face paraît plus allongée. Enfin les os nasaux 
sont plus longs et plus aplatis; au niveau du point de rencontre des os 
maxillaires et des os intermaxillaires, leur diamètre transversal est 
de 32 mm chez le C. xanlhopygus, et seulement de 25 mm chez le C. Ela- 
phus; leur longueur maximum au niveau de la région lacrymale est de 
5l mm chez la première de ces deux espèces, et de 37 mm chez la 
seconde. Il est aussi à noter que les côtes verticales de la face externe 
des molaires supérieures sont moins saillantes que chez le Cerf com- 
mun. Les bois ne présentent rien de remarquable dans leur forme, 
mais ils sont de petite dimension relativement à la taille de l'animal, 
qui, au garrot, mesure l m ,05. 

Pour être bien fixé sur la valeur zoologique de ces différences, il 
faudrait étudier un nombre considérable d'individus, et malheureuse- 
ment je n'ai eu qu'un seul Cervus xanthopygus à ma disposition; par 
conséquent je n'oserais affirmer que ce Cerf constitue une espèce 
particulière, et non une variété locale seulement. Les différences of- 
fertes par le pelage seul seraient insuffisantes pour motiver l'emploi 
d'une désignation spécifique nouvelle pour ce Cerf élaphiende la Chine, 
mais les caractères ostéologiques indiqués ci-dessus m'ont fait penser 
qu'il y aurait utilité à ne pas confondre cet animal avec l'espèce com- 
mune d'Europe. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. J 83 

Je suis porté à croire que le Cerf de la vallée du fleuve Amour, décrit 
par M. Schrenck sous le nom de Cervus Elapkus (1) , appartient à la même 
espèce ou race que l'animal dont je viens de donner la description. Il 
a aussi beaucoup de ressemblance avec le Cerf du versant sud de 
l'Himalaya, appelé Cervus Wallichii par Cuvier, ainsi qu'avec le Maral 
ou Cerf de Perse, et avec le C. Cachemy nantis ou Cervus Wallichii 
de M. Blyth; mais il me paraît différer spécifiquement de tous ces 
animaux. 

En effet, le C. cachemyrianus, dont M. Sclater a donné récemment 
de bonnes figures (2). se distingue du C. xanthopygus parles caractères 
suivants : 1° sa robe est d'une teinte brune beaucoup plus foncée ; 
2° l'écusson ischiatique est beaucoup plus étroit et plus allongé infé- 
rieurement; 3° le ventre et la partie postéro-inférieure des jambes de 
devant sont blancs, tandis que chez le C. xanthopygus ces parties sont 
d'un jaune grisâtre comme le reste du corps. La forme des bois me 
parait différer aussi très-notablement, mais les individus dont j'ai com- 
paré les figures n'étant pas de môme âge, je n'ose rien préciser à cet 
égard. 

Chez le Cervus Maral d'Ogilby (3), que M. Gray ne distingue pas du 
C. Wallichii (k), l'écusson ischiatique est aussi beaucoup plus étroit que 
celui du C. xanthopygus et descend notablement plus bas sur les mem- 
bres postérieurs. Chez le C. Wallichii de la région tibétaine (5), espèce 
qui parait ne pas différer du C. a f finis de Hodgson (G), cette tache 
circumanale est au contraire plus longue que chez le C. xanthopygus, 



(1) Schrenck, Reisen und Forschungsn im Amur-Lande, Bel. I, p. 170. 

(2) S-later, On certain Species of Deer now or latelij living in Ihe Sociely's Ménagerie (Trans. 
oflheZool. Soc, 1871, t. VII, p. 339, pi. XXX). 

(3) Voy. Sclater, op. cit., p. 336, pi. XXIX. 

(4) Cette question de synonymie a été discutée avec beaucoup de soin par M. Sclater 
lloecit., p. 336). 

(5) Cuvier, Ossem. foss. — Fréd. Cuvier, Mammif., pi. lilh. 

(6) Voy. Sclater, loc. cit., p. 3 13. 



ISA ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

et elle est blanche au lieu d'être jaune. Il est également à noter que les 
bois du C. Wallichii de Guvier sont de dimension très-considérable T 
tandis que ceux du C. xanthopygus sont petils. Hodgson nous apprend 
aussi que, chez son C. a/finis, les oreilles sont remarquablement 
grandes (I), particularité qui ne se rencontre pas dans l'espèce dont 
nous nous occupons ici. Du reste, tous ces Cerfs asiatiques sont si im- 
parfaitement connus, et nos musées ne nous offrent que si peu de maté- 
riaux pour en faire l'étude, que, dans l'état actuel de la science, il serait 
prématuré de vouloir en préciser les caractères spécifiques. 

CERVUS MANDARINUS. 

(Voyez pi. XXII et XXIIa.) 

Pendant le séjour de M. l'abbé David à Pékin, quelques Chinois 
avaient signalé à l'attention de ce savant l'existence d'un grand Cerf 
tacheté qu'ils disaient être fort rare, et qu'ils assuraient différent du 
Cerf tacheté ordinaire, auquel ils donnent le nom de Yan-lou. Le zélé 
correspondant du Muséum d'histoire naturelle ne négligea rien pour se 
procurer un de ces animaux, et ses efforts allaient être couronnés de 
succès, lorsque, par haine des étrangers, un mandarin vint tout arrêter. 
Effectivement, en 1867, les chasseurs de M.David étaient parvenus à 
s'emparer d'un magnifique individu mâle et s'occupaient à en préparer 
la dépouille, lorsqu'un des lettrés chinois apprenant à qui cette peau 
était destinée, s'en empara, la coupa dans tous les sens et en emporta 
même des parties. Les débris furent cependant recueillis avec soin 
et envoyés en France, ainsi que les bois et quelques parties du sque- 
lette de l'animal. Mais ces fragments échappés au vandalisme du 
mandarin n'étaient pas suffisants pour la détermination de l'espèce, 
et la perte aurait été irréparable, au moins pour le moment présent, 

(I) Jnirn. ofÀsial. Suc. of Bengal, 1850, t. XIX, p. 518. 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 185 

si une circonstance imprévue ne nous avait fourni l'occasion de réparer 
ce malheur. 

Vers la même époque, M. Simon, chargé par le gouvernement d'une 
mission dans l'intérieur de la Chine, apporta en Europe quelques ani- 
maux vivants. Je reconnus parmi eux un exemplaire de l'espèce dont 
je viens de parler, et que je désigne sous le nom de Cerf du mandarin. 
Cet animal, que posséda quelque temps le Jardin d'acclimatation, existe 
aujourd'hui à la ménagerie du Muséum, où j'ai pu depuis plusieurs 
années étudier à loisir ses caractères zoologiques. 

Au premier abord, je le considérais comme appartenant à l'espèce 
décrite depuis peu par M. Swinhoe sous le nom de Cervus mantchuricus, 
et dont un représentant est conservé à l'état vivant dans le jardin zoo- 
logique de Londres (I). Mais une comparaison attentive de ces deux 
individus m'a fait changer d'avis, et m'a déterminé à conserver, au moins 
provisoirement, le nom de Cervus mandarinus à l'animal mentionné par 
les lettres de M. l'abbé David. Pour résoudre complètement la question, 
il m'aurait fallu examiner comparativement les particularités ostéolo- 
giques aussi bien que les caractères extérieurs de ces Cerfs, chose qui 
n'était pas possible sur des animaux vivants; mais les différences que j'ai 
pu constater me paraissent suffisantes pour motiver la distinction que je 
propose. En effet, les taches blanches qui ornent le dos, les épaules, les 
flancs et les hanches de l'un et de l'autre de ces Cerfs dans leur pelage d'été 
sont beaucoup plus grandes et moins nombreuses chez le C. mandarinus 
que chez le C. mantchuricus ; pour s'en convaincre, il suffit de comparer la 
figure de cette dernière espèce, publiée récemment par M. Sclater (2) , et 



(I) Cervus WaWchii, Swinhoe, Procecd. Zool. Soc, (861, p. 131. — C. Pseudaxis, Gray ; 
Proceed. Zool. Soc, 1861, p. 236, pi. XXVII. — C. mantchuricus et C. horlulorum, Swinhoe, 
Proceed. Zool. Soc. o[ London, 1864, p. 169, 1865, p. 1. — Cervus mantchuricus, Sclater, 
Proceed. Zool. Soc, 1864, p. 721 ; 1865, p. 1; —Zool. Skelches, t. Il, pi. XIII. — On certain 
speciesof Deer (Trans. Zool. Soc, 1871, t. VII, p. 344, pi. XXXI et XXXII). 

(i) Tram. Zool. Soc, t. VII, pi. XXXI. 

24 



186 ÉTUDES POUR SERVIR A i/HISTOIRE 

celle du C. mandarirms donnée ici (1). La teinte générale est aussi plus 
pâle, il y a moins de blanc autour de l'anus, et le dessous du ventre est de 
la môme couleur que les flancs, au lieu d'être blanc. Lorsque ces animaux 
revêtent leur robe d'hiver, les différences sont non moins marquées. 
Chez le C. mantchuricus, les taches sont devenues si peu apparentes, 
qu'on n'en aperçoit aucune trace dans la figure donnée par M. Sclater. 
et le poil du cou ne paraît être ni beaucoup plus abondant ni notable- 
blement plus long que pendant la saison chaude (2). Chez le C. manda- 
rinus au contraire, malgré la teinte foncée que prend la totalité du pelage, 
les taches restent bien visibles sur toute la longueur du dos, depuis 
la base du cou jusqu'à la région anale, et elles ne s'effacent que sur la 
moitié inférieure des côtés du corps. Enfin, les poils du cou deviennent 
si longs et si touffus, que l'animal semble avoir une sorte de crinière. A 
ces particularités viennent s'ajouter des différences frappantes dans la 
forme des bois. Lorsqu'on les regarde de face, on remarque que chez le 
C . mantchuricus ils s'élèvent sans s'écarter beaucoup entre eux (3), tandis 
que chez le C. mandarinus ils sont extrêmement divergents (4). 

§ 14. — GENRE ANTILOPE. 

ANTILOPE CAUDATA. 

(Voyez pi. XXIII, XXIIU et XXIIIn.) 

Antilope crispa, Schrenck, Reiseii und Forsclumgen im Amur-Lande, Bel. I, p. 198. — Radde, 

Reisen im Siiden von Ost-Sibirien, 1862, Bd. I, p. 212, pi. XII, fig. I 
Antilope caddata, Alpl). Milne Edwards, Ann. des se. nal., 5 e série, 1867, t. VII, p. 277. 

Cet animal, connu des Chinois sous le nom de Chan-iang, ou Chèvre 
des montagnes, appartient au groupe naturel des Antilopes à formes 

(1) Voyez pi. XXII. 

(2j Sclater, loc. cit., pi. XXXII. 

(3) Sclater, loc. cit. 

(4J Voyez pi. XXII*. 



DE LA FAUNE M AMM AI.OGIQUE DE LA CHINE. 187 

caprines qu'Hamilton Smith signala le premier à l'attention des zoolo- 
gistes, et qu'il appela d'abord la division des Antilopes némorbé- 
diennes(l). Parla suite, cet auteur précisa davantage sa classification, et 
il donna à la section dont je viens de parler le nom de sous-genre 
Nœmorhedus (2). Mais, peu d'années après, un autre zoologiste anglais. 
Ogilbv. sans avoir égard au travail de son prédécesseur, remania la clas- 
sification des Antilopes, et remplaça le sous-genre Nœmorhedus de Ha- 
milton Smith par deux genres nouveaux nommés, l'un le genre Kemas, 
l'autre le genre Capricornis, et se distinguant entre eux par la présence ou 
l'absence de larmiers (3). Enfin, M. Gray. laissant de côté les caractères 
fournis parles larmiers, reprit de nom de Nœmorhedus pour l'appliquer 
à un groupe composé des Antilopes némorhédiennes, dont le nez est 
poilu au bout, et il adopta le genre Capricornis pour y placer les espèces 
dont le museau est en partie nu, de façon' à constituer une sorte de 
mufle {h). Van der Hoeven augmenta encore la confusion qui régnait 
dans cette partie de la nomenclature zoologique en élevant au rang 
de genre le sous-genre Nœmorhedus d'Hamilton Smith, auquel il im- 
posa Le nom \Y Hemifragus (5), désignation qui, dans la méthode de 
M. Gray, appartenait déjà à un autre groupe (6). Si l'on adoptait l'un 
ou l'autre de ces systèmes de classification, le Chan-iang devrait être 
désigné, soit sous le nom générique de Hemitragus, soit sous celui de 
Kemas ou de Capricornis, car, de même que leGoral, il est dépourvu de 
larmiers et l'extrémité de son museau est en grande partie nue. Mais 



(1) Hamillon Smith, Supplément lo Ihe order Ruminantia (in Grifliih's Animal Kingdom, 
vol. IV, p. 227). 

(2) Hamilton Smith, Synopsis (/oc. cit., vol. V, p. 352). 

(3) Ogilby, On the generic Characters of Ruminants (Proceed. Zoolog. Soc. of F.ondon, 
1836, p. 138). 

(i ; Gray, On the Arrangmenl of Ihe hollow horned Ruminants (Ann. of nal. Hisl., 1846, 
t. XVIII, p. 282). — Calai, of Ihe Mammalia of Ihe Brislish Muséum, 1852, part. III, p. 1 10 et 112. 

(5) Van der Hoeven, Handboek der Dierkunde, 1855, II, p. 945. 

(6) Gray, Catalogue, p. 144 (où le genre Hemitragus contient le Capra Jemlaica de Ham. 
Smiih et prend place dans la division des Chèvres). 



188 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

ces caractères ne me paraissent avoir que peu d'importance, et toutes les 
Antilopes à formes caprines se ressemblent tant, soit par leurs formes 
extérieures, soit parleur organisation intérieure, que je crois préférable 
de les réunir en un seul groupe qui, à son tour, resterait dans le genre 
Antilope. Pour cette partie delà classification des Ruminants, je propo- 
serai de reprendre le système d'Hamilton Smilh, et, conformément 
à cette manière de voir, j'ai appelé le Cban-iang Antilope (Nœmorhedus) 
caudata. 

Cet animal n'est pas nouveau pour les zoologistes; les voyageurs 
russes en ont parlé, mais ils se sont accordés pour le considérer comme 
ne différant pas spécifiquement de Y Antilope crispa du Japon, dont nous 
devons la connaissance à Temminck. Or, en examinant comparative- 
ment l'individu type de cette dernière espèce qui se trouve dans le 
Musée de Leyde et les peaux de l'Antilope a formes caprines de la Chine 
septentrionale envoyées au Muséum de Paris par M. l'abbé David, j'ai 
pu me convaincre de l'inexactitude de cette détermination. En effet, 
chez ceux-ci, la queue est si longue, que les poils dont son extrémité 
est garnie descendent jusqu'au talon, tandis que chez Y Antilope crispa 
elle est au contraire extrêmement courte. Le nez est nu tout autour 
des narines, ainsi que sur la ligne médiane de la lèvre supérieure, mais 
l'espèce de mufle ainsi constitué ne s'élève que peu. Les cornes sont 
rondes, coniques, arquées en arrière et dirigées un peu en dehors ; 
elles sont de couleur noire, et dans leur moitié inférieure elles sont 
garnies de stries longitudinales, ainsi que de bourrelets annulaires : 
les premières sont très-fines et fort serrées; les seconds sont gros et 
assez saillants. La longueur des oreilles égale la distance comprise entre 
les yeux et l'extrémité du museau. 

La couleur de cet animal est d'un gris un peu fauve, légèrement 
tiqueté par l'extrémité des poils, qui est brune ; la ligne dorsale est d'un 
brun foncé ; une teinte semblable s'étend également sur les épaules, 
ainsi que sur la partie postérieure des cuisses, et devient de plus en 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 18<> 

plus intense inférieu renient, jusque sur les poignets et les jarrets. Les 
pieds sont jaunes. Les oreilles sont grandes, blanches en dedans [et 
grises sur leur face postérieure. Il y a sur le devant de la partie supé- 
rieure du cou une grande tache d'un blanc jaunâtre bordé de jaune ; le 
ventre est d'un gris brun. Enfin, la queue est terminée par un grand 
flocon de poils noirs qui descend notablement au-dessous du talon. 

La tète osseuse de Y Antilope caudata (1) diffère beaucoup de celle 
de Y Antilope crispa figurée par Temminck (2). Le museau est plus déve- 
loppé en longueur et en hauteur; il est moins rétréci vers le haut, et la 
région jugale est sensiblement plus grande et plus renflée; la suture 
de l'os maxillaire avec le bord antérieur des os lacrymaux et malaires 
est presque verticale, au lieu d'être très-oblique. Les chevilles des cor- 
nes ne divergent que très-peu, et il est à noter que, dans plus de la 
moitié de leur longueur, elles sont creusées d'une grande cavité qui 
communique librement avec les cellules du sinus frontal. La boîte crâ- 
nienne est plus large en arrière ; enfin, la surface basilaire, au lieu 
d'être presque horizontale, remonte très-obliquement en s'avançant 
vers le palais, et se trouve, au niveau de l'articulation de la mâchoire 
inférieure, presque sur le même plan horizontal que le col du condyle. 

L' Antilope {Nœmovhedus)eaadata est commun sur les grandes mon 
tagnes rocheuses au nord de Pékin. Sa longueur, depuis l'extrémité du 
museau jusqu'à la racine de la queue, en suivant les courbures du dos, 
est de l m ,12 ; sa hauteur au garrot de m ,57. 



(1) Voyez pi. XXIII* et XXIII», fig. i. 

(2) Fauna Japonica, Masjm., pi. XIX, fig. 1 et 2. 



ï*>(> ÉTUDES POUR SERVIR A L HISTOIRE 

§ 15. — GENRE MELES. 
MELES LEPTORllYiNCHL'S. 

(Voyez pi. XXV; pi. XXVI, Qg. 3 etâ; pi. XXVII, fig. 3 et à ; pi. XXVIII, fig. 3 et 4.) 

Mêles leptorhtncues, A!ph. Milne Edwards, Ann. des se. nat., 5 e série, 1867, t. VIII, p. 374. 
Mêles chinensis, Gray, Proceed. oftlw Zool. Soc, 1868, p. 207 (têle osseuse, fig. 1 et 2). 
Mêles lepiorhyncbus, Swinhoe, Chinese Alammals (Proceed. Zool. Soc, 1870, p. 622). 

Ce Blaireau nous fournit un nouvel exemple de l'insuffisance des 
caractères extérieurs pour l'établissement de certaines distinctions spé- 
cifiques. En effet, par son aspect général, les proportions de son corps 
et son mode de coloration, il diffère si peu du Mêles Taxus, que je n'au- 
rais pas songé à l'en séparer si je n'avais examiné comparativement la 
conformation de la tête osseuse de ces deux animaux ; mais les carac- 
tères osléologiques mis en évidence de la sorte sont faciles à saisir. 

La région fronlo-nasale est beaucoup plus étroite chez le Mêles 
lepiorhynchus (1) que chez le Mêles Taxus (2), et sa forme n'est pas la 
môme. Chez la première de ces deux espèces, sa longueur mesurée 
entre les orbites est presque égale à la longueur de la portion du bord 
alvéolaire de la mâchoire supérieure occupé par la totalité des dents 
molaires; chez la seconde espèce, son diamètre transversal ne dépasse 
que de très-peu la longueur de l'espace alvéolaire occupé par la car- 
nassière et la tuberculeuse (3). Chez le Blaireau d'Europe, le museau 
est arqué transversalement et se confond de chaque côté avec la région 



(1) Voyez pi. XXVlII.fig. 3. 

(2) Voyez pi. XXVIII, fig. 5. 

(3) Si l'on prend comme terme de comparaison la longueur totale de la face, mesurée de 
l'extrémité antérieure de l'os incisif, au bord antérieur du trou auditif, et si l'on représente celte 
longueur par I 00, on trouve que la largeur minimum du front mesuré entre les orbites est d'envi- 
ron 25 chez le M. Taxus, et de 23 seulement chez le M. leptorltynchus. 



DE LA FAUNE M AM M AL0G1Q U E DE LA CHINE. Î91 

jugale; chez le Blaireau à nez mince, il est aplati en dessus et net- 
tement séparé des joues par un bord obtus qui s'étend de la saillie 
sourcilière à l'angle latéro-supérieur du trou nasal. Il en résulte que 
cette partie de la face, au lieu d'être renflée, est un peu pincée. Dans 
l'espèce dont je fais connaître ici les caractères, le bord alvéolaire des 
intermaxillaires est très-arqué, de façon que les dents incisives supé- 
rieures, au lieu d'être rangées sur une ligne transversale presque droite, 
comme chez le Mêles Taxus, occupent un arc de cercle bien prononcé (1). 
Le trou sous-orbitaire n'est pas aussi régulièrement arqué en arrière, 
et la saillie du bord supérieur de l'arcade zygomatique correspondante 
à l'angle postéro-inférieure de l'orbite est plus marquée (2) . Le rétré- 
cissement qui existe vers l'extrémité antérieure de la cavité crânienne 
e^t plus rapproché des angles postorbitaires du coronal et la partie 
adjacente des fosses temporales est plus renflée (3). La crête lamb- 
doïde (jui, de chaque côté, sépare ces fosses de la région occipitale, est 
moins sinueuse, et, au lieu de se recourber en bas vers son extrémité 
inférieure, ue change pas de direction en allant gagner l'apophyse mas- 
toïde (!i). Cette dernière protubérance se porte obliquement en avant, 
et ne descend que peu au-dessous du niveau du bord inférieur du trou 

(1) Voyez pi. XXVII, fig. 3 et 4. 

(2) Voyez pi. XXVI, fig. 3. 

(3) Voyez pi. XXVIII, Cg. 3 et 5. Afin de préciser davantage ces différences de proportion, 
j'ajouterai qu'en représentant, comme je l'ai fait précédemment, la longueur de la face par 100, 
on trouve : 

Pour la longueur totale de la tête osseuse, chez le M. Taxus, \ 37, et chez le M. lepto- 
rhynchus, 147. 

Longueur de la face depuis l'extrémité du museau jusqu'à l'angle postorbitaire : chez le 
M. Taxus, 61 ; chez le M. leplorhynchus, 6i. 

Pour la largeur minimum du crâne, mesurée derrière les orbites : 18.9 chez le M. Taxus, 
et 19,1 chez le M. leplorhynchus. 

Pour la largeur maximum de la tête mesurée au bord supérieur des trous auditifs : 57 chez le 
M. Taxus, 55 chez le M. leptorhynchus. 

Diamètre maximum entre les deux arcades zygomatiquos : chez le M. Taxus, 70 ; chez 
le .1/. leptorhynchus, 75. 

(4) Voyez pi. XXVI, fig. 3. 



192 ÉTUDES POUR SEllWh A L HISTOIRE 

auditif, tandis que chez le Blaireau commun elle est dirigée presque 
verticalement et se" prolonge beaucoup au-dessous de l'oreille (1). 

La dépression en forme de gouttière qui descend obliquement de 
la région occipitale sur la face postérieure de l'apophyse mastoïde est 
plus large et son bord inférieur est plus droit. Les condyles de l'occi- 
put sont moins forts. Le bord interne de la caisse est plus renflé et son 
angle antéro-interne est plus obtus (2). Le bord inférieur des arrière- 
narines s'avance davantage vers la région basilaire du crâne, bien que 
les apophyses ptérygoïdiennes se prolongent moins (3) ; enfin, les bords 
latéraux de la portion adjacente du palais sont plus saillants, de telle 
sorte que la région ptérygoïdienne située au-dessus est plus verticale. 
La mâchoire inférieure (à) présente aussi des particularités caractéris- 
tiques. Le crochet formé par son angle postérieur est plus saillant et 
se recourbe davantage vers le haut ; la crête qui s'en détache et que li- 
mite inférieu rement la dépression massétérienne est beaucoup plus 
forte ; enfin, le bord inférieur de la branche horizontale est plus arqué. 

On remarque aussi quelques différences dans le système dentaire 
du Mêles leptorhynchus comparé à celui du Mêles Taxus : le rebord externe 
de la carnassière supérieure est moins marqué ; la tuberculeuse située 
derrière cette dent a l'angle postéro-interne plus développé (5) ; la 
carnassière inférieure est plus allongée d'avant en arrière, car son dia- 
mètre antéro-postérieur est égal à la longueur de la rangée formée 
par les trois fausses molaires adjacentes (fi), tandis que la mesure cor- 
respondante prise chez le Blaireau d'Europe est notablement moindre 



(1) Voyez pi. XXVII, tig. 3 et 5. 

(2) Voyez pi. XXVII, fig. 3 et 5. 

(3) La longueur de la région palaline mesurée jusqu'à l'extrémité de ces apophyses est, com- 
parativement à la longueur totale de la face : de 87 chez le M. Taxus, et de 84 chez le M. lepto- 
rhynchus. 

(4) Voyez pi. XXVI, fig. 3. 

(5) Voyez pi. XXVII, fig. 3 et 5. 

(6) Voyez pi. XXVI, fig. 3 et 4. 



DE LA FAUNE M A M M AL0G1QUE DE LA CHINE. 193 

que celle de la rangée dentaire dont je viens de parler; enfin, je n'ai 
jamais aperçu aucune trace des petites avant-molaires caduques que 
l'on observe quelquefois derrière les canines supérieures (1). 

Les différences spécifiques si nettement accusées par la conforma- 
tion de la tète osseuse chez ces deux Blaireaux ne se traduisent au 
dehors que par une seule particularité dans la disposition des couleurs 
sur les côtés de la tète, qui m'aurait paru insignifiante si je ne l'avais 
vue correspondre toujours aux caractères organiques dont je viens 
de parler. En effet, on peut distinguer le Mêles leptorhyitehus du Mêles 
Taxus par la forme de la tache brune de la région jugale. Chez ce der- 
nier, la tache brune de la joue s'étend en arrière de façon à entourer 
complètement l'oreille, tandis que chez l'espèce dont l'étude nous 
occupe ici, elle s'arrête derrière la pommette et se trouve séparée de 
l'oreille par une partie blanche qui s'étend au-dessous et en arrière de 
ce dernier organe ("2) . Dans le reste du pelage je n'ai observé aucune 
différence constante ; il est cependant à noter que h' Mêles lepto- 
rhynchus a les flancs plus pales que chez la plupart des individus de 
l'espèce européenne. 

Le Blaireau à nez étroit habite les environs de Pékin, d'où le Mu- 
séum en a reçu plusieurs exemplaires par les soins de M. Fontanier. 
Grâce à l'obligeance de M. Swinhoe, j'ai obtenu aussi plusieurs crânes 
île ce Mammifère, provenant d'individus trouvés à Amoy, et celte cir- 
constance m'a permis de déterminer avec certitude l'identité spécifique 
île mon Mêles leptorhynchus et du Mêles chinensis de M. Gray, identité 
qui avait été déjà soupçonnée par ce dernier naturaliste au moment 
où il publia la description de la tête osseuse de l'animal en ques- 
tion. M. Gray crut devoir néanmoins donner à cette espèce un nom 
nouveau, mais cette désignation ne pouvait servir qu'à grossir la liste 



(1) Voyez pi. XXVII, fig. 1. 

(2) Voyez pi. XXV. 

25 



194 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

des synonymes dont la zoologie est déjà surchargée. En effet, la note 
de M. Gray sur le Blaireau de la Chine ne parut qu'en 18(58, tandis que 
l'année précédente j'avais publié une description courte, mais suf- 
fisante, du Mêles leptorhynchus. 11 est à noter que les Blaireaux à nez 
mince d'Amoy ont les poils beaucoup plus courts que cbez les indi- 
vidus de Pékin. 

Ainsi que l'a fait remarquer avec raison 31. Gray, le Blaireau de la 
région du fleuve Amour, décrit et figuré par 31. Schrenck sous le nom 
de Mêles Taxas (I) , paraît appartenir à l'espèce chinoise que j'ai appelée 
Mêles leptorhynchus. On n'en connaît pas le crâne; mais la disposition 
de la partie brune des côtés de la tète est la même que chez ce der- 
nier animal, seulement la teinte jaune qui remplace le blanc chez la 
variété provenant d'Amoy est encore plus marquée que sur celle-ci. 

Le Mêles Anakuma (2) du Japon se rapproche du Mêles Taxus par 
a forme de la région fronto-nasale de sa tête osseuse, mais il ressemble 
davantage au M. leptorhynchus par le mode de coloration des joues. Du 
reste, il se distingue nettement de l'une et de l'autre de ces espèces par 
ses oreilles entièrement blanches et par sa teinte générale d'un brun 
roux. Chez l'individu figuré parTemminck, tout le dessous du museau 
et de la gorge, ainsi que le devant de la poitrine, sont d'un blanc légè- 
rement teinté de jaune; mais chez un individu fourni au Muséum d'his- 
toire naturelle de Paris par ce zoologiste et étiqueté de sa main, toute 
cette partie du corps, depuis la symphyse du menton, est d'un brun noi- 
râtre très-foncé. Il y aurait donc là deux espèces ou seulement des 
différences dépendant, soit de l'âge, soit du sexe. C'est ce que l'on ne 
pourra décider que par l'examen d'un nombre plus considérable 
d'individus 

Le Tumpha des Tibétains, ou Blaireau des environs de Lassa, décrit 

(1) Mêles Taxus var. amurensis, Schrenck, op. cit., pi. I, fig. 1 et 4. 

(2) Temminck, Aperçu général et spécifique sur les Mammifères qui habitent le Japon, p. XXX, 
pi. VI, fig. 1-6. — Siebold, Fauna Japonica, 1842. 



DE LA. FAUNE MAM.U ALOGIQUE DE LA CHINE. 195 

par Holgson sous le nom de Taxidea Icucuvus (1), appartient, comme 
les espèces précédentes, au genre Mêles, mais en diffère par la longueur 
plus grande de sa queue, par la disposition de la plante des pattes pos- 
térieures, qui. au lieu d'être nue jusque dans le voisinage du talon, est 
complètement couverte de poils dans le tiers postérieur de sa longueur. 
et par quelques autres particularités de moindre importance. Enfin, le 
carnassier du Tibet décrit par M. Blylh sous le nom de Mêles albogu- 
laris, quoique trop incomplètement connu pour être caractérisé d'une 
manière précise, ne saurait être confondu avec l'espèce dont je viens de 
l'aire l'étude. En effet, la bande brune des joues est marquée d'une 
tache blanche, sous les yeux, et le cou est entièrement blanc ('2). 

MELES (ARCTOIVYX) LEUCOL/E.UUS. 

(Voyez pi. XXIV; pi. XXVI, fig. 1 et 2 ; pi. XXVII, fig. 1 et 2; pi. XXVIII, fig. 1 et 2.) 
Mêles leccolj:mc5, Alph. Milne Edwards, Ann. des sciences nat., 6 e série, 1867, t. VIII, p. 374. 

Le Blaireau que j'ai appelé Mêles leucolœmus aurait reçu un autre 
nom générique, si, à l'exemple de beaucoup de naturalistes de l'époque 
actuelle, j'avais cru devoir pousser jusqu'à ses dernières limites la 
subdivision des groupes naturels en genres distincts ; mais, ainsi que 
j'ai déjà eu l'occasion de le dire en parlant des classifications ornitho- 
logiques 3), la diversité extrême des désignations résultant de cette 
marche me parait avoir de sérieux inconvénients : elle nous fait perdre 
presque tous les bénéfices de la nomenclature binaire, si utile pour 
Pexpression des idées générales, et elle empêche de saisir, au premier 
abord, les affinités étroites que le zoologiste a intérêt à mettre en 



(1) Hodgson, On Ihe Tibelan Badger, Taxidea leucurus [Journal of the Asialic Society of 
Bengal, 1847, t. XVI, p. 763, pi. 29, 30 et 31, fig. 4 et fig. 13). 

(2) Blylh, Report of the zoological Curator (Journal of the Asiatic Society of Bengal, 1 853, 
t. XXII, p. 589). 

(3) Recherches pour servir à l'hist. des Oiseaux fossiles, t. I, p. 14-16. 



196 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

évidence. Il me paraît donc préférable de conserver un nom com- 
mun à toutes les espèces dérivées d'un môme type et n'offrant entre 
elles que des différences dans les détails ; sauf à subdiviser les genres 
ainsi constitués en sections ou sous-genres dont les noms particuliers 
ne sont pas d'un usage ordinaire, et ne sont employés que dans les cas 
où le naturaliste trouve intérêt à fixer l'attention sur des caractères 
zoologiques d'un ordre peu élevé. 

Je ne proposerai donc pas de séparer génériquement des Blaireaux 
l'animal dont je vais donner ici la description ; car son aspect, sa 
forme générale, son mode de coloration et la conformation de sa char- 
pente osseuse sont, à peu de chose près, les mêmes que chez le 
Mêles Taxus d'Europe, et les particularités ostéologiques à raison 
desquelles il s'en distingue, quoique nettement prononcées, n'ont pas, 
à mon avis, un degré d'importance assez grand pour motiver une 
distinction générique. 

Les caractères zoologiques du Blaireau commun sont si bien 
connus et la ressemblance entre cet animal et le Mêles leucolœmus est 
si grande, qu'il me paraît inutile de donner ici une description com- 
plète de ce dernier, et je me bornerai à signaler les particularités qu'il 
présente, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en jetant les yeux sur la 
planche XXIV. La conformation générale et l'aspect du Mêles leucolœmus. 
sont essentiellement les mêmes que chez le Mêles Taxus et le Mêles 
leptorhynchus ; seulement le museau est plus pincé que chez ce der- 
nier, la teinte du dos plus foncée et les pattes plus courtes. Les poils 
sont de même nature et ont le même mode de coloration ; ils sont en 
général blancs vers la base, ainsi que dans leur portion moyenne, puis 
d'un brun foncé sur une longueur plus ou moins grande, et terminés 
par une pointe blanche; de sorte que l'aspect de la région qu'ils 
recouvrent varie un peu, suivant qu'ils sont couchés de façon à cacher 
le fond blanc avoisinant la peau, ou qu'ils sont relevés de manière à la 
laisser voir. Dans quelques parties ils sont entièrement blancs, et dans 



DE LA FAUNE M AMMA L0G1Q UE DE LA CHINE. 19/ 

d'autres la pointe blanche est assez étendue pour voiler l'anneau brun 
subterminal; enfin, sur certaines parties telles que les côtés de la tête 
et de la poitrine, ainsi que sur les pattes, le blanc fait défaut tant à la 
base qu'à la pointe des poils, qui sont d'un brun noirâtre uniforme. 
Quant à la distribution générale des teintes, je ne parlerai que de la 
partie du pelage visible extérieurement. De même que chez le Blai- 
reau d'Europe, le dessus de la tôle est blanc au milieu et d'un brun 
foncé sur les côtés ; mais la bande blanche de la région frontale est 
notablement plus étroite et se perd presque complètement sur le 
sinciput. au lieu de conserver toute sal irgeur jusque sur le dessus du 
cou, ainsi que cela se voit chez le Mêles Ta rus et le Mêles leptorhynchus. 
Chez ces derniers, la bouche est complètement entourée de blanc et la 
bande brune des joues est ininterrompue. Chez le Mêles leucolœmus, au 
contraire, la couleur brune des joues descend jusque sur le bord de la 
mâchoire supérieure, contourne la commissure des lèvres et se pro- 
longe en dedans, sous la portion profonde de la mâchoire inférieure; 
enfin, elle descend très-bas sur les joues, mais elle est interrompue au 
milieu de la pommette par îine tache blanche de forme allongée, et 
elle ne gagne les oreilles qu'en dessus. Le menton, tout le dessous du 
cou et le bord antérieur de la poitrine, sont d'un blanc pur qui remonte 
au devant des oreilles et se prolonge en arrière, sur les épaules ainsi 
que sur la portion postéro-supérieure du cou, en manière de collier. 
Les oreilles sont plus petites que chez les Blaireaux ordinaires et bor- 
dées en dessus de poils blancs. Le dos est d'un brun argenté par les 
pointes blanches des poils ; au contraire, sur les côtés, la teinte 
blanchâtre, due à la portion basilaire.de ces appendices, se prononce 
beaucoup plus. La poitrine et les pattes sont, comme d'ordinaire, d'un 
brun noirâtre. Enfin la queue, très-touffue, comme chez le Blaireau 
d'Europe, se fait remarquer par sa blancheur parfaite. Les ongles sont 
blanchâtres, mais n'offrent dans leur forme rien de particulier. 

Par ses caractères extérieurs, le Mêles leucolœmus ne diffère donc 



498] ÉTUDES POUR SERVIR A LIIISTOIRE 

que très-peu, soit du Blaireau d'Europe, soit du Blaireau à nez mince 
de la Chine; mais par la conformation de sa tête osseuse, ainsi que par 
certaines particularités de son système dentaire, il s'en éloigne davan- 
tage, et ressemble excessivement au Bal/saur (ou Ba/oo-soor), carnas- 
sier du nord de l'Hindoustan, dont Frédéric Cuvier a formé le genre 
Arctonyx, mais qu'il ne connaissait que par un dessin fort médiocre 
envoyé de l'Inde par le voyageur Duvaucel (1). Frédéric Cuvier ne saisit 
pas les rapports naturels qui existent entre ce carnassier et les Blai- 
reaux. Peu de temps après. M. Gray publia des figures représentant 
la tête osseuse du Balisaur. qu'il crut devoir ranger dans le genre 
Mydaus (2). Ogilby, guidé probablement par les faits mis ainsi en 
évidence, en parla comme étant un Mêles (3). Mais la plupart des 
auteurs les plus récents, tout en le rangeant dans la tribu des Méléides, 
adoptèrent cependant le genre Arctonyx de Frédéric Cuvier (4), et le 
dernier qui en ait parlé, M. Gray (5) , lui assigne pour principaux carac- 
tères distinctifs les particularités suivantes : « Palais s'étendant beau- 
» coup en arrière ; narines postérieures placées sur la même ligne que 
» les condyles de la mâchoire inférieure ; portion nasale de la tête 
» osseuse un peu prolongée. » Il ajoute les détails suivants : « Les 
» incisives supérieures sont inégales, les médianes sont plus petites. 

(1) Fréd. Cuvier et Geoffroy St-Hilaire, Hist. nat. des Mammifères, pi. CCXX, livr. 51, 
1825. Cette figure est accompagnée d'une courte description extraite probablement de la noie 
adressée par Duvaucel à la Société asiatique de Calcutta en 1821, et publiée seulement en IS38 
par les soins de M. G. Evans [Journal of the Asiulic Soc. o[ Bengal, t. VII, partie 2, p. 734). 

(2) Gray, Illuslr. of Indlan Zoology, 1830-1832, t. I, pi. VII, fig. 1-3. 

(3) Ogilby, Penny Cyclopœdia, t. III, p. 264 (voy. Proceed. Zool. Soc, 1865, p. 138).— 
Mem. on the Mammalogy of the Himalayas, in Iloyle Illuslr. on Bolwiy and other Branches of nat. 
Hist. of the Himalayan mountains, 1839, t. I, p. 57. 

(i) Giebel, cependant, continue à placer le Balisaur dans le genre Mydaus (Saugethiere, 
p. 76). 

Enfin, M. Gervais, sans s'expliquer clairement sur ce sujet, paraît penser que les Arctonyx 
ne sont pas plus voisins du Blaireau que celui-ci n'est voisin des Taxidea (Hist. nat. des Mammi- 
fères, t. II, p. 164). 

(5) Gray, Révision of the gênera and species of Mustelidœ (Proceed. of the Zool. Soc. , 1 865, 
p. 137). 



DE LA FAUNE XI A MM ALOG IQUE DE LA CHINE. 1 ?U 

» et les externes, beaucoup plus grosses que les mitoyennes, sont 
» placées très-obliquement. Enfin, la première fausse molaire, en 
» haut comme en bas, est séparée de la seconde par un hiatus consi- 
» dérable ; la carnassière supérieure est médiocre, triangulaire el 
» presque aussi large en avant que du côté externe, et la tuberculeuse 
» suivante est un peu plus longue (d'avant en arrière) que large. » 

Tous ces caractères (1), qui n'existent pas chez les Blaireaux 
ordinaires, se trouvent réunis chez le Mêles kncolœmus (2). Il y a entre 
cet animal et le Balisaur, ou Arctonyx collaris, d'autres traits de ressem- 
blance ; la seule différence frappante qui paraisse exister entre ces 
deux Méléides réside dans la conformation de la queue, qui est courte 
et très-touffue chez le premier, tandis qu'elle est grêle, allongée et 
médiocrement poilue chez le second. Or, aucun zoologiste ne baserait 
une distinction générique sur un caractère de si faible valeur, par 
conséquent le Mêles leucolœmits et le Balisaur doivent prendre place 
dans un seul et même groupe. Mais ce groupe doit-il être séparé du 
genre Mêles, ou être considéré comme en étant seulement une section ? 
Tant qu'on ne connaissait que V Arctonyx collaris, on pouvait hésiter 
devant cette question; mais les liens plus intimes qui existent entre les 
blaireaux ordinaires et l'animal dont je viens de donner la description 
me semblent devoir faire cesser toute incertitude : les particularités 
ostéologiques qu'il présente n'ont pas assez d'importance pour en faire 
autre chose qu'un Blaireau ; elles sont loin d'avoir une valeur compa- 
rable à celles qui distinguent le genre Taxidea du genre Mêles, et il en 
résulte que, dans mon opinion, la division des Arctonyx doit cesser 
de former un genre spécial; elle mérite d'être considérée à titre de 

(I Le peu que nous savons sur les caractères ostéologiques du Balisaur sont dus aux 
figures de M. Gray citées ci-dessus (Ulustr. Ind. Zool., l. I, pi. VII, fig. 1-3); à une courte note 
de M. Gervais insérée dans le journal l'Institut (t. X, p. 416), et aux diagnoses génériques 
publiées par M. Gray dans sa révision des Muslélides de la collection du Musée Britannique 
(Proceed. Zool. Soc, 1865, p. 137). 

(2) Voyez pi. XXVI, fig. 1, et pi. XXVII, tig. I. 



200 ÉTUDES POUR SERWR A L'HISTOIRE 

section du genre Mêles, et, par conséquent, son nom, sans être rayé 
complètement, ne doit figurer que d'une manière accessoire dans la 
nomenclature mammalogique. Le Balisaur serait donc appelé Mêles 
eollaris, et prendrait place à côlé du Mêles leucolœmus, dans le sous- 
genre des Blaireaux arctonyxiens. 

Tout en maintenant la distinction générique établie par 
M. W aterhouse entre les Méléides du nouveau monde, appelés Taxidea, 
et les Meléides de l'ancien continent, je proposerai donc de classer 
ces derniers de la manière suivante : 

Genre MELES. 

Molaires supérieures permanentes au nombre do 4 paires, celles de la dernière paire 
très-grandes; 5 paires de molaires à la mâchoire inférieure; crâne un peu rétréci en arrière. 

Sous-genre Melf.s (lypus). 

Incisives supérieures de la 3 e paire médiocres et presque verticales ; voûte palatine ne 
dépassant que peu le niveau des trous optiques. 

Sous-genre Arctonyx. 

Incisives supérieures de la 3 e paire fort grandes et très-proclives ; voûte palatine se pro- 
longeant en arrière au delà du niveau des fosses glénoïdales. 

Dans l'état actuel de nos connaissances, le sous-genre des Blai- 
reaux arctonyxiens comprend : 1° le Balisaur ou Mêles (Arctonyx) 
eollaris ; 2° le Mêles [Arctonyx) isonyx, et 3° le Mêles [Arctonyx) leuco- 
lœmus. Mais, ainsi que je le montrerai dans un travail ultérieur, il 
faudra aussi y ranger une espèce nouvelle qui habite le Thibet chinois, 
et que je désignerai sous le nom de Mêles (Arctonyx) obscurus. 

Pour bien caractériser le Mêles leucolœmus, il faut donc le com- 
parer successivement à chacune des autres espèces de Blaireaux 
arctonyxiens. 

Le Balisaur, que les zoologistes européens ne connaissent guère 



DE LA FAUNE MAMMALOGIQUE DE LA CHINE. 201 

que par des figures dues à des dessinateurs indiens e( par une tête 
osseuse que possède le Musée Britannique, paraît avoir été vu pour la 
première fois vers la fin du siècle dernier, dans la ménagerie de la 
Tour de Londres, par Bewick, qui en donna une figure grossière sous 
les noms d'Ours des sables ou de Blaireau cochon (1). Ainsi que je l'ai déjà 
dit, Frédéric Cuvier n'en parle que d'après un dessin envoyé au 
Muséum d'histoire naturelle par des voyageurs de cet établissement 
scientifique, et qu'il reproduisit dans les planches sur les Mammi- 
fères (2). Vers 1830. M. Gray en publia une autre figure, moins bonne, 
puisée dans le portefeuille du major général Hardwicke (3). Enfin, en 
1830. Evans en fit paraître à Calcutta une nouvelle figure, qui semble 
avoir été faite d'après le vivant (h)- 

Ces planches et les courtes descriptions qui les accompagnent, 
sont les seuls documents d'après lesquels nous pouvons juger de la 
conformation générale et de l'aspect du Balisaur; car, à ma connais- 
sance, aucun musée d'Europe ne possède la dépouille de cet animal (5). 
Or, elles s'accordent toutes à nous montrer le Balisaur comme ayant 
la queue non-seulement beaucoup plus longue qu'aucun Blaireau 
connu, mais garnie seulement de poils courts, au lieu d'être très- 
touffue, ainsi que l'est celle du Mêles (Arctonyx) leucolœmus. Cette diffé- 
rence suffit pour établir, à première vue, une distinction entre ces 
deux espèces, dont le mode de coloration est très-analogue. 

Le Mêles isonyx, ou Arctonyx isonyx de Hodgson, dont Horsfielcl a 

'1) Bewick, A gênerai Hislory of Quadrupeds, 4 e édition in-8°. Newcastle upon Tyne, 
1800, p. 284 (avec fig. dans le texte). 

(2) F. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., pi. CCXX, nov. 1825. 

(3) Gray, Illustrations of Indian Zoology, chieflij selecled from the collections of Major gênera! 
Hardwicke, t. I, pi. VI et VII, 1832. 

(4) G. Evans, Note on a Species of Arctonyx from Arracan (Journal of the Asiatic Soc. of 
Bcngal, 1838, t. VII, 2 e partie, p. 732, pi. XLIII). 

(5) Je ne parle pas ici d'une figure de l" Arctonyx collaris, insérée dans YHist. nat. des Mam- 
mifères par M. Gervais (t. II, p. 105), parce qu'elle n'est évidemment que la reproduction de 
celle publiée précédemment par F. Cuvier d'après le dessin de Duvaucel, quoique l'artiste en ait 
changé la pose. 

26 



202 études roua seuvik a l histoire 

publié une figure (1), a la queue moins longue et plus poilue que le 
Balisaur, mais elle diffère cependant beaucoup de celle, très-courte et 
très-touffue, du Mêles leucolœmus. Il est aussi à noter que le Mêles isonyx 
paraît être presque entièrement blanc en dessus. Quant aux parti- 
cularités par lesquelles le Mêles leucolœmus se distingue du Mêles 
(Arctonyx) obscurus, je les ferai connaître en détail dans une autre 
occasion, et pour le moment il me suffira de dire que, chez ce dernier, 
les taches brunes du menton, au lieu d'être séparées par une partie 
blanche comme dans l'espèce précédente, se rejoignent complètement 
en dessous. 

Les détails dans lesquels je suis entré relativement au Mêles 
leucolœmus me paraissent devoir suffire amplement pour motiver 
l'établissement de cette espèce nouvelle et pour en faire apprécier les 
affinités zoologiques ; mais afin d'en compléter l'histoire anatomique 
autant que me le permettent les matériaux dont je dispose, il me 
semble utile d'indiquer quelques autres particularités dans la confor- 
mation de la tête osseuse. De même que chez le Balisaur (2), quoique à 
un moindre degré, le dos du nez est retroussé vers le bout (3) ; le front 
est large {h), mais le museau est étroit comparativement, et l'orifice 
des fosses nasales est petit, ovalaire et très-oblique (5), de sorte que le 
bord alvéolaire des os intermaxillaires est très-proclive. Le trou sous- 
orbitaire est notablement plus grand que chez les Blaireaux typiques, 
et la branche antéro-inférieure de l'arcade zygomatique, au lieu de se 
diriger presque horizontalement en arrière, comme chez ceux-ci, 

(1) T. Horifield, Catalogue of a collection of Mammalia fivm Népal, Siltkim and Tibet, pré- 
sentai lo the East-India Company by Hodgson in 1833 (Proceed. of the Zool. Soc, 1836, 
p. 398, pi. L). 

(2) Voyez Gray, Illuslr. Indian Zool., t. I, pi. VII, fig. 1. 

(3) Voyez pi. XXVI, fig. 1. 

(4) Si l'on représente par 100 la longueur de la face, mesurée de l'extrémité antérieure du 
museau au bord antérieur du trou auditif, la largeur minimum du front est représentée par 
'23 chez le Mêles leplorhynchus, 25 chez le Mêles Taxus, et 29 chez le Mêles leucolœmus. 

(5) Voyez pi. XXVIII, fig. I. 



DE LA FAUNE M A M M A LOG IQ U E DE I. A CHINE. 203 

remonte brusquement vers la pommette (1). Cette arcade est très-arquée 
en dehors, surtout postérieurement, et la large gouttière longitudinale 
qui en occupe'en dessus la racine postérieure se prolonge au-dessus 
de l'oreille jusque vers l'occiput, de sorte que le bord supérieur est 
très-saillant et dépasse de beaucoup la partie adjacente de la boîte 
crânienne (2). Le bord inférieur de l'arcade zygomatique, au lieu d'être, 
comme d'ordinaire, mince et obtus, est creusé d'une gouttière longi- 
tudinale dont les bords sont tranchants. On remarque aussi à la partie 
inféro-postérieure une fossette ovalaire (5) qui est située près de la 
cavité articulaire, et qui n'existe pas chez les Blaireaux typiques. 
L'apophyse mastoïde, loin d'être dirigée presque verticalement et de 
descendre beaucoup au-dessous de l'oreille, est dirigée très-obliquement 
en avant et ne dépasse que peu le niveau du bord inférieur du trou 
auditif. La région occipitale, au lieu d'être très-oblique, est presque 
verticale, et la crête lambdoide qui la sépare des régions temporales, 
décrit une courbe assez régulière en allant se terminer à l'extrémité 
de I apophyse mastoïde. La région occipitale (4) offre aussi plus de lar- 
geur vers sa partie supérieure, et sa portion inférieure est plus plate 
latéralement. La base du crâne (5), dont la conformation fournit des 
caractères si variés et si utiles à consulter pour la classification natu- 
relle des Carnassiers, présente les mêmes traits généraux que chez 
les Blaireaux typiques ; mais les apophyses préoccipitales sont plus 
saillantes; les caisses sont moins proéminentes vers leur bord interne; 
leur angle antéro-interne n'est pas renflé, et le plancher du conduit 
auditif, qui est en continuité avec leur partie externe, est beaucoup 
plus développé et se prolonge davantage en dehors et en avant; au lieu 



(() Voyez pi. XXVI, Gg. 1. 

(2) Voyez pi. XXVIII, fig. 1 . 

(3) Voyez pi. XXVI, fig. 1 . 

(4) Voyez pi. XXVIII, fig. 2. 

(5) Voyez pi. XXVII, fig. 1. 



20/| ÉTUDES POUlt SERVIR A LHISTOIRE 

d'être dépassé de beaucoup antérieurement par la caisse, il la déborde 
notablement et va s'appuyer contre le bord postérieur de la cavité glé- 
noïde. Le trou glénoïdal est très-grand, tandis que cbez les Blaireaux 
typiques il est à peine visible. La brandie osseuse qui passe sous le 
trou ovale pour aller gagner l'apophyse ptérygoïde est très-large, et cette 
apophyse se prolonge en arrière jusqu'au niveau d'une ligne transver- 
sale qui passerait sur le bord postérieur des trous auditifs. La portion 
inférieure des fosses sphéno-palatines, au lieu d'être aplatie, est très- 
renflée. Enfin, la voûte palatine est plus creuse que d'ordinaire, et ainsi 
que je l'ai déjà dit, elle est remarquablement longue. La forme de la 
mâchoire inférieure (1) est également caractéristique dans le sous- 
genre des Blaireaux arctonyxiens. Le menton est très-oblique, et le 
bord inférieur de la région massétérienne, au lieu de former avec le 
bord de la branche alvéolaire une courbe régulière et peu prononcée, 
se relève très-brusquement et présente une largeur considérable. 
Enfin, le condyle, au lieu d'être placé à peu de chose près sur la 
même ligne horizontale que les dents molaires, est situé beaucoup 
plus haut. 

Je n'ajouterai rien à ce que j'ai déjà dit du système dentaire du 
Mêles leucolœmus, si ce n'est que la carnassière inférieure est très- 
étroite et que les incisives de la même mâchoire sont extrêmement 
proclives. Les figures que je donne des dents de cette espèce de 
Blaireau, comparées à celles du Blaireau à nez mince, suffiront pour 
combler les petites lacunes que je laisse dans leur description (2). Mais 
pour bien préciser les différences de proportion de la tête osseuse chez 
ces deux espèces, j'indiquerai les mesures de quelques parties compa- 
rées, comme je l'ai déjà fait précédemment, à la longueur de la face, 
mesurée depuis le bord antérieur du trou auditif jusqu'au point le plus 



(1) Voyez pi. XXVI, fig. 1. 

(2) Voyez pi. XXVI, Gg. 1, 2, 3 et 4 ; pi. XXVII, Bg. \, 2, 3 et i. 



DE I.A FAUNE MAMMAI.OGIQUE DE LA CHINE. 205 

saillant du boni alvéolaire de la mâchoire supérieure, et en représen- 
tant cette mesure de part et d'autre par 100. 

Longueur de la face jusqu'à l'angle postorbitaire : chez le Mêles 
leptorhynchus, 64 ; chez le Mêles leueolœmus, 75. 

Largeur minimum du crâne derrière les orbites : chez le Mêles 
leptorhynchus, 19; chez le Mêles leueolœmus, 31. Largeur de la tète, 
y compris les arcades zygomatiques : chez le Mêles leptorhynchus, 71 ; 
chez le Mêles leueolœmus, 81. Longueur maximum de la tête entre les 
oreilles : chez le Mêles leptorhynchus, 55; chez le Mêles leueolœmus, 64. 
Largeur de la boîte crânienne, mesurée au même niveau, mais sans y 
comprendre la saillie auriculaire : chez le Mêles leptorhynchus, 52 ; 
chez le Mêles leueolœmus, 41. Longueur du palais, du bord alvéolaire 
antérieur jusqu'à l'extrémité des apophyses ptérygoïdes : chez le Mêles 
leptorhynchus, 84; chez le Mêles leueolœmus, 97. 

Le Mêles {Arctonyx) leueolœmus a été envoyé au Muséum, des envi- 
rons de Pékin, par M. l'abbé David. Sa longueur, mesurée de l'extré- 
mité du museau à la base de la queue, en suivant la courbure du dos, 
est d'environ m ,72. 

§ 16. — GENRE PUTORIUS. 

PUTORIUS FONTANIERII. 

(Voyez pi. LXI, Bg. 1.) 

Cette espèce, par la teinte de son pelage, rappelle le Mustela altaica, 
décrit par Pallas dans sa Zoographie russo-asiatique (1); mais il est 
facile de l'en distinguer par ses dimensions plus considérables et sa 
queue plus longue. La couleur générale du corps est d'un fauve jaunâtre 
pâle, blanchissant un peu sur les flancs et devenant plus blanc encore 
sur la partie inférieure de la tête, le dessous du cou et môme le devant 

(I) Pallas, Zoographia rosso-asiatka, t. I, p. 98. 



206 ÉTUDES POUR SERVIR A 1. HISTOIRE 

de la poitrine. La bouche est entourée d'une bordure labiale peu indi- 
quée, et sur les joues les poils tirent un peu sur le blanc. Le dessus 
du museau et le front sont d'un brun plus foncé que le reste du corps, 
mais sans mélange de noir. Les pattes ont à peu près la même teinte que 
les épaules. Enfin, la queue, dont les poils sont assez longs, sans être 
touffus, est notablement plus rousse que les autres parties et sa teinte 
ne change pas vers l'extrémité. Sa longueur est au moins égale à trois 
fois celle de la tête, tandis que chez le Putois de l'Altaï {Mitstela altaica, 
Pallas) elle n'a que deux fois la longueur de la tète. 

Longueur du corps depuis l'extrémité du museau jusqu'à la base de !a queue 

en suivant les courbures du dos 0,28 

Longueur de la queue 0,16 

La dépouille de ce petit Putois nous a été envoyée de Pékin par 
les soins de M. Fontanier. Malheureusement la tête osseuse avait été 
retirée delà peau. 

§ 17. — GENRE FELIS. 

Les recherches faites par M. l'abbé A. David, ainsi que les collec- 
tions envoyées au Muséum par M. Fontanier, attaché au consulat de 
France à Pékin, jettent de nouvelles lumières sur quelques-uns des 
points de l'histoire des Felis de la Chine. 

Depuis fort longtemps l'existence du Tigre royal dans cette partie 
de l'Asie avait été signalée par quelques auteurs (1), et nous savons 
aujourd'hui, parles observations de MM. Ehrenberg, Brandt. Schrenck 
et Radcle, que ce grand carnassier, si commun dans les régions tropi- 
cales de l'Asie (à l'exception de Bornéo et de Geylan), s'étend au 
nord, depuis le Caucase jusque sur les bords du fleuve Amour, et se 
montre même dans l'île Sakhalien, située au nord de l'archipel japonais. 

(t) Bewick, Hist. of Quadrupeds, 1806, p. 206. 



DE LA FAUNE M A MMALOGIQCE DE LA CHINE. 207 

M. l'abbé David a constaté que le Tigre n'est pas seulement un hôte 
passager dans les montagnes du nord de la Chine, mais qu'il se propage 
dans les forêts de la Mandchourie, et qu'il se fait redouter des habi- 
tants du voisinage de Pékin (1). 

En 1854. le Muséum d'histoire naturelle obtint, par les soins de 
M. de Montigny, la dépouille d'un de ces beaux Chats gigantesques 
provenant du nord de la Cliine. Ce Tigre se fait remarquer par son 
pelage plus long et plus fourni que celui des Tigres de l'Inde, de Java 
et de la Cocbinchine, avec lesquels j'ai pu le comparer; on remarque 
aussi que la couleur fauve du dos est plus brune. Mais ces différences 
sont trop légères pour que l'on puisse douter de l'identité spécifique 
de ces animaux; et, d'ailleurs, M. l'abbé David nous apprend que dans 
la Mandchourie leur teinte varie beaucoup : il y a des individus qui 
sont d'un brun noir, tandis que d'autres sont d'un blanc parfait (2). 
.le n'ai pas eu la possibilité d'examiner la tête osseuse d'un Tigre de 
Cbine, mais j'ai pu suppléer jusqu'à un certain point à l'absence de 
ce terme de comparaison, grâce à l'obligeance de M. Brandt, qui a 
bien voulu envoyer à mon regretté maître et ami M. Lartet le mou- 
lage de la tête d'un Tigre de la Sibérie. M. Brandt, comme on le sait, 
a étudié comparativement les caractères ostéologiques de cette partie 
du squelette chez le Tigre de Sibérie, le Tigre du Caucase et un Tigre 
venant probablement de l'Inde, et il n'a pu y constater que des varia- 
lions insignifiantes. C'est aussi le résultat auquel je suis arrivé. Les 
seules différences de forme qui m'aient frappé entre cette tête moulée 
cl une tète de même dimension appartenant à un Tigre de Siam, 
consistent dans les particularités suivantes : chez le premier, le mu- 
seau est un peu moins gros relativement à la boîte crânienne ; celle-ci 



(I) A. David, Journal d'un voyage en Mongolie (Nouv. Arch. du Muséum, t. III, Bulletin, 
p. 26, 1867). 

2 Grifûlh a figuré un Tigre, variété albine, mais sans connaître la patrie de cet animal. 
(The Animal Kingdom, by Cuvier, t. III, Suppl., p. iii.) 



20S ÉTUDES POUR SERVIR A L,' II I STOI R li 

offre plus de longueur et envahit davantage latéralement les dilata- 
tions du temporal qui s'étendent en forme de gouttières jusqu'aux 
apophyses mastoïdes. La portion de ces apophyses qui se voit à la 
hase du crâne du côté extérieur des caisses est aussi un peu moins 
développée ; mais ces différences sont trop minimes pour que l'on 
puisse les considérer comme caractéristiques d'une espèce. 

Indépendamment du grand Fel/s à robe, tachetée, qu'au premier 
abord on prendrait certainement pour une Panthère ordinaire, que 
j'ai désigné sous le nom de F. Fontanierii, et que j'étudierai d'une 
manière plus complète, il y a encore, dans le nord de la Chine, un 
carnassier de moindre taille dont les chasseurs ont souvent parlé à 
M. l'abbé David, mais sans pouvoir lui en procurer la dépouille. Ils 
appellent cet animal le Thou-pao, et le dépeignent comme étant bas sur 
jambes, de couleur obscure et sans taches orbiculaires. C'est peut-être 
le F élis macroscelis de Temminck ou Fel/s nebulosa de Griffith, animal 
que M. Swinhoe a trouvé à Formose, et a nommé Leopardus hra- 

illf/lll'US (1). 

.l'appellerai aussi l'attention des zoologistes sur le Felis irbis de la 
Chine, et sur quatre petites espèces du genre Chat, dont l'une, quoique 
déjà décrite, n'est qu'imparfaitement connue, et dont les autres me 
paraissent être nouvelles. 

FELIS FONTAMERII. 

(Voyez pi. XXIX, XXX et XXXI.) 

Ami. des se. nat., Zool., 5 e série, 18G7, t. VIII, p. 375. — Felis pardus? Swinhoe, Mammals 
of China (Proceed. of Ihe Zool. Soc. of London, 1870, p. 628). 

Les grands Chats à robe tachetée que l'on désigne communément 
sous le nom de Panthères présentent, dans leur mode de coloration, si 

(1) Swinhoe, Proceed. Zool. Soc., 1863, p. 352, pi. XLIII. — F. macroscelis, Swinhoe, 
Chincse Mammals (Proceed. Zool. Soc, 1870, p. 628). 



DE LA FAUNE M AMM AL0G1QTJE DE LA CHINE. '109 

peu de fixité, que j'aurais hésité à considérer comme appartenant à une 
espèce nouvelle un des animaux de ce groupe qui ne se serait distingué 
que par ses caractères extérieurs; mais les particularités ostéologiques 
que m'a offertes le Felis Fontanierii sont si frappantes, que je crois ne pas 
trop m'avancer en le séparant spécifiquement des Panthères de l'Inde 
et de l'Afrique, auxquelles il ressemble d'ailleurs beaucoup par son 
aspect général. En effet, ce Felis est caractérisé de la manière la plus 
nette par la brièveté de son museau (1). Chez les nombreuses variétés 
du Felis Pardus, dont j'ai pu examiner la tête osseuse, la longueur de 
cette partie de la face comprise entre le bord antérieur de l'alvéole de 
la canine et le sommet de la branche montante de l'os maxillaire supé- 
rieur excède de beaucoup la largeur de l'espace compris entre le bord 
externe des trous sous-orbilaires, tandis que chez le Felis Fontanierii 
ces deux longueurs sont égales entre elles. Ce caractère peut aussi bien 
s'observer dans les très-jeunes individus que dans les adultes. Les os 
nasaux ne se relèvent pas vers leur extrémité antérieure, ils forment 
avec la région fronto-pariétale une courbe régulière. Le front est étroit: 
sa plus grande largeur, mesurée entre les angles orbi (aires externes, 
est égale à la distance comprise entre le sommet de la suture médiane 
du nez et le bord inférieur des trous sous-orbilaires. La voûte palatine 
est très-courte ;'le bord inférieur des arrière-narines ne dépasse que 
île très-peu la ligne transversale qui réunirait le bord postérieur des 
derniers alvéoles. La portion basilaire du cràue est très-développée : 
la distance comprise entre le bord postérieur des condyles occipitaux 
et les trous sphéno-orbitaires étant égale à la longueur totale du bord 
alvéolaire du maxillaire supérieur, tandis que chez les Panthères pro- 
prement dites la première de ces mesures est notablement inférieure 
à la seconde. 

Par quelques-uns de ces caractères, la tête osseuse du Felis Fonta- 



M) Voyez pi. XXXI. 

27 



210 ÉTUDES rOUK SERVIR A l' HISTOIRE 

nierii paraît ressembler à celle d'une Panthère figurée récemment par 
M. Gray sous le nom de Leopardus chinensis (1), désignation que le même 
zoologiste avait appliquée jadis à un Cliat de petite taille et ne rentrant 
pas dans la division des Panthériens (2); mais les différences qui 
existent entre les têtes de ces deux Félins sont si tranchées, que l'on 
ne saurait les considérer comme appartenant à des animaux de même 
espèce. Ainsi, chez le Felis Fontanierii, la boîte crânienne est beaucoup 
plus élevée. Sa hauteur, mesurée du bord supérieur du trou auditif au 
niveau du plan horizontal passant sur le sinciput, est égale à la hauteur 
de l'os maxillaire supérieur, mesurée au niveau du canal sous- 
orbitaire, tandis que sur le crâne figuré par M. Gray, elle est de 
beaucoup inférieure à cette dernière longueur. Chez le Leopardus 
chinensis, la bulle auditive paraît être aussi beaucoup moins saillante 
que chez le Felis Fontanierii. J'ajouterai que M. E. Gray paraît disposé 
â croire que le crâne dont il parle pourrait appartenir au F. bra- 
clujurus décrit par M. Swinhoe, espèce très-différente de celle qui 
nous occupe ici (3). 

Le Felis Fontanierii se distingue aussi des Panthères ordinaires par 
la nature de son pelage et par la disposition des taches dont il est orné. 
Le poil est long, doux et très-fourni. La plupart des taches noires qui 
constituent les rosaces, au lieu d'être séparées entre elles comme chez 
les Panthères, sont, sur l'animal adulte, complètement continentes, et 
forment ainsi de larges anneaux complets comme chez le Jaguar, 
bien que le champ fauve ainsi encadré ne présente pas, comme dans ce 
dernier, de tache noire centrale. Ces rosaces sont bien dessinées sur la 

(1) Gray, A T o(es on the skulls ofCats (Proceed. of the Zoolog. Soc. of London, i 867, p. 264, 
6g. 2). 

(2) Felis chinensis, Gray, Description of some new or Utile known Mammalia (Charleswortk's 
Mag. ofnal. Hist., 1837, t. I, p. 577). — Leopardus chinensis, Gray, List of ihe spécimens of 
Mammalia in the collection of Ihe Brilish Muséum, 1843, p. 43. 

(3) M. SwinhoR a reconnu récemment que son F. braehyurus (Proceed. of Ihe Zool. Soc. of 
London, 1862, p. 352, pi. XLIII) n'est qu'une variété locale du F. macroscelis de Temminck 
(Swinhoe, Mammals of China, in Proceed. of the Zool. Soc , 1870, p. 628). 



DE LA FAUNE M A MM ALOGI QUE DE I.A CH1NL. 211 

région seapulaire, aussi bien que sur le dos el la partie supérieure des 
flancs. Elles sont plus grandes et moins nombreuses que cbez les Pan- 
thères : on n'en compte que six ou sept rangées longitudinales ; celles 
de la moitié inférieure des flancs deviennent pour la plupart pleines, 
le jaune du centre disparaissant presque complètement. Les taches 
noires cessent aussi d'être annulaires sur les cuisses ; sur le dos, le fond 
fauve du pelage forme entre les rosaces un dessin assez régulier imi- 
tant des quadrilatères, à peu près comme chez le Jaguar. Enfin la queue, 
longue et très-touffue depuis sa base, est marquée de grandes taches 
noires qui, dans sa moitié postérieure, constituent de larges anneaux 
presque complets ; vers l'extrémité de cet appendice, le fond jaune pâlit 
beaucoup et prend une teinte blanchâtre. 

Chez un individu plus jeune, dont je donne également ici une 
figure (1), les rosaces annulaires sont moins distinctes et se trouvent 
mêlées à un plus grand nombre de taches noires irrégulières ; mais le 
caractère général du pelage est déjà très-bien marqué, et suffit pour 
distinguer cette espèce de toutes les Panthères, soit de l'Inde ou de 
l'Asie Mineure, soit de l'Afrique. Je serai moins affirmatif au sujet des 
différences qui peuvent exister entre le Felis Fontanierii et le Leopardns 
japonensis de M. Gray (2). Malheureusement ce dernier n'est connu 
que par une fourrure envoyée du Japon, par la voie du commerce, comme 
objet de pelleterie, et il n'a pu être caractérisé d'une manière suffisante. 
Le dos et les flancs de cette Panthère sont ornés, comme chez le F. Fon- 
tanierii, de grandes rosaces noires el la queue est très-touffue ; mais 
celte espèce se distingue par l'absence presque complète de ces rosaces à 
centre fauve sur les épaules, et par la disposition moins annulaire des 
taches de la queue. D'ailleurs pour bien apprécier la valeur de ces par- 
ticularités de coloration, il faudrait savoir si elles coïncident ou non 

(1) Voyez pi. XXIX. 

(2) Descript. of some neiv Species o[ Mammalia(Proceed. oflheZoolog.Soc. of London, 1863, 
p. 262, pi. XXXIII). 



212 ÉTUDES POUR SERVIR A [.'.HISTOIRE 

avec des caractères ostéologiques distinctifs, et jusqu'ici aucun zoolo- 
giste n'a eu l'occasion d'étudier la tête osseuse de cet animal. Il me 
paraît donc difficile, avec les renseignements que nous avons entre les 
mains, d'établir d'une manière certaine si la Panthère du Japon est 
identique avec celle de la Chine, ou si cette dernière appartient, ainsi 
que je suis tenté de le supposer, à un type spécifique distinct. 

Le Felis Fontanierii a été rapporté de Chine par Je voyageur dont 
il porte le nom et dont nous déplorons la mort prématurée (1). 

D'après les notes qui accompagnaient l'envoi de M. Fontanier, ce 
grand carnassier serait loin d'être rare, et M. l'abbé A. David nous 
apprend que l'on rencontre des Panthères dans toutes les montagnes 
du nord de la Chine, et qu'à une petite distance de Pékin (environ sept 
lieues à l'ouest), un de ses chasseurs chrétiens en tue plusieurs 
chaque hiver. Cet animal ne s'attaque que rarement à l'homme, à moins 
d'être inquiété par lui. Les Chinois le désignent sous le nom de Kin- 
tsien-pao ("2). C'est probablement ce Felis dont les anciens mission- 
naires en Chine ont signalé la présence dans la province de Pékin on 
lui donnant le nom de Hinen-pao (3). 



La plus grande des Panthères de Chine mesure, de l'extrémité du museau 

à la base de la queue (en suivant les coui bures du dos) 1 ,17 

Longueur de la queue 0,75 

Hauteur au niveau des épaules 0,50 

Longueur de la tète osseuse 0,18 

Largeur maximum au niveau des arcades zygomatiques 0,119 

Longueur du bord antérieur du trou occipital au bord incisif 0,153 

Longueur de la voûte palatine 0,080 

Largeur du crâne en arrière des apophyses sus-orbitaires 0,039 

Largeur maximum de la boîte crânienne 0,073 



(1) M. Fontanier. agent consulaire de France, fut assassiné par les Chinois en 1870, lors du 
massacre de Tien-l»in. 

("2) A. David, Journal d'un voyage en Mongolie [Nouv. Archiv. du Muséum d'hisl. nal., t. III 
Bulletin, p. 7). 

(3) Michel Baym, Relations de la Chine, 4 852, p. 29 (dans Thévenot, Relations de divers 
voyages curieux, t. I, édit. de 1696). 



DE LA FAUNE M A M M A F. 0(1 1 Q II E DE I.A CHINE. 213 

Largeur de la face au niveau des canines 0,051 

Largeur du front au niveau de la suture fronto- maxillaire 0,032 

Écartement des tuberculeuses , 0,060 

Longueur de la série des molaires supérieures 0,047 

Longueur du maxillaire inférieur 0,120 

Hauteur mesurée de l'angle poster, à l'extrémité de la branche montante. 0,55 

De l'angle postérieur au condyle articulaire 0,023 

Longueur de la série des molaires inférieures 0,045 



FELIS 1UBIS, Ehrenberg. 

L'Once do Bulïon. ou Felis Irbis de M. Ehrenberg (1), a été si bien 
étudiée par ce dernier naturaliste, que je n'aurais pas eu à parler ici de 
cet animal, si son histoire, si confuse autrefois, n'avait été obscurcie 
de nouveau par un rapprochement qui me semble inexact et que 
j'ai pu rectifier à l'aide des belles collections laites en Chine par 
M. Fontanier. En effet, M. Blyth et M. Gray (2) considèrent le Felis Irbis 
comme étant spécifiquement identique avec le Felis Tulliana décrit par 
M. Valcnciennes (3). 

(1) L'Once de Buffon, Uist. nat., t. IX (1709), p. 151. Daubenton, Descript, du cabinet, dans 
Buffon, op. cil. — Irbis, Millier, Coll. des historiens russes, t. III, p. 607. — Felis Pardus, 
Pallas, Zoogr. rosso-asialica, t. I, p. 17. — Felis Uncia, H. Smith, dans Griffilh's animal 
h'ingdom, t. III ( I 827), planche en regard de la page 468. — Felis Irbis, Ehrenberg, Observations 
et données nouvelles sur le Tigre et la Panthère du Nord, recueillies dans le voyage de Sibérie fait 
par M. de Humboldt en 1S29 (Ann. des se. nat. (1 830), t. XXI, p. 394). — Middendorff, Sibiriche 
Beise, Bd. II, p. 73. — Felis Uncia, P. Gervais, Hist. nat. dis Mammifères, 1853, t. II, p. 85, 
pi. XXI. — Felis Irbis, Schrenck, Reisen und Forschungen im Amur Lande, 1858, Bd. I, p. 96. 
— Radde, Ilcisen im Sùden von Ost-Sibirien, 1862, Bd. I, p. 164. — Unca Irbis, Gray, 
Notes on the skulls of the Cals, in Proieed. of the Zool. Soc. o( London, 1867, p. 262, fig. 1 
(tête osseuse). 

Le nom de Onca n'a pu être conservé à ce grand Felis asiatique, parce que Linné l'avait déjà 
appliqué au Jaguar de Margrave, espèce propre à l'Amérique (Syslema naturœ, édit. 10, 1758, 
p. 42). Il est aussi à noter que Buffon confondait sous le nom d'Once le F. Irbis et le Guépard. 

(2) Blyth, Synoptical List of the Species of Felis inhabiling the Indian région (Procecd. Zool. 
Soc, 1863, p. 183; —Gray, op. cit., 1867, p. 262). 

(3) Valenciennes, Note sur une nouvelle espèce de Panthère tuée par M. Tchihatcheff à Ninfi, 
pics deSmgme (Comptes rendus de l'Acad. des se, 1856, t. XLII, p. 1035). On trouve une très- 
bonne figure de cet animal dans l'ouvrage de M. Tchihatcheff sur l'Asie Mineure (t. II, 1856, 
Zool., pi. I). 



-4A ÉTUDES POUK SEltVIR A r,' II I STOIRE 

Ces animaux se trouvent placés à côté l'un de l'autre dans les 
galeries du Muséum, et il suffit de jeter les yeux sur eux pour saisir 
les différences qui les séparent. 

Le F élis Irbis est beaucoup plus trapu et plus bas sur pattes 
que ne l'est le F. Tulliana. Sa tête est plus courte, plus large et plus 
arrondie. Le poil est beaucoup plus long, plus fourni et plus doux ; il 
s'allonge même d'une manière remarquable sur le devant de la poi- 
trine : disposition qui n'existe pas dans l'espèce que M. Gray y rapporte. 
Le fond de sa robe est d'un gris très-clair tirant un peu sur le jaune ; 
au contraire le F. Tulliana est d'un fauve pâle. Les taches annulaires 
du dos et des flancs sont beaucoup plus grandes et moins nombreuses ; 
celles de la première rangée dorsale comprise entre les épaules et les 
hanches ne sont qu'au nombre de cinq ou six : elles surpassent par 
leurs dimensions celles des flancs; elles sont très-allongées et même 
ovalaires, et offrent souvent vers le milieu de leur champ central une 
ou plusieurs petites taches noires ; la teinte de ce champ intérieur n'est 
pas plus fauve que celle du fond général. Or, aucune de ces particu- 
larités ne s'observe chez le Felis Tulliana, dont les taches orbiculaires 
de la partie supérieure du dos sont moins grandes que celles des flancs ; 
elles sont à peu près circulaires; on en compte entre l'épaule et la 
hanche environ dix, rangées en ligne, et leur champ central, de même 
que celui des rosaces des flancs, est d'une couleur fauve plus intense et 
plus pure que la teinte générale ; enfin il n'y a aucune trace des points 
noirs intérieurs. Des taches de cette couleur occupent le devant de la 
poitrine et le dessous du cou. Chez le Felis Irbis, ces taches sont en 
petit nombre, et elles disparaissent presque entièrement sur le devant 
de la poitrine, entre les épaules et entre les pattes. La queue est aussi 
Deaucoup plus fournie et cerclée de taches annulaires plus grandes, 
plus régulières et plus rares que chez les Panthères de l'Asie Mineure ; 
vers le bout, elles s'allongent du haut en bas, au point de simuler des 
bandes transversales, mais en conservant toujours leurs caractères 



DE LA FAUNE M A Jl M ALOC IQU E DE LA CHINE. 215 

général, el sur presque toutes on distingue encore le champ central. 
La queue est aussi plus longue, relativement au corps. Ainsi, chez le 
F. Irais, le corps mesure l ra ,30 et la queue l m ,15; tandis que chez 
le F. Tulliana, ces rapports sont comme 150 à 205. 

Les particularités dont je viens de signaler l'existence chez le 
Felis Irbis rapporté de Chine par M. Fontanier existent aussi chez un 
autre individu de la môme espèce et d'une teinte un peu plus claire, 
que le Muséum avait reçu précédemment de la région Persique par les 
soins de M. Luillier (1). 

La distribution géographique de l'Once dans l'Asie centrale parait 
être très-étendue, bien que cette espèce soit partout très- rare. 

L'individu figuré dans l'ouvrage de Griffith avait été embarqué 
pour l'Angleterre dans un des ports du golfe Persique, et provenait 
probablement des montagnes neigeuses au nord de Téhéran; celui qui 
a été étudié par M. Ehrenberg avait été tué dans les monts Altaï. 
M. Schrenck a constaté la présence de ce grand carnassier dans le 
bassin du fleuve Amour et jusque dans l'île Sakhalien. C'est aussi en 
Sibérie que MM. Meynier et L. d'Eichthal ont pu se procurer un de 
ces animaux. Enfin, d'après les renseignements que je dois à M. Fon- 
tanier, la peau dont il a fait l'acquisition à Pékin provenait de la 
partie occidentale de l'empire chinois; mais cette espèce ne parait pas 
exister dans les montagnes du Tibet indépendant, visitées récemment 
par M. l'abbé David. 



(1) M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire a donné quelques détails sur celte Once dans les Comptes 
rendus de l'Académie des sciences, 1817, t. XXIV, p. 57 5. 



216 étudls pour servir a l'histoire 

FELIS CHINEIYSIS. 

(Voyez pi. XXXI", fig. 2.) 

Feus chinensis, Gray, Descripl. of some new or Utile known Mammalia (Charlesworlh's Mag. 

ofnat. llisl., 1837, t. I, p. 577). 
Leopardus chinensis, Gray, List, of Mammalia in llw Brit. Mus., 1843, p. 43. 
Leopardus Reevesm, Gray, op. cit., p. 44. 

Felis Javensis, Sclater, List, of vertebrated Animais in the Garden of the Zool. Soc, 1866, p. 22. 
Feus chinensis, Gray, On the skulls of the Cats{Proceed. Zool. Soc, 1867, p. 274). 
Felis chinensis, Swinhoe, Catal. of the Mammals of China (Proceed. of the Zool. Soc, 1870, 

p. 629). 

Le genre Felis, ainsi que je me propose de le démontrer dans un 
travail spécial que je prépare sur ce sujet, se divise en trois groupes 
naturels qui, bien que n'ayant pas la valeur zoologique de sous-genres, 
sont caractérisés par des détails ostéologiques et sont susceptibles d'être 
distingués même par des particularités visibles à l'extérieur. L'une de 
ces sections, que j'appellerai la division des Felis lêoni formes, comprend 
toutes les grandes espèces de l'un et de l'autre continent, telles que le 
Lion, le Tigre, les Panthères, le Jaguar et le Couguar ; un autre groupe 
est formé par les Lynx, et le troisième comprend les petites espèces que 
je désigne sous le nom de Felis chatiformes, parce que le Calas ou Chat 
domestique en est le représentant le plus généralement connu. 

Ces derniers sont caractérisés essentiellement : 1° par la disposition 
de la portion antérieure du bord orbitaire inférieur, qui, en partant de 
la région naso-lacrymale, se porte brusquement en dehors et surplombe 
la partie sous-jacente de la région jugale située entre l'arcade zygo- 
matique et le bord postéro-inférieur du trou sous-orbitaire ; 2° par la 
forme pincée du museau vers son point de rencontre avec les orbites ; 
3° par la largeur considérable de la face, mesurée entre les bords orbi- 
taires externes et comparée à la longueur mesurée sur la ligne médiane, 
depuis le bord alvéolaire jusqu'au sommet des os nasaux ; h" par le 



DE LA FAUNE M AM M ALOG I Q U L' DE LA CHINE. 217 

grand développement et la direction proclive du plancher des orbites ; 
5° par la brièveté des os intermaxillaires. 

Afin de faciliter la distinction des espèces dans le groupe naturel 
des Felis chatiformes, il me semble utile de les répartir en groupes d'un 
rang inférieur, d'après des particularités de coloration qui sont, il est 
vrai, sans importance zoologique, mais qui frappent les yeux et qui 
influent beaucoup sur l'aspect de ces animaux. 

(liiez les uns, que j'appellerai les Chats à robe modeste, le corps 
ne présente ni taches ni rayures bien distinctes. 

Exemples : le F. caligata, le F. Jacquemontii et le F. chaus. 

Dans une seconde subdivision, la robe est, en partie ou en totalité, 
zébrée par des bandes transversales, mais n'est pas distinctement 
mouchetée ou marbrée. 

Exemple : le F. cafra. 

Enfin, dans une troisième subdivision, le corps est fortement 
tacheté, soit par des mouchetures, soit par des vergettures autour 
de bandes courtes et irrégulières dirigées longitudinalement. 

Exemples : le Felis javamnsis, le Felis macroscelis. 

C'est dans ce dernier groupe, auquel on pourrait donner le nom 
de section des petits Chats panthé riens, que prend place un Felis des envi- 
rons de Canton, dont la dépouille a été envoyée au Muséum en 1861 par 
M. Fontanier. 

A première vue, j'avais considéré cet animal comme étant seule- 
ment une variété du Felis javanensis de Horsfield ou Felis minuta de 
Temminck ; mais l'étude de sa tête osseuse m'a convaincu du contraire, 
et un examen plus attentif de ses caractères extérieurs m'a permis 
de l'en distinguer sans avoir recours aux caractères ostéologiques. Il 
diffère aussi, à certains égards, du Chat de Formose et des parties adja- 
centes du continent asiatique, décrit récemment par M. Swinhoe et 
rapporté par ce naturaliste au Felis chinensis de M. Gray, animal dont 

jusqu'ici aucune figure n'a été publiée ; mais les particularités que j'ai 

28 



218 ÉTUDES POUR SERVIR A L HISTOIRE 

remarquées dans son mode de coloration ne me semblent pas offrir assez, 
d'importance pour motiver une distinction spécifique, et par conséquent 
c'est sous le nom de F élis chinensis que je distinguerai ici cet animal (1). 

La tête osseuse du Felis chinensis présente à un très-haut degré 
les caractères propres à la section des Felis chatiformes. Vu en dessus, 
le museau se détache nettement de la portion orbitaire de la face ; ses 
bords latéraux, correspondants aux saillies dues aux alvéoles des 
canines, sont presque parallèles et ne se relient pas graduellement aux 
arcades zygomatiques, ainsi que cela se voit chez les Felis léoniformes. 
Cette particularité est môme plus marquée que chez le F. javanensis, 
à cause de la disposition de la lèvre externe du trou sous-orbitaire, qui 
est constitué par un prolongement lamellaire de la racine nasale de 
l'arcade zygomatique, et qui s'avance beaucoup, de façon que l'ouver- 
ture dont je viens de parler se trouve au fond d'une échancrure étroite 
et profonde, située au devant de l'angle lacrymal, et très-visible quand 
on regarde la tête en dessus. Chez le F. javanensis, cette échancrure 
prélacrymale est beaucoup moins profonde et plus évasée antérieure- 
ment; la portion postorbitaire du front est plus élargie; enfin la 
région basilaire du crâne est moins rétrécie au niveau des caisses. 

La teinte générale du pelage est d'un gris jaunâtre pâle, rehaussé 
par une multitude de taches couleur de rouille et passant quelquefois 
au brun foncé ou même au brun marron noirâtre. Sur la tête, les 

(1) Dans le Catalogue des Mammifères de la collection du Musée Britannique, publié en 1 844. 
M. Gray fait mention de deux espèces de Chats de la Chine, savoir: le Leopardus chinensis et le 
Leopardus Rccvesii [List of Mamm., p. 43 et p. 44). La première avait déjà été caractérisée très- 
sommairement par cet auteur (Charlesworlh's Mag. ofnal. Hist., 1837, t. I, p. 577); mais la 
seconde n'a jamais été décrite et parait ne pas devoir être conservée, car, dans ses derniers écrits 
sur le genre Felis, M. Gray n'en parle plus, et M. Swinhoe, sans doute d'après les indications de 
ce zoologiste, inscrit ce nom comme synonyme du F. chinensis {op. cit., p. 629). Je n'ai donc- 
pas à m'en occuper ici. 

Je rappellerai également que le Leopardus chinensis, dont M. Gray dit quelques mots à la 
page *64de son travail [Proceed. Zool.Soc, 1867), n'est pas le même que son Leopardus chinensis 
(du catalogue précité), qui, à la page 274 du mémoire de 1867, est appelé Fclts chinensis. Il y a 
là une confusion regrettable. 



DE LA FAUNE M A M M A LOGIQ V E DE I.A CHINE. 219 

marques sont très-nettement dessinées. On y distingue : 1° une paire 
de taches blanches étroites et allongées, qui commencent sur les 
côtés du nez. remontent sur la partie antérieure des sourcils et s'é- 
tendent un peu sur le front ; 2° une tache blanche plus large et très- 
allongée d'avant en arrière, qui de chaque côté occupe le milieu de 
la région zygomatique, se prolonge sur le cou derrière l'angle de la 
mâchoire, et se trouve bordée en dessus aussi bien qu'en dessous par 
une bande d'un brun roux très-foncé ; 3° une petite tache blanche 
située sur chaque joue sous l'angle orbitaire interne ; !\° une partie 
blanche très-étendue, qui occupe tout le dessous de la tête, ainsi que la 
partie inférieure des joues et le museau, à l'exception d'une portion de 
la lèvre supérieure et de l'insertion des moustaches, qui est fauve avec 
une série de petites stries longitudinales d'un brun noirâtre, et se con- 
tinue supérieurement avec le brun de la région naso-sous-orbitaire ; 
en arrière, cette partie blanche est limitée par une série transversale 
de taches brunes plus ou moins eonfluentes, qui s'unissent supérieure- 
ment à la bande jugale inférieure et forment sous le cou une sorte de 
collier antérieur. Le dessus de la tète, d'une teinte brune plus foncée 
et mêlée de plus de roux que celle des flancs, est orné de cinq bandes 
longitudinales noirâtres; lune de ces stries, située sur la ligne mé- 
diane, commence à la racine du nez et se perd sur le vertex ; les 
ai:lres se prolongent jusque sur le commencement du dos. La face 
postérieure des oreilles est noirâtre, et présente vers le haut une 
large tache pâle d'un jaune grisâtre, qui se confond en arrière et en 
bas avec une teinte de la même nuance située sur le côté du cou. 
Plus en avant, ainsi que sur le devant de la poitrine, le fond général 
devient blanchâtre, et les taches brunes-roussâtres, affectant la forme 
de bandes, tendent à se réunir au-dessous, de façon à simuler une 
série de colliers incomplets analogues à ceux dont il a été précédem- 
ment question ci-dessus et s'étendant latéralement sur le bas de la 
région scapulaire. 



220 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

Les taches brunes qui, sur les épaules et le clos font suite aux 
bandes noires cervicales de la paire supérieure, se confondent bientôt 
sur la ligne médiane en une rangée unique. 

Les taches, également très-allongées, qui font suite aux bandes 
cervicales de la seconde paire, forment également des séries longitu- 
dinales, mais ne se confondent pas entre elles de façon à constituer 
des rubans longitudinaux. 

Sur les épaules, les taches tendent à former des rangées obliques 
en continuité avec les rangées transversales dont le devant de la 
poitrine est orné, mais sur les flancs et sur les membres la distri- 
bution sériale [des taches est peu accusée. 

Il est aussi à noter que sur les côtés du corps beaucoup de ces 
taches affectent la forme de rosaces, leur portion marginale étantoccupée 
par trois ou quatre mouchetures d'un brun plus foncé que sur le milieu. 

Les mouchetures brunes de la face interne des membres sont aussi 
assez grandes et pleines ; sur les pattes de devant elles deviennent 
très-petites, surtout vers le bas et sur les pieds. Enfin la queue, peu 
fournie, présente des taches noirâtres plus ou moins eonfluentes. 

Chez un autre animal de la môme espèce et à peu près de môme 
taille, mais provenant du nord de la Chine et tué près de l'embouchure 
du fleuve Pei-ho, les taches brunes de la poitrine sont moins foncées 
et à bords moins nettement dessinés ; la teinte générale est plus gri- 
sâtre, elles mouchetures des flancs ne forment pas de rosaces bien 
caractérisées ; il n'y a presque pas de taches à la face interne des 
pattes postérieures; la queue est plus fournie, plus courte et pres- 
que entièrement dépourvue de taches noires. Enfin, le crâne est plus 
large en arrière des orbites et les lignes d'insertions musculaires qui 
occupent le sinciput sont plus écartées entre elles antérieurement. 
Mais ces différences peuvent dépendre du sexe des individus et de la 
saison à laquelle ils ont été tués, et ne me paraissent pas être 
caractéristiques de races locales distinctes. 



DE LA FAUNE M AMMALOGIQUE DE IV CHINE. 22 L 

Le Felis chinensis de Canton décrit ci-dessus mesure, du museau 
à la base de la queue, en suivant les courbures de la tête, du cou et 
du dos. le long de la ligne médiane, m ,G2 ; sa queue a m ,30. L'individu 
du voisinage du Pei-ho a 2 centimètres de plus comme longueur de 
corps, et 3 centimètres de moins comme longueur de queue. 

FELIS MICROTIS, nov. sp. 
(Voyez pi. XXXI* et XXXI=, 11g. 1.) 

Par son mode de coloration ce Chat ressemble beaucoup au F. chi- 
nensis, mais il s'en distingue par la petitesse de ses oreilles, par sa queue 
extrêmement touffue et par la conformation de sa tête osseuse (1). 

Effectivement, la région basilaire du crâne est étroite, les bulles 
auditives étant beaucoup plus renflées en dedans et en avant; la crête 
médiane sphéno-palaline est plus prononcée; enfin les trous sous- 
orbitaires, au lieu d'être simples, comme d'ordinaire dans le genre Felis, 
sont divisés intérieurement et forment deux pertuis, disposition qui 
rappelle le mode d'organisation propre aux Guépards, où il y a de 
chaque côté' de la face deux trous sous-orbitaires assez éloignés l'un 
de l'autre. 

Le poil est long, doux et très-fourni (2) ; la teinte générale de la 
robe est à peu près la même que dans l'espèce précédente, mais les taches 
sont plus rousses et plus confuses ; les bandes jugales sont mal déli- 
mitées, et les stries brunes du front, du sinciput et de la nuque sont à 
peine distinctes. Les oreilles présentent en arrière deux taches blan- 
châtres séparées entre elles par une bande verticale d'un brun noirâtre, 
tandis que chez le Felis chinensis elles sont noires et ne portent qu'une 
seule tache blanche située à peu près comme l'est ici la marque brune. 
Enfin, la queue ne présente pas de taches bien distinctes. 

(1) Voyez pi. XXXI», fig. I. 
'2 Voyez pi. XXXI». 



222 ÉTUDES POUR SERVI II A i/hISTOIIIE 

Par son mode de coloration le Felis microtis ressemble un peu au 
F. rubiginosa décrit par Is. Geoffroy Saint-Hilaire ; mais cette dernière 
espèce se distingue par l'existence de bandes brunes, linéaires et 
presque continues depuis le dessus de la tête jusqu'à l'origine de la 
queue, et par son pelage plus court et moins fourni. Notre Chat de Chine 
a aussi certaines analogies avec celui de Sibérie, décrit par M. Radde (1) 
sous le nom de F. undata, Desmarest, ou F. minuta, Temm. Mais 
chez cette dernière espèce les bandes transversales brunes de la partie 
antérieure du corps sont beaucoup plus marquées et la forme de la tête 
osseuse est très-différente ; elle est beaucoup plus large, les côtés du 
museau sont plus arqués, et les crêtes qui se portent de la base de 
l'arcade zygomatique à la crête lambdoïde de l'occiput, en passant 
au-dessus du trou auditif, sont beaucoup plus saillantes (2). 

Le Felis microtis, quoique de petite taille, paraît presque adulte, 
comme on peut s'en assurer par l'inspection de la tête osseuse. Sa 
longueur, mesurée en suivant la ligne médiane, depuis l'extrémité 
du museau jusqu'à l'origine de la queue, n'excède pas m ,47, et la 
queue n'a pas m ,2o. 

Cette espèce habite les montagnes des environs de Pékin et paraît 
se trouver jusqu'en Mongolie. 

Le Muséum d'histoire naturelle a reçu des mêmes régions, par 
les soins de M.Fontanier, la dépouille incomplète d'un autre Chat très- 
semblable au précédent par la nature et le mode de coloration de son 
pelage, mais dont la taille est plus grande. Malheureusement la plus 
grande partie des oreilles manque et la tête osseuse a été enlevée, 
de sorte qu'il m'a été impossible de caractériser ce Felis d'une manière 
suffisante. Sa longueur, mesurée de la manière ordinaire, est de m ,83 
pour la tête et le tronc, et de m ,32 pour la queue, dont la' portion 
subterminale est obscurément annelée. 

(1) Radde, Reisen in Sùden von Ost-Sibirien, Bd. I, pi. IV, Dg. 4. 

(2) Radde, op. cit., pi. IV, Ëg. 2 et 3. 



DE LA FAUNE M A MM A I.OGIQl E DE LA CHINE. 223 

Dans le catalogue manuscrit de la collection mammalogique du 
Muséum, ce Chat a été inscrit sous le nom provisoire de Felis decolorala; 
mais il est possible que les différences que je viens de signaler ne 
soient pas spécifiques, et que l'on reconnaisse un jour que cet animal 
n'est qu'une variété de grande taille du Felis mkrotis, dont je n'aurais 
eu qu'un petit individu. 

FELIS TRISTIS, nov. sp. 
(Voyez pi. XXXI ".) 

Cette espèce appartient, comme les précédentes, à la subdivision 
des petits Chats panthériens, mais elle est parfaitement caractérisée 
par la grandeur relative des taches dont sa robe est ornée, par la teinte 
générale du pelage, qui est d'un gris blanchâtre, et par sa taille relati- 
vement considérable. 

Les poils, comme ceux des autres Chats de Chine, sont longs, doux 
et bien fournis; leur partie basilaire est partout d'un gris ardoise clair, 
tirant très-légèrement sur le jaune. Mais cette teinte n'est pas visible 
extérieurement, à cause de la coloration de l'extrémité des poils, qui 
est, sur une longueur variable, tantôt entièrement blanchâtre, tantôt 
brune roussàtre ou noirâtre, avec la pointe claire. 

La tête est maculée de gris, de brun et de noir, d'une façon con- 
fuse et sans offrir ni lignes ou bandes bien dessinées, ni taches claires 
distinctes, excepté sur la partie postérieure des joues, où le gris jau- 
nâtre domine. 

Le dessous du menton et la portion adjacente du milieu du cou 
sont d'un blanc grisâtre sale. Sur la nuque et le dessus du cou il y a 
quatre bandes d'un brun roux mélangé de noir, qui. dans la région 
scapulaire, se continuent presque avec des taches correspondantes très- 
grandes et irrégulièrement bordées en arrière de brun noirâtre. Sur le 



22& ÉTUDES POUR SERVI» A L'HISTOIRE 

milieu du dos, des taches analogues, mais plus foncées, s'allongent 
davantage, et dans la région sacro-lombaire elles forment des bandes 
continues. 

Plus bas, sur les épaules, les flancs et la face externe des hanches, 
les taches, d'assez grandes dimensions, sont arrondies et cerclées de 
brun noirâtre. Cette disposition annulaire des maculatures se retrouve 
plus ou moins distinctement indiquée jusque sur les membres, et ce 
n'est que vers l'extrémité des pattes que la couleur devient uniforme. 
A la base du cou, les taches ne figurent que très-incomplétement 
l'espèce de collier que l'on retrouve chez la plupart des petits Chats 
panthériens ; elles sont disséminées irrégulièrement sur le devant de 
la poitrine et leur teinte est plus rousse que sur le reste du corps. La 
face inférieure du tronc est également maculée, et l'on remarque, vers le 
haut et en dedans des pattes antérieures, deux grandes taches brunes 
disposées comme d'ordinaire en manière de barres. La face interne des 
membres postérieurs offre un mélange confus de blanc grisâtre et de 
jaune brunâtre, sans qu'on puisse y distinguer des taches bien déli- 
mitées. 

Enfin, la queue, de longueur moyenne, est bien fournie, brune 
en dessus, et d'un gris jaunâtre en dessous dans son tiers antérieur; 
on remarque dans sa partie supérieure quelques taches plus foncées 
et assez indistinctes, qui, vers le bout, se confondent presque complè- 
tement entre elles. 



Longueur de l'animal depuis l'extrémilé du museau jusqu'à la base de 

la queue , 0,84 

Longueur de la queue 0,40 



La dépouille de ce Chat a été achetée à Pékin par M. Fonlanier. 
Elle provenait de l'intérieur de la Chine, mais ce voyageur ne put 
obtenir aucun renseignement plus précis sur sa provenance ; j'ajou- 
terai que la tète osseuse avait été retirée de la peau. 



DE LA FAUNE M AM M A LOGIQUE Dli LA CHINE. 225 

FELIS MANUL, Pallas. 

(Voyez pi. XXXI t.) 

Pallas, /Mi. , III. App., p. 692, n° 2. — Acta Pelropol. , t. V, p. 1 . — Zoographia rosso-asiatica, 
t.I, p. 2, pi. I. 

Cette jolie espèce de Chat n'est encore qu'imparfaitement connue, 
ce qui tient beaucoup moins à sa rareté qu'à la manière peu exacte 
dont elle a été représentée dans les planches de la Zoographie russo- 
asiatique de Pallas ; aussi j'ai cru utile d'en donner de nouveau la 
figure et la description. 

Ce Felis, un peu plus petit que notre Chat ordinaire, se fait remar- 
quer, entre toutes les espèces sauvages, par son mode de coloration, 
et surtout par la longueur, la douceur et l'abondance de son pelage. 
Le poil, d'un gris fauve à la base, devient bientôt d'un gris plus franc 
ei se termine par une pointe blanche qui donne à l'ensemble de la 
robe un aspect argenté. La partie antérieure de la face est d'un brun 
jaunâtre clair, mais la teinte jaune disparaît presque complètement 
sur les joues et sur le vertex, où elle est remplacée par du gris mêlé 
de petits points noirs. Ces derniers se réunissent plus ou moins sur 
les joues pour constituer une ligne qui descend sous les oreilles, et qui, 
après s être ensuite recourbée en bas, va se confondre avec la partie 
adjacente du plastron pectoral, dont j'aurai à parler plus loin. On 
remarque aussi une petite tache noire à l'extrémité de la face externe 
• les oreilles; mais sur la nuque, les épaules et la moitié antérieure du 
tronc, la teinte du pelage s'uniformise. Dans la région lombaire il 
existe un certain nombre de bandes transversales, noires, étroites et 
assez écartées ; les plus grandes descendent jusqu'à la partie inférieure 
■ lis flancs et sur la face externe des cuisses et des jambes, où elles se 
fondent avec la teinte grise générale. 

Ces bandes, très-caractéristiques de l'espèce que nous étudions 

29 



226 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

ici, n'ont pas été représentées sur les ligures qui accompagnent l'ou- 
vrage de Pallas. 

Le menton et la partie antérieure de la gorge sont d'un blanc 
sale; les parties latérales et inférieures du cou prennent une couleur 
d'un gris noirâtre quelquefois teinté de brun, ce qui constitue au devant 
de la poitrine un plastron plus foncé que le reste du corps. La même 
teinte s'étend entre la base des pattes de devant et sur presque toute 
la face ventrale du corps. Les pattes antérieures sont obscurément 
annelées par des bandes transversales plus ou moins complètes, qui, 
sur la face externe, existent jusque vers le bas, mais qui en dedans, où 
elles sont plus foncées, disparaissent à peu de distance de la poitrine. 
Les pattes et surtout les pieds sont d'un gris plus fauve que les autres 
parties. La queue est peu allongée et très-touffue; elle se termine par 
un flocon de poils noirs, et, dans le reste de son étendue, elle est assez 
régulièrement annexée par des bandes noires qui, au nombre de six, 
sont très-étroites et séparées entre elles par des espaces d'un gris 
jaunâtre très-pâle, excepté en dessous et vers l'extrémité, où la teinte 
noire tend à devenir uniforme. 

Le crâne du Manul se fait remarquer par sa forme élargie et par 
la forte saillie que fait la région interorbitaire relativement à la région 
nasale. Les os du nez, très-étroits dans leurs deux tiers postérieurs, 
s'élargissent brusquement vers le bout; enfin, les crêtes temporales 
sont très-écartées l'une de l'autre. 

Cette espèce, qui appartient, comme on le voit, à la section des 
petits Felis ebatiformes zébrés, ressemble plus à certaines variétés du 
Chat sauvage qu'à tout autre représentant du même genre, mais elle se 
distingue facilement par l'absence de toute trace de zébrure transver- 
sale sur le train de devant et de la bande dorsale noire qui, chez nos 
Chats, occupe d'ordinaire la région vertébrale. 

L'exemplaire que j'ai eu entre les mains était de petite taille, et 
ne mesurait, de l'extrémité du museau à la base de la queue, que 0,49 ; 



DE LA FAUNE MA 51 M A LOGIQUE DE LA CHINE. 227 

la queue avait 0,25. Les poils des flancs ont souvent près de 5 cen- 
timètres de long. 

La répartition géographique du Felis Manul paraît très-étendue. 
Ainsi les individus que Pallas a décrits provenaient de la région sibé- 
rienne ; l'exemplaire que M. Fonlanier a envoyé au Muséum de Paris 
avait été tué en Mongolie, près de la grande muraille, où il livre une 
guerre acharnée aux Spermopbiles, aux Gerboises et aux Gerbilles. 
Enfin, dans la collection inédite des dessins faits par le major Hodgson 
aux Indes, ce Chat se trouve représenté sous le nom de F. griseipectus, 
et il est indiqué comme provenant du Népaul. Un bel exemplaire, ori- 
ginaire de la même région, fait partie des collections du Musée Britan- 
nique (1). Il est donc évident que cette espèce se rencontre en Asie 
depuis la Sibérie septentrionale jusqu'à la chaîne de l'Himalaya. 

§ 18. — GENRE MACACUS 

MACACUS TCHELIENSIS. 

(Voyez pi. XXXII et XXXIII.) 

L'existence d'un Singe dans le nord de la Chine, pays situé à peu 
près sur la même ligne isothermale que Paris, est un fait très-remar- 
quable, et M. Fontanier, qui a résidé longtemps à Pékin, m'a assuré 
que l'animal dont je vais donner ici la description habite les montagnes 
situées à l'est de la province du Tché-li, et je l'ai désigné, pour cette 
raison, sous le nom de Macacus tcheliensis. Cette espèce, par les dimen- 
sions de sa queue, doit prendre place entre le M. erylhrœus, Schrœber, 
et le M. Cyclopis, Swinhoe, d'une part; le M. nemestrinus, Linn., et le 
M. speciosus, Temm., d'autre part. En effet, cet appendice égale à 
peu près la longueur du pied postérieur et est revêtu de poils longs et 
fournis; la queue <!u Rhésus et celle du M. Cyclopis sont relativement 

(1) Voyez Gray, Procetd. Zool. Soc. of London, 1S67, p. 87i. 



s 



228 ÉTUDES POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

plus longues et moins touffues. Chez le M. nemestrinus, le M. speciosus, 
Temrainck, le M. andamensis, Bartlett, le M. mourus, F. Guv. (1). le 
M. ocrealw, Ogilby, et le M. arctoides, F. Guv., elle est ou beaucoup 
plus courte, ou même presque rudimenlaire. 

Les poils sont doux, presque soyeux, épais et assez longs. La colo- 
ration générale du pelage est d'un fauve brillant un peu rougeàtre. Cette 
teinte est très-nettement marquée sur la moitié postérieure du corps; 
elle devient plus grise sur la région scapulaire ainsi que sur les côtés 
des joues, où le jaune disparaît graduellement ; la partie inférieure des 
joues, la gorge, la poitrine, le ventre et la face interne des membres 
sont presque complètement gris. La queue est d'un fauve jaune et 
brillant; le dessus des mains est d'un fauve grisâtre. La base des 
poils est partout entièrement grise; ce n'est que la partie terminale qui, 
sur le dos, les épaules, etc., se colore en jaune fauve. Les callosités 
ischiatiques ne présentent rien de particulier à noter. Enfin, les parties 
nues de la face sont, chez l'animal vivant, couleur de chair. 

Le seul individu de cette espèce que j'ai eu à ma disposition était 
une femelle pas complètement adulte, sa dernière molaire était encore 
à l'état de germe; aussi la boîte crânienne est-elle très-développée 
relativement à la face, les crêtes sourcilières et occipitale sont à peine 
marquées et les canines sont très-petites (2). Mais, à en juger par le vo- 
lume de la tête, ce singe devait atteindre à une taille assez grande, 
à peu près celle du M. nemestrinus, et chez les adultes les caractères 
crâniens doivent s'accentuer bien davantage. 

Longueur du corps mesurée du bout du museau à l'extrémité de la queue 

(en suivant les courbures du dos) 0,58 

Longueur de la queue 0,15 

Longueur de la main postérieure 0,145 

Longueur de la tête osseuse 0,1 15 

Largeur maximum. 0,074 

(1) Le Macacus inornatus de Gray ne parait différer en rien du M. Maurus de Fr. Cuvier. 

(2) Voyez pi. XXXIII. 



DE LA FAUNE M AMMA LOGIQUE DE LA CHINE. 229 

M. Gray a décrit en 1868, sous le nom de M. lasiolus (1), un Singe 
provenant du Sé-tchouan, qui, par sa coloration et sa l'orme générale, 
ressemble beaucoup au M. tclieliensis, mais s'en distingue par l'absence 
complète de queue, particularité considérée par ce savant comme étant 
évidemment normale (the want of the tail is evidently a natural defi- 
ciency). Je n'ai donc pas hésité à regarder comme nouvelle l'espèce du 
nord de la Chine, et je l'ai désignée sous le nom de M. tcheliensis dans 
l'explication des planches de la 5 e livraison de cet ouvrage publiée 
en 1870. Mais aujourd'hui je suis disposé au contraire à considérer ces 
animaux comme appartenant au même type spécifique, car M. Sclater, 
en examinant l'individu qui avait servi de type à la description de 
M. Gray et qui venait de mourir au Jardin zoologique de Londres, re- 
connut que la queue en avait été coupée au niveau de la troisième 
vertèbre coccygienne. Il est donc fort possible que les dimensions nor- 
males de cet organe soient les mêmes que chez le Macacus tcheliensis, 
et. s'il en était ainsi, il n'y aurait aucun motif suffisant pour établir 
une distinction entre ces animaux. 

(I ) Gray, Proceedings ofthe Zoological Society of London, 1 868, p. 60, pi. VI. 

.Alpd. Milne Edwards. 



MEMOIRE 

SUR LX 

FAUNE MAMMALOGIQUE DU TIBET ORIENTAL 

ET PRINCIPALEMENT DE LA PRINCIPAUTÉ DE MOUPIN 



§ 1- 

La principauté indépendante de Mou pin, dont je me propose d'étu- 
dier ici la l'aune mammalogique, est à peine connue des géographes; 
elle ne ligure même pas sur la plupart de nos cartes de l'Asie orientale; 
mais, à raison de ses productions naturelles, ce pays mérite de fixer à un 
haut degré l'attention des zoologistes. Moupin est compris dans la 
région tibétaine qui touche à la portion méridionale de la frontière 
occidentale de la Chine et qui est habitée par les peuplades Mantzes; il 
se trouve entre le Kokonoor, le pays de K'ham et le Lhassa. II est séparé 
du Népaul. du Boutan et de l'Assam par les pics les plus élevés de 
l'Himalaya, mais il se rattache à ce dernier massif et il est couvert de 
hautes montagnes : aussi, quoique sous la même latitude que l'Egypte, 
Moupin est-il, sur ses sommités, couvert de neiges perpétuelles, et même 
dans ses parties basses les hivers y sont d'une rigueur extrême. Aucun 
naturaliste n'avait encore visité cette région, quand M. l'abbé Armand 
David, après avoir séjourné plusieurs années à Pékin et exploré la 
Mongolie chinoise, alla s'établir dans la principauté de Moupin, au 
milieu d'une des grandes vallées, à 2129 mètres au-dessus du niveau 
de la mer. 

Dans le voisinage immédiat de cette station s'élève le Hong -chaa -tin , 



232 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

montagne de plus de 5000 mètres d'altitude; mais vers le nord et le 
sud-ouest, il existe d'autres cimes neigeuses à côté desquelles le Hong- 
chan-tin ne semble qu'une colline. C'est dans ce pays inhospitalier que 
M. A. David passa près d'une année, et forma pour le Muséum d'histoire 
naturelle de Paris de magnifiques collections. L'ignorance complète 
où nous étions jusque-là de la l'aune du Tibet oriental ne nous permet- 
tait pasd'espérery trouverdes richesses zoologiques aussi considérables 
que celles que nous devons aux découvertes de notre hardi et savant 
missionnaire. Malgré l'état de sa santé, gravement compromise à la 
suite de plusieurs tentatives d'empoisonnement dont il avait été l'objet, 
malgré les difficultés de toutes sortes qui entravèrent ses recherches, 
il a su déployer dans ses explorations tant d'activité, d'intelligence et 
d'abnégation, que quelques mois lui ont suffi pour rendre aux sciences 
naturelles des services inappréciables, et je suis heureux de pouvoir être 
ici l'interprète des sentiments de reconnaissance que les zoologistes ont 
éprouvés pour lui en voyant réunis dans une des salles des galeries du 
Muséum les résultats matériels de son voyage (1). 

Ce sont les Mammifères recueillis dans le Moupin et dans les 
parties adjacentes de la Chine méridionale que je me propose d'étudier 
dans ce travail : plusieurs de ces animaux appartiennent à des types 
zoologiques très-remarquables et jusqu'ici complètement inconnus; ce 
n'est qu'après les avoir passés en revue que je résumerai les principaux 
traits de cette partie de la faune tibétaine, et que j'établirai les rap- 
ports qu'elle peut présenter avec celle des contrées voisines. 



(1) 1/adminisLration du Muséum a fait au mois d'aoûl 4 871 une exposition publique des 
collections formées par M. l'abbé A. David, [soit dans le nord de la Chine, soit dans le Sé- 
l chouan et le Moupin, et, en la visitant, on ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'aucun voyage 
d'exploration n'avait jamais fourni autant d'objets intéressants. 



MAMMIFÈRES DÛ TIBET. 233 

§ 2. — GENRE RHINOPITHECUS. 
RHIXOPITHECUS ROXE LL ANiE. 

(Voyez pi. XXXVI et XXXVII.) 

Semsopitheccs Roxellan^, Alphonse Milne Edwards, Comptes rendus des séances de l'Académie 
desscienes, 1870, t. LXX, p. 34t. 

De tous les Quadrumanes, cette espèce est sans contredit celle qui 
résiste le mieux aux froids les plus rigoureux ; elle habite les forêts des 
hautes montagnes qui couvrent les parties occidentales de la princi- 
pauté de Moupin, dans le district de Yao-tchy et jusqu'au Kokonoor, là 
où la neige persiste pendant plus de la moitié de l'année. D'après les 
renseignements transmis à M. l'abbé A. David par les chasseurs qu'il 
envoyait à la recherche des animaux sauvages, ces Singes vivraient en 
bandes nombreuses, toujours perchés sur les plus grands arbres ; ils 
se nourrissent de fruits, de bourgeons, et au besoin de feuilles et des 
jeunes pousses du Bambou sauvage. J'avais rapporté cette espèce au 
genre Semnopithèque à la suite d'un examen rapide de quelques peaux 
et de crânes que le Muséum reçut en 1870. Mais l'étude que j'ai pu faire 
depuis d'un squelette entier et de plusieurs individus empaillés m'a 
montré que les différences de proportions qui existent entre ce Singe et 
les Semnopithèques sont trop considérables pour permettre de rapporter 
ces animaux à un seul et même genre, et m'a déterminé à former pour 
cette espèce une nouvelle division générique que je proposerai d'ap- 
peler Rhinopithecus, nom qui rappelle une des particularités les plus 
frappintes de son organisation extérieure. 

Lesmembres du Ehinopilhèque, au lieu d'être longs et grêles comme 
ceux des Semnopithèques, sont courts, gros, trapus et fortement mus- 
clés ; enfin le corps est très-massif. Or, on sait que lorsque Frédéric 
Olivier proposa l'établissement du genre Semnopithecus pour recevoir 

30 



23'l MAMMIFÈRLS DU XI BUT. 

Je Cimepaye {S. melalophos), l'Entelle (S. Entellus) et le Tcliincou 
(S. Mourus), il prit surtout en considération les caractères tirés de la 
longueur relative des membres, et cet auteur ajoute : « Avec le même 
nombre et les mômes espèces de dents que les Guenons, le Cimepaye a 
sa dernière molaire inférieure terminée par un talon simple, et diffé- 
rent par là du talon double qui termine la dernière molaire inférieure 
des Macaques et des Cynocéphales. Tous ses membres, c'est-à-dire ses 
jambes et ses doigts, sont en outre d'une longueur disproportionnée 
comparativement aux dimensions de son corps, excepté le pouce des 
mains antérieures, qui est placé fort en arrière et qui est très-court, 
et la queue participe aux dimensions grêles et allongées des membres. » 
Plus tard on découvrit que ces Singes se faisaient aussi remarquer par 
la complication de leur estomac pluriloculaire et par l'absence d'aba- 
joues, de telle sorte qu'il est peu de genre de Quadrumanes qui soit 
aussi nettement caractérisé. Je ne possède malheureusement aucun 
renseignement sur la disposition du tube digestif du Rhinopilhèque ; 
mais on peut déduire, de l'absence des abajoues, que son estomac doit 
ressembler à celui des Semnopithèques. La dernière molaire inférieure, 
de même que chez ces derniers Singes, (st pourvue d'un talon simple, 
mais nettement indiqué. Les caractères distinctifs de ce nouveau 
genre reposent donc essentiellement sur les proportions générales du 
corps et sur la singulière disposition de son appendice nasal, dont l'ex- 
trémité se relève vers les yeux. 

La portion de la colonne vertébrale comprise entre la tête et le 
bassin est relativement courte, de telle sorte que les deux ceintures 
osseuses se trouvent beaucoup plus rapprochées que dans le genre 
Semnopitheciis. 

11 n'existe pas de disproportion notable entre la longueur des 
membres postérieurs et celle des membres antérieurs. En effet, si l'on 
compare leurs dimensions à celle delà colonne vertébrale, mesurée de 
l'atlas au sacrum et comptée pour 100 parties, on trouve pour le mem- 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 9-3Ô 

bre thoracique 120, et 149 pour le membre pelvien; tandis que chez 
l' En telle ce dernier est notablement plus développé, puisqu'il mesure 
environ 169, le membre antérieur ayant 123,9. La queue, rapportée à 
la même unité de longueur, n'est comptée que pour 167 ; au contraire, 
dans l'espèce que je viens de citer, elle a 238. Ces chiffres montrent d'une 
manière très-nette les différences profondes qui existent entre le plan 
général de la charpente solide du Rhinopithèque et celui que l'on 
observe d'ordinaire chez les Semnopithèques. A ce point de vue, notre 
Singe du Thibet se rapprocherait de l'espèce fossile de Pikermi désignée 
par Wagner sous le nom de Mesopithecus pentelicus , et dont M. Gaudry a pu 
réunir presque tous les os du squelette. Je n'ai cependant pu faire rentrer 
le R. Roxellanœ dans le genre Mesopithecvs, car dans ce dernier la tête est 
petite et reproduit presque exactement les mômes caractères que chez 
l'Enlelle, tandis qu'il ressortira de la suite de cette description que la 
tète du Rhinopithèque est conformée d'une manière toute particulière; 
enfin le Singe de l'ancienne Grèce était plus grêle et moins lourd de 
formes que celui des montagnes du Tibet. 

La cage thoracique du Rhinopithèque est courte, mais très-dé ve- 
loppée dans le sens vertical et dans le sens horizontal. L'omoplate se 
prolonge beaucoup en arrière, de telle sorte que la fosse sous -épineuse 
destinée à l'insertion des muscles abaisseurs et rotateurs des bras pré- 
sente une étendue considérable. L'épine scapulaire est forle et tres- 
saillante; le bord antérieur de l'omoplate se dilate beaucoup dans sa 
partie supérieure, formant ainsi une expansion dont on aperçoit à peine 
des traces chez le Doue, l'Entelle et la plupart des autres Semnopithè- 
ques; enfin l'acromion est excessivement allongé. La clavicule constitue 
un solide arc-boutantqui s'étend presque en ligne directe de l'omoplate 
au sternum. 

L'humérus est comparativement très-long, il dépasse l'avant-bras, 
tandis que chez les Semnopithèques on observe un rapport inverse ; la 
coulisse bicipitale est profonde et la crête delloïdienne très-prononcée. 



23'5 MAMMIFÈRES DU TJBET. 

Dans sa partie inférieure, cet os est légèrement arqué en dehors et il 
s'élargit beaucoup dans sa portion articulaire. Le radius présente une 
forte courbure à convexité antérieure, d'où il résulte que l'espace 
interosseux acquiert une largeur considérable. La main est large, 
robuste, mais moins allongée que chez l'Entelle, le Doue, le Cimepaye et 
les autres représentants du môme genre ; le pouce est très-réduit, sa 
phalange unguéale dépasse à peine l'extrémité du deuxième métacar- 
pien. Les phalanges, surtout la première, sont très-arquées, de façon 
à pouvoir se mouler plus exactement sur les branches, au milieu des- 
quelles vit ordinairement le Rhinopithèque; les métacarpiens sont 
courts et presque droits. 

Le bassin est grand et s'élargit beaucoup en avant, dans toute la 
portion occupée par les fosses iliaques. L'échancrure sciatique est plus 
profonde que chez les Semnopithèques, et les tubérosités ischiati- 
ques s'aplatissent et offrent une surface rugueuse correspondant aux 
callosités et disposée comme chez ces derniers animaux. Le fémur est 
remarquablement robuste et dépasse en longueur le tibia; le grand 
trochanter est très-saillant et présente aux muscles de la région pel- 
vienne une large surface d'insertion. Le tibia est court et trapu ; son 
bord antérieur est très-prononcé, surtout vers l'extrémité supérieure, 
qui paraît arquée en avant. Le péroné n'offre rien de particulier. La 
main postérieure est plus longue que la jambe, rapport inverse de celui 
qui existe chez les Semnopithèques. Les métatarsiens sont très-dévelop- 
pés; les phalanges, comparativement à ces derniers, sont assez courtes 
et arquées, à concavité inférieure. Le pouce est long et atteint l'extré- 
mité de la première phalange de l'index. 

Sous le rapport du développement cérébral, le Rhinopithèque de 
Roxellane estmieux partagé que tous les autres Singes, appartenant, soit 
au genre Macaque, soit même au genre Semnopithèque. Eneffet, la face 
est petite, peu avancée, il n'y a qu'un faible prognathisme, tandis que la 
boîle crânienne est très-large et s'étend beaucoup d'avant en arrière. 



MAMMIFÈRES DU J'IBliT. "237 

Les crêtes temporales sont plus écartées que chez les Semnopithecus 
Nemœus, nigiipes, et surtout que chez le S. Entellus. L'os frontal, au lieu 
de n'occuper environ que la moitié du crâne, se prolonge davantage en 
arrière jusque vers le tiers postérieur de celui-ci, et il s'articule avec les 
pariétaux par une suture à peine engrenée. La plus grande largeur de 
la boite crânienne s'observe au niveau de la région mastoïdienne. L'oc- 
cipital est aussi très-élargi et peu bombé. Le basi-occipital est presque 
quadrilatère, et il ne se rétrécit pas, comme chez les Senmopithèques, 
on se rapprochant du sphénoïde. Les bulles auditives se terminent en 
dedans par une extrémité pointue; leur surface estaplatie et l'apophyse 
styloïde est plus longue que dans les genres voisins. Les arcades 
zygomatiques n'offrent rien de particulier à noter. L'aile externe de 
l'apophyse ptérygoïde est peu développée, etc'està peine si elle s'appuie 
sur les caisses auditives, ce qui se fait toujours largement chez le Doue. 
lEntelle, le Maure. 

La face est profondément déprimée dans sa portion nasale, ce qui 
lui donne unaspect très- particulier. Effectivement, chez le Doue, l'Entelle 
le Semnopithèqueaux pieds noirs, le Mitre etle Maure, celte partie de la 
tète s'étend, suivant une ligne presque directe, du front au bord incisif 
de l'os inter maxillaire, sans présenter l'enfoncement si remarquable 
du Rhinopithèque ; les orbites sont presque rondes, à bords très-épais, 
sans traces d'échancrures en haut et en dedans. Les pommettes sont 
très-saillantes, et au-dessous la région maxillaire offre une forte dépres- 
sion. Les os du nez sont extrêmement réduits et tendent môme à com- 
plètement disparaître ; tantôt ils apparaissent comme de très-petites 
lamelles médianes, tantôt les apophyses montantes des maxillaires 
supérieurs s'engrènent directement l'une à l'autre. Chez les jeunes 
individus, les os intermaxillaires remontent de façon à entourer com- 
plètement l'ouverture des fosses nasales et, s'unissent, soit aux os 
nasaux, quand ils existent, soit entre eux ; mais généralement, chez 
les Rhinopithèques arrivés à leur entier développement, ces os restent 



238 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

appliqués sur les maxillaires etne remontent même pas jusqu'à la ligne 
médiane. L'ouverture des fosses nasales est beaucoup plus grande que 
chez aucun Semnopithèque. La portion alvéolaire de l'os incisif est 
épaisse et forte. 

Les dents sont, comparativement à la grosseur de la tête, très-déve- 
loppées. Les canines des mules sont aiguës, longues et tranchantes en 
arrière; chez les femelles elles sont très-courtes et dépassent à peine 
les autres dents. Les molaires sont plus larges et plus mamelonnées 
que celles des Semnopithèques. La dernière de la mâchoire inférieure 
porte en arrière un talon bien développé et semblable à celui qui 
caractérise la dentition de ces derniers. Le maxillaire inférieur est 
remarquablement élevé et épais, surtout dans sa portion symphysaire ; 
il est dans ce point plus haut qu'au niveau des dernières molaires, 
tandis que le contraire a lieu chez les Semnopithèques; il est d'ailleurs 
à remarquer que cette force de la mâchoire augmente beaucoup avec 
l'âge. L'angle postérieur de l'os est très-fuyant et placé sur une ligne 
bien antérieure au condyle. 

Les caractères extérieurs de cette espèce sont d'autant plus accu- 
sés que ces animaux sont plus avancés en âge. La fourrure devient alors 
plus longue et plus épaisse; les teintes en sont plus vives, les membres 
sont plus vigoureux et le nez plus saillant et plus retroussé. Sur un 
mâle arrivé à son complet développement, et ayant l m ,W) du bout du 
museau à l'extrémité de la queue, les poils des épaules et de toute la 
portion dorsale du tronc sont très-longs et mesurent quelquefois plus de 
1 centimètres. Sur le dessus de la tête et sur les membres, le pelage 
est plus ras. Il est à remarquer qu'il n'y a pas de duvet; mais les poils, 
très-doux, très-soyeux et très-abondants, constituent une fourrure 
épaisse qui suffit parfaitement pour protéger ces animaux contre un 
froid très-rigoureux. 

La face est courte et colorée en vert de turquoise, au milieu duquel 
se détachent les yeux, qui sont assez grands et à iris châtain. Le nez est 



MAMMIKÈKES DU TIliliT. 239 

très-relevé, se termine par une petite pointe et figure comme deux 
sortes de follicules. D'après les renseignements qui m'ont été four- 
nis par M. l'abbé David, il paraîtrait que, chez les vieux individus, 
cet appendice se développe beaucoup en se relevant vers le front, qu'il 
touche presque. La peau verdàtre qui entoure les yeux, le nez et le 
museau est presque nue, mais elle est encadrée par une bordure épaisse 
de poils qui occupent les joues, les pommettes, les arcades surcilières; 
et vont se rejoindre sur la ligne médiane au-dessus de la racine du nez; 
une petite bande de poils se détache même au-dessous des pommettes 
et s'avance vers le nez, séparant ainsi du museau l'espace circumorbi- 
taire. Ces poils sont d'un jaune ferrugineux brillant, sur lequel se 
détachent quelques poils sourciliers plus longs et noirâtres ; cette teinte 
jaune se prolonge latéralement jusqu'au devant des épaules, en enca- 
drant les oreilles, dont la couleur est un peu plus claire, puis elle se pro- 
longe sous le menton, la gorge, la face interne des membres antérieurs. 
Elle se mélange sur le front de poils plus foncés, à extrémité noirâtre, 
qui deviennent beaucoup plus abondants sur le dessus et en arrière de 
la tète, et constituent une sorte de calotte d'un noir tirant sur le gris et 
mélangé de reflets ferrugineux. Sur ce point les poils sont dirigés d'avant 
en arrière, et suivent par conséquent le sens de ceux du reste du corps, 
sans se relever d'une façon appréciable. Sur la nuque et la portion 
supérieure des épaules, on remarque la même coloration ; mais bien- 
tôt, sur le dessus du corps, à partir de la région scapulaire, l'extrémité 
des poils devient d'un gris jaunâtre clair très-brillant, produisant des 
reflets argentés; cette teinte s'accentue davantage à mesure qu'on 
s'approche de la partie postérieure du tronc. Sur la partie latérale des 
épaules, on retrouve encore des poils de même nature, mais ils sont plus 
foncés; ils garnissent aussi la face externe des membres antérieurs. Sur 
le devant des cuisses et des jambes, on remarque une bande d'un gris 
jaunâtre. Les fesses et la partie postéro-externe des cuisses sont au 
contraire d'un jaune très-clair; en dedans des cuisses et des jambes, la 



240 MAMMIFÈRES DU TIIÏliT. 

teinte ferrugineuse s'accentue davantage et s'étend sur le dessus du 
pied, où elle acquiert une intensité plus grande et comparable à celle 
des côtés du cou. Les poils qui garnissent en dessus les mains anté- 
rieures sont d'un jaune plus gris et moins ardent. Le pouce y est extrê- 
mement court, comme chez les Semnopithèques. 

La face inférieure du corps est d'un gris très-clair légèrement 
nuancé de jaune, à peu près de la couleur des régions iscbiàtiques. Les 
callosités sont peu saillantes. La queue est forte, touffue et d'un gris 
foncé à la base, et d'autant plus mélangé de jaune grisâtre, qu'on s'ap- 
proche davantage de l'extrémité, qui est entièrement de cette dernière 
couleur etconstituée par des poils assez longs. 

Sur une femelle adulte que possède aussi le Muséum, on retrouve 
à peu près exactement les mêmes caractères, mais la teinte d'un jaune 
ocreux des parties latérales du cou se trouve ici mélangée d'un grand 
nombre de poils grisâtres ; sur le dos, les poils atteignent jusqu'à près 
de 15 centimètres de long; enfin la queue est presque aussi foncée à 
son extrémité qu'à sa base. 

Sur une autre femelle plus jeune, la calotte noirâtre est beaucoup 
plus étroite, beaucoup moins bien dessinée; la coloration gris jaunâtre 
des parties latérales de la tête et du cou s'étend notablement au 
dessus et en avant des oreilles. Il existe aussi de chaque côté de la face 
des poils noirâtres qui forment des favoris et dont on n'aperçoit aucune 
trace chez le vieux mâle. La teinte ocreuse y est généralement très- 
peu intense et partout tirant sur le gris; chez d'autres individus plus 
jeunes encore, la calotte foncée tend à disparaître de plus en plus 
complètement, et l'on ne voit plus sur ce point que quelques poils à 
extrémité foncée et plus longs que chez les adultes. Les teintes tendent 
d'ailleurs à s'uniformiser, et l'on ne retrouve plus cette coloration d'un 
jaune ocreux si brillant dont j'ai signalé l'existence chez le vieux mâle, 
et qui est remplacée par un gris jaunâtre se mariant insensiblement 
avec la teinte plus foncée des parties supérieures du corps. J'ajouterai 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 241 

aussi que, dans le jeune âge, la face et le dessus des mains sont plus 
poilus. 

Les habitants du Tibet désignent cette espèce sous le nom de 
Kin-tsm-heou : ce quiveut dire Singe brun doré. Ils en emploient la four- 
rure pour traiter les rhumatismes, de façon qu'il est assez difficile de 
s'en procurer. 

DIMENSIONS DES DIVERSES PARTIES DU SQUELETTE D'UN MALE TRÈS-ADULTE 

Longueur depuis le bout du museau jusqu'à la naissance de la queue. . . m ,71 

Longueur de la queue 0,61 

Longueur de la tête 0,133 

Longueur des arcades sourcilières à l'occiput 0,103 

Longueur des arcades sourcilières au bord incisif 0,045 

Largeur maximum du crâne en dehors des arcades zygomatiques 0,098 

Largeur maximum de la boîte crânienne 0,078 

Largeur de la canine 0,022 

Hauteur de la symphyse du menton 0,040 

Hauteur de la mâchoire inférieure au niveau de la première vraie molaire. 0,033 

Écartement des canines supérieures mesuré en dehors à leur base 0,037 

Ecartement minimum des crêtes temporales 0,043 

Écartement maximum. 0,049 

Largeur de la face mesurée en dehors des orbites 0,085 

Longueur de la clavicule 0,087 

Longueur maximum de l'omoplate 0,013 

Largeur maximum 0,103 

Longueur de l'épine scapulaire jusqu'à l'extrémité de l'acromion 0,088 

Longueur de l'humérus 0,1 99 

Largeur de l'extrémité articulaire inférieure 0,036 

Longueur du radius 0,188 

Longueur du cubitus 0,222 

Longueur du pouce 0,053 

Longueur du deuxième doigt 0,104 

Longueur du troisième doigt 0,122 

Longueur du quatrième doigt 0,119 

Longueur du cinquième doigt 0,105 

Longueur de la phalange unguéale du troisième doigt 0,013 

Longueur de la deuxième phalange 0,026 

Longueur de la troisième phalange 0,039 

Longueur du troisième métacarpien 0,044 

Longueur du bassin 0,168 

31 



242 



MAMS11FÈRLS DU TIBl-f. 



Largeur maximum du bassin 0,137 

Largeur au nheau des échancrures sciatiques 0,088 

Largeur au niveau des tubérosilés ischiatiques 0,080 

Largeur maximum de l'os iliaque au niveau des fosses iliaques 0,058 

Largeur au niveau des échanciures sciatiques 0,013 

Longueur de la symphyse pubienne 0,059 

Longueur du fémur 0,23a 

Largeur de l'extrémité articulaire supérieure 0,048 

Largeur de l'extrémité inférieure 0,043 

Longueur du tibia 0,20 

Longueur du péroné 0,194 

Longueur du calcanéum 0,04 "> 

Longueur du pouce 0,070 

Longueur du deuxième orteil 0,121 

Longueur du troisième orteil 0,142 

Longueur du quatrième orteil 0,140 

Longueur du cinquième orteil 0,123 

Longueur de la troisième phalange du troisième doigt 0,015 

Longueur de la deuxième phalange 0,028 

Longueur de la troisième phalange - 0,037 

Longueur du troisième métatarsien 0,062 



DIMENSIONS COMPARATIVES DES DIFFÉRENTES PARTIES DU SQUELETTE CHEZ LE RHINOPITHÈQUE 

ET CHEZ LES SEMN0P1THÈQUES. 



Longueur de la colonne vertébrale mesurée 
de l'atlas au sacrum 

Longueur de la queue mesurée depuis la 
première vertèbre sacrée 

Longueur du fémur 

Longueur du tibia 

Longueur du pied 

Longueur de l'humérus 

Longueur du radius 

Longueur du cubitus 

Longueur de la main 

Longueur totale du membre postérieur. . . . 

Longueur totale du membre antérieur. . . 

Longueur du bassin 

Largeur maximum de la tête 

Longueur maximum de la tète 



RliLunpilh. eus HoullaDX. 



.1 ï 



0,43 

0.72 

0,234 

0,20 

0,208 

0,199 

0,188 

0,222 

0,130 

0,642 

0,517 

0,108 

0,098 

0,133 



100 

167 
54 
46,5 
48 

46,27 
43,6 
51,6 
30,2 

149,3 

120 
39 
22,7 
30,9 



Scmno|iilliKus [atelluv 



0,31 

0,74 

0,183 

0,187 

0,155 

0,133 

0,145 

0,156 

0,103 

0,525 

0,384 

0,128 

0,076 

0,107 



100 

238,7 
59,0 
60,3 
50 
42,9 
46,7 
50,3 
34,1 
109,3 
123,9 
41,3 
24,5 
3 '1,2 



Scmaiipjlh eus Nemaui-. 



0,36 

0,76 

0,217 

0,19 

0,167 

0,164 

0,191 

0,206 

0,130 

0,574 

0,485 

0.14 

0,074 

0,112 



100 

211 
60,2 
52,6 
49 
45,5 
53 
57,3 
36,1 
159,4 
134,7 
38,9 
20,5 
31, î 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 



2'i3 



DIMENSIONS DE LA TÊTE OSSEUSE DU RH1NOPITHÈQUE. 



Longueur de la tèle osseuse mesurée du bord antérieur 
du trou occipital an bord incisif 

Longueur totale de la tète 

Longueur de la voûte paljtine 

Longueur du bord du trou auditif au bord incisif 

Longueur de la boîte crânienne 

Largeur du crâne à la racine des arcades zygomatiques. 

Largeur minimum du crâne en arrière des orbites 

Écartement minimum des crêtes temporales 

Largeur de la face mesurée en dehors des orbites 

Grand diamètre de l'ouverture antérieure des fosses nasales 

Petit diamètre 

Largeur de la série des incisives supérieures 

Largeur de la mâchoire mesurée en dehors de la base 
des canines 

Longueur de la canine hors de l'alvéole 

Longueur de la série des molaires 

Écartement des dernières molaires, mesuré en dedans. . 

Ecartement des premières molaires 

Longueur totale de la mâchoire inférieure 

Hauteur de la branche horizontale au niveau de la der- 
nière molaire 

Hauteur au niveau de la première molaire 

Longueur de la symphyse 

Hauteur de la branche montante 

Ecartement des conJyles mesuré en dehors 

Largeur de la série des incisives inférieures 

Longueur de la canine 

Longueur de la série des molaires 



0,OS2 

0,119 
0,045 
0,087 
0,090 
0,076 
0,051 
0,039 
0,076 
0,023 
0,015 
0,020 

0,033 
0,020 
0,033 
0,019 
0,022 
0,080 

0,023 
0,028 
9,035 
0,054 
0,075 
0,016 
0,015 
0,040 



ess§ 

(. U m 
» es 



0,081 

0,116 
0,045 
0,085 
0,090 
0,073 
0,051 
0,036 
0,076 
0,020 
0,015 
0,019 

0,030 
0,007 
0,033 
0,021 
0,020 
0,079 

0,023 
0,026 
0,031 
0,051 
0,074 
0,015 
0,009 
0,039 



0,069 

0,106 
0,040 
0,072 
0,085 
0,069 
0,050 
0,040 
0,071 
0,017 
0,012 
0,020 

0,027 
0,009 



0,018 
0,069 



0,021 
0,026 
0,049 
0,069 
0,015 
0,009 
0,039 



0,055 

0,090 
0,030 
0,057 
0,078 
0,061 
0,047 
0,044 
0,057 
0,015 
0,009 
0,015 

0,019 
0,005 



0,014 
0,057 



0,016 
0,021 
0,034 
0,057 
0,011 
0,005 



(1) Chez ce Rhinopilhèque, les cinquièmes molaires ne sont pas encore complètement sorties. 

(2) Chez cet individu, les deux dernières molaires sont encore cachées. 



24/4 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

§ 3. — GENRE MACACUS. 
MACACUS TI BETA NUS. 

(Voyez pi. XXXIV et XXXV.) 

Alph. Milne Edwards, Comptes rendus de l'Académie des sciences, M février 1870, 

t. LXX, p. 341. 

Cette grande espèce de Macaque se rencontre dans Les montagnes 
de la principauté de Moupin, où l'on ne la trouve que sur les côtes 
boisées les plus inaccessibles et couvertes de neige pendant près de 
la moitié de l'année. Ces Singes vivent par petites bandes qui par- 
courent avec la plus grande agilité les rochers escarpés et se retirent 
dans des cavernes, comme les Magots le font en Algérie. Autrefois ils 
étaient beaucoup plus communs, et un vieux chasseur se vantait, 
auprès de M. l'abbé David, d'en avoir tué pour sa part de sept à huit 
cents; mais comme les Chinois leur font une guerre active, ils 
deviennent de plus en plus rares. Par la brièveté de sa queue et la 
longueur de ses poils, cette espèce ressemble à Ylnuus Pitheciis, mais 
elle s'en éloigne par ses formes plus massives et par le développement 
de la portion faciale de sa tête. 

Ce Singe est peut-être, de tous les Macaques, celui qui atteint 
la taille la plus élevée. Un mâle adulte (1), tué par M. l'abbé David, 
mesure de l'extrémité du museau à la base de la queue, en suivant 
les courbures du dos, m ,80. Ses membres robustes et l'allonge- 
ment de sa face lui donnent quelque ressemblance avec certains 
Cynocéphaliens, et particulièrement avec les Mandrills. La tête est 
excessivement forte, comparée aux autres parties du corps. La 
face est presque nue; elle est couleur de chair et marbrée de rose 

(I) Voyez il. XXXIV. 



MAMMIFÈRES DU TIRET. 2/j5 

foncé dans sa région circumorbitaire ; elle devient brunâtre au voi- 
sinage du nez et de la bouche. Les yeux sont petits et l'iris en est 
d'un brun jaunâtre. Les poils des côtés de la tète sont extrême- 
ment longs, et forment des favoris touffus d'un blanc grisâtre 
brillant, l'extrémité seule de quelques-uns des poils présentant une 
teinte d'un brun foncé; sur le front et le dessus de la tête ils sont au 
contraire courts et prennent une couleur d'un brun fauve terne. 
Sur la nuque, le dessus des épaules et la partie supérieure du tronc, 
cette couleur devient plus foncée , les poils y sont très-longs et 
mesurent de m ,08 à m ,09. Les membres sont un peu plus clairs; 
leur face interne est poilue, ainsi que la face inférieure du corps, dont 
la teinte est d'ailleurs d'un gris blanchâtre. Les mains antérieures 
sont petites ; les mains postérieures, relativement plus grandes, sont 
très-velues, leur face inférieure est couleur de chair et irréguliè- 
rement marquée de brun. La queue est excessivement courte, elle 
mesure (avec les poils) seulement m ,10 , c'est-à-dire un huitième de 
la longueur du corps ; elle a une forme conique, est plus foncée en 
dessus qu'en dessous, et L'animal la tient d'ordinaire relevée. Les 
callosités ischiatiques sont grandes et nettement limitées. 

La femelle, bien qu'adulte, est notablement plus petite ; elle mesure 
CP,6u du museau à l'extrémité de la queue, celle-ci ayant à peine 
m ,06. Les favoris, si développés chez le mâ'e, sont ici beaucoup moins 
longs. Le pelage est d'une teinte générale un peu plus brune, il est 
plus doux et plus fourni ; sur la face inférieure du corps et le dedans 
des membres , le pelage, au lieu d'être gris, est jaunâtre. 

La tête osseuse indique une très-grande force et un naturel 
brutal (l). Chez le mâle, les crêtes musculaires prennent un tel 
accroissement, que la portion crânienne revêt une grande ressem- 
blance avec celle du Gorille. Les crêtes sourcilières sont en effet 

(l) Voyez pi. XXXV: 



246 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

très-épaisses et très-élevëes. La crête sagittale constitue comme une 
sorte de cimier qui, par places, atteint près de m ,01 de hauteur; 
la crête occipitale est encore plus développée, et forme une véritable 
corniche autour de la partie postérieure de la boîte crânienne : il 
en résulte que les fosses temporales sont très-profondes et très-net- 
tement circonscrites. Chez la femelle, les arcades sourcilières sont 
aussi très-hautes et épaisses, mais, bien que les crêtes sagittale et 
occipitale soient bien dessinées, elles ne s'élèvent pas au-dessus du 
crâne. 

La tête osseuse de l'espèce découverte en Cochinchine par Diard, 
et décrite par Is. Geoffroy sous le nom de Macacus arctoides (1), présente 
avec celle du M. tibetanus certaines analogies, mais la portion orbitaire 
de la face est presque verticale, tandis que chez le Singe du Moupin 
elle est régulièrement oblique. Les caisses auditives sont arrondies, 
et le basi-occipilal est assez resserré entre elles ; au contraire, chez 
le M. tibetanus, les caisses sont aplaties et peu développées, aussi 
l'os basi -occipital est-il beaucoup plus large. Je n'insisterai pas 
davantage sur les particularités de détail qu'on peut observer sur 
la tête osseuse de ce Singe, car, dans le groupe des Macaques, 
les caractères de cette partie du squelette se modifient tellement 
suivant l'âge et le sexe, qu'il est presque impossible d'établir quelles 
sont les limites que ces variations peuvent atteindre chez une même 
espèce. Le tableau suivant permettra de bien saisir l'étendue des 
différences de proportions de la tête qui existent entre l'espèce du 
Moupin, le Magot, le Maimon, l'Ursin, le Bonnet chinois et le 
Macaque ordinaire. 

(1) Le Macaque ursin, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Zoologie du voyage de Bélanger, 
1 830, et Catalogue de la collection des Mammifères du Muséum d'histoire naturelle de Paris, 1851, 
page 3 1 . 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 



247 



Longueur de la tê'e osseuse mesurée du bord anlérieur 
du trou occii'ilal au bord incisif 

Longueur totale 'le la tête 

Longueur totale de la voûte palatine 

Longueur du bord du trou auditif au bord incisif 

Longueur de la boite crânienne mesurée en avant des 
arcades sourcdières 

Largeur du crâne à la racine des arcades zygomatiques. 

Largeur maximum du crâne en dehors des arcades zy- 
gomatiques 

Largeur minimum du crâne en dehors des oruiles. . . . 

Largeur de la face mesurée en dehors des oibites. . . . 

Largeur de la série des incisives supérieures 

Largeur du museau mesurée en dehors des canines. . . 

Longueur de la canine hors de l'alvéole 

Longueur de la série des molaires 

Écarlemrnt des dernières molaires mesuré en dedans . 

Écartement des premières molaires 

Longueur totale de la mâchoire inférieure 

Hauteur de la branche horizontale au niveau de la der- 
nière molaire 

Hauteur au niveau de la troisième molaire 

Longueur de la symphyse du menton 

Hauteur de la branche montante 

Ê:artement des condyles, mesuré en dehors 

Largeur de la série des incisives inféi ieures 

Longueur de la canine 

1 ongtieur de la série des molaires 



40 

"à » 
2 5 

H 


oi- 

s 1 

E =0 
H 


0,121 


0,098 


0,165 


0,140 


0,07ù 


0,057 


0,120 


0,099 


0,101 


0,096 


0,070 


0,066 


0,107 


0,09â 


0,035 


0,047 


0,079 


0.071 


0,021 


0,021 


0,033 


0,033 


0,025 


0,012 


0,039 


0,039 


0,028 


0.023 


0,025 


0,023 


0,114 


0,093 


0,027 


0,022 


0,029 


0.025 


0.041 


0,028 


0,053 


0,057 


0.090 


0,082 


0,0 la 


0,014 


0,016 


0,012 


0,050 


0,047 






0,113 0. 110 
0,147 0,150 
0,072 0,070 
0,9112'o.lU 



0,10 
0,06S 

0,104 
0,049 
0,090 
0.021 
0,038 
0,026 
0,038 
0,024 
0,024 
0,116 



0,102 
0.139 
0,059 
0,103 



0,093 0,092 
0,068 0,067 



0,095 
0,050 
0,079 
0,025 
0,043 
0,015 
0,038 
0,026 
0,031 
0,110 



0,090 
0,044 
0.075 
0,021 
0,033 
0,019 
0,034 
0,024 
0,023 
0,100 



0,02710,018 0,022 
0,027 0,023 0,0225 
0,037 0,036 0,031 
0,06l|(l,049J0,054 
0,087 0,079 0,074 
0,015'0,OI8'0.014 
0,018 0, 0190. 015 
0,0ûj0,048'o,041 



0,096 
0,130 
0,058 
0,095 

0,088 
0,006 

0,084 
0,043 
0,064 
0,020 
0,033 
0,024 
0,034 
0,0 Jl 
0,022 
0,088 

0,018 
0,020 
0,023 
0,045 
0,070 
0,014 
0,017 
0,040 



0,081 
0,110 
0,050 
0,080 

0,074 
0,056 

0,078 
0,038 
0,056 
0,018 
0,003 
0,019 
0,028 
0,019 
0,021 
0,078 

5,016 
0,017 
0.024 
0,039 
0,006 
0,013 
0,015 
0,035 



Il paraît que ce Macaque et le Rhinopithèque ne sont pas les 
seuls Singes qui habitent les montagnes du Tibet oriental. M. l'abbé 
A. David a entendu parler d'une autre espèce qui se rencontre 
au milieu des rochers bornant à l'est cette région ; mais il n'est 
malheureusement pas parvenu à se la procurer. Il paraîtrait que ce 
Singe est d'un jaune tirant sur le vert, est pourvu d'une queue assez 
allongée, et atteint une taille considérable. Quelques voyageurs 
chinois assurent aussi qu'au sud du Yang-tsé-kiang, il existe de 
gros Singes noirs à très-longue queue, qui habitent le pays des 
Miaotze. 



2Z|S MAMA1IFEKES DU TIBET. ~ j 

§ h. — GENRE RHINOLOPHUS. 

RH1NOLOPHLS LARVATUS, nov. sp. 
(Voyez pi. XXXVII», fig. 1, el pi. XXXVIIc, fig. 1.) 

Ce Rhinolophe paraît fort rare à Moupin ; le seul individu que 
nous possédions a été pris au mois de juin par M. l'abbé David. Il est à 
peu près de la môme taille que notre grand Fer-à-cheval, mais il s'en 
distingue facilement par la disposition de ses dents, dont la première 
petite molaire supérieure est placée régulièrement en série (1), tandis 
que chez l'espèce européenne elle est repoussée en dehors. 

La tête est grosse et forme un angle droit avec la colonne ver- 
tébrale. Les oreilles sont larges, et elles se touchent presque par leur 
bord interne, qui est très-arqué en dedans ; leur extrémité es ta eu minée; 
leur bord externe est interrompu par une échancrure profonde et an- 
gulaire, au-dessous de laquelle se détache le lobe accessoire. Celui-ci 
est grand, très-large, et s'élève à peu près à la moitié de la hauteur 
totale de l'oreille. 

Le fer à cheval est bien développé et séparé, sur la ligne médiane, 
au-dessus de la lèvre supérieure, par une échancrure à fond arrondi. 
Lixselleovi corne médiane qui surmonte les narines est très-longue ; si 
on l'abaisse, elle descend jusqu'au-dessous de l'ouverture des narines. 
Elle ne s'élargit pas latéralement, comme chez le Rhinolophus luctus, 
Temm., et le R. trifoliatus, Temm.; elle ne recouvre pas les narines 
comme un disque, ainsi que cela se remarque chez le R. philippinensis, 
VVaterhouse ; par sa forme elle se rapproche davantage de celle du 
R. Rouxii, Temm., espèce dont la présence a été signalée à Ceylan, 
aux Indes et même en Chine. La crête postérieure qui rattache la selle 
à la lancette forme en effet un bord arrondi, mais beaucoup moins avancé 

(1) Voyez pi. XXXVII e , fig. 1". 



MAMMIFÈRES DO TIBET. 



249 



que dans le Rhinolophe décrit par Temminck. La lancette est haute et 
profondément gaufrée; si on la replie sur la selle, elle ne la dépasse pas. 
Les ailes sont notablement plus longues que chez le R. Rouxii: ainsi le 
poignet, lorsque le coude est fléchi, s'élève presque à la hauteur du bout 
de l'oreille, ce qui n'a pas lieu pour l'espèce que je viens de citer. La 
queue est aussi plus courte-, lorsqu'on l'applique contre la jambe éten- 
due, elle atteint à peine le tiers supérieur du tibia. La membrane inter- 
fémorale est plus longue latéralement que sur la ligne médiane et pa- 
raît légèrement concave sur ce point. Le pied est plus court et plus 
trapu. D'ailleurs on pourra juger de ces différences de proportions en 
jetant les yeux sur le tableau suivant : 



Longueur de l'avant-bras 

LoDgueur du tibia 

Longueur du pied 

Longueur de la queue . 
Longueur de la tèle. . . . 
Longueur des oreilles. . . 



lUinoloptms Routii. 



.1 ï 

0,045 
0,022 
0,0H 
0,022 
0,020 
0,019 



a _o 

I S 



100,0 
48,8 
24,4 
48,8 
44,0 
42,2 



llhinolopbcs lina'us. 



0,055 
0,026 
0,012 
0,020 
0,025 
0,022 



100,0 
47,2 
21,8 
36,9 
45,4 
40,0 



Les poils sont très-longs, très-tins et très-fournis, surtout sur la 
tête. Leur couleur est d'un gris fauve, sale, uniforme. Les membranes 
sont d'un brun noirâtre, l'interfémorale est ciliée sur son bord libre. 

Je ferai remarquer que chez le Rhinolophus Rouxii les femelles 
sont en dessus d'un roux ardent et d'un roux doré en dessous : teinte 
qui manque complètement chez notre Rhinolophe, qui est aussi une 
femelle. 

32 



250 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

§ 5. — GENRE MURINA. 

MURINA AURATA, nov. sp. 

(Voyez pi. XXXVIIb, fig. 1, et XXXVII'' , fig. 2.) 

Les Vespertilionides à narines tabulaires ne comprennent que les 
trois genres Murina, Harpyiocephalus et Chalinolobus, faciles à distinguer 
entre eux, si l'on a égard au caractère de la dentition. Ainsi, chez les 
Chalinolobes, la première petite molaire supérieure est très-réduite 
et placée eu dedans de la série dentaire, ce qui n'a pas lieu dans 
les deux autres genres. Enfin, tandis que chez les Murines la première 
prémolaire supérieure est plus petite que la suivante, et que la 
dernière molaire est allongée transversalement, chez les Harpyiocé- 
phales les première et dernière prémolaires supérieures sont presque 
égales entre elles, et la dernière molaire de la même mâchoire est 
petite et plus ou moins cylindrique. C'est au genre Mutina que se rap- 
portent deux espèces du Tibet oriental : l'une de taille moyenne, 
que je désigne sous le nom de M. leucogaster, et l'autre, que j'appelle 
M. aurata, est beaucoup plus petite et Méconnaissable aux caractères 
suivants : 

Les narines sont longues, bien détachées du museau et un peu 
roulées en cornet (1); elles se dirigent en dehors et un peu en avant ; 
elles sont légèrement fendues en arrière et séparées de la lèvre supé- 
rieure par un lobe élargi et à bords épais. Les oreilles sont courtes, 
largement arrondies à leur extrémité (2); leur bord postérieur est en- 
tier et ne porte pas d'échancrure comme chez le Marina suillus, Temm. 
L'oreillon est étroit, allongé, très-pointu et un peu tourné en dehors. 
Les membranes alaires sont longues et s'attachent sur tout le bord 

(I) Voyez pi. XXXVII 6 , fig. 1". 
(») Voyez, pi. XXXVII ". fi_- )*. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 251 

extérieur du pied jusqu'à la naissance des phalanges. La membrane 
interfémorale est couverte en dessus de poils peu serrés, et en dessous 
de petites touffes de poils très-courts, disposées en séries, suivant des 
lignes parallèles ; ces dernières sont au nombre d'environ une quin- 
zaine. La queue est assez longue. Le pelage de la face supérieure du 
corps, en y comprenant le dessus de la tête et de la membrane interfé- 
morale, est noirâtre à sa base, mais les extrémités des poils, d'un jaune 
doré, se détachent sur ce fond sombre qu'on aperçoit à travers. Le 
dessus de lavant-bras porte des poils courts et jaunâtres, ainsi que la 
base des membranes alaires et le dessus des pieds. La face inférieure 
du corps est couverte de poils à base noirâtre, mais à extrémité blanche 
nuancée de gris; sur la membrane interfémorale, les petites touffes 
dont j'ai parlé plus haut sont blanches; enfin les ailes sont d'un brun 
noirâtre. Cette espèce diffère de la Murine pourceau [Murina suitlus, 
Temm.) de Java et de Sumatra, non-seulement par la forme de ses 
oreilles, mais aussi par la longueur plus grande des narines, par les 
dimensions plus considérables de la queue, par la couleur du pelage, 
dont la base est sur le dos d'un blanc roussàtre chez l'espèce de Java, 
et d'une teinlc isabelle ou blanchâtre sur la face ventrale. La dentition 
se compose comme d'ordinaire, dans le genre Murina, â la mâchoire 
supérieure et de chaque côté, de deux incisives dont les externes sont 
de beaucoup les plus grosses (1) ; la canine porte à sa base un collet 
bien marqué. La première molaire est relativement assez grosse et à 
peu près de la taille de l'incisive externe; la deuxième molaire est lon- 
gue et pointue, les deux suivantes sont semblables entre elles ; enfin la 
dernière est comprimée d'avant en arrière et disposée presque trans- 
versalement. A chaque branche de la mâchoire inférieure, les trois 
incisives sont petites, subégales et nettement trilobées; la canine ne 
dépasse que de peu la première molaire; la seconde est pointue et 

(1) Voyez pi. XXXVIIs fig. 2". 



252 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

moins élevée que la troisième, qui est semblable à la quatrième; la der- 
nière est bicuspide, le lobe postérieur étant beaucoup plus petit que 
l'antérieur. 

DIMENSIONS DU MVR1NA AVltATA. 

Envergure 0,190 

Longueur mesurée du bout du museau à l'extrémité de la queue 0,062 

Longueur de la tète 0,015 

Longueur de l'oreille (du trou auditif à la pointe) 0,010 

Avant-bras 0,028 

Tibia 0,014 

Pied postérieur 0,007 

Queue, depuis l'anus jusqu'à l'extrémité 0,029 



MU RI IV A LEUCOGASTER, nov. sp. 

(Voyez pi. XXXVII», fig. 2, et pi. XXXVUs fig. 3.) 

Cette espèce, beaucoup plus grande que la précédente, se distingue 
aussi par ses narines plus courtes, plus grosses, plus piriformes. On 
n'aperçoit pas a leur base et en dessous le lobe subquadrilatère qui, 
chez la Murine pourceau, les sépare. Les oreilles sont moins élargies 
vers leur extrémité, leur bord postérieur est très-légèrement sinueux 
dans sa partie moyenne ; l'oreillon est étroit, mais moins grêle que 
cbez l'espèce précédente. Les membranes alaires sont grandes et 
s'attachent dans toute l'étendue du métatarse. La membrane inter- 
fémorale et les pieds sont poilus en dessus. Le pelage est long, fin 
et fourni. Sur le dos, il semble d'un brun châtain : teinte qui est celle 
de l'extrémité des poils, leur base étant d'un gris ardoise, qui ne 
s'aperçoit que lorsqu'on les écarte. Celte coloration s'étend sur la 
tête, sur les épaules, sur la membrane interfémorale et sur les pieds, 
où le pelage est cependant moins fourni. A la base des ailes on re- 
marque des poils plus courts et un peu plus foncés. Au contraire, la 
gorge, la poitrine, le ventre, sont blancs, avec une bordure brune vers 
les flancs. Les ailes sont d'un brun grisâtre et assez transparentes. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 253 

Le système dentaire ressemble beaucoup à celui des Murina suillus 
et aurata. 

L'unique individu que le Muséum possède de celte espèce est 
un mâle adulte, pris a Moupin au mois d'octobre. 

DIMENSIONS DU MURINA LEUCOGÂSTER. 

Envergure 0,125 

Longueur mesurée du bout du museau à l'extrémité de la queue 0,088 

Longueur de la tète 0,020 

Longueur de l'oreille (du trou auditif à la pointe) 0,014 

Avant-bras 0,041 

Tibia 0,017 

Pied postérieur 0,011 

Queue, depuis l'anus jusqu'à l'extrémité 0,034 



§ 6. — GENRE VESPERTILIO. 

VESPERTILIO MOUPINENSIS, nov. sp. 
(Voyez pi. XXXVIIa, fig. 2, et pi. XXXVIIc, fig. 4.) 

Plusieurs espèces de Chauves-Souris , appartenant aux genres 
Vespertilio, Vesperus et Vesperugo, ont déjà été signalées en Chine. 
Ainsi M. l'abbé A. David s'est procuré, aux environs de Pékin, le 
Vespertilio auquel M. Peters a donné le nom de notre savant mission- 
naire (V. Davidii), le Vesperago akakomuli de Temminck, et la Sérotine 
{Vesperus serotinus, Daubenton). Les recherches de M. Swinhoe ont 
ajoalé à cette liste plusieurs espèces rassemblées à Amoy, à Formose. 
à Hainan, aux environs de Canton et de Hong-kong. Plusieurs de ces 
Chauves-Souris étaient nouvelles pour la science et ont été décrites 
par M. Peters ; ce sont : 

Vespertilio fimbriutus Amoy. 

— laniger Amoy. 

Vesperugo pulverulus Amoy._ 



25/j MAMMIFÈRES DU TIBET. 

D'autres étaient déjà connues; ce sont : 

Vespertilio rufo-niger, Tomes Formose. 

— chinensis, Tomes Sud de la Chine. 

Vesperugo Pipùtrelhis?, Daub Formose. 

— imbricatus, Temm Amoy. 

— Molossus, Temn Hong-kong. 

Pendant son séjour à Kin-kiang, M. l'abbé David a recueilli 
plusieurs exemplaires du Vesperugo pumiloides décrit par M. Tomes, et 
il a rencontré cette même espèce dans le Sé-tchouan et au Tibet 
oriental. Nous lui devons également un Vespertilion qui ne se trouve 
qu'en petit nombre dans la principauté de Moupin, et qui me semble 
se rapporter à une espèce nouvelle que je désignerai sous le nom de 
Vespertilio moupinensis. 

Les oreilles de ce Vespertilion sont étroites; elles se rétrécissent 
beaucoup dans leur tiers supérieur et se terminent par un bout 
arrondi. Le lobe inférieur se détache du bord externe vers le milieu 
de sa longueur, il est grand et arrondi; l'oreillon est peu allongé; 
son bord interne est droit, l'externe est légèrement arqué. Les ailes 
sont grandes et s'attachent aux pieds jusqu'à la base des doigts. La mem- 
brane interfémorale est très-développée, ce qui tient aux dimensions 
de la queue, qui égale le corps mesuré jusqu'à l'occi[iut. 

Le pelage est d'une teinte noirâtre et sale, couleur de suie à sa 
base et jaunâtre à son extrémité; les membranes sont brunes. 

Longueur du museau au bout de la queue 0,075 

Envergure 0,180 

Longueur de la tête 0,014 

Longueur des oreilles -. 0,012 

Longueur de la queue 0,034 

Longueur du tibia 0,0 1 2 

Longueur du pied 0,007 

Longueur de l'avant-bras 0,034 

Cette espèce diffère du Vespertilio fimbriatus par un grand nombre 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 255 

de caractères importants : sa taille, qui est inférieure; ses ailes, qui 
s'attachent au métatarse; sa membrane interfémorale, qui n'est pas 
ciliée sur son bord, et enfin ses deux prémolaires situées dans la série 
dentaire. Elle se distingue du V. laniger par la nature de son poil 
et l'étendue de ses ailes. Ce dernier caractère la sépare aussi du 
V. chinensis. On ne peut la confondre avec le V. Davidii; ses oreilles 
so:U plus lancéolées et leur lobe inférieur est bien plus développé ; 
l'oreillon est moins long, plus élargi et plus arrondi à son extrémité ; 
la queue dépasse moins la membrane interfémorale; le pied est plus 
petit, le pelage est plus foncé. Les incisives mitoyennes supérieures 
sont bicuspides; la petite prémolaire est plus grande, la troisième pré- 
molaire est plus petite ; à la mâchoire inférieure, la petite prémolaire 
est beaucoup plus réduite. 

Je n'ai aucun renseignement sur les mœurs de cette Chauve- 
Souris et sur les lieux qu'elle fréquente d'ordinaire. 

§ 7. — GENRE SOREX. 

La famille des Soricidœ correspond au genre Sorex de Linné, et 
compte un très-grand nombre d'espèces qui se répartissent en plu- 
sieurs genres faciles à distinguer à l'aide des particularités que four- 
nissent leur système dentaire et la disposition de leurs membres et de 
leur queue. Wagler est le premier qui ait indiqué et classé ces diffé- 
rentes formes sous des noms particuliers. Ainsi, en 1832, il établit les 
trois genres Sorex, Crossopus et Crocidura, comprenant : le premier, les 
Sorex vulqaris et tetragonurus ;le second, \eS. fodietisou Musaraigne d'eau ; 
le troisième, le S. leucodon et le S. etrusciis. En 1834, Duvernoy, sans 
avoir connaissance du travail que je viens de citer, arrivait à peu près 
aux mêmes résultats. Ainsi son genre Sorex correspond aux Crocidura; 
ses genres Hydrosorex et Amphisorex répondent aux Crossopus et aux 
Sorex de Wagler. Cette synonymie a amené nécessairement une cer- 



256 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

taine confusion qui, loin de disparaître, a augmenté rapidement à la 
suite des essais de classification des Musaraignes proposés par divers 
naturalistes qui ne tenaient pas assez compte des travaux de leurs 
devanciers, et qui donnaient des noms nouveaux à des groupes déjà 
dénommés. C'est ainsi qu'en 1837, M. E. Gray substituait à l'appella- 
tion de Sorex (Wagler) celle de Corsira, conservant au contraire celle 
de Sorex pour les Crocidura. La Musaraigne talpoïde et celle à queue 
courte de l'Amérique du Nord devenaient pour lui les types d'une autre 
section appelée Blarina, et plus tard, en 1842, les mêmes espèces ser- 
vaient à Duvernoy à établir le genre Brachysorex, qui devint bientôt, 
entre les mains de Pomel, le genre Cryptotus, et entre celles de 
Wagner le genre Anotus. 

Ces quelques exemples suffisent pour montrer de quelle difficulté 
est entourée l'étude des Musaraignes, et, pour en sortir, il faut prendre 
comme première base les travaux de Wagler, et rapporter aux sec- 
tions qu'il a proposées tous les genres qui ont été établis depuis cette 
époque. 

On peut distinguer parmi les Musaraignes deux types principaux 
caractérisés parleurs mœurs etleurorganisalion.'Le premier, celui des 
Soricides terrestres ne comprend que des espèces vivant à terre, quelque- 
fois dans les endroits bumides, mais n'allant pas à l'eau ; leurs pieds 
sont étroits, généralement peu poilus. Le second ne comple au contraire 
que des espèces aquatiques qui habitent le bord des élangs, des riviè- 
res, des ruisseaux, et même des torrents, au milieu desquels elles na- 
gent el plongent avec une très-grande facilité; leurs pieds portent une 
bordure de poils roides et serrés qui augmentent leur surface et leur 
permettent de jouer le rôle de rames puissantes. Je les désignerai sous 
le nom de Soricides aquatiques. Les Soricides terrestres se subdivisent 
eux-mêmes d'une manière très-naturelle et en deux sections, celle des 
CrocidurinyE et celle des Soiucin,*:, correspondant aux genres Crocidura 
et Sorex de Wagler. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 2Ô7 

Les Crocidirine peuvent se répartir en deux groupes, suivant 
le nombre de leurs dents. Dans le premier, on n'en compte que 
vingt- six: 

Les Diplomesodon (Brandt), des steppes des Kirghiz, présentent ce 
caractère, ainsi qu'une espèce nouvelle du Tibet, YAnourosorex, dont 
je donne ici la description. Ces deux genres sont faciles à distinguer, 
car la queue du Diplomesodon est de longueur ordinaire ; celle de YAnou- 
rosorex est rudimentaire et entièrement cachée sous les poils. Dans 
la seconde section, celle des Crociduriens proprement dits, il y a tantôt 
vingt-huit, tantôt trente dents. En effet, les Crocidura et les Myosorex 
(Gray) n'ont que trois petites dents intermédiaires supérieures, tandis 
que les Pachijura (Sélys-Longch.) et les Feroculus (Wagner) en ont 
trente. Ces différents groupes ne doivent d'ailleurs être considérés 
que comme des sous-divisions du genre Crocidura, car les caractères 
qui les distinguent n'ont qu'une faible valeur. Ainsi on a vu la Mu- 
sette (C. aranea ou Sorex arancus, Scbreber) présenter quelquefois 
quatre paires de dents intermédiaires, tandis que normalement on 
n'en trouve que trois paires. Les Sokicin.k ne comptent que deux 
genres : 1° le genre Marina (Gray), synonyme d'A?wlus (Wagner), de 
Cryptolus (Pomel), de Brac/iysorex (Duvern.), et de Talpasorex, (Lesson); 
et 2° le genre Sorex proprement dit, correspondant aux Corsira de Gray, 
aux Amphisorex et en partie aux Hydrosorex de Duvernoy. Dans ce 
genre doivent rentrer plusieurs petits groupes désignés sous les noms 
de Paradoxodon (Wagner), Soriculus (Blyth) et Otisorex (Dekay), qui ne 
diffèrent entre eux que par les dimensions des oreilles et la profondeur 
des denticulations qui découpent le bord tranchant des incisives infé- 
rieures. 

Les Soricides aquatiques, ou Crossopinœ, semblent rattacher les Musa- 
raignes aux Desmans. Elles se répartissent naturellement en deux sec- 
tions, l'une chez laquelle tous les doigts sont libres, l'autre chez 

laquelle les pieds sont palmés. 

33 



258 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

La première comprend : 1° le genre Crossopm proprement dit, dont 
la queue porte, sur la ligne médiane, une bordure de poils, et dont 
lesdents sont au nombre de trente ; 2° le genre Neosorex, composé d'une 
seule espèce propre à l'Amérique du Nord : IcNeosorex navigator, Baird, 
dont la queue est couverte de poils rares et égaux, et dont les dents 
sont au nombre de trente-deux. 

La seconde section ne se compose que d'un seul genre, qui lui- 
même ne compte qu'une espèce, le Nectogale elegans, des montagnes du 
Tibet oriental, dont je vais donner plus loin la description. 

Le tableau suivant permet de saisir au premier coup d'œil la 
distribution méthodique des Musaraignes, et indique les divisions 
que l'on doit regarder comme génériques, et celles qui, à mon avis, ne 
sont que de simples sections destinées à faciliter la détermination des 
espèces. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 



259 



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2fiO MAMMIFÈRES DU TIDET. 

SOItEX CYLIiVDRICAUDA, nov. sp 

(Voyez pi. XXXVIII», fig. 3, et pi. XXXVIII», fig. 3 ) 

Cette petite Musaraigne provient du Moupin. Elle est à peu près 
de la taille de la Musette, et se distingue facilement de toutes les espèces 
asiatiques par son pelage d'un gris brunâtre plus clair en dessous, et par 
sa queue, qui égale environ le corps tout entier, est extrêmement ro- 
buste et d'une grosseur à peu près égale de sa base à son extrémité. La 
tête est longue et étroite; le museau est grêle et les narines fines; 
les poils des moustaches sont très-abondants. L'œil est petit et l'oreille 
se cache entièrement sous le poil. Les pattes sont grêles ; les pieds sont 
couverts, ainsi que les doigts, de très-petites écailles, entre lesquelles 
naissent quelques poils courts et très-clair-semés. Les mains sont plus 
robustes, mais moins allongées que les pieds. La queue est écailleuse ; 
les écailles, disposées en séries, constituent ainsi une série d'anneaux 
dont on compte à peu près 200; entre ces anneaux naissent des poils 
courts, égaux et serrés, d'une couleur brune tirant un peu sur le jaune 
et assez brillante; à l'extrémité de la queue, ces poils forment un petit 
pinceau. De même que chez le Sorex alpinus. on compte cinq dents inter- 
médiaires à la mâchoire supérieure ; elles sont constituées par trois 
incisives latérales, par une canine et par une prémolaire, de telle sorle 
que la formule dentaire doit s'écrire ainsi : 

i— 4 1—1 5—5 = 20 i 

Inc. fan. mol. 32. 

1_l 1_1 4_4 = 12 ) 

Lps dents sont blanches à leur base, mais les pointes et les arêtes 
saillantes sont colorées en rouge. Les incisives inférieures portent en 
arrière de leur pointe trois denticulations arrondies. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 261 

Je donne ici les dimensions d'un individu presque adulte : 

Longueur du corps mesurée depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémilé 

de la queue 0,112 

Longueur de la queue 0,058 

Longueur de la tète 0,019 

Longueur du crâne 0,0175 

Longueur du pied postérieur 0,0125 

Cette espèce se rapproche de notre Musaraigne des Alpes [Sorex 
alpinus. Schinz); mais elle est plus petite et la teinte du pelage diffère, 
car chez cette dernière il est en dessus d'un beau gris d'ardoise et un peu 
plus clair en dessous; enfin la queue est garnie inférieurement de poils 
blancs, tandis que chez le Sorex cylindricauda les poils de cette partie sont 
tous de marne couleur. Ces caractères séparent nettement ces deux 
espèces, et ils étaient importants à signaler, car le Sorex alpinus parait 
avoir une répartition géographique très-étendue. En effet, Tomes la 
signale comme existant dans l'Inde, aux environs de Darjeeling (1). 

SOREX QUADRATICAUDA, nov. sp. 
Voyez pi. XXXYUI"», fig. 2, et pi. XXXVIII», fig. 2.) 

Cette espèce, à peu près de la taille de la précédente, fréquente les 
mêmes localités, mais elle s'en distingue facilement par un grand 
nombre de caractères dont quelques-uns sont très-importants. Le mu- 
seau est comparativement plus large et plus court, les moustaches 
moins abondantes. Le pelage est d'un gris ardoisé noirâtre, plus clair 
en dessous qu'en dessus, et ressemblant un peu en plus foncé à celui 
du Sorex alpinus. Les oreilles sont, comme chez cette dernière espèce, 
cachées sous le poil. La queue est notablement plus courte que le 
corps, elle ne s'étend guère que jusqu'à la région scapulaire. Elle est 
carrée surtout vers sa base, et tend à s'arrondir vers son extrémité. 

(') Voypz JerJon, ihe Mummals nf [ndin , 1867, p. 61. 



262 MAMMIFÈRES DU TIT5ET. 

Les anneaux écailleux qui L'entourent sont Irès-nombfeux; on en 
compte environ 125, entre lesquels s'implantent des poils très-courls et 
noirâtres en dessus aussi bien qu'en dessous. Il n'y a que trente dents, 
les petites intermédiaires supérieures n'étant qu'au nombre de quatre; 
et il est à noter que la dernière est remarquablement petite et placée 
hors de la rangée dentaire, en dedans de la troisième intermédiaire, 
ainsi que cela a lieu chez beaucoup de Chiroptères. lien résulte que cette 
dent peut facilement échapper lorsqu'on n'explore pas avec un très- 
grand soin la série des molaires. 

La formule dentaire peut donc s'écrire de la manière sui- 
vante : 

3-3 1—1 5— 5 = 18 ) 

Inc. can. mol. — 30. 

1—1 1—1 4-4 = 12) 

Les dents sont colorées d'une manière très-intense en brun noi- 
râtre sur toutes leurs parties saillantes ; les incisives antérieures et 
supérieures sont très-grandes, mais leur crochet basilaire est compa- 
rativement peu développé ; l'incisive inférieure porte sur son bord 
tranchant trois denticulations inégales dont l'antérieure est la plus 
grande et la postérieure la plus petite. 

Longueur totale 0,103 

Longueur de la queuo 0,040 

Cette espèce se distingue facilement de la Musaraigne carrelet 
[Sorex tetragonùrus, Herm.) par sa teinte générale grise et non rous- 
sàtre, et par ses dents intermédiaires moins nombreuses. Il est 
d'ailleurs très-probable que chez le S. quadrdticauda, de même que chez 
cette dernière, la forme de la queue doit varier avec 1 âge, mais je 
n'ai pas pu examiner de jeunes individus, où cet appendice est pro- 
bablement beaucoup plus arrondi. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 2(33 

§ 8. — GENRE CROCIMJRA. 
CROCIDURA ATTENUATA. 

(Voyez pi. XXXVIIIb, ûj. 1, et pi. XXXIX*, fig. 2.) 

Celte espèce est à peu près de Ja taille de notre Musaraigne mu- 
sette (Sorex araneus, Sehreber, Crocidura aranea de Sclys-Longchamps), 
mais elle en diffère beaucoup par sa couleur et par la longueur, ainsi 
que par la forme de sa queue. 

Le museau est mince et allongé. Les oreilles sont relativement lon- 
gues, cvales, presque nues et dépassent les poils des côtés de la tête, de 
façon à être bien apparentes à l'extérieur. La queue est un peu plus 
courte que le corps ; elle est grêle et s'amincit beaucoup vers son tiers 
postérieur. Les poils qui la couvrent sont gris en dessus et blancs sur 
la face inférieure; comme d'ordinaire, il y en a deux sortes, les uns 
très-courts et assez serrés, les autres épars et beaucoup plus longs. Les 
anneaux écailleux de la queue sont très-nombreux ; on en compte 
environ 160. Les pieds sont écailleux et peu poilus; les postérieurs 
sont très-allongés et portent des doigts profondément séparés. 

Le pelage est d'un gris nuancé de vert brunâtre ; la base du poil 
est couleur ardoise assez claire, il devient plus clair vers le bout, et 
enfin l'extrémité présente celte teinte d'un vert brunâtre qui seule 
parait à l'extérieur. 

On compte en tout vingt-huit dents dont trois petites intermé- 
diaires supérieures; elles sont réparties suivant la formule suivante : 

3_3 1_1 4—4 = 16 \ a a 

Inc. can. mol. 28. 

t_l 1—1 4—4 = 42 j 

C'est donc dans le sous-genre Crocidure proprement dit, et non 
parmi les Pachyures, que doit se ranger cette espèce. 

Longueur totale 0,122 

Queue 0,048 

Longueur du crâne 0,021 

Longueur du pied postérieur 0,014 



264 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

Cette Musaraigne a été recueillie par M. l'abbé David dans la prin- 
cipauté de Moupiu. Mais ce savant voyageur ne nous a transmis sur 
elle aucune indication particulière. 

§ 9. — GENRE ANOUROSOREX. 

AiNOUROSOREX SQUAMIPES, nov. sp. 
(Voyez pi. XXX.VIII, fig. 1, et pi. XXXVIUa, fig. 1.) 

A Milne Edwards, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 14 février 4 870, t. LXX, u. 3i) . 

Cette Musaraigne se tient presque toujours dans des trous creusés 
en terre; elle est fort abondante, aussi bien dans les plaines que dans 
les montagnes du Sé-tchouan et du Tibet. 

Par sa dentition elle se rapproche beaucoup des Diplomesodon, et 
sous ce rapport elle doit rentrer dans la même section, mais elle s'en 
dislingue par la brièveté de sa queue et de ses oreilles. 

Le corps est gros, trapu, et présente un aspect talpiforme. La tête 
est volumineuse. Les narines, séparées sur la ligne médiane par une 
échancrure, s'ouvrent latéralement. Le museau est conique et peu 
effilé; il est de couleur rosée, et porte sur les côtés des moustaches 
assez longues. Les yeux sont d'une extrême petitesse, ils ne paraissent 
que comme un trou imperceptible. Les oreilles ne se voient pas exté- 
rieurement ; leur conque n'est formée que par un prolongement 
de la peau de la région latérale de la tête, qui est dirigé en avant 
et qui s'applique sur le méat auditif comme une soupape, de façon à le 
fermer presque complètement; le tout disparaît au milieu des poils, 
à peu près comme chez les Sorex de l'Amérique du Nord dont on a formé 
le genre Blarina. 

Les pattes sont courtes et squameuses ; les antérieures sont plus 
larges et plus fortes que les postérieures, leurs ongles sont aussi plus 
robustes et plus allongés. Les écailles des doigts sont grandes et imbri- 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 26!) 

quées, celles de la main ou du pied antérieur sont plus petites et se 
touchent à peine. Quelques poils très-courts et roides s'implantent 
dans leurs interstices. 

La queue présente une forme tout à fait particulière; elle est 
remarquablement courte, grêle, et elle ne dépasse guère les poils du 
corps ; elle est, dans toute sa longueur, d'une grosseur uniforme, légè- 
rement aplatie, et se termine par une extrémité brusquement arron- 
die ; toute sa surface est couverte de petites écailles entre lesquelles 
naissent quelques poils très-courts. Le pelage de YAnourosorex est 
très-soyeux et épais; il est d'un gris uniforme tirant un peu sur le brun 
verdâtre; lorsque les poils sont mouillés, ils prennent des reflets cha- 
toyants. Les pattes sont blanchâtres et les ongles blancs. 

Le crâne est épais, très-solide et très-élargï au niveau des trous 
auditifs (1). Il existe une crête sagittale très-marquée. Le palais ne se 
prolonge guère au delà de la dernière molaire. Les apophyses ento- 
glénoïdales sont énormes; le trou occipital se dirige directement en 
arrière. Les dénis sont blanches et au nombre de 26, comme chez 
le Diplomesodon pulchelkis; il existe à la mâchoire supérieure deux 
petites dents intermédiaires, qui sont une incisive latérale et une 
canine. Effectivement on compte : 

, 2—2 1—1 ,4—4 = 14) 

Inc. cari. mol. ; 26. 

i— 1 4 — 1 4—4 = 12 j 

A la mâchoire supérieure, les incisives antérieures sont plus élar- 
gies à leur base que chez le Diplomesodon, et portent en arrière, non pas 
une pointe, mais un lobe tranchant en dehors et dilaté en dedans, 
pour former une surface contre laquelle viennent buter les pointes des 
incisives antérieures. La seconde incisive, ou incisive latérale, est plus 
grande que le lobe de la précédente ; elle dépasse aussi beaucoup la 
canine. Cette dernière est extrêmement petite. La première molaire 
est très-tranchante en dehors, elle ressemble beaucoup d'ailleurs à la 

{l) Voyez pi. XXXVIII*, Qg. I. 

3.'i 



266 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

deuxième ; la troisième est notablement plus petite ; enfin la quatrième 
est très-réduite et un peu comprimée transversalement. A la mâchoire 
inférieure, l'incisive n'est pas denticulée sur son bord tranchant; les 
autres dents ne présentent rien de particulier à noter. 

D'après ce qui précède, on voit que les Anourosorex se rapprochent 
plus des Diplomesodon que d'aucun autre Soricidé ; mais parla forme 
et la petitesse de leurs oreilles ils ressemblent un peu aux Blarina. 
Leur queue est encore plus réduite que chez ces dernières Musaraignes. 

Je donne ici les dimensions d'un Anourosorex adulte : 

Longueur totale de l'animal, y compris la queue 0,110 

Longueur de la queue 009 

Longueur de la tête osseuse 0,027 

Longueur de la série dentaire supérieure 0,013 

Longueur de la série dentaire inférieure 0,012 

Longueur de la main 011 

Longueur du pied 0,016 

§ 10.— GENRE NECTOGALE. 

NECTOGALE ELEGAKS. 

(Voyez pi. XXXIX et pi. XXXIX*, fig. 1.) 
Alph. Milne Edwards, Compl. rend, de l'Acad. des sciences, 14 févr. 1870, t. LXX, p. 341. 

L'espèce jusqu'à présent unique que j'ai prise comme type du genre 
Nectocjale (1) présente un grand nombre de particularités qui lui sont 
spéciales, mais elle emprunte aussi certains caractères aux Musa- 
raignes d'eau et aux Desmans. On trouve chez elle une combinai- 
son de certaines dispositions organiques que les naturalistes s'étaient 
habitués à considérer comme distinctives de groupes particuliers. 

La tête et le crâne du Nectogale rattachent cet animal aux Soricidœ, 

(1) De vnjxTjjç, nageur, et yaXi, belette. 



MAMMIFÈRES DU TIRET. 267 

tandis que ses pieds palmés et sa queue comprimée indiquent des 
affinités étroites avec les Myogalidœ ; mais les ventouses qui garnissent 
en dessous ses pattes n'appartiennent qu'à lui et l'on ne retrouve rien 
d'analogue dans les groupes voisins. 

M. l'abbé A. David a découvert ce curieux insectivore sur le bord 
des torrents impétueux qui descendent des montagnes du Moupin; il 
y nage et y plonge avec une remarquable facilité, malgré la rapidité 
du courant, et fait une cbasse active aux petits poissons. Bien qu'il ne 
soit pas rare, il est difficile de s'en emparer, à cause des conditions 
spéciales au milieu desquelles il vit; il faut pour cela dessécher les 
ruisseaux et le poursuivre au fond des trous où il cherche un refuge. 
Il résulte de ces observations que son genre de vie a de grands rapports 
avec celui des Crossopus et des Desmans. 

Le Nectogale élégant est beaucoup plus gros que notre Musaraigne 
d'eau; il n'égale cependant pas sous ce rapport le Desman des Pyré- 
nées, et l'on peut comparer sa taille à celle de notre Lérot commun. 
Ses patles sont courtes; son corps robuste et trapu. Sa tète est grosse, et 
le nez ne s'allonge pas pour former une sorte de trompe, comme chez 
les Myogales ; il est au contraire court, conique, large et un peu aplati 
dans le sens vertical. Les narines s'ouvrent latéralement, et elles sont 
séparées, sur la ligne médiane, par une fente peu profonde. Les parties 
latérales du museau sont garnies de moustaches très-nombreuses. Les 
poils qui les constituent sont blancs dans presque toute leur longueur, 
leur base est noire ; ils sont assez roides ; ceux qui sont placés en avant 
sont courts et serrés, mais ils s'allongent beaucoup en se rapprochant 
des yeux, et les derniers atteignent plus de 2 centimètres de long. L'œil 
est extrêmement petit. L'oreille est entièrement cachée sous les poils; à 
l'extérieur on n'en voit aucune trace; pour la trouver, il faut écarter 
les poils, et l'on aperçoit alors le trou auditif qui s'ouvre à fleur de 
peau, sans aucune conque : cependant le bord postérieur de ce méat 
se développe de façon à pouvoir s'étendre sur lui et à le fermer d'une 



268 MAMMIFÈBES DU TIBET. 

manière presque complète. Sous ce rapport, le Nectogale se rapproche 
de certaines Musaraignes de l'Amérique du Nord, désignées par Poinel 
sous le nom de Cryptott/s, et par Wagner sous celui d'Anotus, mais qui 
doivent rentrer parmi les Blarina de Gray. 

La queue est forte et plus longue que le corps; elle estquadrangu- 
laire à sa base, prismatique triangulaire dans son second tiers, puis 
comprimée latéralement vers son extrémité. Les poils qui la garnissent 
sont disposés d'une manière très-remarquable. Si on l'examine en 
dessous, on voit une bordure de poils blancs, roides, de longueur égale 
et serrés les uns contre les autres, qui garnit chacun des angles dans 
sa portion quadrangulaire ; mais bientôt ces deux bordures latérales 
se rapprochent et se fondent en une seule bordure inférieure et mé- 
diane qui s'étend jusqu'à l'extrémité de la queue. Une autre rangée de 
poils plus courts occupe chacune des deux arêtes supérieures de la 
portion prismatique triangulaire et vers l'extrémité qui est comprimée 
latéralement ; ces deux rangées s'étendent sur la partie médiane de 
chaque face, tandis qu'en dessus règne une autre bordure de poils ana- 
logues, se prolongeant jusqu'au bout. Dans le reste de son étendue, la 
Dueuene porte que des poils très-courts, blanchâtres et assez serrés 
les uns contre les autres. Cette disposition est destinée à transformer 
l'appendice caudal en une véritable rame très-puissante. 

Les pattes sont courtes, fortes et terminées par des extrémités 
très-élargies. Les pieds ont beaucoup de ressemblance avec ceux des 
Desmans : ils sont en effet en forme de palettes et largement palmés ; 
ceux des membres postérieurs sont complètement couverts en dessus 
de petites écailles qui, sur les doigts, s'élargissent et se transforment en 
scutelles ; entre les écailles existent quelques poils extrêmement courts 
et que l'on ne peut apercevoir qu'à l'aide d'une forte loupe. Les bords 
externe et interne sont garnis d'une rangée de scutelles très-régulières, 
en dessous desquelles s'implante une série de poils analogues à ceux 
de la queue, mais plus courts, plus serrés, plus résistants et différant 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 269 

davantage des poils ordinaires. Vus au microscope (1), ils sont aplatis et 
terminés par une extrémité arrondie; ils présentent vers leur base un 
rétrécissement que suit une dilatation; leur section est complètement 
ovalaire. Il existe parmi eux quelques poils moins aplatis, plus longs 
et terminés par une extrémité mince et très-allongée, qui leur donne 
l'apparence d'un fuseau. Ces derniers sont rares vers le bout du pied et 
plus nombreux vers le talon. Les pieds du Desman des Pyrénées sont 
bordés de poils analogues, mais encore plus aplatis et plus arrondis 
vers le bout; au contraire, cbez le Desman de Moscovie, ils sont plus 
allongés et plus cylindriques, et enfin cbez les Crossojnis, ils se rappro- 
chent encore davantage des poils ordinaires. Les doigts sont palmés 
jusque vers l'articulation de la seconde avec la troisième phalange, et 
dans leur portion libre ils sont garnis de chaque côté d'une bordure 
de poils roides de la nature de ceux dont je viens de parler. Les ongles 
sont petits et faibles, tandis que ceux des Desmans sont trés-dévelop- 
pés. La face inférieure du pied porte dans toute sa portion digitale de 
véritables ventouses constituées par de grosses pelotes déprimées en 
forme de cupules. La première et la plus volumineuse se voit en des- 
sous du deuxième et du troisième doigt; elle s'étend en avant jusqu'au 
niveau de la palmure; sa forme est ovalaire et son grand axe est trans- 
versal à celui du pied. Au-dessus il existe deux autres ventouses plus 
petites et disposées en travers, sur le même niveau et occupant presque 
toute la largeur de la main. Enfin au-dessus de l'insertion du pouce, 
on en remarque une autre plus petite et située du côté interne du pied, 
ce qui porte à quatre le nombre total des ventouses de celte partie 
du corps. L'intervalle de ces ventouses sur toute la plante du pied est 
occupé par des saillies lenticulaires petites, très-nombreuses et assez 
régulières; le talon est nu. 

Les pattes antérieures, bien que beaucoup plus petites que les pos- 
térieures, sont cependant encore très-élargies en forme de palettes; 

(1) Voyez pi. XXX! X\ Gg. 1. L. 



270 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

elles présentent d'ailleurs les mômes caractères que celles que je viens 
de décrire. Leur face supérieure porte de petites écailles entre lesquelles 
s'insèrent de très-petits poils très-rares. Les doigts sont palmés jusque 
vers l'origine de la troisième phalange ; les bords externe et interne de 
la main sont bordés de poils aplatis, roides et serrés, dont on ne voit 
presque aucune trace entre les doigts, ce qui tient à l'extension qu'a 
prise la membrane palmaire. La paume de la main porte cinq ventouses, 
la première très-grande, ovalaire, dirigée transversalement et située 
au-dessous de tous les doigts, à l'exception du pouce; plus haut, il 
existe deux rangées de deux petites ventouses à bord antérieur con- 
cave, à bord postérieur convexe. Enfin, près du poignet, on voit une 
petite pelote qui semble représenter une sixième ventouse incomplè- 
tement développée. Sur les bords de ces cupules il existe des saillies 
lenticulaires disposées en séries assez régulières, mais elles manquent 
dans le reste de l'étendue de la paume, dont l'épidémie est lisse. Les 
ongles ne sont pas plus robustes que ceux des pattes postérieures. Les 
ventouses qui garnissent en dessous les pattes des Nectogales ne peu- 
vent leur être d'aucun usage pour nager, mais elles doivent leur servir 
d'une façon très-utile pour grimper sur les pierres arrondies et glis- 
santes des torrents au milieu desquels vivent ces petits animaux. Vues 
on dessous, ces pattes rappellentcelles des Mouches, et il semble évident 
(pie les usages qu'elles ont à remplir doivent avoir une certaine analogie. 
Le corps du Nectogale élégant est couvert de deux sortes de poils. 
Immédiatement au-dessus de la peau, il existe sur le dos un duvet très- 
doux, très-épais et d'un gris ardoisé clair. Des poils plus longs et clair- 
semés dépassent cette couche; ils sont gris à- leur base, mais blancs à 
leur extrémité, de telle sorte que l'aspect de l'animal varie beaucoup, 
suivant que ces poils sont couchés ou un peu relevés : dans le premier 
cas, la couleur générale semble d'un gris tiqueté de blanc brillant; dans 
le second cas, la robe paraît, en dessus, d'un gris uniforme. Cette 
teinte existe depuis l'extrémité du museau jusqu'à la base de la queue, 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 271 

en se prolongeant sur la face externe des pattes ; mais il est à remar- 
quer que les poils à extrémité blanche manquent sur la tête. Les parties 
inférieures du corps sont blanches, et cette teinte tranche d'une ma- 
nière assez brusque avec la teinte grise du dos ; elle s'étend sur le bord 
des lèvres, sur la gorge, la poitrine et le ventre, jusqu'aux flancs; elle 
se nuance de jaune le long du cou, au voisinage de la teinte grise. Si 
l'on écarte les poils des parties inférieures, on voit que l'extrémité 
seule en est blanche, mais que la base est du même gris ardoisé que 
sur le dos. 

Lorsque la fourrure du Nectogale est mouillée, elle prend des 
reflets irisés très-vifs et se nuance de vert métallique, comme cela se 
remarque chez le Desman et chez quelques autres Insectivores, et l'on 
remarque que ces teintes sont dues en majeure partie aux longs poils 
à extrémité blanche qui garnissent le dos. Les bordures de poils roides 
de la queue et des pattes sont blanches lorsqu'ils sont secs, mais ils 
deviennent aussi chatoyants lorsqu'on les mouille. 

La tête osseuse des Nectogales est aplatie et beaucoup plus élargie 
en arrière que celle des autres Soricidœ. Les caractères essentiels en 
sont d'ailleurs les mêmes, et indiquent que c'est dans cette famille que 
doivent prendre place ces singuliers insectivores du Tihet. Les dents 
sontau nombre de 28, comme chez les Crocidures, et, de mêmeque chez 
ces derniers, elles sont toutes entièrement blanches. La formule den- 
taire doit s'écrire de la manière suivante : 

3—3 1-1 , 4 — 4 — 16 j ao 

Inc. can. mol. } 28 

1—1 1 — 1 4—4 — 12 ) 

Les incisives antérieures de la mâchoire supérieure sont faibles et 
portent à leur base un lobe peu proéminent et tranchant. La première 
et la deuxième des dents intermédiaires, correspondant aux incisives 
latérales, sont de mêmes dimensions et déformes semblables. La troi- 
sième ou canine est notablement plus petite. La première molaire se 
rapproche plus de celle des Crossopi/s que de celle d'aucun autre des 



272 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

Sorkidœ; en effet, sa portion interne est très développée et porte deux 
pointes nettement dessinées. 

A la mâchoire inférieure, l'incisive est longue, mais peu robuste; 
elle est comprimée latéralement, mais son bord tranchant n'offre au- 
cune trace de denticulalion. La canine est extrêmement petite. Les 
molaires ne présentent rien de particulier à noter. 

Cet exposé des caractères du Nectogale élégant suffit pour démon- 
trer qu'il doit prendre place parmi les Sorkidœ, dont il représente le 
type essentiellement nageur. Tous les traits extérieurs de son organisa- 
tion indiquent un genre de vie plus aquatique que dans le genre Cros- 
sopus, avec lequel notre nouvelle espèce du Tibet a cependant d'étroites 
affinités, surtout si on la compare au Crossopus platycephalus, Temm., 
du Japon. Les ressemblances que le genre Nectogale présente avec le.s 
Desmans, bien que très-frappantes, n'ont cependant pas une valeur 
suffisante pour permettre de le placer dans le petit groupe des 
Myogalidœ. 

DIMENSIONS D'UN NECTOGALE ELEGANS ADULTE 

Longueur totale 0,190 

Longueur de la queue 0,100 

Longueur de la tète 1,033 

Longueur du crâne • 0,025 

Largeur maximum du crâne 0,015 

Distance du museau à l'œil 0,0165 

Distance du museau au trou auditif 0,026 

Longupur du pied postérieur 0,025 

Longueur du pied antérieur 0,016 

§ 11. — GENRE UROPSILUS (1), nov. gen. 

UROPS1LUS SORICIPES, nov. sp. 

(Voyez pi. XL, fig. 1, et pi. XL», fig. 1.) 

Temminck, en indiquant les caractères du petit insectivore du 
Japon qu'il désigna sous le nom d' Urotrichus talpoides, ajoute : « Il pré- 

(1) De oùfà, queue, et i|/iXiç, dégarni de poils. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 273 

sente l'association des caractères des Taupes et des Musaraignes ; 
il devient le type d'un genre nouveau intermédiaire entre ces deux 
groupes, qu'une distance assez grande sépare l'un de l'autre, tant par 
l'ensemble de leurs formes, de leur manière de vivre, de leurs moyens 

de locomotion, comme par leur système dentaire Notre animal 

nouveau vient se placer exactement dans l'hiatus qui séparait ces 

deux groupes. » 

Temminck, en s'exprimant ainsi, appréciait très-exactement les 
caractères de Y Urotrichus ; mais cependant il est impossible de ne pas 
reconnaître que ce genre se rapproche beaucoup plus des Talpidœ que 
des Soricidœ. Nous connaissons aujourd'hui une forme nouvelle consti- 
tuant un autre chaînon entre ces deux types et reliant de la manière la 
plus intime les Urotriques aux Musaraignes, et l'on donnera une idée 
exacte de son organisation en disant que c'est un Urotrichus à pattes et 
à queue de Sorex. 

J'ai désigné celte espèce sous le nom à'Uropsilus soricipes pour rap- 
peler par l'analogie du nom les analogies de formes qu'elle présente 
avec les Urotrichus, et pour indiquer en même temps quelques-unes de 
ses particularités distinctives. 

V Uropsilus soricipes esta peu près de la taille de notre Musaraigne 
musette, et son pelage est d'une couleur ardoisée très-foncée et mélan- 
gée vers l'extrémité des poils d'une teinte un peu brunâtre. Les parties 
inférieures du corps sont à peine plus claires. La queue est d'un 
brun noirâtre, ainsi que les pattes; les ongles sont d'un blanc tirant sur 
le jaune. Les poils sont assez longs, surtout sur la partie postérieure 
du corps. Lorsqu'ils sont mouillés, ils prennent quelques reflets irisés, 
mais bien moins marqués que chez les Crossopus. Le caractère exté- 
rieur le plus saillant que présente l'Uropsile consiste dans la forme et 
dans les dimensions du museau. De même que chez les Urotriques, le 
nez se prolonge fort loin au delà des incisives antérieures; il est formé 

35 



274 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

de deux narines tubulaires accolées l'une à l'autre (1) ; une dépression 
longitudinale indique en dessus leur séparation. Leur face supérieure 
est brunâtre et revêtue de plaques épidermiques, lenticulaires, petites, 
un peu squamiformes et rapprochées les unes des autres ; leur face 
inférieure est rosée et revêtue de plaques beaucoup plus petites. L'ex- 
trémité du museau est mince et arrondie ; les narines s'ouvrent latéra- 
lement. Des poils très-courts, bruns et assez rares, s'élèvent perpendi- 
culairement à la surface de cette sorte de trompe, qui paraît jouir d'une 
extrême mobilité. Vers sa base, les poils deviennent plus nombreux et 
sont dirigés en avant ; on remarque aussi sur les côtés quelques poils 
fins et longs constituant les moustaches, qui sont moins fournies que 
chez les Sorex. Les yeux sont extrêmement petits, caractère qui est 
encore commun aux Urotrichus et aux Uropsilus; mais, contrairement 
à ce qui existe dans le premier de ces genres, les oreilles sont assez 
grandes, dépassent le poil et se montrent à découvert (2). La conque 
auditive est presque nue, son bord est régulièrement arrondi; elle 
porte en dedans deux replis très-développés que l'on peut comparer 
à l'antitragus et à l'anthélix, dont le bord est garni d'un bouquet de 
poils longs, fins et assez fournis. 

Les pattes antérieures ressemblent à celles des Musaraignes; elles 
n'ont rien de lalpoïde ; leur portion métacarpienne est étroite, et les 
doigts sont grêles et armés d'ongles comprimés et un peu crochus (3), 
au lieu d'être larges et droits comme chez les Urotriques. La face 
supérieure du pied de devant est couverte de petites écailles arrondies 
qui vont en diminuant vers le poignet, qu'elles revêtent; dans leurs 
intervalles s'implantent quelques poils courts qu'on n'aperçoit qu'à la 
loupe, car, vu à l'œil nu, le pied paraît écailleux et entièrement glabre. 
Dans la portion digitale, les squames occupent toute la largeur du doigt. 

(') Voyczpl. XL», fig. I e el 1". 
(i) Voyez pi XL», fig. t». 
(3) Voyez pi. XL», fig. I e , 1". 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 275 

La jambe, dans son tiers inférieur, est écailleuse et dépourvue de 
poils. Le pied est long et grêle ; il présente d'ailleurs le môme revête- 
ment squameux qu'à la main, et les ongles qui arment les doigts sont 
aussi développés (1). 

La queue, mesurée avec les poils qui la terminent, est presque 
aussi longue que l'animal ; elle est robuste et formée d'anneaux écail- 
leux au nombre d'un peu plus de 80, entre lesquels naissent des poils 
très-courts, bruns, dirigés en arrière et trop peu nombreux pour les 
cacher; vers l'extrémité, ces poils s'allongent, et, bien que très-rares, 
forment une sorte de pinceau de 5 ou 6 millim. de long. Cette queue 
est tout à fait différente par sa forme, par sa longueur et par son revê- 
tement, non-seulement de celle de YUrotrichus, mais aussi de celle de 
tous les autres représentants de la famille des Tolnidœ, et elle rappelle 
bien davantage ce qui existe chez certaines Musaraignes. 

Le crâne ressemble beaucoup à celui des Urotriques (2), et, de 
même que dans ce genre, les arcades zygomatiqucs, quoique faibles, 
sont complètes. La tête osseuse est cependant comparativement plus 
courte. Le caractère général de la dentition est à peu près le même 
bien qu'il y ait certaines différences à noter. Ainsi, chez YUrotrichus. On 
compte 36 dents ainsi réparties : 

2_2 1 — 1 4—4 , 3 — 3 20 

Inc.' can. p. mol. mol. = — — 36. 

1 — 1 1—1 v 3 — 3 3—3 16 

Chez YUropsilus soricipes, on ne compte que ?i!i dents. La formule 
dentaire doit s'écrire de la manière suivante : 

, 2—2 1 — 1 , 3-3 3—3 = 18 

Inc. can. p. mol. mol. =3 4. 

<— 4 1—1 v 3—3 3—3 = 16 

Il y a donc une prémolaire supérieure de moins. La première inci- 

(1) Voyez pi. XL», fig. V et \>. 

(2) Voyez pi. XL s Qg. 1. 



276 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

sive supérieure est moins grande que chez l'Urotrique, elle est large 
et en contact avec celle du côté opposé ; la deuxième incisive est d'un 
tiers environ plus petite que la précédente, mais dépasse d'au moins 
la moitié de sa longueur la dent que je considère comme une canine, 
et qui est conique et très-réduite. La première prémolaire n'est guère 
plus développée ; la deuxième est notablement plus grande; et enfin 
la troisième est très-élevée, et ressemblerait beaucoup à la dent corres- 
pondante des Taupes, si elle ne portait pas en avant une petite pointe 
bien détachée. La première vraie molaire se fait remarquer par sa 
longueur dans le sens longitudinal ; les deux dernières n'offrent rien 
de particulier à signaler. 

A la mâchoire inférieure, l'incisive est moins développée, mais la 
canine et les deux premières fausses molaires le sont plus que chez 
YUrolrichus; elles s'élèvent presque autant que la dernière de ces dents, 
tandis que dans ce genre il y a entre elles une grande disproportion ; 
les molaires ressemblent beaucoup à celles des autres Talpidœ. 

La colonne vertébrale se compose de sept vertèbres cervicales, 
treize dorsales, sept lombaires, cinq sacrées et quatorze caudales. Le 
manubrium est très-comprimé dans sa partie inférieure, mais il ne 
porte pas de carène comme chez les Talpides essentiellement fouisseurs. 
Les clavicules sont faibles, bien qu'elles fournissent encore à l'humérus 
une facette articulaire; ce dernier os ressemble beaucoup par ses pro- 
portions à celui des Musaraignes, mais ses crêtes et ses apophyses sont 
plus saillantes. L'avant-bras est grêle et allongé ; le cubitus et le radius 
s'appliquent l'un sur l'autre dans leurs deux tiers inférieurs; il n'y a 
à la main aucune trace de l'os carpien falciforme. Les dernières pha- 
langes ont une forme normale, et ne présentent pas la bifurcation qui 
les rend si remarquables chez les Talpides ordinaires. 

Tels sont les caractères de cette nouvelle forme d'insectivore, qui 
doit se ranger le dernier dans la famille des Talpidœ, formant le trait 
d'union de celle-ci aux Soricidœ. Les Uropsiles représentent dans l'Asie 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 277 

continentale, et particulièrement au Tibet, les Urotriques, dont on ne 
connaît jusqu'ici que deux espèces : VU. taipoides, Temm., originaire 
du Japon, etl'Z7. Gibbsii, Baird, qui provient de l'Amérique du Nord, et 
qui diffère à peine de l'espèce précédente. 

M. l'abbé David, qui a trouvé cet Uropsile dans le Moupin, ne 
nous donne aucun renseignement sur ses mœurs. 

Pour bien faire saisir les particularités organiques qui distinguent 
le genre Uropsih/s des Drotrichus, j'indiquerai comparativement leurs 
principaux caractères. 

TÀLPIDjE a nez extrêmement allongé en forme de trompe. 



UROPSILL'S. 

Oreilles assez grandes et bien visibles à l'extérieur. 

Queue aussi longue que le corps, écailleuse et pres- 
que glabre. 

Pattes antérieures étroites et longues. 

Ongles des pattes antérieures comprimés, crochus 
et peu robustes. 

Phalange unguéale entière. 



UROTRICBDS. 

Oreilles petites et complètement cachées sous les 

poils. 
Queue beaucoup plus courte que le corps, garnie de 

poils assez longs. 
Pattes antérieures larges et courtes. 
Ongles des pattes antérieures aplatis, presque droits 

et très-robustes. 
Phalange unguéale bifurquée. 



DIMENSIONS D'UN UROPSILUS SORICIPES ADULTE. 

Longueur totale de l'animal 0,127 

Longueur de la queue 0,064 

Longueur du museau au devant des incisives supérieures 0,010 

Distance entre l'extrémité du museau et l'œil 0,017 

Distance entre l'extrémité du museau et le trou auditif 0,023 

Largeur de l'oreille 0,008 

Distance de la base du trou auditif à l'extrémité de l'oreille ... 0,007 

Longueur du pied 0,015 

Longueur de la main 0,009 

Largeur de la main 0,003 

Longueur du crâne 0,021 

Largeur maximum 0,011 



278 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

§ 12. — GENRE SCAPTONYX (1). 

[SCAPTONYX FUSICAUDATUS, nov. sp. 
(Voyez pi. XXXVIII», fig. à, et pi. XL», fig. 2.) 

C'est aussi à la famille des Talpidœ qu'appartient le genre Scaptonyx, 
qui jusqu'à présent ne compte qu'une seule espèce (le S. fusicaudatus), 
découverte sur les confins du Kokonoor et du Sé-tschouan. Malheureu- 
sement le flacon dans lequel se trouvait l'unique individu que M. l'abbé 
A. David envoyait au Muséum se brisa pendant le voyage, et notre petit 
insectivore arriva en fort mauvais état. Il a été cependant possible de 
retirer la plupart des os du squelette, et de préparer la peau de façon 
que les principaux caractères tirés de la forme des pattes et de la 
queue fussent faciles à étudier. 

Le Scaptonyx, par sa taille, son aspect extérieur, ses pattes et sa 
queue, a beaucoup de ressemblance avec YUrotrichas, mais il en diffère 
d'une manière très-nette par la brièveté du museau et par les disposi- 
tions des dents, qui rappellent par leurs formes celles des Taupes pro- 
prement dites. On peut également dire de lui qu'il représente une 
Taupe à membres à' Urotrichus ou un Uroirichus à tête de Taupe. 

Le museau ne dépasse que peu les incisives supérieures. Les yeux 
sont excessivement petits, et les oreilles sont cachées par les poils, 
on ne voit extérieurement aucune trace de leur présence. Le corps est 
gros et porté sur des pattes très-courtes; les antérieures sont élargies 
comme celles des Urotriques. Les doigts en sont robustes et terminés 
par des ongles fouisseurs, larges et presque droits; les phalanges qui 
les portent sont bifides à leur extrémité. Les pattes postérieures sont 
comparativement beaucoup plus faibles, plus allongées, mais, de même 
que les précédentes, elles sont couvertes d'écaillés et presque nues. 

(1) De <jxdc7TTtiv, creuser, fouir la lerre, et SvuÇ, ongle. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 279 

La queue est assez grande, elle égale le tronc, mesuré jusqu'à la cein- 
ture scapulaire; elle est fusiforme, et porte des poils assez longs, peu 
fournis, dirigés en arrière et formant à la partie terminale de la queue 
une sorte de pinceau. 

Le pelage est doux, épais, d'un noir bleuâtre à la base, se nuan- 
çant de brun vers l'extrémité. 

La tète osseuse était tellement brisée, qu'il m'a été impossible de 
voir s'il y avait des arcades zvgomatiques ; mais par analogie on peut 
être assuré qu'elles doivent exister, mais être très-grêles. 

Les dents sont au nombre de 4*2, probablement ainsi réparties : 

3—3 1-1 , 4—4 3—3 = 22 i 

Ir.c. can. p. mol. mol. ! 42 

3 — 3 1 — 1 f 3 — 3 3—3 = 20 J 

A la mâchoire supérieure, les premières incisives sont un peu 
plus larges, mais à peine plus longues que les autres-, elles se terminent 
par un bord tranchant et non par une pointe (1). La troisième de ces 
dents est la plus petite. La canine qui vient après est faible et peu allon- 
gée, bien qu'elle dépasse la précédente à peu près d'un tiers de sa 
longueur ; sa pointe est mousse au lieu d'être très-pointue et recourbée 
en arrière comme chez les Taupes. Les deux premières prémolaires 
sont très-petites et semblables entre elles; la troisième est un peu plus 
forte et nettement biradiculée ; la quatrième est haute : sa pointe 
dépasse la couronne de toutes les autres dents, et en arrière elle porte 
une petite pointe en forme de talon. La première vraie molaire est 
grande et ressemble beaucoup à celle des Taupes ; mais les pointes qui 
la garnissent sont beaucoup moins développées; on peut en dire 
autant des deux dernières màchelières. Cette description montre que 
les dénis de la mâchoire supérieure sont en même nombre que dans 
le genre Talpa, et à quelques détails près, leur forme est à peu près 
la même. 

(1) Voyez pi. XL», fig. 2 



280 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

A la mâchoire inférieure, cette similitude ne se retrouve pas, au 
moins pour le nombre. En effet, au lieu de vingt-deux dents, on n'en 
compte que vingt, ce qui est dû à l'absence d'une prémolaire. Les trois 
incisives sont petites et à peu près semblables ; la canine est courte, a 
peine plus haute que les incisives et biradiculée. La première prémo- 
laire est de toutes les dents la plus petite; la deuxième égale la canine ; 
la troisième est plus grande, plus pointue, et pourvue en arrière d'un 
talon pointu. Les molaires sont tout à fait talpoïdes; la première porte 
cinq pointes dont deux externes et trois internes; la deuxième est 
presque semblable à la précédente, mais un peu plus grande ; la troi- 
sième est au contraire de dimensions moindres que la première. 

L'angle postérieur de la mâchoire est plus grêle et se prolonge 
davantage en arrière que chez les Taupes; la branche montante est 
moins large et plus haute; la branche horizontale sur laquelle s'im- 
plantent les dents est presque droite, au lieu d'être très-arquée en des- 
sous, et la série dentaire s'abaisse beaucoup vers l'extrémité. Les ver- 
tèbres cervicales sont larges, mais moins fortes que dans le genre Talpa; 
on compte aussi treize vertèbres dorsales et cinq lombaires. La queue 
est formée de quinze vertèbres. Le sternum est fortement caréné dans 
sa parti antérieure; la clavicule est courte et forte, mais plus longue 
que large ; l'humérus reproduit les caractères de celui des Taupes, il 
est cependant en tout plus grêle (1). 

Dimensions de l'animal 0,108 

Longueur île la queue 0,045 

Longueur du Ironc 0,046 

Si l'on veut établir exactement la position systématique du 
Scaptonyx par rapport aux Sorex et aux Talpa, on voit qu'il rattache 
les Urotrichus à ces derniers, tandis que les Urapsiïus reliaient les 
Urotrichiis aux Sorex. 

(1) Voyez pi. XL», bg. 2 e et 2". 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 281 

§ 13. — GENRE TALPA. 

TALPA LONGIROSTRIS. 

(Voyez pi. XXXVIII, fi». 2, et pi. XVII», fig. 2.) 
Alph. Milne Edwards, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1870, t. LXX, p. 341. 

Le genre Talpa comprend un certain nombre d'espèces qui se res- 
semblent beaucoup par leur aspect extérieur, et ne se distinguent que 
par des caractères peu apparents tirés du nombre et de la (orme des 
dents incisives, de la disposition de la queue et de la conformation des 
paupières. Tous les représentants de ce genre sont confinés en Europe 
et en Asie; ils sont remplacés en Afrique par les Cbrysochlores. et dans 
l'Amérique septentrionale par les Scalops, les Scapanus et les Condy- 
lures. C'est à tort que Harlan et Richardson ont signalé l'existence d'une 
espèce de Taupe aux États-Unis : les recherches faites avec un grand 
soin par M. Baird, par M. Allen et par d'autres naturalistes, ont dé- 
montré que ces prétendues Taupes, ou bien n'étaient que des Scalops, 
ou bien provenaient d'Europe; aussi est-on en droit de s'étonner en 
voyant reparaître cette Taupe américaine sous le nom de T. nigro- 
fusca, dans la révision des Talpœ que M. Fitzinger a publiée tout 
récemment (1). 

L'Europe ne compte que deux espèces de Taupes : le T. europœa de 
Linné, qui s'étend jusqu'en Asie, et le T. cœca décrit par Savi, qui ne 
se rencontre que dans les parties méridionales de notre continent. 

Au Japon, on rencontre le Talpa Woyura, Temm., que Radde a 
retrouvé en Sibérie. Aux Indes, les explorateurs anglais ont signalé 
trois espèces : le T. micrura, Hodgson, le T. macrura, Hodgson, et le 

(1) Die nalûrliche Familie der Maulmtrfe (Talpœ) und ihre Arien, nach kritischen Untcr- 
suchungen. — Silzungsberichte der matemalisch-naluriïissenschaftlichen Classe der k, Akademie 
der Wissenschafien, Wien, t. LIX, 1" partie, 1869, p. 407. 

36 



282 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

T. leucura, Blyth, qui vivent au sud-est de l'Himalaya. Dans l'île de 
Formose, M. R. Swinhoe a découvert une autre Taupe à laquelle il a 
donné le nom de T. inmluris (1). Enfin, pour terminer cette énumé- 
ration, je dois citer le Scaptochirus moschafus de Mongolie, qui, bien 
qu'appartenant à un genre distinct, peut facilement être confondu avec 
les Taupes. 

Les recherches de M. l'abbé David ont ajouté à cette liste une 
autre espèce qui paraît être assez commune dans les montagnes du 
Sé-tchouan et du Tibet oriental; je l'ai fait connaître sous le nom de 
T. longïrôstris. Elle est plus petite que notre Taupe d'Europe et elle s'en 
dislingue d'ailleurs par de nombreux caractères. Son pelage est court, 
très-fourré, velouté, d'un noir ardoisé, tirant quelquefois sur le gris 
et de même couleur en dessus et en dessous. Le museau, au lieu d'être 
large et en forme de grouin comme celui du T. europœa, est long, 
conique, grêle à son extrémité, qui est un peu digitiforme et qui 
porte, au-dessous des narines, un pli transversal en forme de bourrelet; 
en dessous il existe un sillon longitudinal et médian très-profond qui 
s'élargit en se rapprochant de la bouche. Les moustaches sont plus 
nombreuses que chez notre espèce. Le museau du Talpa cœca est 
beaucoup plus élargi et plus aplati horizontalement que chez le 
T. longirostris ; l'extrémité n'en est pas pointue et digitiforme. 

Les yeux sont très-petits et recouverts par une membrane. Les 
oreilles sont entièrement cachées par les poils. Les pattes ne présentent 
rien de particulier à noter. La queue offre au contraire une forme carac- 
téristique; elle est peu développée et étranglée à son origine, puis elle 
se renfle brusquement en massue un peu comprimée horizontalement, 
et enfin elle se termine par une extrémité largement arrondie. Cet 



(1) Si l'on examine la dentition du Talpa insularis comparalivement à celle du T. Wogura, 
on y trouve les mêmes caractères. La forme du museau, la longueur relative de la queue, !a 
couleur du pelage, sont identiques chez ces deux Taupes, et je suis disposé à les considérer 
comme appartenant à un même type spécifique. 



MAMMIFÈRES DU TIBET, 283 

appendice est beaucoup plus développé chez les Talpa europœa, T. cœca 
et T. macrura; elle est aussi plus pointue à son extrémité. Cliez les 
T. micrura (T. cryptura de Blyth), la queue est beaucoup plus courte et 
presque entièrement cachée sous les poils. Les poils qui la garnissent, 
chez notre espèce, sont assez longs, d'un gris blanchissant et très- 
claîr-semés. 

Par sa dentition (1) le Talpa longiroslris se rapproche des Taupes 
ordinaires et se sépare nettement du T. Wogura du Japon et du 
Talpa insularis de Formose, dont la mâchoire inférieure ne porte que 
trois paires d'incisives au lieu de quatre; ii se distingue aussi du 
T. leucura, chez lequel, ainsi que nous l'apprend M. Blyth, il existe 
une paire de prémolaires de moins que d'ordinaire. Les incisives supé- 
rieures sont à peu près égales entre elles; les médianes sont un peu plus 
larges que les mitoyennes, mais elles ne les dépassent pas comme chez 
le Talpa cœca. Les canines sont faibles, mais portent en arrière, à leur 
base, un talon en pointe très-développé. Les molaires ressemblent 
beaucoup à celles des Taupes ordinaires. 

DIMENSIONS D'I'N TALPA LONGIROSTMS ADULTE. 



Longueur totale 0,125 

tjueue (mesurée sans les poils) 0,020 

Dislance entre les incisives supérieures et le bout du museau 0,010 

Distance enlre le bout du museau et l'œil 0,018 

Distance entre le bout du museau et l'oreille 0,030 

Largeur du museau en arrière des narines 0,004 

Longueur de la main 0,022 

Largeur de la main 0,019 

Longueur du pied 0,020 

Largeur du pied 9,000 



Le tableau suivant permet de déterminer facilement les différentes 

(t) Voyez pi. XVII k . fig. 2. 



284 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

espèces de Taupes, et il indique les caractères que l'on doit surtout 
prendre en considération : 

Trois paires d'incisives inférieures T. Wogura et 

insularis. 

Trois paires de prémolaires à la mâchoire supérieure T. leucura. 

Quatre l /Queue nulle ou entièrement cachée par les poils T. micrura. 

paires ' Quatre paires l /plus longue que la tète T. macrura. 

d'incisives i de ] I /'Incisives supérieures médianes plus grandes 

inférieures r prémolaires \ \ i que les latérales T. cœca. 

\ supérieures, f Queue < plus y /Queue forte et fusiforme, 

\apparente,l courte - ; Incisives l museau court et large, 

' que ! supérieures ; yeux ouverts T.europœa. 

Via tète . T de même \ Queue courte et en massue, 
\ longueur, f museau long et grêle, yeux 

\ fermés T. longirostris. 

§ 14. — GENRE ARVICOLA. 

ARVICOLA MELAVOGASTER. 

Voyez Nouvelles Archives du Musémn, 1871, t. VIS, p. 93. 
(Voyez pi. XLIV et pi. XLVI», fig. 1.) 

Cette petite espèce de Campagnol se rencontre assez communément 
dans la principauté de Moupin et au Sé-tchouan occidental; elle vit 
dans les montagnes, où elle se creuse des terriers. Elle est caractérisée 
par la couleur de la face inférieure du corps, qui est d'un gris noirâtre; 
les parties supérieures sont tantôt d'un noir de taupe, tantôt tiquetées 
de brun. Il existe à cet égard des différences assez grandes, et si je 
n'avais pas eu sous les yeux une série nombreuse d'individus, j'aurais 
été tenté déconsidérer ces différences de couleur comme indiquant des 
différences spécifiques. J'ai fait représenter (1) un individu de cette 
espèce, appartenant à la variété noire, à côté d'un autre individu dont 
le pelage est brunâtre (2). 

La tête de YArvicola melanogaster est grosse et trapue; les yeux sont 
très-petits, et les oreilles, à peine plus longues que les poils, sont à 
peine apparentes. Les pattes sont courtes et d'un gris violacé ; les 
ongles sont d'un blanc grisâtre. La queue est petite et légèrement 

(I) Voyez pi. XLIV, fig. 1. 
(S) Voyez pi. XLIV, fig. 2. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 285 

velue; ses dimensions varient d'ailleurs un peu chez les différents 
sujets. Les jeunes de cette espèce présentent les mêmes caractères que 
les adultes, cependant ils sont généralement un peu plus clairs. 

M. G. de Montebello a découvert, sur le Fusi-Yama, l'une des plus 
hautes montagnes du Japon, un petit Campagnol que j'ai inscrit sur les 
catalogues du Muséum sous le nom A'Arvicola Montebelli, et qui se rap- 
proche beaucoup de l'espèce du Tibet : ses dimensions sont les mômes; 
son pelage est d'un brun tiqueté de noir, et, quoique son ventre soit 
moins foncé que celui de ïArincola melanogaster, on serait tenté, lors- 
qu'on examine ses caractères extérieurs, de le rapportera cette dernière 
espèce. Mais les dents molaires présentent une forme différente : la 
première molaire portant en dedans trois angles saillants; tandis que 
nous verrons que, chez l'espèce dont je donne ici la description, ces 
angles sont plus nombreux. Enfin j'ajouterai que le museau du Cam- 
pagnol du Japon est plus court, et que les trous palatins sont plus 
étroits. 

VArvkola melanogaster se distingue aussi très-nettement de l'espèce 
de Mongolie, que j'ai désignée sous le nom d'Arvicola mandarinus. Son 
crâne est plus étroit, plus allongé, beaucoup moins renflé en arrière ; les 
dents incisives sont plus faibles. Les dents molaires diffèrent aussi beau- 
coup dans ces deux espèces. La première molaire supérieure (1) pré- 
sente, au côté interne, quatre angles bien développés, tandis que chez 
VArvicola mandarinus on n'en compte que trois, en dedans aussi bien 
qu'en dehors. La seconde molaire porte de chaque côté trois angles 
dont les dimensions sont à peu près semblables, et dont la disposition 
est régulière. La dernière molaire de la môme rangée est presque aussi 
longue en arrière qu'en avant, et les deux angles de la seconde paire 
sont situés à peu près sur la môme ligne transversale. 

Les molaires de la mâchoire inférieure (2) se ressemblent davan- 

(1) Voyez pi. XLVI -, fig. K. 

(2) Voyez pi. XLVI *, Bg. 1<i. 



"28(3 MAMMIFÈRE S DU TIBET. 

tage dans ces deux espèces ; il est cependant à noter que chez YArvko/a 
melanogaster les angles internes et externes, au lieu d'alterner, se cor- 
respondent assez exactement par leur base, et occupent par conséquent 
la même ligne transversale. 

Longueur depuis l'extrémité du museau jusqu'à la base de la queue, en 

suivant la courbure du dos. . . 0,095 

Longueur de la queue 0,035 

Longueur de la face depuis l'extrémité du museau jusqu'au trou de 

l'oreille 0,024 

Longueur des oreilles 0,005 

Longueur du pied postérieur 0,015 

§ 15. — GENRE MUS. 
MUS CONFUCIANUS. 

(Voyez pi. XLI, fig. 2.) 
A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 4 871, t. VII, p. 93. 

Le Mulot, ou Mus sylvaticus, de l'Europe occidentale, paraît être 
représenté en Orient par plusieurs espèces de Rats, dont le système de 
coloration est à peu près le même, mais dont la taille est beaucoup plus 
grande. Tel est le Mus speciosus du Japon figuré par Teinminck (1) ; telle 
est l'espèce chinoise à laquelle j'ai donné le nom de Mus Confuciahus. 

Ce petit Rongeur, dont nous devons la connaissance à M. l'abbé 
Armand David, habite les montagnes de Moupin et de la province du Sé- 
tchouan, située dans la partie occidentale de la Chine, et pendant l'hiver 
il fréquente l'intérieur des maisons. Il est un peu moins gros que le Rat 
proprement dit, Mus Rattus, et se fait remarquer par la coloration de 
sa robe, qui, sur toute la partie inférieure du corps, est d'un blanc pur, 
tandis que, sur le dessus de la tête et du tronc, elle est d'un brun teinté 

(\) Aperçu général et spécifique sur les Mammifères qui habitetU le Japon (Siebold, Fauna 
japonica, Mammalia, tab. xvi, Gg. 1). 



MAMMIFÈRES DU TIRET. 287 

de fauve et de noir. Le pelage est très-doux au loucher, et cependant, 
sur toute la région dorsale, il existe, mêlées aux poils ordinaires, un 
nombre considérable de soies très-fines qui dépassent de beaucoup ces 
derniers, et qui ont une teinte noirâtre. La portion basilaire des poils 
du dessus du corps et de la tète, ainsi que le duvet correspondant, est 
de couleur ardoisée; mais cette teinte est complètement cacbée par la 
portion terminale des poils ordinaires, qui est d'un brun tirant sur le 
fauve. Vers le milieu du dos, l'aspect général du pelage est rendu plus 
sombre par le mélange de longs poils noirs dont j'ai déjà parlé; mais 
sur les flancs, c'est la teinte fauve terne qui domine. Les joues et la face 
externe des membres sont colorées de la même manière que le liant des 
lianes, mais les doigts, les faces postérieures et internes des pattes, la 
gorge, la poitrine, le ventre et la région anale sont d'un blanc de lait. 
L'extrémité du museau est brun comme les joues, mais le blanc de la 
gorge se prolonge autour de la bouche jusque sur le bord de la lèvre 
supérieure. Les moustaches sont très-longues et presque entièrement 
noires. Les oreilles sont très-grandes, presque nues, et fortement colo- 
rées en brun noirâtre. Sur l'une et l'autre face, la queue est plus 
poilue que chez la plupart des espèces du genre Mus, et bicolore 
comme chez le Mulot : effectivement, elle est d'un brun noirâtre sur 
les côtés aussi bien qu'en dessus; mais en dessous, excepté vers sa 
base, elle est blanche. 

Le Rat des bois que 31. Radde a trouvé dans la région du ileuve 
Amour et dans la Daourie, et que ce zoologiste considère comme étant 
une simple variété de notre Mulot brun, est deux fois plus gros que 
ce dernier Rongeur, et ressemble beaucoup au Mus Confucianus, mais me 
paraît en différer spéciliquement, ainsi que du Mus sylvalicus proprement 
dit. Le Mm Confucianus a le dessus du corps beaucoup plus brun; le 
blanc du ventre remonte moins haut sur les flancs et ne s'étend pas sur 
le museau comme dans l'espèce figurée par M. Radde ; enfin la queue 
est plus longue. L'espèce que je viens de décrire se dislingue aussi 



288 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

très-nettement du Mus speciosus par sa coloration, car ce dernier est 
fauve roussàtreen dessus, et d'un blanc grisâtre en dessous ; ses mous- 
taches sont blondes, l'intérieur des oreilles est d'un brun jaunâtre très- 
clair; enfin le dessus de la queue est jaunâtre. 

Longueur de la lête du Mus Confucianus, de l'extrémité du museau 

à la base de la queue 0,17 

Longueur de la queue 0,165 

Longueur delà face depuis l'extrémité du museau jusqu'au méat auditif. 0,03 

Longueur des oreilles 0,014 

Longueur du pied postérieur 0,03 



MUS CHEVRIERI. 

(Voyez pi. XL, fïg. 2.) 

Celte espèce, à peine plus grosse que notre Mulot commun, res- 
semble beaucoup par la couleur de son pelage au Mus Confucianus, et au 
premier abord on serait tenté de regarder ces Rats comme les jeunes de 
l'espèce précédente. Mais l'élude du squelette m'a prouvé qu'ils sont 
toujours au moins d'un tiers plus petits. 

Les poils sont très-doux et peu allongés; leur couleur générale est 
d'un brun fauve tiqueté de brun foncé; les parties inférieures sont d'un 
gris très-clair, presque blanches. Les oreilles sont relativement courtes 
et les pattes peu développées; la queue est revêtue de poils clair-semés 
et très-courts. 

Le crâne est plus étroit que chez le Mus. Confucianus. La distance 
comprise entre les molaires et les incisives est notamment plus grande, 
et ces dernières dents sont peu mamelonnées; leur couronne, chez les 
individus adultes, est plate et sillonnée de lignes d'émail courbes et 
disposées transversalement. 

Le Mus Chevrieri a été trouvé par M. l'abbé David dans la princi- 
pauté de Moupin. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 289 

Chez une famille très-adulte, le corps avait une longueur totale de 
12 centimètres, la queue mesurait 9 centimètres. 

MUS FLAVIPECTUS. 

(Voyez pi. XLH, fig. 1.) 
A. Milne Edwards, Xouvelles Archives du Muséum, 1871 , t. VII, p. 93. 

Chez cette espèce, le dessus du corps et de la tête est brun rous- 
sàtre, le menton est grisâtre, la gorge et la poitrine sont d'une teinte 
fauve mêlée de gris; le ventre et la face interne des pattes sont d'un 
gris jaunâtre tirant sur le fauve (1) ; les oreilles sont grandes et presque 
nues; les moustaches sont longues ; les incisives sont d'un jaune foncé; 
enfin la queue est d'un brun foncé en dessous aussi bien qu'en dessus, 
elle est peu garnie de poils très-courts. 

Longueur de l'extrémité du museau à l'origine de la queue 0,20 

Longueur de la queue 0,16 

Longueur de la face depuis l'extrémilé du museau jusqu'à l'oreille 0,04 

Longueur du pied postérieur 0,031 

Longueur des oreilles 0,018 

Ce Rat a été trouvé par M. l'abbé A. David dans la principauté 
de Moupin. 

| 1) Le Mus flavipeclus se rapproche par ses formes d'un Rat découvert par M. Germain à l'île 
de Poulo-Condor, et que j'ai désigné sous le nom de Mus Germani. Celte espèce est remarquable 
par la longueur de sa queue et par la grandeur de ses oreilles. Par la coloration générale elle 
ressemble beaucoup au Mus flavipeclus; mais, tandis que le dessous de la gorge, les côtés de la 
poitrine et la face interne des pattes antérieures, sont d'un jaune assez intense, le ventre est d'un 
blanc grisâtre sale, le dessus de la tête et le dos sont d'un brun foncé mêlé de fauve; le poil est 
doux. Les oreilles et la queue sont presque nues. 

Longueur de l'extrémité du museau à la base de la queue 0,25 

Longueur de la queue 0,24 

Longueur de la face depuis l'exlrémité du museau jusqu'à l'oreille 0,05 

Hauteur de l'oreille 0,025 

Longueur des pieds postérieurs 0,042 

37 



290 MAMMIFÈRES DU TIBET. 



MUS GRISEIPECTUS. 



A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1871, t. VII, p. 93. 
(Voyez pi. XLII, fig. 2.) 

Cette espèce, qui habite le Sé-tchouan, rappelle le Mas humiliatus 
par son mode général de coloration ; mais elle est beaucoup plus grande, 
et se dislingue par sa queue, dont la teinte est d'un brun foncé en des- 
sous aussi bien qu'en dessus. Sous ce rapport, le Mus griseipectus res- 
semble au Mus flavipectus du Tibet; peut-être môme, lorsque l'on con- 
naîtra mieux ces deux espèces, devra-t-on les considérer comme de 
simples races d'un même type spécifique. Mais tous les individus du 
Sé-tchouan que j'ai pu observer se distinguaient de l'espèce tibétaine 
par la teinte gris clair et sans mélange de fauve qui règne depuis le 
menton, sur la poitrine et sur le ventre, jusqu'à l'anus. 

Les incisives sont jaunes comme d'ordinaire. 

Longueur de l'extrémité du museau à la base de la queue 0,20 

Longueur de la queue 0,14 

Longueur de la face depuis le museau jusqu'à l'entrée de l'oreille 0,038 

Longueur des oreilles 0,016 

Longueur des pieds de derrière 0,035 

MUS OUANG-TIIOMjE. 

A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1871, t. VII, p. 93. 
(Voyez pi. XL, fig. 3.) 

Ce Rat provient du kiang-si; il paraît y être rare, M. l'abbé David 
n'a pu s'en procurer qu'un seul exemplaire. Je l'ai inscrit sur les cata- 
logues du Muséum sous la dénomination de Mus Ouang-Tkomœ, pour 
rappeler le nom du Chinois Ouang-Thomas, le fidèle serviteur de notre 
savant missionnaire. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 291 

Cette espèce est de taille moyenne, un peu plus petite que le Mus 
Rattus; sa couleur générale est un fauve grisâtre et assez clair, mélangé 
sur le dessus du dos et de la tête de poils plus longs et dont l'extrémité 
est brune. Les parties inférieures du corps sont grises, et il existe sur la 
poitrine, entre les pattes antérieures, un croissant d'un blanc pur, très- 
marqué du vivant de l'animal lorsque le pelage est bien lisse. Ce crois- 
sant suffit pour caractériser nettement ce Rat (I). 

Les oreilles so t courtes et la queue de longueur médiane. 

Longueur du corps 0,15 

Longueur de la queue 0,13 

MUS PYGlïiEUS. 

(Voy. pi. XL1II, fig. 1.) 

Cette très-petite espèce de Souris est remarquable par la brièveté 
de ses oreilles et la forme trapue de sa tête. En dessus, cet animal est 
de couleur brun foncé, qui s'éclaire un peu sur les flancs et passe 
insensiblement au gris ardoise mêlé de jaune sur le ventre et sur les 
pieds. 

La queue est beaucoup moins longue que chez la Souris commune, 
et, sous ce rapport, le Mus pygmœus ressemble au Mus hortidanus de la 
Russie méridionale, dont les oreilles sont au contraire fort grandes. 
Le Mus cervicolor de M. Blyth paraît se rapprocher de l'espèce dont je 



(1) Je donne ici la description d'un Rat provenant du royaume de Siam, rapporté par 
M. Bocourt et présentant certaines analogies avec le Mus Ouang-Thomœ, bien qu'il en soit spéci- 
fiquement distinct. Mus Bocourti, espèce ayant la couleur de la Souris commune, mais plus grosse 
et se distinguant du Mus Ouang-Thomœ par la forme allongée de sa tête, par ses oreilles plus 
grandes et sa queue plus longue. 

Longueur de l'extrémité du museau à la base de la queue 0,09G 

Longueur de la queue . 0,113 

Longueur de la ace depuis le bout du museau jusqu'à l'oreille 0,021 

Longueur des oreilles 0,011 

Longueur des pieds postérieurs 0,023 



292 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

donne ici une figure ; mais il est plus grand, son pelage est plus fauve et 
la face interne de ses oreilles est pale, tandis que chez le Mus pygmœus 
elle est très-poilue et d'un brun très-foncé. 

Longueur de l'extrémité du museau à la base de la queue 0,073 

Longueur de la queue 0,053 

Longueur de la face, de l'extrémité du museau aux oreilles 0,018 

Hauteur des oreilles 0,005 

Largeur des oreilles 0,008 

Longueur des pieds de derrière 0,018 

be Mus pygmœus habite la province de Sé-tchouan et a été envoyé 
au Muséum par M. l'abbé A. David. 



§ 16. — GENRE RHIZOMYS. 

RHIZOMYS VESTITUS. 

A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1871, t. VII, p. 93. 
(Voyez pi. XLV1.) 

Les Rhizomys sont encore mal connus; la plupart des espèces qui 
ont été décrites sont fort rares dans les collections, et, par conséquent y 
sont représentées par un nombre d'exemplaires trop restreint pour qu'il 
soit possible de fixer la limite des modifications qu'elles peuvent pré- 
senter. Le genre Rhizomys a été caractérisé par M. J. E. Gray, dans les 
termes suivants (1) : « Dentés primores |, maximi, elongati, triangulares, 
» acutati ; molares f f, radicati, subcylindrici, coronis transversim sub- 
» parallelim porcatis; superiorcs interne lobati. Caput magnum. Oculi 
» parvi, aperti. Auriculae nudae, conspicua?. Corpus crassum, subcylin- 
» dricum. Pedes brèves, validi, digitis 5-5. Gauda mediocris, crassa, 
» nuda. » 

Le savant zoologiste anglais rapprochait ces Rongeurs des Spalax, 

(1) J. E. Gray, Proceedings ofthe Zoological Society of London, 28 juin 1831, p. 95. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 293 

et faisait entrer dans son nouveau genre une espèce décrite par Raffles 
sous le nom de Mus sumatrensis (1), et une seconde espèce (Rhizomys 
sinensis) rapportée de Chine par Reeves; quelques années après, il fit 
figurer cette dernière dans les Illustrations de la zoologie indienne (*2). 

Temminek (3) considère ces deux espèces comme identiques, et il 
l'ait remarquer que les Rhizomys n'ont jamais été trouvés à Sumatra 
comme aurait pu le faire supposer le nom de Mus sumatrensis, qui avait 
été donné à ces animaux par Raffles ; aussi était-il nécessaire de le chan- 
ger, et le savant zoologiste hollandais adopta comme dénomination spé- 
cifique celle que les habitants de Malacca appliquent à ce Rongeur, et il 
l'appela Nyclocleptes Dekan. Le genre Rhizomys de Gray correspond exac- 
tement au genre Nyctocleptes de Temminek, mais ce dernier, étant plus 
récent, doit, suivant les lois de la priorité, disparaître de nos catalogues 
zoologiques. Il est difficile de savoir exactement quelle est l'espèce que 
Raffles avait désignée sous le nom de Mus sumatrensis. D'après les indica- 
tions qu'il donne dans son Catalogue des animaux de Sumatra (h), nous 
voyons qu'il connaissait cet animal d'après un exemplaire en peau et un 
dessin envoyés à la Société asiatique par le major Farquhar; que l'espèce 
n'est pas rare à Malacca, où les naturels lui donnent le nom de Dekan 
et les Européens celui de Rat bambou, parce que ce Rongeur se trouve 
d'ordinaire dans les champs de Rambous, où il se nourrit des racines 
de^cette plante. 

« Le corps, ajoute Raffles, est à peu près long de dix-sept pouces, 
» de dix pouces en circonférence, et la hauteur aux épaules est de cinq 
» pouces. La queue a six pouces; elle est obtuse à la pointe, nue et 



(«] Stamfort Raffles, Linnean Transactions, t. XIII, p. 258. — C'est le Spatav javanus de 
Cuvier, Règne animal, 2 e édition, t. I, p. 211. 

(2) Gray, Illustrations of Indian Zoology, t. II, pi. XVI, 1833 à 1834. 

(3) Le mémoire de Temminek a d'abord été publié en hollandais dans Bijdragen lot de 
natuurk. welens., t. VII, n> I, pi. I, fig. I, et plus tard dans les Monographies de mammalogie, 
t. II, p. 40, pi. XXXIII. 

(!i) Linnean Transactions, t. XIII, p. -58. 



294 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

» écailleuse. Le corps est couvert d'un poil rude et grisâtre, brunâtre 
» sur le dos. La tête est ronde et colorée d'une teinte plus claire. Inci- 
» sives larges, deux dans chaque mâchoire. Yeux petits. Oreilles nues. 
» Les pieds de devant à quatre doigts; ceux de derrière avec un cin- 
» quième doigt très-court. » 

L'exemplaire type de cette description a été détruit, et le dessin du 
major Farquhar n'a pu être retrouvé au musée de la Société asiatique, 
ainsi que nous l'apprend le capitaine MacLeod, dans une communication 
faite par lui au sujet d'une collection zoologique provenant de Moul- 
mein (1). Bien que ces pièces fassent défaut, on est en droit de suppo- 
ser, d'après les dimensions de l'animal, d'après la localité où il se 
trouve, et le nom qu'on lui donne d'ordinaire, que c'est bien celui dont 
parle Temminck sous le nom de Nyctocleptes Dekan, et dont le Muséum 
de Paris a reçu plusieurs individus pris à Malacca par MM. Eydoux 
et Souleyet, lors de l'expédition de circumnavigation de la Bonite (2)j 
De tous les Rhizomys, c'est celui dont la queue est le plus développée et 
entièrement nue. Mais je ne pense pas qu'on puisse identifier avec cette 
espèce, comme le pensait Temminck, le Rhizomys sinensis-de Gray. Chez 
ce dernier, la queue est plus courte, et le pelage notablement plus foncé 
que chez le Rhizomys Dekan. Nous ne savons malheureusement pas de 
quelle partie de la Chine le docteur Reeves a rapporté ce Rongeur; mais 
il est extrêmement probable qu'il provient du sud de ce vaste empire. 

Le major Hodgson a fait connaître une autre espèce du même 
genre (le Rhizomys badins), qui vit dans les montagnes du Népaul, et 
dont les poils, très-fournis, ont une teinte d'un blanc plombé à leur 
base, et sont brunâtres à leur extrémité, de façon que, lorsqu'ils sont 
couchés, c'est celte dernière couleur qui est seule apparente (3). 

(1) Calcutta Journal of Nalwal Hislory, 1842, t. II, p. 457. 

(*2) Voyage autour du monde exécuté pendant les années 1836 et 1837 sur la corvette la 
Bonite, Zoologie, par MM. Eydoux et Souleyet, 1841, t. I, p. 54, pi. X et pi. XI, 6g. 1-3. 

(3) New Species of Rhizomys discovered in Népal, by B. H. Hodgson : Rhizomys badius, 
Bay Bamboo Rat of Népal (Calcutta Journal o[ Natural Hislory, 1842, t. II, p. 60). 



MAMMIFÈRES DU TIRET. 295 

M. .T. E. Gray a décrit, sous le nom de Bhizomys minor (1), une autre 
espèce plus petite, et habitant peut-être la Cochinehine, ou, d'après 
Horsfield, le royaume de Siam (2) ; mais je suis disposé à la considérer 
comme identique avec la précédente. Le Muséum d'histoire naturelle pos- 
sède un Bhizomys tué à Saraburi, au nord de Bangkok, par M. Bocourt, 
et qui présente tous les caractères du Bhizomys badins. Ses proportions 
sont les mômes; son pelage est de même couleur, mais un peu moins 
fourni. J'ajouterai que cette espèce n'est pas la seule de ce genre qui 
vive à Siam, car M. Bocourt y a aussi trouvé le Bhizomys Dekan. 

Pour terminer rénumération des espèces asiatiques de ce pelit 
groupe, qui ont été décrites par les différents auteurs (3), je dois encore 
citer \e Bhizomys cinereus, Mac Leod, dont une figure assez imparfaite se 
trouve dans le Journal de la Société asiatique de Calcutta [h). Ce Ron- 
geur, qui provient de Moulmein, est de couleur gris foncé en dessus, 
il est gris argenté en dessous. Sa longueur, mesurée depuis le bout 
du museau jusqu'à l'extrémité de la queue, est de vingt pouces anglais 
environ, celle-ci égalant presque la moitié de la longueur du corps. Ces 
caractères pourraient aussi s'appliquer au Bhizomys Dekan, et peut-être 
ces deux espèces doivent-elles être réunies. 

Les recherches de M. l'abbé A. David dans le centre de la Chine 
nous ont fait connaître une nouvelle espèce de Bhizomys bien distincte 
de toutes les précédentes, et prise sur les confins du Kliokhonoor, au 
milieu des hautes montagnes. Ce Rongeur est de grande taille (5) : les 

(1) Gray, Descriptions of sortie new Gênera and fifty unrecorded Species of Mammalia. (Annals 
and Magazine of Natural Hislory, 1842, t. X, p. 2C6J. 

(2) Horsfield, A Catalogue of the Mammalia, in the Muséum of the East-India Company, 
185», p. 165. 

(3) Le Bathyergus splendens de Ruppell est originaire de l'Afrique orientale et se rapproche 
beaucoup du Rhizomys: aussi la plupart des zoologistes le placent dans ce genre ; quelques-uns 
cependant le séparent de ces Rongeurs et le considèrent comme devant constituer le type d'un 
petit groupe générique (Tachyorycles). 

(4) Calcutta Journal of Saturai Hislory, 1842, t. Il, p. 456, pi. XIV. 

(5) Voyez pi. XLVI. 



296 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

deux exemplaires rapportés par notre savant missionnaire ne sont pas 
tout à fait adultes, mais cependant leur corps, mesuré depuis le museau 
jusqu'à la base de la queue, a plus de 60 centimètres. Ils devien- 
nent, paraît-il, plus gros encore. Les habitants du pays sont très- 
friands de leur chair, et les prennent en automne, époque à laquelle ils 
sont fort gras, et pesant jusqu'à 2 kilogrammes et demi. Ces animaux 
se nourrissent des racines des Bambous sauvages, et méritent bien 
le nom de Rat des Bambous, sous lequel on désigne le Rhizomys Dekan, 
à Malacca, et le Rhizomys badins, au Népaul. 

Le corps de cette espèce est gros, renflé, et porté sur des pattes 
très-courtes. La tète est fort élargie dans la région temporale, et se 
termine par un museau pointu. Les oreilles sont petites, presque nues, 
et cachées par les poils de la tête. Le pelage est remarquable par son 
épaisseur et son velouté; il pourrait constituer une excellente fourrure: 
en effet, les poils sont très-fins, soyeux, et, comme ceux de la Taupe, 
peuvent se relever et se coucher facilement dans tous les sens; leur 
base est d'un très-beau gris ardoisé, mais leur extrémité prend des 
teintes brunes et brillantes qui masquent le fond de la coloration. Les 
parties inférieures sont de même couleur que le dos. La tête, et surtout 
le dessus du nez, sont d'un gris plus clair. Les moustaches sont jaune 
grisâtre. Les pattes antérieures portent cinq doigts; le pouce est rudi- 
mentaire ; le deuxième et le troisième sont les plus longs, le quatrième 
et le cinquième diminuent graduellement de longueur. Ils sont ter- 
minés ar des ongles courts et subconiques. Aux pattes postérieures, 
le nombre des doigts est le même, mais le premier est comparativement 
plus développé, le deuxième et le troisième portent des ongles plus 
allongés et plus coupants que les autres. 

La queue est petite, c'est même là le caractère le plus frappant de 
ce Rhizomys : elle dépasse à peine un dixième de la longueur totale du 
corps, et semble presque entièrement cachée dans la fourrure de l'ani- 
mal; elle est revêtue de poils courts d'un jaune gris très-brillant. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 297 

Chez le Rhizomys Dekan, le pelage est très-rude, les poils sont peu 
fournis et ne peuvent se relever vers la tête, et la queue est très-déve- 
loppée. Elle l'est aussi beaucoup chez le Rhizomys sinensis et chez le 
Rhizomys cinerens; elle est plus courte chez le Rhizomys badius et chez 
le Rhizomys mhior, mais cependant ses dimensions excèdent de beau- 
coup celles que présente cet organe chez notreïiouvelle espèce, et, d'ail- 
leurs, le pelage de ces derniers Rongeurs est d'une nature tout à fait 
différente. 

Le crâne du Rhizomys vestitas, de même que celui de toutes les 
autres espèces du même genre, est remarquablement élargi dans sa por- 
tion temporale (1). Les arcades zygomatiques sont très-arquées et très- 
écartées du crâne. Le museau est plus long et moins élevé que chez le 
Rhizomys Dekan et le Rhizomys badius, ce qui tient à ce que les os nasaux 
se prolongent davantage en avant, et sont enchâssés entre les maxil- 
laires, sans s'élever sensiblement au-dessus d'eux; il en résulte que 
l'ouverture antérieure des fosses nasales est beaucoup plus sur- 
baissée (2). 

Les incisives supérieures sont d'un jaune clair ; leur force est con- 
sidérable, et elles forment une courbure plus marquée que chez le 
Rhizomys Dekan, et surtout que chez le Rhizomys badius, où, de même 
que chez les Spalax, leur courbure est à grand rayon, et leur pointe 
dépasse en avant le niveau des os intermaxillaires. 

Les molaires (3) sont beaucoup plus allongées que chez le Rhi- 
zomys Dekan, et, à cet égard, ressemblent un peu à celles de l'espèce du 
Népaul. La première s'implante très-obliquement, de façon que lors- 
qu'on regarde la couronne, on aperçoit une grande partie de la racine ; 
elle porte sur son côté interne un sillon bien marqué. La deuxième mo- 
laire est de toutes la plus grande, et surtout la plus large, tandis que 



(1) Voyez pi. XLVII \ fig. la. 
(8) Voyez pi. XLVI \ fig. 2 et 2«. 
(3) Voyez pi. XLVI \ fig. 2 6 et 2/. 

28 



298 MAMMIFÈP.LS DU TIBET. 

chez le Rhizomys badins elle est moins forte que la première; un sillon 
creusé sur sa face interne la divise en deux parties à peu près égales. 
La troisième et dernière molaire, au lieu d'être presque cylindrique, 
comme cela a lieu d'ordinaire dans ce genre, est plus étroite, mais 
presque aussi allongée que la première. 

Les incisives inférieures (1) sont moins élargies que celles du 
Rhizomys Dekan ; leur émail est teint en brun orangé très-intense. L'es- 
pace vide qui les sépare des molaires est court, et ces dents sont très- 
allongées (2) : sous ce rapport, elles diffèrent de celles de l'espèce de 
Malacca, et ressemblent à celles du Rhizomys badins. 

Longueur du Hhizomys vestitus, mesurée depuis le bout du museau jusqu'à 

la base de la queue 0,12 

Longueur de la queue 0,04 

Longueur du crâne, depuis le bord antérieur du trou occipital jusqu'au 

bord inférieur des incisives 0,000 ] 

Largeur au niveau des arcades zygomatiques 0,051 

Longueur de la série des molaires supérieures 0,016 

Longueur de la série des molaires inférieures 0,01 7 

Largeur des deux incisives supérieures 0,009 

Largeur des deux incisives inférieures 0,0085 

§ 17. — GENRE PTEROMYS. 

PTEROMYS ALBORUFUS. 

(Voyez pi. XLV et pi. XVa, fig. 1.) 

A. Milne Edwards, Noie sur quelques Mammifères du Tibet oriental [Comptes rendus des séances 
de V Académie des sciences, 1870, t. LXX, p. 341. 

Cette grande espèce d'Écureuil volant vient des montagnes situées au 
sud de la principauté de Moupin; elle paraît y être fort rare, car M. l'abbé 
David, malgré tous ses efforts, n'a pu, dans l'espace de huit mois, s'en 
procurer qu'un seul exemplaire. Une dépouille incomplète d'un autre in- 

(1) Voyez pi. XLVI a, fig. 2 et'2. 

(2) Voyez pi. XLVI \ fig. 2 d , et 2«. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 299 

dividu avait été, deux ans auparavant, rapportée par M. Fontanier, mais 
l'état dans lequel elle se trouvait n'en avait pas permis une étude assez 
complète pour en faire connaître tous les caractères. 

Le Pteromys alborufus est de grande taille, il est surtout très-robuste : 
ses membres sont beaucoup plus forts, son corps plus épais que chez 
le Pteromys Petaiirista, le P. nitklus ou le P. grandis. La tête est grosse, 
et presque entièrement blanche; mais cette coloration n'existe proba- 
blement que pendant la saison froide, car on la voit déjà se mélanger 
de poils roux, assez abondants autour des yeux et sur les joues ; d'ail— 
leurs sur toute la tète, à l'exception du museau, la base du poil est 
brunâtre, son extrémité seule devient blanche. Cette dernière teinte 
s'étend, en avant, d'une façon irrégulière sur le cou et le haut de la 
poitrine; en arrière, elle s'arrête au niveau des oreilles, dont la partie 
antérieure est blanche, la postérieure rousse. 

Les poils du dos sont très-longs, très-doux, très-touffus, d'un roux 
châtain, très-brillant sur le cou, les épaules, les flancs et les membres; 
au-dessus de la région lombaire et du bassin, cette teinte devient plus 
claire, presque jaunâtre. La base du poil est, sur tout le corps, d'une 
couleur ardoisée. Le ventre est d'un roux orangé beaucoup plus clair 
que celui du dos; les poils de cette région sont colorés uniformément de 
leur extrémité à leur base; ils sont moins longs et moins fournis que 
ceux du dos. Us deviennent plus foncés sur la face inférieure des para- 
chutes. 

La queue est très-longue, très-fournie, d'un roux brillant, analogue 
à celui du dos, et son extrémité n'est pas noire comme chez le P.nitidus 
et beaucoup d'autres espèces du même genre. Sur certains points, elle 
présente des nuances plus claires, indices d'un changement de colora- 
tion, amené probablement par la saison froide. Il serait très-intéres- 
santde connaître toutes les modifications de pelage que présente ce Pte- 
romys, car il y a lieu de supposer que pendant toute une saison il est 
d'un roux brillant uniforme sur le dos, orangé sur le ventre, tandis que, 



300 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

pendant l'hiver, il devient beaucoup plus clair, d'un blanc grisâtre sur 
la tête et les parties antérieures, d'un jaune pâle en arrière. 

Chez le Pteromys magnifiais de Hodgson et chez le P. nitidus de Gray, 
certaines parties du corps sont plus claires que le reste du pelage, mais 
ces différences de teinte sont disposées avec régularité : ainsi, dans la 
première de ces espèces, il y a une ligne dorsale plus claire; chez la se- 
conde, cette bande manque, mais les épaules et le bord des parachutes 
sont jaunâtres, le dos étant brun. Dans l'espèce du Tibet nous ne retrou- 
vons rien de cette régularité. Le Pteromys nitidus de Java se rapproche 
davantage de celui du Tibet oriental, mais il est facile de l'en distinguer, 
non-seulement par ses teintes beaucoup plus foncées, mais aussi par ses 
formes notablement plus grêles et sa queue terminée par un pinceau 
de poils noirs. 

Longueur du corps du Pteromys alborufus, mesurée de l'extrémilc 

du museau à la base de la queue 0,58 

Longueur de la queue 0,43 

la tète osseuse du Pteromys alborufus (1) est très-grosse, si on la 
compare au reste du corps de l'animal; aucune autre espèce du môme 
genre ne peut lui être comparée sous ce rapport. Le front est très- 
aplati et même légèrement déprimé (2), sans cependant l'être à beau- 
coup près autant que chez le P. melanopterus (3). Le crâne est aussi 
beaucoup moins rétréci en arrière des apophyses postorbitaires. La 
face est bien développée et plus élargie que celle du P. magnificus, 
Hodgson. La première molaire supérieure est assez grosse, et la série 
occupée par ces dents est longue. Les incisives sont revêtues en avant 
d'une couche d'émail jaune plus clair que chez le P. melanopterus, 
mais plus foncé que chez le P. xanthipes. La branche montante de la 



(1) Voyez pi. XV \ tig. 1. 

(2) Voyez pi. XV \ (îg. 1». 

(3) Voyez pi. XV \ fig. 2*. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 301 

mâchoire inférieure est très-large, mais peu élevée (1), et l'apophyse 
coronoïde est courte, et séparée de la tête articulaire par une échan- 
crure évasée et superficielle. 

Longueur totale de la tète osseuse 0,078 

Longueur mesurée de l'exlrémilé du museau au bord antérieur du trou 

auditif 0,065 

Longueur du bord antérieur du trou occipital au bord antérieur des incisives. 0,066 

Longueur du bord antérieur des incisives àl'ouverture des arrière-narines. 0,041 

Longueur de la série des molaires supérieures 0,020 

Largeur du crâne en arrière des apophyses postorbitaires 0,018 

Largeur du crâne au niveau des trous auditifs (mesurée en dessous). . . . 0,332 

Largeur maximum du crâne au niveau des arcades zygomatiques 0,050 

Dans la collection des Mammifères du Tibet envoyée au Muséum 
par M. l'abbé A. David, se trouve une seconde espèce de Pteromys, que 
j'avais d'abord considérée comme nouvelle, et qui a été placée dans la 
galerie publique sous le nom de P. xanthotis; mais, après un nouvel 
examen comparatif de l'individu unique que nous possédons, je suis 
porté à croire que ce n'est qu'une variété du Pteromys melanopterus, 
décrit dans une autre partie de cet ouvrage (2). Les caractères géné- 
raux sont les mêmes, mais il se distingue par la teinte notablement plus 
foncée de tout le dessus du corps et de la queue. Les oreilles portent à 
leur base et sur leur face supérieure une tache jaune fauve. La bordure 
grise des parachutes est moins marquée, et ces membranes, au lieu 
d'être entièrement jaunes en dessous, sont presque grises. Les 
pattes antérieures sont légèrement teintées de brun ; enfin la queue 
est beaucoup plus fournie et plus brune que chez le Pteromys melano- 
pterus du Tché-li. 

Longueur depuis le bout du museau jusqu'à la naissance de la queue .... 0,54 
Longueur de la queue. 0,43 

(1) Voyez pi. XV A , fig. 4. 

(2) Voyez page i 68 et pi. XV. 



302 mammifères nu tiiîet. 

§ 18. — GENRE SGIUUUS. 
SC1URUS PERNYI 

A. Milne Edwards, Revue el Magasin de zoologie, 1867, p. 10, pi. XIX. 

Cet Écureuil a d'abord été envoyé au Muséum par Mgr Peruy 
comme provenant du Sé-tchouan. Depuis, M. l'abbé A. David a retrouvé 
cette espèce dans les montagnes de la principauté de Moupin, où elle 
paraît fort rare. 

Parla teinte générale de son pelage, cette espèce se rapproche un 
peu du Schirus castaneiventris, Gray, et, de même que chez ce dernier, 
les poils sont longs et très-doux au toucher, mais elle est parfaitement 
caractérisée par la coloration des parties inférieures du corps. 

Le museau et le dessus de la tôte sont d'un fauve brun tiqueté de 
noir, chaque poil étant gris à sa base, puis annelé de noir et de fauve. 
Les joues ont une teinte un peu plus grise et les moustaches sont noires. 
Les yeux sont entourés d'un cercle de poils courts et entièrement bruns. 
Les oreilles sont arrondies, peu velues, et dépourvues de pinceaux ; 
au-dessus et à leur base existe une tache blanche bordée de roux que 
je n'ai jamais vue manquer sur tous les exemplaires que j'ai examinés. 
Cette teinte ne s'étend pas sur la face supérieure de l'oreille, dont le 
bord est couvert de poils courts semblables à ceux du front. La nuque, 
le dos, les flancs et la face externe des membres sont d'un fauve brun 
tiqueté de noir. 

Les parties inférieures du corps, c'est-à-dire la gorge, la poitrine, 
et le ventre, sont d'un blanc sale, les poils étant gris à leur base et 
blancs à leur extrémité; sur un de ces Écureuils cependant, le ventre se 
nuançait d'une teinte légèrement rousse, leur base étant grise et leur 
extrémité brune, mais on retrouvait la teinte blanche au-dessous de la 
gorge. La face interne des pattes antérieures est blanchâtre; celle des 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 303 

pattes de derrière se mélange de jaune, surtout vers leur bord antérieur. 
Le pourtour de l'anus et la portion antérieure de la base de la queue 
sont d'un roux brillant qui d'ordinaire se continue, en s'atténuant, en 
dedans du bord postérieur des cuisses et des jambes, jusqu'au talon. 
Quelquefois il ne s'étend pas aussi loin. 

Les pieds sont d'un brun fauve tiqueté de noir. 

La queue est un peu plus courte que le corps; les poils qui la 

couvren ne sont pas disposés d'une façon distique; ils sont noirs, 

annelés de roux au milieu et jaunes ou parfois d'un blanc grisâtre à 

leur extrémité. Généralement la teinte rousse prédomine en dessous. 

Par son aspect général, cette espèce se rapproche de l'Écureuil du 
Nord de la Chine que j'ai désigné sous le nom de Sciurus Davidianus ; 
mais ce dernier est pourvu d'abajoues, et par conséquent prend place 
dans la petite division des Tamias, tandis que chez le Sciurus Pernyi 
ces poches buccales n'existent pas. L'Écureuil du Tibet oriental est 
d'ailleurs nettement caractérisé par les taches de couleur claire qui 
surmontent les oreilles, ainsi que par la coloration rousse du pourtour 
de l'anus, beaucoup plus marquée que chez le Sciurus py g erythrus décrit 
par Is. Geoffroy Saint-llilaire. 

On connaît aux Indes, à Siam, en Cochinchine, et môme en Chine, 
quelques Écureuils dont la face supérieure du corps offre à peu près 
la même teinte que chez le Sciurus Pernyi. Tels sont les Sciurus Lokriah 
et lokrioides, Hodgson, du Népaul, le S. py g erythrus, Geoffroy, du 
Pégu, le S. castaneiventris, le S. griseipectus, Gray, et le S. Davidianus de la 
Chine. Chez quelques-unes de ces espèces, la poitrine et l'abdomen sont 
d'un roux intense ; chez les autres, ces parties sont blanches ou grisâ- 
tres ; mais chez aucune il n'existe de taches à la base des oreilles, ni 
de teinte rousse autour de l'anus et en arrière des cuisses. 

La tête osseuse de l'Écureuil du Tibet oriental ressemble plus, par 
sa forme générale, à celle des Tamias qu'à celle des Écureuils proprement 
«lits. Elle est remarquablement allongée, et le museau, qui est très- 



304 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

étroit, se prolonge beaucoup en avant. Si on la compare à celle du 
Sciurus Davidianus, avec laquelle elle présente une certaine ressem- 
blance, on remarque qu'elle est plus étroite surtout dans sa portion 
faciale, que les apophyses postorbitaires sont plus longues et les os 
maxillaires plus développés latéralement. Les os nasaux sont grands et 
très-resserrés en arrière, entre les maxillaires, près de leur articluation 
avec le frontal ; ils se prolongent en avant beaucoup au delà de la base 
des incisives supérieures, de façon que le museau de cet Écureuil pa- 
raît très-pointu. Les os palatins sont très-étroits, et les molaires supé- 
rieures s'insèrent sur une ligue longitudinale presque droite, et non 
légèrement arquée, comme chez le Sciurus Davidianus. 

La mâchoire inférieure se reconnaît aussi à la brièveté de l'apo- 
physe coronoïde qui est moins élevée que le condyle articulaire. 

Longueur du corps depuis le museau jusqu'à la base de la queue 0,26 

Longueur de la queue 0,024 

Longueur de la tèle osseuse 0,055 

Largeur au niveau des arcades zygomatiques 0,036 

Largeur de l'espace interorbitaire 0,015 

Longueur des os nasaux 0,018 

Largeur des deux os nasaux mesurés en arrière 0,004 

Largeur de la face, en avant des os lacrymaux 0,012 

M. l'abbé A. David a rapporté de la principauté de Moupin un autre 
Écureuil qui diffère du précédent, non-seulement par l'absence de teinte 
rousse au-dessous de la queue et en arrière des cuisses, mais aussi par 
sa queue garnie de poils plus longs, par sa tète plus grosse et par la 
forme très-différente de son crâne. 

Les parties supérieures du corps sont plus brunes, et les côtés du 
museau et des joues prennent des teintes rousses qui n'existent pas 
chez le Sciurus Pernyi. La gorge est blanche, mais Jes parties inférieures 
du corps sont d'un roux sale, les poils qui revêtent cette région étant 
gris à leur base et roux à leur extrémité. Les poils de la queue sont peu 
fournis, mais assez longs; leur base est d'un roux jaunâtre; ils devien- 
nent ensuite noirs, et leur pointe est blanche. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 305 

La tète osseuse est beaucoup plus élargie en avant, et le museau 
est comparativement plus court que chez le Sciurus Pernyi. Les dimen- 
sions que je donne permettront d'apprécier ces différences. 

Longueur Je la tête osseuse 0,055 

Largeur au niveau des arcades zygomatiques 0,031 

Largeur de l'espace interorbitaire 0,013 

Longueur des os nasaux 0,018 

Largeur des os nasaux mesurée en arrière 0,008 

Largeur de la face en avant des os lacrymaux 0,014 

Les caractères crâniens du Sciurus David/anus sont presque exacte- 
ment les mêmes, et par l'examen des têtes osseuses on serait tenté de 
considérer ces Rongeurs comme appartenant au même type spécifique; 
mais dans l'espèce des environs de Pékin, le pelage est d'un gris tiqueté 
de noir et manque des tons roux qui existent chez l'Écureuil tibétain, 
les parties inférieures du corps sont d'un blanc plus ou moins lavé de 
gris et la queue est beaucoup moins brune. 

J'avais d'abord considéré cet Écureuil comme appartenant à une 
espèce non décrite, et je l'avais inscrit sur le Catalogue du Muséum sous 
le nom de Sciurus consobrinus ; mais les caractères extérieurs de tous les 
représentants de la famille des Sciuridés sont tellement variables, que 
dans le cas actuel il me semble préférable de ne pas établir encore une 
nouvelle espèce d'après l'examen d'un individu unique assez mal 
caractérisé d'ailleurs, et d'attendre que l'on connaisse mieux les mo- 
difications que peut présenter le pelage de cet Écureuil. 

M. E. Gray a décrit en 1867, sous le nom de Macroxus griseopectus, 
un Écureuil originaire de la Chine, et déjà signalé par Blyth (1) ; mais 
il n'indique pas d'une manière plus précise la patrie de cette espèce. 
Récemment M. l'abbé A. David l'a trouvée au Tché-kiang. Généralement 

(t) Blylh, Journal of Asiatic Society of Bengal, t. XXVI, p. 873, pi. XXXVI. Voy. aussi 
Gray, Synopsis of Ihe Âsialic Squirrels in Ihe Collection o[ Ihe British Muséum [Annals and 
Magazine of Nalural History, 1867, t. XX, p. 282). 

39 



306 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

la poitrine de ce Sciurus est grisâtre, tandis que le ventre est lavé de 
brun ou de roux, mais il y a à cet égard quelques variations : ainsi plu- 
sieurs Écureuils à poitrine grise ont vécu à la Ménagerie du Muséum, 
et j'ai pu constater chez le même animal des changements très-sensi- 
bles: la ventre, qui était presque entièrement gris, est devenu d'un roux 
assez intense, et le dessus du corps a pris en même temps une teinte 
d'un gris verdâtre beaucoup plus marquée qu'auparavant. Lorsque le 
Sciurus griseopectus prend ce mode de coloration, il ressemble alors 
beaucoup à une autre espèce chinoise, le Sciurus castaneoventris de Gray, 
qui est peut-être identique au Sciurus erythrogaster de Blyth (1). Cette 
espèce avait été trouvée a l'île Formose par M. R. Swinhoe (2), qui 
l'avait d'abord rapportée au Sciurus erythrœus de Pallas. Mais, depuis, ce 
voyageur l'a rencontrée aussi dans les montagnes du Fo-kien. Il a aussi 
constaté sa présence dans l'Hainan, au milieu des jardins, près du mur 
septentrional de la ville de Kiung-chou. 

Chez le Sciurus castaneoventris, le pelage est assez long et doux au 
toucher; le museau, les joues, le dessus de la tête, le dos et la face 
externe des membres sont d'un brun fortement tiqueté de noir, les 
poils étant noirâtres à leur base et bruns vers leur pointe. Les oreilles 
sont assez grandes, arrondies, velues; mais leurs poils ne s'allongent 
pas de façon à former un pinceau. La poitrine, le ventre et la face 
interne des membres sont d'un roux très-vif, généralement plus foncé 
que chez le Sciurus flavimanus ; mais l'intensité de cette teinte varie 
beaucoup, et chez quelques individus les parties inférieures sont à 
peine plus rousses que le ventre du Sciurus griseopectus. Les pieds sont 
d'un brun noirâtre. La queue est couverte de poils annelés de noir et 



(1) Sciurus castaneoventris, Gray, Ann. and Mag. of Mal. Hist., 4 842. — Macroxus 
castaneoventris, Gray, op. cit., 1867, t. XX, p. 283. — Sciurus erythrogaster, Blyth, Journal of 
Asiatic Society of Bengal, t. XII, p. 972, et t. XXIV, p. 473. — Macroxus erythrogaster, Gray, 
op. cit., 1867, t. XX, p. 283. 

(2) Swinhoe, On the Mammals of Hainan 'Proceed. of the Zool. Soc, 1 862, p. 357 ; 1870, 
p. 231 et 633). 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 307 

de brun, sou extrémité est touffue et plus pâle; quelquefois la teinte 
brune de cette partie devient très-claire, presque jaunâtre. 

La nature du pelage permet de distinguer le Sciurus caslaneoventris 
des Sciurus flavimcmus, griseomanus, pygerythrus et modesties, avec lesquels 
il présente beaucoup de ressemblance dans la distribution générale des 
couleurs. En effet, chez ces derniers, les poils sont beaucoup plus courts, 
moins doux et moins fournis. J'ajouterai que les pieds sont plus clairs, 
et que l'ensemble de la coloration est moins foncé. Enfin l'Écureuil à 
ventre châtain est ordinairement un peu plus gros. Le corps mesure 
de 26 à 28 centimètres, et la queue de 25 à 27 centimètres. 

Ainsi que l'a reconnu M. Swinhoe, cet Ecureuil n'est évidemment 
pas celui que Pallas avait décrit sous le nom de Sciurus erythrœus comme 
venant des Indes, dont le pelage avait la couleur d'un Agouti et dont 
les oreilles étaient en pinceaux (1). M. E. Gray a distingué du Sciurus 
griseopectus et du S. castaneoventris un autre Ecureuil, découvert aux 
environs de Sbang-haï par M. J. Reeves, et il l'a appelé Sauras chi- 
nerisis (2), mais probablement ce n'est qu'une variété de la première de ces 
espèces. Le pelage est d'un brun gris ou olivâtre; les parties inférieures 
sont tantôt grises, tantôt un peu rousses. La queue est couverte de 
poils bruns à leur base, noirs au milieu et blanchâtres vers leur pointe. 
Le corps a environ 19 centimètres, la queue 15 à 16. Cette espèce 
se rapproche beaucoup aussi du Sciurus Lokriah, du S. tenais et du 
S. modes tus. 

L'Écureuil commun (Sciurus vulgaris) se trouve aussi en Chine et 

(<) Sciurus eryihrœus, Pailas, Glires, p. 377. Je reproduis ici la description que cet auteur 
a donnée de cette espèce : « Descriptum spécimen magnitudine erat Sciuri vulgaris, vel paulo 

• forte majus. Co'or corporis fere qui in Cavia Acuti observatur, luteo, fuscoque mixti pilis, subtus 

• longitudinaliter sanguiQeo-fulvus , seu saturatissime rufus. Idem color est caudae lereti- 
» villosae, et quam fascia superne lougiludinalis nigricans legit. Palmae tetradaclylae, verruca 
» insigni, loco pollicis notatœ. Plantae pentadactylae, auriculae subbarbatae. » 

(2) G. E. Gray, Annals and Magazine o[ Natural Hislory, 1867, t. XX, p. 282. — 
R. Swinhoe, Proceedtngs Zoological Soc. o( London, 1870, p. 634. 



30S MAMMIFÈRES DU TIBET. 

paraît descendre jusqu'au Tibet. M. l'abbé A. David en a envoyé au 
Muséum plusieurs exemplaires pris aux environs de Pékin, mais n'en 
a trouvé ni au Sé-tchouan, ni dans les montagnes du Tibet oriental. 
Cependant le major Hodgson a obtenu la dépouille de quelques-uns de 
ces animaux tués dans l'Himalaya ; ce sont même ces peaux qu'il avait 
cru appartenir à des Carnassiers et qu'il avait décrites et figurées sous 
le nom de Mustela cdlotus ou calotis (1). 

M. Gray considère cette espèce comme distincte de notre Ecureuil 
vulgaire (2); mais je me suis assuré, parla comparaison de nombreuses 
séries d'exemplaires provenant de diverses localités, avec les individus 
types conservés au Musée Britannique, qu'il était impossible d'établir 
une distinction spécifique pour ces Écureuils provenant de la Chine 
ou du Tibet. Leur pelage est très-foncé en dessus, presque noir, comme 
chez beaucoup de ceux qui nous viennent de Sibérie, et leurs oreilles 
sont surmontées de pinceaux de poils très-longs; généralement ces 
animaux sont de petite taille. Le Sciitrus Lys, du Japon (3), doit aussi 
être confondu avec l'Écureuil commun. 

SCIURUS MACCLELLAIVDJI var. SWINIIOEI. 

SciukusMacclellandh, Gray, Proceedings of the Zoolcgical Society of London, 1839, p. 152; 1861 , 

p. 137, et Annals and Mag. of Nat. Hisl., 1867, t. XX, p. 274. — Horsfield, Proc. Zool. 

Soc, 1839, p. 152. — Swinhoe, Proceed. Zool. Soc, 1862, p. 11, p. 357, et 1870, 

p. 634. 
Sciords trilineatus, Gray, British Muséum, 1828 (non Waterhouse). 
Scicrus Barleii, lilyth, Journal Âsiatic Society of Bengal, t. XVI, p. 878, pi. XXXVI, fig. 3 

(1847). 

Cette petite espèce à dos rayé est assez commune aux Indes, au Ben- 
gale, dansl'Annam, le Bhotan, le Népaul, l'Himalaya, l'île Formose. Elle 

(1 ) Hodgson, On a new Species of Mustela? known to the Nipalese commerce as the Chuakhal 
Mustela (Calcutta Journal of Natural llisloiy, 1842, t. Il, p. 221, pi. IX). 

(2) Sciurus calotus, Gray, Annals and Magazine of Natural History, 1867, t. XX, p. 272. 

(3) De Siebold, Fauna japunica, Mammifères, pi. XII, fig. 1, 2 et 3. 



mammifères du tibet. 309 

a été trouvée par M. l'abbé David dans la principauté de Moupin. Ces 
Ecureuils vivent sur les grands Conifères qui poussent sur le flanc des 
montagnes aune assez grande altitude. Tous les exemplaires qui pro- 
viennent de cette localité sont beaucoup plus gros que ceux de l'Inde 
ou de Formose, et présentent dans la nature de leur pelage et dans leur 
coloration un certain nombre de caractères facilement saisissables. 

Les poils sont très-doux, très-fournis et très-longs, constituant 
ainsi une véritable fourrure et protégeant l'animal contre la rigueur du 
climat, et cependant les exemplaires que j'ai eus entre les mains avaient 
été tués en été. Les oreilles sont très-velues, et les poils qui les couvrent 
dépassent leur bord et forment un pinceau court et tronqué. Les trois 
bandes noires du dos sont très-larges et généralement bien marquées. 
L'espace qui les sépare est presque de même couleur que le dessus de 
la tête ou que les flancs. La bande claire latérale est large et jaune. La 
queue est grêle et peu fournie. Chez les Sciants Macclellandii ', originaires 
de l'Inde ou de Formose, les bandes dorsales sont très-ditférentes : 
la médiane seule est très-noire et bien marquée ; les deux latérales 
tendent à s'effacer plus ou moins complètement, et au-dessous d'elles 
on remarque une bande d'un jaune très-lavé de blanc. 

§ 19. — GENRE ARCTOMYS. 

ARCTOMYS ROBUSTUS. 

A. Milne Edwards, Xouvelles Archives du Muséum, t. VII, Bulletin, 1870, p. 92. 
(Voyez pi. XLVIl et pi. XL1X, Bg. 2.) 

Les hautes montagnes du Tibet chinois paraissent être, plus que 
toutes les autres parties du globe, favorables au développement des 
Rongeurs du genre Marmotte, ou krctomys. Les animaux de ce groupe 
sont restés étrangers aux régions chaudes de l'hémisphère boréal ainsi 
qu'à la totalité de l'hémisphère austral ; vers le nord, ils ne se sont 



310 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

répandus que peu au-dessus du 60 e degré de latitude, mais ils existent 
dans presque toutes les contrées montagneuses qui s'étendent depuis 
le versant méridional du grand massif himalayen jusqu'en France, du 
côté de l'ouest, et jusque dans le Kamtchatka, au nord-est; on les 
retrouve sur la rive opposée de l'océan Pacifique, depuis la baie 
d'Hudson au nord, le Texas au sud et l'océan Atlantique à l'est. Ils habi- 
tent donc des pays très-différents; cependant ils diffèrent si peu entre 
eux, que très-probablement ils proviennent tous d'une même souche, et 
j'incline à croire que celle-ci pourrait bien être la Marmotte dont des 
débris ont été trouvés à l'état fossile dans diverses parties de l'Eu- 
rope (1), caries particularités qui distinguent cet animal de ses congé- 
nères actuels n'ont que très-peu d'importance zoologique. 

Les Marmottes du Moupin, que je désigne sous le nom à'Arctomys 
robiishis, se font remarquer non-seulement par leur grande taille et par 
leurs formes massives, mais aussi par des particularités ostéologiques 
impliquant une grande puissance dans l'appareil masticateur. 

L'espèce ou race locale à laquelle cette Marmotte ressemble le plus 
est VArctomys kamtchaticus de Brandt (2), décrit par Pallas comme une 
variété de VArctomys Bobac (3). De même que la Marmotte du Kamt- 
chatka, VArctomys robustus se distingue, au premier coup d'œil, du Bobac 
ou Boibac del'Europe occidentale, par son pelage entremêlé de noir etde 
brun plus ou moins foncé. Le dessus de la tête, depuis la bouche jusque 
sur le sinciput, entre les oreilles, est d'un noir presque pur ; sur tout 
le dessus du corps, mais plus particulièrement sur la nuque et les 
épaules, des poils noirs constituent une multitude de mouchetures ou 
petites taches dont beaucoup affectent la forme de courtes bandes 
transversales ; enfin la queue est presque entièrement noirâtre vers le 
bout. Les côtés de la tête, le dessous du corps et les pattes sont ordinai- 



(1) Savoir VArctomys primigenia, Kaup, etc. 

(2) Considérations sur les Animaux vertébrés de lu Sibérie occidentale, p. 1 3. 

(3) Zoographia rosso-asiatica , t. I, p. 156. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 311 

rement roussâtres, mais leur teinte varie notablement suivant les 
individus, et parfois s'éclaircit beaucoup. Les tons marrons sont 
plus constants sur les joues et sous le ventre que sous la gorge, sur 
la poitrine et sur les pattes (1). Chez tous les exemplaires du Bobac 
proprement dit que j'ai l'occasion d'examiner, le pelage est au con- 
traire d'un gris roussâtre très-pâle; le noir ne s'y montre nulle part. 
Mais je dois ajouter que chez une Marmotte de petite taille apparte- 
nant à la collection du Muséum et provenant des environs du lac 
Baïkal, la coloration est intermédiaire entre celle de Y Arctomys robustus 
et de Y Arctomys Bobac; cet individu paraît devoir être rapporté 
à l'espèce ou variété qui a été désignée par M. Brandt sous le nom 
iY Arctomys boibacinus (2). 

Les caractères extérieurs tirés du mode de coloration des técru- 
ments, s'ils étaient seuls, seraient donc insuffisants pour établir des 
distinctions de quelque importance zoologique entre ces diverses Mar- 
mottes ; mais les particularités que ces animaux présentent dans la 
conformation de leur tête osseuse ont plus de valeur. 

Chez Y Arctomys robustus, le crâne est remarquablement élargi (3) ; 
chez Y Arctomys kumtchatims, la tête, mesurée dans sa plus grande lon- 
gueur (au niveau du bord supérieur des condyles), n'a que deux fois 
la largeur du museau mesuré près du bord postérieur des orifices 
du nez, tandis que chez la Marmotte du Moupin ces parties sont entre 
elles comme 19 est à 47. Chez celle-ci, la portion temporale ou sus- 
glénoïclale de l'arcade zygomatique est beaucoup plus développée 
transversalement que chez la Marmotte du Kamtchatka, et la portion 
antérieure de ces arcades, mesurée au niveau de l'entrée du canal 
nasal, est au contraire beaucoup moins saillante : chez la première, 

(1) Dans le tirage lithochromique de la planche XLVII, l'imprimeur a beaucoup trop 
rehaussé les tons bruns et roux, le dessous du corps est en réalité beaucoup plus pâle; mais il m'a 
été impossible de réparer cette erreur sur laquelle je dois appeler l'attention. 

(2) Brandt, Animaux de la Sibérie, p. 21 et 35. 

(3) Voyez pi. XLIX, fig. 2«. 



312 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

j'ai trouvé pour le diamètre de la tète, pris dans ce dernier point, 
llO millimètres, et près de l'extrémité postérieure des arcades, 65 mil- 
limètres ; tandis que chez la seconde, les proportions étaient dans 
le rapport de 40 à 60. Des différences non moins notables sont 
offertes par la forme des petites crêtes en V qui garnissent en dessous 
la région basilaire de l'occipital et correspondent à l'insertion des 
muscles droits. Il est également à noter que chez YArctômys robustus 
la crêle sagittale se bifurque au niveau des fosses glénoïdales, tandis 
que chez Y Arctomys kamtchaticus, ses branches antérieures naissent 
beaucoup plus en avant et forment entre elles un angle moins aigu ; 
enfin, chez le premier, la voûte palatine se rétrécit moins en arrière, 
et la région maxillaire comprise entre les molaires et les incisives est 
plus allongée. 

La Marmotte du lac Baïkal, conservée dans les galeries du Muséum 
sous le nom à' Arctomys boibacinus, est beaucoup moins grande que celle 
dont je viens de parler ; l'état des sutures crâniennes indique que c'est 
un animal adulte, mais sa tête osseuse ne mesure longitudinalement 
que 43 millimètres, tandis que chez YArctômys robustus cette longueur 
atteint 110 millimètres. Elle se rapproche de la Marmotte du Kamt- 
chatka par les proportions de la région occipitale, la forme des arcades 
zygomatiques et la brièveté du museau ; mais elle ressemble davantage 
à la Marmotte du Moupin par la disposition des branches de la crête 
sagittale ; enfin, elle diffère de l'une et de l'autre par la forme de 
l'écusson basilaire de l'occipital. 

La partie occidentale du grand massif himalayen, qui constitue le 
pays de Cachemire et les contrées adjacentes, est habitée par une autre 
Marmotte, observée pour la première fois par Jacquemont et décrite 
par Is. Geoffroy Saint-Hilaire sous le nom d' Arctomys caudatus (1) . 
Quelques naturalistes la confondent avec le Bobac (2), mais elle est 

(1) Jacquemont, Voyage dans l'Inde, t. IV, p. 66, pi. V. 

(2) Anderson, Notes on some Rodfnls from Yarkand [Proceed. Zool. Soc. of London, 1871 , 
p. 560). 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 313 

facile à distinguer de cette espèce, ainsi que de YArctomys robitstus, par 
la longueur de sa queue. Chez ces Marmottes du Cachemire, cet appen- 
dice dépasse la moitié de la longueur du corps, tandis que chez 
YArctomys robustus, YArctomys kamtckdticus et YArctomys boibacinus, il n'a 
qu'environ le quart de celte longueur, et que chez le Bobac il est encore 
plus court. 

VArctomys hemacalanus (I), qui habite la partie occidentale duTihet 
chinois appelée le Yarkand, ressemble à YArctomys caudatus par la lon- 
gueur de sa queue, et par conséquent est non moins facile à distinguer 
de la Marmotte du Moupin (2). Quant à l'animal décrit par Hodgson 
sous le nom VArctomys himalayanvs (o), il me paraîtrait difficile de le 
caractériser nettement dans l'état actuel de nos connaissances; mais il 
semble différer de YArctomys robitstus par son pelage, car cet auteur dit 
qu'en dessus il est d'un gris roussàtre, avec le nez et le bout de la 
queue d'un brun foncé. Le crâne de cet animal n'a pas été figuré, et 
l'esquisse de la forme générale publiée par Hodgson ne nous apprend 
rien d'important. 

Je crois inutile d'insister longuement sur les différences qui exis- 
tent entre YArctomys robitstus et YArctomys Marmotta des Alpes. Je 
rappellerai seulement que ce dernier est notablement moins grand 
et moins fort que le précédent; que son pelage est noirâtre en des- 
sus, grisâtre en dessous; que les incisives sont plus longues et moins 
épaisses ; que la face antérieure de ces dents, au lieu d'être blanche ou 



(1) Notice of the Marmot ofthe Himalaya and the Tibet (Journal of the Asialic Soc. ofBengal, 
1844, t. X, p. 777). 

(2, Hodgson, Notice of two Marmots inhabiting respeclively the plains of Tibet and the Hima- 
layan stopes near to the snous, etc. (Journ. of the Asiatic Soc. of Bengal, 1843, t. XII, p. 410). 

— Anderson, Proceed. Zool. Soc, 1871, p. 50 i. 

(3) A. himalayanus of the Catalogue, potius Tibetanus hodie, Hodgson, loc. cit., p. 409. 

— Ârclomys Bobac, Anderson, Proceed. Zool. Soc, 1871, p. 560. 

Suivant ce dernier auteur, la Marmotte décrite par Hodgson sous les noms d' himalayanus 
et de tibetanus, ne serait autre que VArctomys caudatus de Jacquemont, et par conséquent différe- 
rait beaucoup, soit du Bobac proprement dit, soit de VA. robustus. 



31 A MAMMIFÈRES DU TIBET. 

faiblement jaunâtre, comme chez les représentants orientaux du genre, 
est colorée d'une nuance intense de jaune orangé ; que les arcades 
zygomatiques sont beaucoup plus faibles ; enfin que l'angle postérieur 
de la mâchoire inférieure, au lieu d'être obtus et dirigé en arrière, se 
relève en forme de crochet. 

La Marmotte monax de l'Amérique septentrionale, de même que 
YArctomys caudatus, se distingue des représentants ordinaires du genre 
Arctomys par les dimensions de sa queue, dont la longueur est presque 
égale à la moitié de celle du corps. Cette espèce est aussi moins forte- 
ment constituée que les Marmottes du Tibet et du Kamtchatka. 

V Arctomys flaviventer (1), qui habite les montagnes de la Californie, 
ressemble davantage à ces dernières espèces ou races locales, par la 
forme du crâne aussi bien que par le pelage ; mais la tête est beaucoup 
plus courte comparativement à sa largeur (2). 

M. l'abbé A. David nous apprend que la Marmotte du Moupin 
habite dans le voisinage des neiges perpétuelles et s'enterre en hiver. 
Elle n'a été trouvée que dans les montagnes de Yao-tchy et Poé- 
ina-lou. 

§ 20. — GENRE LAGOMYS. 

LAGOMYS TJBETANUS. 

(Voyez pi. XLVIII et pi. XLIX, fig. 1.) 
A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, t. VII, Bulletin, I 871 , p. 93. 

Le genre Layomys de Cuvier, comprenant les Léporiens ou Ron- 
geurs duplicidentés qui sont dépourvus de queue et qui ont les oreilles 

(1) Audubon et Bachman, Descript. of sortie new Species of Quadrupeds inhabiling Xorth 
America (Proceed. of the Acad. of Nat. Se. of Philadelphia, 1843, t. I, p. 98). — Baird, Pacific 
Railroad Surveys, Mammals, p. 343. 

(2) Baird, loc. cit., pi. XLVII, fig. 1. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 315 

arrondies, est très-répandu dans l'Asie centrale, depuis l'embouchure 
du Volga à l'ouest, le Népaul au sud, et la mer de Behring à l'est ; on a 
signalé aussi sa présence dans les îles Aléoutiennes, et on le retrouve 
dans les parties adjacentes de l'Amérique septentrionale occupées par 
les montagnes Rocheuses. Enfin jadis, à l'époque quaternaire, il exis- 
tait dans diverses parties de l'Europe occidentale, notamment aux 
environs de Paris et dans le midi de la France, ainsi qu'en Corse. Il 
occupe donc une aire géographique très-étendue, et partout il offre, à 
peu de chose près, les mêmes caractères ; mais, dans diverses parties 
de cette grande région, il présente certaines particularités à raison 
desquelles les naturalistes ont cru devoir établir dans ce groupe naturel 
un nombre considérable de distinctions spécifiques. 

Ainsi, Pallas a trouvé en Sibérie quatre espèces (ou peut-être 
races locales) de Lagomys qu'il a décrites sous les noms de Lepus 
alpinus, de Lepus Oyotona, de Lepus pusillus et de Lepus hyperboreus. Le 
Pica ou Lagomys alpinus (1) qui, à raison de sa taille comparativement 
grande, peut être considéré comme le principal représentant du genre, 
habite la partie méridionale de la Sibérie, à l'est de l'Irtisch. Plus à 
l'ouest, entre l'Obi et l'embouchure du Volga, il est remplacé par 
une espèce ou variété un peu différente, appelée Lagomys pitsi/lus (2) ; 
et à l'est du lac fiaïkal, dans la Mongolie, ces Rongeurs sont connus 
sous le nom de Lagomys Ogotona(?>). Au Kamtchatka et dans les parties 
adjacentes de la Sibérie, les Lagomys présentent d'autres particula- 
rités, et portent, dans les catalogues zoologiques, le nom de Lagomys 
hyperboreus [h). 

Les Lagomys des montagnes Rocheuses de l'Amérique du Nord sont 

(1) Pallas, Kovœ Species Quadrupedum e Glirium ordine, 1778-79, p. 30, pi. II. — Radde, 
Iieisen im sûdenvon Ost-Sibirien, t. I, p. 244. 

(2) Pallas, Glires, p. 31, pi. I. 

(3) Pallas, Glires, p. 59, pi. III. —Radde, op. cit., t. I, p. 226. 

(4j Pallas, Zoographia rosso-asiatica, t. I, p. 152. — Schrenck, Reisen und Forschungen im 
Amur-land, t. I, p. 147, pi. VII et VIII. 



316 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

appelés, les uns Lagomys prmceps (1), les autres Lagomys minimus (2). 
Enfin, les représentants du même groupe qui sont répandus dans le 
nord de l'Inde et dans d'autres parties du versant méridional du grand 
massif himalayen, ont été décrits comme constituant plusieurs espèces 
particulières et ont reçu les noms de Lagomys rufescens (3), de Lagomys 
Hodgsoni [h), de Lagomys nepalensis (5), de Lagomys Roy Ici (6) et de 
Lagomys Curzoniœil). 

Les Lagomys qui habitent les montagnes du Moupin, au nord-est 
du massif himalayen, et qui ont été envoyés au Muséum par M. l'abbé 
A. David, ne peuvent être rapportés à aucune des espèces ou races que 
je viens d'énumérer ; ils en diffèrent autant que la plupart de celles-ci 
diffèrent entre elles, et par conséquent il convient de les désigner, pro- 
visoirement au moins, sous un nom particulier, ainsi que cela a été 
fait pour ses congénères provenant d'autres régions. J'ai donc donné 
à cette espèce le nom de Lagomys libetanus; mais je crois devoir ajouter 
que la plupart des distinctions spécifiques établies dans ce genre de 
Rongeurs ne reposent que sur des caractères de faible valeur. En effet, 



(1) Lepus (Lagomys) princeps, Richardson, Ftiuna boreali americana, p. 227, pi. XIX. 

— Baird, Report upon the Zoology of the several Pacific Railroad roules, Mammals, p. 619. 

(2) Lord, Notes on two neiu Species of Mammals (Proceedings of the Zoological Society of 
London, 1 SG3 , p. 95). 

(3) Gray, Annals and Magazine of Nalural Hislory, 1842, t. X, p. 266, et Waterhouse, 
op. cit., t. II, p. 20. 

(4) Blyth, Journal oflhe Asialic Society of Bengal, 1841, t. X, p. 816, avec une planche. — 
Waterhouse, op. cit., p. 23. 

(5) Hodgson, Journal of the Asialic Society of Bengal, 1841, t. X, p.8S4, avec une planche. 

— Waterhouse, op. cit., t. II, p. 24. 

(6) Ûgilby, Memoirs on the Mammalogy of the Himalayas (Royle, Illustrations of the Botany, 
etc., of Ihe Himalaya mountains, p. 69, pi. IV (Bguré sous le nom de Lagomys alpinus). 
Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Voyage' de Jacquemont, Mammifèiuis, p. 62. — Waterhouse, op. cit., 
t. II, p. 26. 

(7) Hodgson, On a new Lagomys (Journal of the Asiatic Society of Bengal, 1857; — Annals 
and Magazine of Xatural History, 1858, t. I, p. 89). — Stoliczka, On the Lagomys Curzonise 
(Journal of Asiatic Society of Bengal, 1865, t. XXXIV, p. 108). — Anderson, llodents from Yar- 
kand (Proceedings of the Zoological Society. 1 871 , p. 562). 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 317 

ces caractères sont tirés de la taille, de quelques variations dans la 
teinte ou la longueur des poils, de la grandeur des oreilles ou quelque- 
fois des proportions de certaines parties de la tête osseuse ; par consé- 
quent, ils sont de l'ordre de ceux qui peuvent varier sous l'influence de 
conditions biologiques diverses, et qui n'impliquent aucune différence 
primordiale. Je suis donc disposé à croire que la plupart des prétendues 
espèces ne méritent pas ce nom et ne sont que des races locales ou 
variétés permanentes. Les différences observées par M. Schrenck parmi 
les Lagomys hyperboreus de la Sibérie orientale (■!), et celles que j'ai 
remarquées parmi les individus de la collection du Muséum désignés 
sous le nom de Lagomys alpinits, viennent à l'appui de cette opinion (2). 
Mais, pour décider la question, il faudrait mieux connaître les chan- 
gements dépendants de l'âge, du sexe et des saisons, pouvoir comparer 
entre elles des séries nombreuses d'individus, et avoir sous les yeux les 
tètes osseuses aussi bien que les téguments. Or, je n'ai trouvé, ni dans 
les collections du Muséum d'histoire naturelle, ni dans aucun autre 
cabinet zoologique, les objets nécessaires pour cette étude ; par consé- 
quent, dans l'état actuel de nos connaissances, il faut s'en tenir au 
provisoire. Quoi qu'il en soit donc de la valeur des distinctions réputées 
spécifiques parmi les Lagomys, je signalerai à l'attention des zoolo- 
gistes les particularités offertes par le Lagomys tibètanus. 

Cet animal est le plus petit de son genre : mesuré en ligne droite 
de l'extrémité du museau à l'anus, il n'a guère plus de 15 centimètres 
de long. Son pelage est brun foncé mêlé de fauve obscur et de gris 
noirâtre ; le dessous du corps est à peine plus clair que les flancs, et 
ceux-ci ne sont que très-faiblement teintés de roux. Le poil est doux et 
«le médiocre longueur; toute sa portion basilaire est d'un gris-ardoise, 

(1) Ce voyageur décrit quatre variétés principales parmi les Lagomys hyperboreus, et il les 
distingue sous les noms suivants : var. tiemoraiis, var. ferruginca, var. cinereo-flava, et var. 
citiereo-fusca. 

(2) Un de ces Lagomys, provenant de la Sibérie et envoyé au Muséum par M. Menetriès, est 
entièrement d'un marron tres-foncé tirant sur le noir. 



318 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

et c'est seulement vers le bout que la couleur brune se montre. Der- 
rière les oreilles il y a peu de gris blanchâtre, et le museau ainsi que le 
dessous de la mâchoire sont également d'un gris clair; enfin le dessus 
des pieds est gris jaunâtre. Les moustaches sont longues et paraissent 
brunes ou grises, suivant la direction de la lumière réfléchie qui les 
éclaire. 

Les oreilles sont grandes, régulièrement arrondies, presque nues 
à leur face externe (ou antérieure), finement lisérées de blanc et pour- 
vues d'une petite lame mobile au bord postérieur de l'orifice auricu- 
laire ; le sillon de la face antérieure des incisives supérieures est très- 
évasé (1). 

Les pieds sont très-velus en dessous; aux membres antérieurs on y 
distingue comme d'ordinaire six tubercules, dont cinq subdigitaux et 
un carpien, mais les deux postérieurs sont presque entièrement cachés 
sous les poils ; aux pattes de derrière, les quatre pelotes subdigilales 
sont très-petites et le talon n'en présente pas. 

Un individu conservé dans l'alcool m'a fourni les mesures sui- 
vantes : 

Longueur totale 134 millim. 

Longueur de la tête 38 

Longueur des oreilles 19 

Largeur des oreilles I 5 

Largeur de la tête 1' 

Longueur des pattes antérieures depuis l'articulation du coude 31 

Longueur de la plante du pied. 16 

Longueur des membres postérieurs depuis l'articulation fémoro-tibiale 54 

Longueur de la planle du pied de derrière 31 

Longueur des grands poils du dos 20 

Lorsque l'on compare entre eux les divers Lagomys de l'ancien conti- 

(1) Voyez pi. XLIX, fig. 1. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 319 

lient, on distingue «aisément parmi ces Rongeurs trois types principaux, 
dont l'un est réalisé par le Lagomys alpinus et le Lagomys corsicanns, 
trouvé à l'état fossile dans les brèches osseuses des environs de 
Bastia(l). Ce type est caractérisé par sa grande taille et par la forme 
de la tête osseuse, qui est très-élargie en arrière, aplatie en dessus et 
très-allongée dans sa portion nasale ("2). Le second type nous est oflert 
par le Lagomys Ogotona, animal notablement moins grand que les pré- 
cédents, ayant les poils remarquablement doux, longs et fournis. Le 
dessus de son crâne est peu élargi en arrière et à peine bombé ; la région 
nasale de la face est allongée comme dans le type précédent, mais sur- 
baissée (3) ; les os maxillaires ne se rencontrent pas en dessous, de 
façon à séparer le trou incisif du trou palatin. Enfin, les incisives 
accessoires sont plus petites que chez les précédents. Le troisième type, 
dont l'un des représentants est le Lagomys pusillus, est de petite taille ; 
son poil est plus court et plus sec que celui des espèces ou variétés dont 
je viens de parler, et sa tête osseuse, étroite et très-bombée en arrière, 
est fort raccourcie en avant. 

Ce dernier ensemble de caractères se retrouve chez le Lagomys 
hyperboreus, le Lagomys tibetanus, le Lagomys Hodgsoni et le Lagomys 
nipalerms. Chez toutes ces espèces ou races locales, le pelage est plus 
brun que chez le Lagomys alpinus et le Lagomys Ogotona, particularité 
qui ne paraît pas dépendre du climat, car elle s'observe chez les indi- 
vidus provenant du Kamtchatka et chez ceux tués en hiver dans les 

(1) Cuvier, Ossements fossiles, t. IV, p. 199, pi. XIV, fig. 4 et 8. — Lortet, Étude sur le 
Lagomys corsicanus (Arch. du Muséum d'hist. nat. de Lyon, t. I, p. 53, pi. VIII). 

C'est à tort que M. Giebel (Saugethiere, p. 454) attribue l'établissement de cette espèce à 
Bourdet (Notices sur les brèches osseuses de Vile de Corse, in Mém. de la Soc. Linnéenne de Paris, 
1 826, t. IV, p. 54.). Cet auteur ne parle du Lagomys fossile que d'après Cuvier, et il n'y donne 
aucun nom spécifique. 

(2) Voyez Pallas, Glires, pi. IV, fig. 13 A et 13». — Waterhouse, op. cit., t. II, pi. II, 
fig. 1 et 1 a . — Brandt, Unlersuchungen uber die craniologischen Enlwickelunysstufen der Nager 
{Mém. de ï Acad. de Saint-Pétersb., t. VII, pi. XI, fig. 11-20.) 

(3) Voyez Pallas, op. cit., pi. IV a , fig. 5. 



320 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

montagnes froides du Moupin, aussi bien que chez les individus trouvés 
dans le Népaul. 

Par sa taille, son aspect et ses caractères ostéologiques, le Lagomys 
tibetanus ressemble beaucoup au Lagomys Hodgsoni, qui habite le nord 
de l'Inde ; chez ce dernier, le crâne est cependant un peu plus large, 
comparati veinent à sa longueur, plus arrondi et plus distinctement 
marginé latéralement (1). Il est aussi à noter que chez le Lagomys 
ûbetanm la région nasale de la face est plus courte et le bord postérieur 
de la branche montante de la mâchoire inférieure est plus concave (2). 
Chez les deux, l'hiatus résultant de la confluence des trous palatins et 
incisifs est très-large, mais chez le Lagomys tibetanus il est un peu plus 
rétréci antérieurement. 

Le Lagomys nipalensis est notablement plus grand que les deux 
espèces ou variétés précédentes, et il s'en distingue par la teinte du 
dessus de la tête et des épaules, qui est d'un marron rougeâtre. Les 
oreilles sont plus poilues sur leur face antérieure. 

Le Lagomys hyperboreus est aussi un peu plus grand que le Lagomys 
tibetanus; son pelage est moins foncé, particulièrement en dessous, où 
la région abdominale est souvent presque blanche ; enfin, le crâne est 
beaucoup plus élargi en dessus, et présente sur la ligne médiane une 
petite crête sagittale, comme chez le Lagomys Ogoiona et le Lagomys 
alpinus. Quant au Lagomys Boylei et au Lagomys Curzoniœ, ils ont à peu 
près la (aille du Lagomys alpinus, et se distinguent aussi du Lagomys 
tibetanus par leur pelage. 

Je ne parle pas ici du Lagomys princeps et du Lagomys minutas de 
l'Amérique septentrionale, parce que je n'ai pas eu l'occasion de les 
étudier et que l'on ne sait rien relativement à leurs caractères ostéo- 
logiques ; je me bornerai à rappeler qu'ils sont plus grands que le 

(1) Voyez Blylh, op. cit. (Journ. of the Asiatic Soc. of Bengal, 1 841 , t. X, avec une planche 
correspondant à la page 816). 

(2) Voyez pi. XL1X, fig. 1. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 321 

Lagomys ûbeianus, et que leur pelage est blanchâtre à la face inférieure 
du corps. 

Le Lagomys tibetanus vit dans les bois des hautes montagnes de la 
principauté de Moupin ; il s'y creuse des terriers et se nourrit d'herbes 
et de fruits. Il court en sautant comme le Lièvre. Les habitants pré- 
tendent qu'il existe, dans une principauté voisine, une autre espèce 
de Lagomys de dimensions beaucoup plus considérables, mais dont 
le pelage aurait les mômes teintes. 

§ 21. — GENRE AILUROPUS (1). 
AILUROPUS MELAIVOLEUCUS. 

(Voyez pi. L, LI, LU, LUI, L1V, LV et LVI.) 

Uascs melasoleccus, A. David, Lettre adressée à M. Milne Edwards et datée de Moupin, le 21 mars 

1869 (Nouvelles Archives du Muséum, t. V, Bulletin, p. 13). 
Ailcsopoda melanoleicis, Alph. Milne Edwards, Sur quelques Mammifères du Tibet oriental 

(Ann.des se. nal., série 5, 1870, (. XIII, art. n° 10). 
Ailcbopcs MELAxoLEccrs, A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1872, t. VII, 

Bulletin, p. 92. 

Ce singulier Mammifère, en partie blanc et en partie noir, res- 
semble tant à un Ours par sa forme extérieure, par son aspect général 
et par ses allures, qu'au premier abord tout naturaliste le prendrait 
pour un animal de ce genre, et je ne m'étonne pas que M. l'abbé David 
l'ait désigné sous le nom d'Ursus melanoleucus. Mais lorsqu'on examine 
son système dentaire, on voit qu'il apparlient à un type très-différent, 



(1) J'ai adopté le nom d'Ailuropus pour rappaler la ressemblance qui existe entre les pieds 
de cet animal et ceux du Panda ou genre Ailurus de Fréd. Cuvier. J'avais d'abord fait usage d'une 
terminaison un peu différente; mais le mot Ailuropoda ayant été employé précédemment par 
M. Gray dans une acception différente, j'ai cru devoir le modifier de la manière indiquée ci-dessus, 
ainsi que je l'ai déjà fait dans l'explication des planches publiée longtemps avant l'impression de 
cet article. 



322 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

lype dont on ne connaît aucun autre représentant, et dont, par consé- 
quent, il convient de former un genre nouveau. 

L'Ailurope a des formes trapues et lourdes (1). Sa tête est courte, 
un peu effilée en avant, mais excessivement élargie dans sa portion 
moyenne et postérieure. 

Le nez est petit et nu à son extrémité; le front est très-large et 
bombé; les yeux sont petits, et les oreilles sont courtes, très-écartées 
entre elles et arrondies au bout. Le cou est gros et très-fort. Le corps 
est ramassé et massif. La queue est si courte, qu'on ne la distingue 
qu'à peine. Les pattes sont courtes, très-grosses, à peu près de même 
longueur, et terminées par des pieds pentadactyles très-larges et arrondis 
au bout, dont la conformation générale rappelle tout à fait celle des 
pieds des Ours, mais dont la face inférieure, au lieu de poser complè- 
tement sur le sol pendant la marche et d'être tout à fait nue ou 
presque entièrement privée de poils, reste toujours relevée en grande 
partie et est abondamment revêtue de poils dans presque toute son 
étendue. 

Aux pattes postérieures (2) on remarque à la base des doigts une 
rangée transversale de cinq petites pelotes charnues, et vers l'extré- 
mité antérieure de la région métatarsienne un autre coussin dénudé 
et placé transversalement; mais entre ces parties, aussi bien que sur 
les deux tiers postérieurs de la surface plantaire, les poils sont aussi 
abondants et presque aussi longs que sur le dessus du pied. 

Aux membres antérieurs (3) la disposition est à peu près la même, 
si ce n'est que le coussin métacarpien est plus large et qu'il existe une 
autre pelote charnue, sans poils, près du talon. UAiluropus n'est donc 
pas un animal plantigrade comme le sont tous les Ours, même l'Ours 
maritime, où la plante des pieds n'est pas complètement dépourvue de 

(1 ) Voyez pi. L. 

(2) Voyez pi. LI, fig. 2. 

(3) Voyez pi. LI, fig. \ . 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 323 

poils, mais pose à terre dans toute sa longueur. Sous ce rapport, XAilu- 
ropus ressemble au contraire au Panda, qui est à peine semi-plantigrade 
et qui a le dessous des pieds bien fourré. 

Le mode de coloration de l'Ailurope est également très-remar- 
quable (i ). Cet animal est entièrement blanc, si ce n'est autour des yeux, 
aux oreilles, sur la région scapulaire et sur la partie inférieure du cou, 
ainsi que sur les quatre membres, où le poil est entièrement noir. Ces 
taches noires tranchent nettement sur le fond d'un blanc un peu jau- 
nâtre ; celles qui entourent les yeux sont circulaires et donnent à la 
physionomie de l'animal un aspect fort bizarre ; celle qui recouvre les 
épaules représente une sorte de sangle : elle est placée transversale- 
ment sur le garrot, et s'élargit en descendant sur les épaules pour se 
continuer inférieurement sur le devant du cou et latéralement sur la 
totalité de la surface des membres antérieurs. Enfin les pattes posté- 
rieures sont également noires depuis la partie inférieure de la cuisse 
jusqu'au bout des doigts; mais les hanches, ainsi que la plus grande 
partie de la queue, sont blanches comme le dos et le ventre. J'ajouterai 
que ce mode de coloration est exactement le même dans le jeune âge 
que chez l'adulte. 

Il est aussi à noter que le poil, fort long et très-fourni, constitue 
une fourrure épaisse qui ressemble beaucoup à celle des Ours. 

Par la forme générale de la tête osseuse de l'Ailurope, il serait 
impossible de reconnaître la famille à laquelle cet animal appartient. 
En effet, cette tête diffère extrêmement de celle des Ursidés et des 
Mustélidés, et présente quelques ressemblances avec celle des Hyènes; 
mais on y remarque des particularités nombreuses et importantes, 
indiquant un type zoologique spécial : c'est seulement par l'inspection 
du système dentaire que l'on peut établir les affinités naturelles de 
l'Ailurope. Nous examinerons donc en premier lieu les caractères 
fournis par cette partie de l'organisme. 

(1) Voyez pi. L. 



324 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

A la mâchoire supérieure (i) les incisives sont, comme d'ordinaire, 
au nombre de trois paires : elles se font remarquer par leur direction 
oblique ; les médianes ou internes sont très-petites et peu élargies in- 
térieurement; celles de la deuxième paire sont plus fortes et se dilatent 
vers leur bord tranchant. Il est à noter que la surface préhensile de ces 
dents est grande, très-usée et même creusée d'un sillon transversal 
indiquant le rôle important qu'avaient ces organes dans le méca- 
nisme de la mastication. Les incisives externes sont fortes et exca- 
vées en dehors et en arrière pour faire place à la canine de la mâ- 
choire inférieure. 

Les canines sont robustes, mais courtes. Une crête mousse et peu 
marquée garnit leur bord' postérieur à peu près comme chez l'Ours 
malais. Leur direction est presque verticale. 

Les molaires sont au nombre de six de chaque côté, dont quatre 
prémolaires et deux vraies molaires. 

La première avant-molaire, située immédiatement en arrière et un 
peu en dedans de la canine, est très-petite, luberculiforme et un peu 
comprimée latéralement. La seconde est forte et sa forme est fran- 
chement carnassière; elle est comprimée latéralement et placée obli- 
quement, de façon ù chevaucher en dehors sur la face externe de la 
molaire suivante : elle est donc oblique d'arrière en avant et de dehors 
en dedans. Elle est divisée en trois lobes situés l'un au devant de 
Tau Ire : le premier est court, épais et obtus ; le second est relative- 
ment élevé, triangulaire et à bords tranchants ; le troisième, rejeté 
en dehors, est à peu près de la taille du premier, mais sa forme est 
plus comprimée; enfin, l'implantation se fait au moyen de deux 
racines. Celte molaire diffère donc considérablement de la dent cor- 
respondante des Ours par sa forme, aussi bien que par son développe- 
ment relatif, puisque dans ce genre elle est uniradiculée, très-réduite 
et obtuse ; elle se rapproche au contraire davantage de celle des 

(1) Voyez pi. LUI et LIV. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 325 

Hyènes et des Félins, bien que chez ces derniers on y observe une 
sorte de collet interne ou d'épaississement basilaire. Chez le Panda, 
la molaire correspondante est également grande, biradiculée et tran- 
chante, mais sa division en lobes est à peine indiquée. 

La troisième ou pénultième prémolaire est notablement plus grosse 
et plus épaisse que la précédente. Sa couronne est divisée en cinq lobes 
bien distincts, dont trois, disposés en série linéaire, occupent sa portion 
externe, et deux, beaucoup moins saillants, sont situés en dedans. Les 
premiers sont triangulaires et tranchants ; le médian dépasse de beau- 
coup les deux autres, dont le dernier est plus gros que le premier; les 
lobes internes sont placés vis-à-vis dessillons qui séparent ces derniers ; 
le postérieur est obtus, l'antérieur est tuberculiforme, et entre eux on 
aperçoit les traces d'un sixième lobule rudimentaire. Les racines sont 
fortes. Ce mode de conformation rappelle un peu ce qui existe chez 
le Panda, mais les proportions sont très-différentes. 

La dernière prémolaire est remarquablement grosse ; elle est 
beaucoup plus large en arrière qu'en avant, et sa couronne est profon- 
dément divisée en six lobes dont cinq très-forts. Les trois externes sont 
tous très-développés et tranchants ; le médian est le plus saillant et 
sa forme est triangulaire, tandis que le bord préhensile des autres est 
simplement arqué. Le premier lobe interne, presque aussi fort que 
l'externe, est moins élevé et mousse ; le second est très-petit et presque 
caché dans le sillon qui sépare le précédent du troisième lobe de cette 
série. Ce dernier est très-gros, arrondi et disposé obliquement d'arrière 
en avant et de dehors en dedans. Je ne connais chez les Carnassiers 
aucun exemple d'une dent semblablement disposée. C est avec les 
Pandas que l'on trouve le moins de différences : là il existe également 
six lobes, mais ils sont plus ramassés ; le deuxième lobe interne, rejeté 
plus en dedans, forme une sorte de talon; enfin, ces saillies s'usent 
rapidement au lieu de conserver leur émail intact. 

Les vraies molaires sont remarquables par leur énorme développe- 



326 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

ment. La première, à couronne presque quadrilatère, est de toutes la 
plus épaisse; elle est bordée en dedans par un bourrelet épais et for- 
tement indiqué. Sa portion externe se compose principalement de 
deux gros lobes subégaux, triangulaires et tranchants. En avant 
du premier, on aperçoit un lobule rudimentaire ; entre ces lobes et le 
bourrelet interne se trouvent : 1° un lobe antérieur surbaissé, arrondi, 
un peu mamelonné et correspondant à toute la largeur du premier 
des lobes de la rangée externe ; 2° une éminence presque semblable 
à la précédente par sa forme et ses dimensions, mais divisée en deux 
portions par un sillon longitudinal peu profond. Cette molaire est 
pourvue de quatre racines ; elle présente un singulier mélange de 
caractères, rappelant par sa portion externe la forme des dents essen- 
tiellement carnivores, et par sa portion interne celle des molaires 
destinées à broyer les substances végétales. Chez les Ours, et surtout 
chez l'Ours malais, la conformation de la couronne présente, mais 
d'une manière beaucoup moins marquée, ces caractères ; elle est plus 
étroite et moins robuste. Chez le Panda, elle ressemble plus à ce que 
nous venons de voir, mais elle se complique davantage, car il existe 
en dehors cinq lobes dont deux grands et trois petits ; le bourrelet 
interne est fortement lobule, et les parties saillantes de la couronne 
s'usent rapidement. Dans le genre Hyœnarctos, les analogies sont 
plus grandes avec l'Ailurope. Cependant le bourrelet interne est 
beaucoup moins marqué et le mamelon postéro- interne n'est pas 
bilobé. 

La dernière molaire est de toutes la plus singulière, tant à raison 
de ses dimensions que de sa forme. Elle est presque aussi épaisse que 
la pénultième, mais beaucoup plus allongée d'arrière en avant et se 
rétrécit postérieurement. Sa couronne, à peu près horizontale, porte 
une multitude de lobules, ainsi qu'un bourrelet marginal interne. 
Vue en dehors, elle paraît divisée en trois portions dont l'antérieure 
est composée de deux lobes tranchants : le premier grand et triangu- 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 327 

laire , le second petit et surbaissé. La portion suivante présente en 
avant un lobe saillant et assez semblable au lobe antérieur, puis un 
bourrelet horizontal en dedans duquel on voit une série de mamelons 
arrondis. Enfin la troisième portion, qui semble être une continuation 
du bourrelet dont je viens de parler, est divisée par des sillons trans- 
versaux ; du côté interne de la couronne se trouvent deux grands lobes 
surbaissés, dont le dernier est très-allongé et se continue en arrière de 
façon à contourner la dent et à former le bourrelet postéro-externe 
dont il vient d'être question ; enfin, entre ces lobes et les saillies de la 
portion externe, se trouvent deux groupes de mamelons arrondis dont 
la disposition est très-complexe et varie légèrement d'un côté à l'autre; 
le groupe postérieur est le plus grand et le plus compliqué. J'ajouterai 
aussi que cette dent est placée dans l'alignement des précédentes, dont 
elle continue exactement la direction, au lieu de se diriger oblique- 
ment en dedans et en arrière, ainsi que cela a lieu chez les Félins et les 
Mustéliens. C'est certainement aux Ours que l'Ailurope ressemble le 
plus par le mode de conformation de cette molaire tuberculeuse, bien 
que chez ces derniers elle soit beaucoup plus étroite et plus simple. 
Chez les Pandas, elle est construite sur un plan tout à fait différent; 
elle reproduit presque les formes de la première vraie molaire, et son 
diamètre antéro-postérieur est moindre que son diamètre transversal ; 
enfin sa couronne est beaucoup moins compliquée. 

A la mâchoire inférieure (1), les canines sont très-rapprochées; 
aussi les incisives, bien que petites, pour pouvoir se loger, chevau- 
chent-elles beaucoup les unes sur les autres ; celles de la seconde 
paire sont insérées en arrière, et celles de la paire externe sont 
repoussées plus en avant que les médianes. Je ne puis rien dire de 
la forme de ces dents, car, sur l'exemplaire que j'ai entre les mains, 
elles ont toutes été plus ou moins cassées, du vivant de l'animal. 
Les canines sont également incomplètes, et il existe entre elles et la 

(i) Voyez pi. LIV etLVI. 



328 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

première molaire un vide d'environ un demi-centimètre de long. 

Les molaires sont en même nombre qu'à la mâchoire supérieure. 
La première avant-molaire, au lieu d'être rudimentaire et tuberculi- 
forme, comme son antagoniste, est large, biradiculée, tranchante et 
nettement trilobée, de façon à ressembler, sauf le volume, aux deux 
prémolaires suivantes. La deuxième n'est pas insérée obliquement 
comme son analogue à la mâchoire supérieure, et son grand axe est 
dans l'alignement de celui des dents voisines; elle est tricuspide, et son 
lobe médian s'élève beaucoup ; son lobe postérieur est plus étendu 
que l'antérieur. 

La troisième prémolaire est très-grande et assez semblable à celle 
d'en haut, si ce n'est qu'il n'existe pas de lobule sur son bord interne. 
Ces trois dents sont très-tranchantes et ont un caractère franchement 
carnassier. 

La première vraie molaire est extrêmement allongée dans le sens 
antéro-postérieur et s'élargit en arrière; sa couronne est garnie de 
cinq tubercules coniques répartis en deux groupes séparés par un 
sillon transversal. Le premier se compose de deux lobes internes et 
d'un lobe externe dont la base se prolonge entre les deux précé- 
dents. Le groupe postérieur est formé de deux lobes seulement, l'un 
interne, ovalaire et convexe, l'autre subquadrilatère et irrégulièrement 
sillonné. 

La deuxième arrière-molaire est plus ramassée et plus épaisse 
que la précédente. Un sillon transversal la divise en deux portions 
presque égales dont le bord interne s'élève en manière de lobe tran- 
chant et subtriangulaire ; on y remarque aussi, en avant, de petites 
divisions lobulifonnes, dont trois appartenant au groupe antérieur 
et une seule au groupe postérieur. Le bord externe est surbaissé et 
arrondi; enfin, la portion moyenne de la couronne est garnie de sept 
tubercules petits et obtus, dont trois en avant du sillon transversal 
et quatre en arrière. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 329 

La dernière molaire est moins grande que la précédente, et sa 
couronne, à bords presque circulaires, est couverte de petits mame- 
lons séparés par des plis peu profonds, mais nettement dessinés. Elle 
ressemble beaucoup à la tuberculeuse des Ours et s'éloigne notable- 
ment de celle des Pandas. 

La tête osseuse est remarquable surtout par l'allongement du 
crâne et l'élévation de sa crête sagittale, par la brièveté du museau, par 
le rétrécissement de la portion postfrontale, et par l'énorme dévelop- 
pement des arcades zygomatiques, ainsi que des fosses temporales (1). 

La région occipitale (2) est dirigée obliquement en haut et en 
arrière de façon à surplomber de beaucoup le trou occipital, comme 
cela a lieu dans le genre Arctocyon ; elle est garnie d'une forte crête 
verticale et limitée de chaque côté par une grosse crête très-saillante 
qui part de l'extrémité supérieure du cimier médian et descend sur le 
bord externe des apophyses mastoïdes pour se continuer avec le bord 
inférieur de celles-ci. Cette région, très-excavée de chaque côté pré- 
sente aussi des empreintes musculaires nombreuses et profondes; 
enfin, son bord inférieur se prolonge de chaque côté des condyles en 
une grosse apophyse paroccipitale descendante, située à distance égale 
de ceux-ci et des apophyses mastoïdes. 

La boîte crânienne (S) est étroite, peu bombée latéralement, 
allongée et très-rétrécie en avant. Ainsi que je l'ai déjà dit, elle est 
garnie en dessus d'une crête sagittale très-élevée, très-longue, et dont 
le bord, régulièrement arqué d'avant en arrière, est creusé d'un sillon 
linéaire, étroit, mais profond. Vers le milieu de la région temporale, il 
existe une rangée horizontale d'empreintes et de rugosités cristiformes, 
de l'extrémité antérieure de laquelle part une ligne tranchante dirigée 
obliquement en haut et en avant, de façon à remonter vers le front, 

(») Voyez pi. LU, LIV el LV. 

(2) Voyez pi. LIV et LV. 

(3) Voyez pi. LU et LUI. 



330 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

à peu de distance en arrière de la région orbitaire. Une disposition 
analogue, quoique beaucoup moins marquée, se montre cliez l'Ours 
malais, mais n'est pas générale dans le genre Ursus et ne se rencontre 
pas dans YAilurus. 

Le front est séparé des fosses temporales par une ligne arquée 
peu saillante et très-courte, qui part de l'extrémité antérieure de la 
crête sagittale et gagne l'angle postérieur du bord sourcilier ; mais il 
n'existe pas dans ce dernier point un prolongement apophysaire post- 
orbitaire, comme chez les Ours, les Ratons, les Blaireaux, les Pandas 
et la plupart des autres Carnassiers. 

Le bord sourcilier est aussi à peine marqué, et le front, voûté 
transversalement, se continue avec la paroi interne des fosses orbi- 
taires sans ligne de démarcation bien tranchée. Chez la plupart des 
Ours, il en est tout autrement : le bord supérieur de l'orbite est en 
général très-saillant; mais il est à remarquer que, sous ce rapport, 
Y Ursus malayanus se rapproche un peu de YAiluropus. 

Ainsi que je l'ai déjà dit, la région frontale est très-étroite; chez 
les Ours, au contraire, elle est fort large. De même que chez le Panda, 
le nez est court et un peu relevé vers le bout. L'orifice des fosses 
nasales, au lieu d'être incliné très-obliquement en haut et en avant, 
comme chez les Ours, est dirigé presque directement en avant. Le 
museau est étroit et élevé ; mais dans la région malaire, vers la base 
de l'arcade zygomatique, la face s'élargit beaucoup. 

Le trou sous-orbitaire est situé très-bas et fort loin du bord de 
l'orbite, de. sorte que le canal osseux traversé par le rameau sous-orbi- 
taire du nerf maxillaire est très-allongé, tandis que chez le Panda il 
est plus court; la cavité destinée à loger l'œil est très-petite, évasée 
en avant et limitée en arrière, en bas et en dehors, par une saillie 
subcristiforme constituée par un prolongement du bord supérieur 
de l'arcade zygomatique, mais ne s'élevant pas en forme d'apophyse 
comme chez les Ours : sous ce dernier rapport, l'Ailurope se rap- 



MAMJIU'ÊRES DU TIBET. 33J 

proche des Pandas. Du côté interne, la fosse orbitaire est séparée de 
la fosse zygomatique par une ligne saillante horizontale qui naît 
au-dessus de l'entrée du canal sous-orbitaire et se dirige vers le trou 
sphéno-orbitaire, disposition dont on retrouve également des traces 
chez le Panda, mais qui manque chez les Ours. Au-dessus de cette 
crête, dans l'angle de l'orbite, s'ouvre un large canal osseux qui se 
rend aux fosses nasales et qui donne passage au canal lacrymal. Enfin, 
au-dessous de cette même crête, à égale distance de l'entrée du trou 
sous-orbitaire et du trou optique, se trouve un autre trou très-grand, au 
fond duquel on aperçoit deux canaux, dont l'un se dirige vers les fosses 
nasales et l'autre aboutit au trou palatin postérieur. Chez les Ours, 
ces deux canaux naissent par deux orifices assez écartés l'un de 
l'autre. Le trou optique est encore plus réduit que dans le grand genre 
Ursus. 

Il n'est aucun Carnassier chez lequel les arcades zygomatiques 
soient aussi développées que chez l'Ailurope : elles décrivent une 
forte courbure, de façon à donner à la région temporale de la tête une 
largeur remarquable, et à fournir de chaque côté, pour loger le muscle 
crotaphite, une fosse énorme (1). Leur portion malaire est très-renflée ; 
mais c'est surtout leur branche temporale qui s'élargit d'une manière 
exceptionnelle : son bord supérieur, très-élevé, se prolonge sans inter- 
ruption jusqu'à la c-rête latérale de l'occipital, en passant au-dessus 
du trou auditif; son bord inférieur se recourbe en dessous et en 
dedans, de façon à constituer au-dessus des fosses glénoïdales et de 
l'oreille une grande dépression en forme de cuvette, dont la surface 
interne est hérissée de rugosités attestant la puissance des insertions 
du masséter. 

L'apophyse mastoïde, grande et presque lamelleuse, se détache du 
crâne à très-peu de distance en arrière de la racine postéro-inférieure 

(1) Voyez pi. LU et LV. 



332 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

de l'arcade zygomatique, de telle sorte que le trou auditif se trouve 
logé au fond d'une fosse profonde et étroite (1). 

Les fosses glénoïdales (2) sont très-grandes; leur diamètre trans- 
versal est plus considérable que chez aucun autre Carnassier, et la por- 
tion interne de leur bord postérieur se recourbe beaucoup en avant et en 
dessous, de façon à encaisser la portion correspondante des condyles 
plus fortement que chez les Ours. Leur bord antérieur reste presque 
horizontal, et par conséquent la mâchoire inférieure n'est pas retenue 
dans sa cavité articulaire comme chez le Blaireau. 

Ainsi que l'ont montré Turner et, plus récemment, M. Flower, le 
mode de conformation de la base du crâne fournit de très-bons carac- 
tères pour la classification naturelle des Carnivores. Il importe donc 
d'apporter une attention toute particulière à cette partie de la tête 
osseuse de l'Ailurope (3). Les condyles de l'occipital sont disposés à 
peu près comme ceux des Ours, mais il n'y a que des vestiges des trous 
condyloïdicns, si développés chez les Ursidés. Le basioccipital est court 
et creusé d'une paire de fossettes à fond rugueux, séparées par une 
petite crête médiane à peu près comme chez les Blaireaux, où elles 
sont toutefois beaucoup plus allongées. Chez les Ours, la région basi- 
laire est au contraire plane et très-élargie. 

En dehors, cette région est limitée par une petite crête styloïde 
linéaire qui se dirige obliquement et presque en ligne droite de l'entrée 
du canal d'Eustache au sommet des apophyses paroccipilales, en lon- 
geant le bord externe du trou carolidien et en circonscrivant, à la base 
de l'apophyse mastoïde, une fosse très-creuse, au fond de laquelle 
s'ouvre le trou stylo-mastoïdien. La portion de la base du crâne cor- 
respondant à la caisse auditive, au lieu d'être grande et aplatie comme 
chez les Ours, ou légèrement renflée comme chez les Pandas, est très- 

(1) Voyez pi. LUI et LV. 

(2) Voyez pi. LUI. 

(3) Voyez pi. LUI. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 383 

petite et se confond avec la base de la crête glénoïdale postérieure ; son 
prolongement externe, qui limite en dessous l'entrée du méat auditif, 
est petit et extrêmement resserré entre la base de l'apophyse mastoïde 
et la partie correspondante de l'arcade zygomatique, dont il est cepen- 
dant séparé par une grande échancrure au fond de laquelle se cache le 
trou glénoïdal qui, chez les Ours, est au contraire complètement à 
découvert à la face inférieure du crâne. Le canal alisphénoïdal, signalé 
par M. Flower comme caractéristique des Ours et des Pandas, et man- 
quant chez tous les Carnassiers, n'existe pas chez l'Ailurope; on 
trouve cependant, à l'entrée du trou ovale, un petit pertuis presque 
oblitéré qui peut-être représente ce canal, mais qui aurait perdu 
toute importance physiologique. 

La forme des arrière-narines est à peu près la même que chez les 
Ours, bien que les ailes ptérygoïdiennes soient moins élevées ; chez le 
Panda au contraire, cette ouverture, au lieu d'être plus large en avant 
qu'en arrière, ainsi que cela a lieu dans les deux genres que je viens de 
mentionner, se rétrécit beaucoup à sa partie antérieure. 

La voûte des arrière-narines, comprise entre les ailes ptéry- 
goïdiennes, est divisée sur la ligne médiane par une forte crête lamel- 
leuse très-élevée; disposition qui n'existe ni chez les Pandas, ni chez 
les Ours. Dans ces deux derniers genres, le bord palatin postérieur 
est situé trèsdoin en arrière des dernières molaires ; dans l'Ailurope 
au contraire, il se trouve un peu en avant du bord postérieur de ces 
dents, de sorte que la voûte palatine est beaucoup plus courte. Le 
palais est presque aussi large en avant qu'en arrière, et. de même que 
chez les Pandas, se trouve creusé de deux gouttières longitudinales qui 
font suite aux trous palatins postérieurs et arrivent jusqu'aux trous 
incisifs. Dans le genre Ursus, ces gouttières sont à peine indiquées. 
Enfin, de même que chez le Panda, il n'y a pas d'hiatus médian der- 
rière les trous incisifs. 

Le maxillaire inférieur est remarquable par sa grande puissance ; 



334 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

les Hyènes et les grands Felis sont loin d'être aussi bien organisés sous 
ce rapport. Cet os se rétrécit beaucoup en avant, ainsi que je l'ai déjà 
dit à propos des incisives. Sa portion symphysaire est très-massive et 
très-longue ; chez l'adulte, on n'aperçoit aucune trace de sa division 
primordiale en deux branches ; en dessous cette partie est renflée, mais 
latéralement elle se rétrécit en arrière des canines. Les branches 
horizontales sont extrêmement épaisses, leur bord inférieur est 
presque droit. Les apophyses coronoïdes sont énormes, elles naissent 
assez loin en dehors de la rangée dentaire, un peu en avant du bord 
postérieur des avant-dernières molaires ; elles s'élèvent en formant un 
angle presque droit avec les branches horizontales ; elles se rétrécis- 
sent beaucoup vers leur extrémité, et se recourbent fortement en arrière 
de façon à offrir un aspect falciforme sur leur face interne ; une crête 
qui part du tiers inférieur de leur bord antérieur se porte en arrière 
et en bas pour se terminer sur la tubérosité postmolaire près du trou 
dentaire inférieur, de façon à circonscrire une large surface rugueuse 
destinée à l'insertion d'une portion du muscle temporal. La face 
externe est très-concave et porte une multitude de rugosités plus ou 
moins cristiformes, sur lesquelles se fixe le muscle masséter. Le bord 
inférieur de la fosse ainsi constituée s'avance latéralement en manière 
d'aile, et se termine, près de la base du condyle, par un crochet dirigé 
en dedans et représentant l'angle de la mâchoire, au-dessous duquel 
se voient deux crêtes obliques et parallèles servant à l'insertion des 
muscles ptérygoïdiens. Le condyle est extrêmement large et se termine 
en dedans par une surface tronquée sur laquelle s'attachent les mêmes 
muscles. 

Par sa forme générale, cette mâchoire ressemble à celle des Pandas 
plus qu'à celle des Ours ou de tout autre Carnassier; elle en diffère 
cependant par plusieurs caractères importants. Ainsi, chez le Panda, 
les branches horizontales sont minces et leur bord inférieur est forte- 
ment arqué. L'apophyse coronoïde est plus arrondie et se porte encore 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 335 

plus en avant, mais la fosse massétérienne est beaucoup plus étroite 
et moins profonde, l'angle de la mâchoire constitue un crochet puis- 
sant dirigé directement en arrière ; enfin, les condyles sont compara- 
tivement gros, mais leur diamètre transversal est beaucoup moindre. 
Chez YUrsus ornatus, l'angle de la mâchoire se recourbe en dedans 
à peu près comme chez l'Ailurope, mais la branche montante n'a ni 
la même direction ni la même forme. 

Par le moulage de l'intérieur de la boîte crânienne de l'Ailurope, 
M. Gervais a pu déterminer approximativement la forme de l'encé- 
phale, et il la compare à celle de la même partie du système nerveux 
chez l'Ours et chez le Panda (1 ) . Il résulte de cet examen que le cerveau 
du premier diffère notablement de celui des deux autres Carnassiers 
dont il vient d'être question. 

M. Gervais pense que, sous ce rapport, l'Ailurope est moins sem- 
blable au Panda qu'on n'aurait pu le supposer par l'ensemble de ses 
caractères (2). Effectivement, le cerveau est plus ramassé, il est même 
notablement plus élargi que celui de l'Ours, particulièrement dans sa 
portion postérieure ; je ferai cependant remarquer que la conformation 
du cervelet parait avoir plus de similitude avec celle de la même 
partie chez le Panda. Il est aussi à noter que chez l'Ailurope les lobes 
olfactifs sont beaucoup plus allongés que dans l'un ou l'autre de ces 
derniers animaux. 

L'ensemble de faits que je viens de passer en revue prouve que 
l'Ailurope ne peut être rapporté à aucun des types génériques précé- 
demment connus. Il appartient indubitablement à la famille des Car- 
nassiers arctoïdes, dont les Ours sont les principaux représentants, et il 
ressemble beaucoup à ces animaux ; mais il tient encore plus peut-être 
des Pandas, et il présente un singulier mélange de caractères ostéolo- 

(1) Mémoire sur les formes cérébrales chez les Carnassiers (Nouvelles Archives du Muséum, 
t. VI, p. 136, pi. VIII, fig. 8,9 et 10). 

(2) Loc. cit. p. 142. 



336 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

giques. Ainsi, par le mode d'articulation de la mâchoire inférieure, 
l'énorme développement des arcades zygomatiques, il ressemble aux 
Félins les plus robustes, et quelques naturalistes le comparent à 
l'Hyène ; mais la conformation de ses dents machelières indique que 
c'est en réalité un animal moins Carnivore que ne le sont les Ours. 
Par leur forme générale, ses grosses molaires tuberculeuses ressemblent 
beaucoup à celles de l'Urside fossile désigné sous le nom d'Arctotfierium 
bonarieme, par M. P. Gervais (1). 

Par la disposition de la couronne, la pénultième molaire a beau- 
coup d'analogie avec les molaires de divers Pachydermes fossiles, 
notamment du Chœropotamus parisiensis (2), et l'on aurait trouvé cette 
dent isolée, qu'on l'aurait rapportée à un herbivore pachyderme. 
Néanmoins c'est entre les Ours et les Pandas que l'Ailurope doit 
prendre place dans nos classifications méthodiques, et la division 
qui le renferme me paraît avoir une valeur zoologique plus considé- 
rable que celle de la plupart des genres dont se compose l'ordre des 
Carnassiers. 

VAiluropus melanoleucus habite les montagnes les plus inaccessibles 
du Tibet oriental, et ne descend jamais de ses retraites pour ravager 
les champs, comme le fait l'Ours noir. Aussi la chasse de cet animal 
présente-t-elle de grandes difficultés. Il se nourrit principalement de 
racines, de bambous et d'autres végétaux. 

D'après les renseignements fournis à M. l'abbé David par les chas- 
seurs de Moupin, il atteint une très-grande taille; mais le mâle 
adulte dont le Muséum possède la dépouille n'est pas aussi grand 
que notre Ours brun des Pyrénées. Il mesure de l'extrémité du mu- 
seau à la base de la queue (en suivant les courbures du dos) I m ,50; 
sa hauteur au garrot est de m ,66. 

(I ) Mémoires sur plusieurs espèces de Mammifères fossiles [Mém.de la Soc. géologique, 2 e série, 
t. IX. pi. XXIV). 

(2) Voyez Gervais, Zool. et Paléontol. françaises, 1848, pi. XXVI, fig. 1. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 33' 

Ailitropus melanolelteus 

MESURES DE LA TÊTE OSSEUSE. .- - «— -^ 

adulte. jeuuo. 

Longueur du bord inférieur du Irou occipital à l'avant du bord 

alvéolaire incisif. 0,239 0,230 

Hauteur totale maximum de la tête osseuse (mâchoire inférieure 

en place) 0,190 0,165 

Longueur antéro-poslérieure maximum 0,290 0,265 

Longueur du milieu du bord postérieur du palatin au bord incisif 

alvéolaire 0,128 0,132 

Longueur minimum du crâne en arrière des orbites 0,038 0,048 

Largeur maximum extérieure de la boîte crânienne 0,106 0,103 

Largeur maximum du crâne (en dehors des arcades zygoma- 

tiques) 0,207 0,185 

Largeur entre les trous lacrymaux 0,057 0,057 

Largeur entre les bords antéro-intérieurs des canines 0,032 0,032 

Largeur de la série des incisives O,0S0 0,031 

Longueur de la série totale des dents 0,135 0,146 

Longueur de la série des prémolaires et molaires 0,106 0,120 

Distance entre les apophyses ptérygoïdes (ailes externes) 0,050 0,050 

Distance entre les trous ovales 0,038 0,043 

Distance entre la dernière molaire et le bord antérieur de la 

crête glénoïdienne 0,048 0,040 

Largeur entre les apophyses styloïdes 0,080 0,078 

Diamètre transverse du trou occipital 0,028 0,033 

Diamètre vertical 0,022 0,026 

Diamètre vertical externe maximum de la boite crânienne.... 0,138 0,12J 

Distance entre les trous optiques 0,034 0,029 

Dislance du bord orbitaire du trou lacrymal au bord antérieur 

de l'os incisif 0,091 0,093 

Distance des trous auditifs 0,112 0,100 

Longueur de la dernière molaire 0,032 0,035 

Largeur 0,024 0,025 

Longueur de la pénultième molaire 0,022 0,025 

Largeur 0,024 0,027 

Longueur de la première molaire 0,023 0,026 

Largeur 0,017 0,019 

Longueur de la dernière prémolaire 0,019 0,025 

Longueur de la deuxième prémolaire 0,013 0,014 



Ailuropus melanoleucus 

MESURES DU MAXILLAIRE INFÉRIEUR. ^ — — ■ . 

adulte. jeune. 

Longueur du condyle à l'extrémité des incisives 0,210 0,200 

Distance maximum du condyle à l'angle inférieur de la mâ- 
choire 0,106 0,085 

Distance de l'extrémité de l'apophyse coronoïde à l'angle infé- 
rieur de la mâchoire 0,145 0,115 

Distance des condyles meiurée en dehors 0,192 0,176 

Distance entre les angles inférieur» du maxillaire 0,118 0,110 

63 



338 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

Aiturojms melanoleuçus 

MESURES DU MAXILLAIRE INFÉRIEUR. ,-- ■»»- ^^— 

adulte. jeune. 

Distance entre les sommets des apophyses coronoïdes 0,133 0,115 

Longueur de la symphyse 0,075 0,067 

Largeur entre les branches du maxillaire immédiatement en 

arrière des dernières molaires 0,049 0,049 

Largeur intérieure entre les troisièmes prémolaires et les pre- 
mières molaires • 0,042 0,038 

Largeur intérieure en avant et en dedans des premières pré- 
molaires 0,026 0,019 

Longueur de la série dentaire (molaires et prémolaires) 0,113 0,125 

Largeur de la dernière molaire 0,018 0,020 

Longueur 0,016 0,019 

Largeur de la pénultième molaire 0,020 0,021 

Longueur 0,023 0,025 

Largeur de la première molaire 0,017 0,018 

Longueur 0,029 0,032 

Longueur de la troisième prémolaire 0,021 0,023 

Longueur de la deuxième prémolaire 0,014 0,015 

Longueur de la première prémolaire 0,010 0,011 



§ 22. — GENRE MELES. 
Sous-genre Auctonyx. 

ARCTONYX OBSCURUS. 

(Voyez pi. LXH, et pi. LV11I, fig. 2.) 

Ce Blaireau appartient au même groupe que le Mêles leucolœmus 
dont j'ai parlé précédemment (1), et les caractères assignés par Frédéric 
Cuvier, ainsi que par M. Gray, à l'espèce désignée par ces auteurs sous 
le nom de Mêles ou RArctonyx collaris (2), y sont également inappli- 
cables, car sa queue, au lieu d'être longue, est courte (3) ; mais j'ai pu 



(1) Voyez ci-dessus, page 195. 

(2) Voyez ci-dessus, page 198. 

(3) Je reproduis ici la description que le docteur Gray donne de l'Ârctonyx collaris: « Jaunâtre 
» lavé de noir; cou jaune. Pieds et une double bande de chaque côté de la tête noirs. Queue 
» allongée (elongata), oreilles très-courtes et bordées de blanc. » {Catalogue of Ihe Camivorous, 
Pachydermatous and Edentale Mammulia in the British Muséum, 1869, p. 122.) 



MAMMIFÈRES DU TIDIiT. 331» 

récemment me convaincre de son identité spécifique avec plusieurs 
des animaux qui figurent, sous ce dernier nom, dans la galerie du 
Musée Britannique, et par conséquent la distinction que j'ai cru devoir 
établir entre ces animaux ne repose peut-être que sur des erreurs 
commises par ces naturalistes dans la description et dans les figures 
du Mêles collaris données dans leurs ouvrages. Mais, n'ayant à cet 
égard aucune certitude, j'ai craint d'introduire plus de confusion si 
j'appliquais ce dernier nom au Blaireau sur lequel je me propose 
d'appeler l'attention du zoologiste, et j'ai cru préférable de continuer 
à lui appliquer le nom d'Aixlotiyx obscimis. 

La forme générale de ce Blaireau est à peu près la même que celle 
de l'espèce des environs de Pékin. Cependant la tête est plus grande 
comparativement au tronc, le nez se prolonge davantage, et la queue 
est un peu moins courte et moins poilue : sous ce rapport, YArctonyx 
obscur us se rapproche davantage des animaux figurés sous le nom 
d'Arctonyx collaris, mais cependant l'appendice caudal est loin d'être 
grêle et allongé. Il s'en rapproche aussi par son mode général de colo- 
ration, car le blanc de la gorge ne se prolonge pas tout autour de la 
base du cou, ainsi que cela a lieu chez YArctonyx leucolœmus ; il a aussi 
beaucoup moins de blanc sur la tête ; la bande naso-frontale se perd 
vers le milieu du sinciput, et les joues sont complètement brunes, 
à l'exception d'une petite tache blanche sous les yeux. Cette couleur 
foncée s'étend aussi sur la mâchoire inférieure et sous le menton. Le 
plastron blanc ne commence qu'en arrière du niveau de la commissure 
des lèvres et ne s'étend que très-peu sur la partie antérieure de la 
poitrine et des épaules. Tout le reste du corps est d'un brun noirâtre, 
argenté par les pointes blanches des poils, dont la portion basilaire, au 
lieu d'être blanche, est d'un gris jaunâtre. Les pattes sont plus foncées 
que le corps ; enfin la queue est d'un blanc jaunâtre. Les ongles sont 
bruns. 

Les principales différences que l'on constate dans la tête osseuse 



340 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

de YArctonyx obscurus, comparée à celle de YArctonyx leucolœmus, peu- 
vent être attribuées à l'âge, car les individus de la première de ces 
espèces, ou races locales, que j'ai pu examiner, bien qu'ayant leurs 
dents de remplacement, n'étaient pas complètement adultes. Aussi la 
crête sagittale, qui est si bien développée chez tous les Blaireaux dont 
la croissance est terminée, mais qui manque dans leur jeune âge, est 
ici rudimentaire. Ce n'est donc pas un caractère ostéologique sur 
lequel on puisse s'appuyer. Je n'attacherai pas plus d'importance à la 
forme des arcades zygomatiques, qui sont moins arquées, car des diffé- 
rences du même ordre se présentent suivant l'âge des individus, chez 
nos Blaireaux communs. Mais il n'en est plus de même en ce qui 
concerne les particularités suivantes. Chez l'espèce du Tibet oriental, 
il existe, entre les incisives supérieures et la canine, un grand espace 
vide dont on ne voit aucune trace chez YArctonyx leucolœmus ; le museau 
est plus prolongé et les os nasaux se prolongent davantage. La portion 
post-alvéolaire du palais est plus large et plus allongée ; enfin la caisse 
est plus renflée en arrière, et le rebord qui du côté externe s'étend de 
la base de l'apophyse préoccipitale â l'extrémité de l'apophyse mas- 
toïde, est plus développée. 

Cet Arctonyx habite les montagnes du Tibet chinois. C'est là que 
M. l'abbé A. David a pu s'en procurer deux individus. Les chasseurs 
les ont tués en automne. 

Longueur ilu corps depuis le museau jusqu'à l'origine de la queue en sui- 
vant les courbures du dos 0,54 cent. 

Longueur de la tète 0,15 

Longueur de la queue 0,13 

Je saisis cette occasion pour ajouter que, parmi les Mammifères 
envoyés récemment au Musée par M. l'abbé David, provenant du Chen-si 
méridional, se trouve un Blaireau d'assez grande taille, dont le pelage 
ressemble beaucoup à celui de YArctonyx leucolœmus, quoique les poils 
soient un peu plus noirs, surtout vers le bas des flancs, et dont la tête 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 341 

osseuse est conformée de la même manière que celle de cette espèce, 
mais dont le système dentaire offre une particularité remarquable. 
En effet, il existe à chaque mâchoire une paire de petites fausses 
molaires de plus que chez les autres Arctonyx. Ces prémolaires sont 
peut-être caduques. Cependant, sur des crânes provenant d'animaux 
plus jeunes du même genre, elles n'existent pas. La présence de ces 
dents doit-elle être considérée comme un caractère spécifique ou indi- 
viduel. C'est une question qui ne pourra être résolue que par l'examen 
de plusieurs têtes osseuses de ces Blaireaux. J'ai cru utile de faire 
représenter le système dentaire de cet animal (1). 

§ 23. — GENRE FEL1S. 

FELIS SCRIPTA. 

A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1870, t. VII, Bulletin, p. 92. 
(Voyez pi. LVII et pi. LVIII, lig. 1.) 

Ce petit Chat panthérin se distingue des autres espèces, ou races 
locales du même groupe, par la forme des taches dont sa robe est 
ornée. Le fond général du pelage est d'un gris pâle tirant sur le fauve, 
et les taches sont comme d'ordinaire, dans celte subdivision du genre 
Felis, d'un brun roux avec une bordure noire plus ou moins complète ; 
mais sur la totalité de la région scapulaire ces taches constituent de 
longues bandes dirigées longitudinalement et ondulées de façon à res- 
sembler un peu à certains caractères de l'écriture chinoise. La plus 
grande de ces lignes noirâtres commence près de l'angle interne de 
l'œil, monte à quelque distance au-dessus du sourcil, passe en dedans 
du bord supérieur de l'oreille, et se continue presque sans interruption 
sur le côté du dessus du cou et sur la portion scapulaire du dos, jusque 

(1) Voyez pi. LVIII, fig. 2. 



342 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

sur la portion postscapulaire du thorax, en se continuant vers le haut, 
puis en se dirigeant obliquement vers les flancs et en s'élargissant 
notablement. Une autre bande analogue, placée plus haut, contourne 
de la môme façon le dessus de l'épaule et se relie en avant avec une 
ligne noire fronto-cervicale ; elle se relie aussi à la précédente par l'in- 
termédiaire d'une tache placée à l'angle antéro-supérieur de la poitrine, 
et elle est séparée de sa congénère par une rangée irrégulière de petites 
maculatures allongées sur la partie inférieure de la région scapulaire 
et sur la face externe des pattes antérieures. Ces taches sont dis- 
posées par rangées horizontales, mais elles sont plus petites et elles 
ne se réunissent pas aussi complètement en bandes continues. Sur les 
côtés du corps, sur les hanches et sur la face externe des membres 
postérieurs jusqu'auprès du talon, ces taches forment aussi des rangées 
horizontales bien caractérisées, mais elles ne sont que peu confluentes ; 
sur les flancs, plusieurs d'entre elles affectent la forme de rosaces et 
ont des dimensions beaucoup plus considérables que sur l'arrière- 
train. La tête est ornée de blanc, et cette teinte se montre aussi sur les 
côtés de la racine du nez, à la base du front, sur les joues et tout 
autour de la bouche, ainsi que sur le menton, sur la gorge et la poi- 
trine. Des bandes noirâtres et d'autres taches sont disséminées sur le 
front, les joues et le devant du cou, à peu près comme chez le Felis 
c/rinensis (1) . Sur la poitrine, les bandes transversales sont noires et 
interrompues; sur le ventre, où le fond du pelage devient d'un gris 
jaunâtre clair, les taches noires sont disposées par rangées plutôt 
longitudinales que transversales. 

La queue, de longueur médiocre, est bien fournie et marquée en 
dessus, ainsi que sur les côtés, d'une multitude de taches noires très- 
allongées transversalement et qui ne constituent pas des anneaux 
bien caractérisés, môme vers le bout. Enfin, le poil est partout assez 
doux, un peu allongé, bien fourni et d'une teinte ardoisée à sa base. 

(1) Voyez ci-dessus, page 216, et pi. XXXI ", fig. 2. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 343 

Longueur mesurée de l'extrémité du museau à la base de la queue en 

suivant les courbures du dos 0,54 cent. 

Longueur de la queue 0,27 

La tête osseuse ressemble un peu à celle du Felis chinensis, mais le 
museau est plus étroit et la portion supérieure des trous sus-orbitaires 
est encore plus rétrécie ; ces trous présentent dans cette partie l'appa- 
rence d'une fente presque linéaire. Le cadre orbitaire est à peu de 
chose près complet ; les bulles auditives sont plus renflées en avant. 
Enfin les canines sont plus longues, mais moins fortes (1). 

Ce Chat habite les forêts des grandes montagnes de la principauté 
de Moupin et parait ne pas y être rare. L'individu dont M. l'abbé 
A. David nous a envoyé une dépouille avait été tué en mars; son iris 
était d'un châtain jaunâtre. 

§ 2i. — GENRE PUTORIUS. 

PUTORIUS DAVIDIANUS. 

A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1870, t. VII, Bulletin, p. 92. 
(Voyez pi. LIX, fig. 1, et pi. LX, fig. 2.) 

Ce petit Carnassier ressemble beaucoup au Putois du Japon, décrit 
par Temminck sous le nom de Mustela ltatsi (2). De même que chez 
celui-ci, le corps, les membres et la queue sont colorés à peu près unifor- 
mément en brun fauve, qui devient plus jaune sous le cou que partout 
ailleurs, et il n'y a de parties blanches que sur les côtés des narines, 
sur le bord des lèvres et sous le menton. Il est un peu plus petit que 
la Mustela ltatsi ; le dessus du nez et la partie adjacente des joues sont 



(I) Voyez pi. LVIII, Dg. 1. 
2 Temminck, Aperçu général et spécifique sur les Mammifères qui habitent le Japon (Siebold, 
Fauna japonica, p. 34, pi. VII, fig. 1 et 2). 



344 MAMMIFÈRES DU TIIÎET. 

noirâtres, et cette teinte s'étend en s'affaiblissant jusque sur l'occiput. 
La queue est plus grêle vers le bout. Les ongles des pattes antérieures 
sont très-longs et aigus. Enfin les dents sont plus petites comparative- 
ment au volume de la tête : ainsi les canines supérieures ne descendent 
que très-peu au-dessous du niveau du bord alvéolaire de la mâchoire 
inférieure. 

Longueur de l'extrémité du museau à la base de la queue (en suivant 

les courbures du dos) 0,290 millim. 

Longueur de la queue 0,100 

Longueur de la tête osseuse 0,052 

Longueur de la boîte crânienne 0,021 

Ces dimensions ont été mesurées sur un individu femelle complè- 
tement adulte et tué en été dans le Kiang-si par M. l'abbé A. David. 

M. R. Swinhoe fait mention du Mustela sibirica (1) comme étant 
commun en Chine (2) et comme ayant été rencontrée par lui aux 
environs de Tien-sin, à Amoy et à Formose. Au premier abord, j'étais 
disposé à penser que le Putois du Kiang-si n'en différait pas ; mais 
M. R. Swinhoe ayant eu l'obligeance de me donner la tête osseuse d'un 
individu qu'il avait apporté d'Amoy, j'ai pu me convaincre, en com- 
parant cette pièce à la tête du Putorius Davidianus, que ces espèces, ou 
races locales, sont distinctes. Effectivement on y remarque les diffé- 
rences suivantes : 

1° La tête du Putorius Davidianus est beaucoup plus petite (3), sa 
longueur étant de 52 millimètres, tandis que celle de l'espèce d'Amoy 
mesure 66 millimètres. 

2° Les bulles auditives sont beaucoup plus allongées d'arrière 
en avant, plus étroites et moins divergentes; elles rappellent sous 
ce rapport la disposition propre aux Hermines et aux Belettes. 

(1) Pallas, Spicilegia zoologica, fasciculus XIV, p. 86, pi. IV, fig. 2. 

(2) Catalogue of the Mammals of China (Proceedings of the Zoological Society, 1870, 
p. 621). 

(3) Voyez pi. LX, fig. 2. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 345 

3° La région occipitale est moins élargie comparativement à sa 
hauteur et plus distinctement trilobée. 

k" La carnassière inférieure est beaucoup moins haute comparati- 
vement à la molaire qui la précède, et sa forme n'est pas la même que 
chez le Putois d'Amoy, dont l'identité avec le Mustela sibirica de Pallas 
me parait douteuse. Cette dent se compose de trois lobes tranchants, 
dont le médian est beaucoup plus élevé que les autres, mais ceux-ci 
sont à peu près égaux. Chez le Putois sibérien, le lobe antérieur est 
beaucoup plus élevé. La carnassière supérieure présente aussi des 
particularités en harmonie avec la conformation de son antagoniste : 
elle est très-basse, très-allongée, et son lobe postérieur occupe au 
moins la moitié de son diamètre antéro-postérieur ; tandis que chez le 
Putois d'Amoy, ainsi que chez l'espèce d'Europe, l'Hermine et la Belette, 
le lobe médian est si développé, qu'il occupe la presque totalité du 
diamètre antéro-postérieur de la dent. 

Enfin, j'ajouterai que la petitesse des molaires chez le Mustela 
alpina, ou Putorius alpinus (1), ne permet pas de rapporter à cette espèce 
Je Putois dont je viens de faire connaître les caractères. Le Putorius 
alpinus se rapproche beaucoup plus du Putorius Fontanierii, dont il n'est 
peut-être qu'une race. 

PUTORIUS ASTUTUS. 

(Voyez pi. LXI, fig. 2, et pi. [,X, fig. 3.) 
A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1870, t. VII, Bulletin, p. 92. 

Cette espèce est à peu près de la taille de l'Hermine de France ; 
par la disposition générale de ses couleurs, elle se rapproche davan- 
tage de la Belette, mais s'en distingue par la longueur beaucoup plus 



(<) Eadde, Iiiiren im Svden von Ost-Sifcir.'en, Saugethicre, p. 48, pi. Il, fig. 5-7. 

Il h 



346 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

considérable de sa queue. Chez l'individu unique que j'ai entre les 
mains, la face supérieure des pattes antérieures est d'un blanc pur, 
ainsi que la portion adjacente des bras. Il est aussi à noter que le 
dessus du corps est d'un brun foncé, dont l'intensité augmente dans 
la région frontale, et que la partie blanche de la poitrine est légèrement 
teintée de jaune. La queue est d'une couleur uniforme jusqu'à son 
extrémité, et les poils dont elle est garnie sont serrés, mais moins 
longs que chez le Putorius Fontanierii du nord de la Chine. Pendant la 
vie, l'iris est châtain, le nez rougeâtre et les ongles blancs. 

Longueur du corps, de l'extrémité du museau à la base de la queue (en 

suivant les courbures du dos) 0,250 milliin. 

Longueur de la queue 0,105 

La tête osseuse est plus resserrée que d'ordinaire dans la région 
fronto-orhi taire (1), et les arcades zygomatiques sont remarquablement 
grêles. Elle est beaucoup plus allongée que celle de la Belette ; le 
museau est moins arrondi, et la portion post-alvéolaire de la voûte 
palatine est plus rétrécie. Les carnassières ressemblent un peu à celles 
du Putorius Davidianus et paraissent rattacher cette forme à celle que 
nous offrent les Belettes, les Hermines et le Putois d'Europe. En effet, 
le lobe médian de ces dents est moins développé que chez les espèces 
dont je viens de parler, sans présenter cependant la brièveté si re- 
marquable que j'ai signalée chez le Putorius Davidianus. Cette espèce 
ressemble beaucoup au Putorius numidicus du Maroc (2), mais n'a pas 
comme celui-ci le bout de la queue noirâtre, caractère qui la distingue 
également de l'Hermine. 

Elle a été trouvée en juillet, par M. l'abbé A. David, sur une des 
montagnes les plus élevées de la principauté de Moupin. 

(1) Voyez pi. LX, fig. 3. 

(2) Puclieran, Noies mammalogiques (Revue et Mugasin de zoologie, 1 855, p. 393). 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 347 

PUTORIUS MOUPINENSIS. 

(Voyez pi. LIX, fig. 2, et pi. LX, fig. 4.) 

La couleur générale de ce Putois des montagnes de Moupin est 
d'un brun roux, dont la teinte ne s'éclaircit que peu sur la poitrine 
et sur le ventre. La partie antérieure de la face est d'un brun foncé 
presque sans mélange de blanc ; tantôt le menton, de même que les 
parties adjacentes, est d'un jaune un peu blanchâtre, tantôt il est 
blanc, ainsi que les poils de l'extrémité antérieure du museau. Chez un 
individu tué en juillet, il n'y avait aucune trace de blanc sur la poi- 
trine ; mais sur un autre Putois tué en mai, cette région offrait quel- 
ques parties blanches disposées irrégulièrement. 

La queue est longue, touffue et brune, ou même noirâtre vers le 
bout; enfin les yeux sont petits et noirs. Le nez est couleur de chair, 
ainsi que le dessous des pieds, et les ongles sont gris. 

Longueur du corps mesurée depuis le bout du museau jusqu'à la racine 

de la queue (en suivant les courbures du dos) 0,34 

Longueur de la queue. 0,23 

La tête osseuse du Putorius moupinensis (1) diffère beaucoup de 
celle des deux espèces dont je viens de parler; elle ressemble à celle 
du Putorius sibiricus, dont la taille est supérieure, mais elle s'en dis- 
lingue par la forme de la pénultième molaire supérieure, ou dent 
carnassière, dont le lobule antéro-externe est très-bien caractérisé 
et fort distinct du lobe principal, tandis que chez le Putorius sibiricus ce 
lobule est rudimentaire ou manque complètement. Doit-on en conclure 
que ces animaux appartiennent à des espèces distinctes, ou doit-on les 
considérer comme représentant deux races locales d'un seul et même 
type spécifique, modifié sous l'influence de conditions biologiques 

(1) Voyez [.1. LX, fig. 4. 



348 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

différentes? L'importance que les naturalistes attachent d'ordinaire 
aux caractères tirés de la forme des dents m'avait d'abord porté à 
adopter la première de ces opinions. Mais j'hésite beaucoup à y persé- 
vérer aujourd'hui, car le Muséum a reçu dernièrement, parles soins 
de M. l'abbé David, plusieurs Putois de Pékin et du centre de la Chine, 
qui semblent établir le passage entre les deux formes dont je viens 
de parler. 

Ces animaux sont aussi, par leur pelage, intermédiaires à ceux 
de la Sibérie et du Tibet: les uns ont plus ou moins de blanc autour 
du museau, les autres n'en offrent pas. Enfin nos collections se sont 
également enrichies d'un Putois des environs du lac Baïkal, de pins 
grande taille et d'un pelage fauve très-clair, dont les dents carnas- 
sières supérieures sont pourvues d'un petit tubercule antéro-externe. 

Pour trancher la question d'identité spécifique, il serait nécessaire 
d'étudier une série considérable d'individus. 

§ 25. — GENRE CERVULUS. 
CERVULIJS LACRIMANS. 

(Voyez pi. LXIII et LX1V.) 
Alpb. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1871, t. VII, Bulletin, p. 93. 

Le groupe naturel des Cervirfus, ou Cerfs Muntjacs, établi en 1816 
par Blainville (1), et adopté avec divers changements de nom par la 
plupart des mammalogistes plus récents (2), est répandu dans toute 

(1) Bulletin de la Société philomatique. 

(2) Mcntjaccs, Gray, London Médical Repository, 1821. 

— Stïlocerus, Hamilton Smiih, in Griffilh's Animal Kingdom, t. IV. — Jardine History of 
Ihe ruminaling Animais, 1835, t. I, p. 181. 

— Proï, Ogilby, Proceedings of the Zoolcgical Society, 1836, p. 135. 

— Dioplon (J. Broocke's Muséum Catalogue, p. 62). 

— Cervulus, Gray, Knoicsley Minagerie. — Catalogue of the Species of Mammalia in the 
Collection of the Brilish Muséum, part. 3 : Ungulata furcipeda, p. 217 (1852). 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 349 

la région indo-malaisienne. Depuis longtemps sa présence avait été 
signalée dans le Népaul et à Formose, aussi bien que dans les parties 
plus méridionales du continent asiatique et clans les grandes îles adja- 
centes ; mais, avant le voyage de M. l'abbé Armand David dans le Tibet 
oriental, on en ignorait l'existence sur le versant septentrional du grand 
massif bimalayen. 

Aujourd'hui on le rencontre en Chine jusque vers le 30 e degré 
de latitude nord, mais il ne s'est montré dans aucune autre partie 
du globe, et il constitue un des traits caractéristiques de la faune 
orientale. 

Les Muntjacs de l'Inde et de la Cochincbine diffèrent notablement 
les uns des autres par la taille, les teintes du pelage et quelques parti- 
cularités dans la conformation de la tête; mais ils se mêlent très- 
facilement entre eux et donnent des produits féconds dont les descen- 
dants ne présentent aucun indice des différences originaires. 

Il est donc à présumer que ces animaux appartiennent tous à une 
même espèce, et que les variétés décrites par les zoologistes sous des 
noms particuliers ne sont que des races locales (1); mais j'incline à 
croire que le Muntjac du Moupin, auquel j'ai donné le nom de Cervulus 
lacrimans, constitue une espèce particulière, car on y remarque des 
caractères ostéologiques dont la valeur paraît être plus considérable 
que celle des particularités distinctives observées chez les autres repré- 
sentants du même type. 



(I) Tous les Cervules furent appelés d'abord Cervus Muntjac, à raison du nom vulgaire donné 
à ces animaux dans le dialecte javanais du Sunda; mais aujourd'hui on s'accorde assez générale- 
ment à appeler Cervulus vaginalis le Kidjang, ou grand Cervule à pelage foncé, qui habite Java et 
Sumatra (Horsfield, Zoolog. Research.). On désigne sous le nom de Cervulus moschatus (Blainville) 
le petit Muntjac du Népaul et des autres parties de l'Inde, et l'on nomme Cervulus Reevesi (Ogilby, 
Proceed. Zool. Soc, 1 838) un petit Cervule de Chine. M. Gray a proposé de distinguer sous le nom 
de Cervulus cambodgensis (Proceed. Zool. Soc, 1861, p. 138) un Muntjac de très-grande taille 
dont on ne connaît que le massacre garni d'un fragment de la peau du front. Cet animal habile 
les montagnes du Cambodge, et ne peut être confondu avec le Muntjac de Cochinchine, qui est de 
petite taille et qui n'a pas de livrée dans le jeune âge. 



350 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

L'une de ces particularités consiste en un développement excessif 
des fosses destinées à loger les larmiers (1). Chez le mâle, non-seule- 
ment ces cavités ont des dimensions telles que leur circonférence est 
presque égale à celle des orbites, mais elles sont tellement profondes, 
que l'espace laissé entre elles vers le milieu des fosses nasales est très- 
étroit vers le milieu de leur bord inférieur; le diamètre transversal de 
la face étant de Gfi millimètres, la distance qui sépare l'une de l'autre 
les fosses lacrymales n'est que d'environ 15 millimètres. 

Enfin leur bord supérieur, au lieu d'être mousse et arrondi comme 
d'ordinaire, est mince, tranchant et dirigé vers le bas de façon à des- 
cendre notablement au-dessous de la portion adjacente de leur voûte. 
Je n'ai rencontré ce mode de conformation chez aucun autre représen- 
tant du type Muntjac (2). 

La forme du triangle frontal qui, en partant du milieu de la région 
nasale, aboutit aux pédoncules frontaux, et qui est limité latéralement 
par la crête naso-susorbitaire, en continuité avec le bord antérieur de 
ces pédoncules (3), fournit d'importants caractères. 

Ce triangle est beaucoup moins ouvert en arrière que chez les 
autres Cervuhts. La base mesurée au niveau des trous auditifs est, par 
rapport à la longueur de son sommet constitué par la portion subter- 
minale des os nasaux, comme 70 est à 13, tandis que chez un Muntjac 
de Cochinchine ces proportions sont à peu près comme 90 est à 13, et 
que chez un Muntjac de Java, dont le crâne se trouve dans les galeries 
du Muséum, elles sont comme 90 est à 10. 

Il est aussi à noter que la fosse frontale comprise entre les crêtes 
sus-orbitaires est remarquablement profonde, et que les pédoncules 
sont moins longs que d'ordinaire ; mesurés de la base de la couronne 



(1) Voyez pi. LXIV, fig. 1. 

(1) Voyez comme terme de comparaison la tête du Muntjac de l'Inde représentée par Cuvier 
/Ossements fossiles, t. IV, pi. V, fig. 48). 
(3) Voyez P l. LXIV, fig. 2. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 351 

de pierrures au bord postérieur de l'orbite, ils ne dépassent que peu 
la longueur de la rangée supérieure des dents molaires, tandis que 
chez les autres espèces ils ont souvent deux ou trois fois cette lon- 
gueur. 

J'ajouterai que l'os intermaxillaire, au lieu de s'articuler avec l'os 
nasal par son extrémité supérieure, en est séparé par un large pro- 
longement de l'os maxillaire, et que le museau est court; l'espace 
compris entre le bord antérieur de la mâchoire supérieure et la pre- 
mière molaire correspondante ne dépassant pas en longueur l'arcade 
alvéolaire (1). 

La mâchoire inférieure ne présente aucun caractère important, 
si ce n'est l'élroitesse de l'espace compris entre les deux condyles. 

Le Cervuius lacrimans est de petite taille, et de même que les autres 
Muntjacs, il est bas sur pattes. Sa hauteur, mesurée au garrot, n'est que 
de 42 centimètres, mais dans la région bombée de son dos il dépasse 
50 centimètres. Le tronc, mesuré en ligne droite de la base du cou à 
l'anus, a environ 5-2 centimètres de long, et la longueur totale, mesurée 
de l'extrémité du museau à la base de la queue, en suivant les cour- 
bures de la tête, du cou et du dos, est d'environ 95 centimètres; son 
poitrail n'est qu'à environ 21 centimètres du sol. La queue a 14 cen- 
timètres de long. 

Les bois du Cervuius lacrimans sont petits. 

Le pelage diffère peu de celui des variétés indiennes; il est nota- 
blement plus clair que chez la plupart de celles-ci, et surtout que chez 
le Cervuius Reevesi (2), du sud de la Chine orientale, par exemple. De 
même que dans cette espèce, il n'y a pas de bracelets blancs au-dessus 
des sabots. Mais notre Cervule ne présente aucune trace de la bande noi- 
râtre dont le dessus du cou est marqué chez le Muntjac de Reeves (3). 

(1) Voyez pi. LXIV, fig. 3. 

(2) Ogilby, Proceed. ofthe Zool. Soc, 1838, p. 10b. 

(3) Swinhoe, Proceed. of the Zool. Soc, 1869, p. 632. 



352 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

• 

Il se dislingue aussi de ce dernier par la forme et le mode de colo- 
ration de la région frontale, dont la portion interorbitaire est très-claire, 
la portion coronale d'un marron tirant sur le rouge châtain, et les 
bandes latérales d'un brun noir. Les glandes frontales sont grandes 
et les larmiers très-ouverts. Le dessous du corps, depuis le menton 
jusqu'à l'extrémité de la queue, est blanc, à l'exception de la partie 
inférieure du cou et le poitrail, qui tirent sur le jaune pâle ; la face 
interne des cuisses est blanche, mais cette couleur ne s'étend pas 
sur les métatarses. 

Je n'ai pas eu l'occasion de comparer le Cervulus lacrimans au 
Muntjac de la Chine orientale décrit récemment par M. Swinhoe sous 
le nom de Cervulus Sclateri (1); mais M. V. Brooke, qui s'est beau- 
coup occupé des Ruminants de l'Indo-Chine, et qui a vu ces deux 
Muutjacs, m'a paru croire qu'ils ne diffèrent pas spécifiquement l'un 
de l'autre. 

M. R. Swinhoe s'est procuré cette espèce à Ning-po ; elle ne 
paraît pas très-rare aux environs de Hang-chou. Les Faons se font 
remarquer par leur pelage tacheté de blanc. Le Cervulus Reevesi, qui \it 
dans la même région, et le Cervulus vaginalis, qui a été trouvé à Haïnan, 
n'ont pas de livrée dans le jeune âge ; c'est à peine si l'on aperçoit 
quelques lignes ou quelques maculatures d'un blanc lavé de jaune. 

Le Cervulus lacrimans paraît très-rare au Tibet oriental ; on ne le 
trouve jamais dans les montagnes neigeuses, il recherche un climat 
plus doux. 

La tête osseuse d'un mâle adulte (2) m'a fourni les mesures sui- 
vanles. qui n'offriraient que peu d'intérêt si on les considérait isolé- 



(1 ) Swinhoe, Notes on Chinese Mammalia observed near Ningpo, september 24,1 872 (Pruceed. 
Zool. Soc, 1872, p. 814). 

La description sommaire du C. lacrimans fut publiée en 1871 , et reproduite dans le Bulletin 
de la Société d'acclimatation en niai 1873. 

(2) Voyez pi. LXIV. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 



353 



ment, mais qui deviennent utiles lorsqu'on les compare à celles 
fournies par d'autres animaux du même groupe. Je donne donc ces 
indications dans le tableau placé à la fin de cet article. 



DIMENSIONS DE LA TÊTE. 



Longueur de la tête 

Longueur de la faee jusqu'au bord poster, de l'orbite. 

Longueur de la portion crânienne de la tête, mesurée 
depuis le bord postérieur de l'os maxillaire 

Longueur de l'arcade alvéolaire supérieure 

Hauteur de la face, mesurée au niveau du bord anté- 
rieur de l'orbite, au-dessus du plan horizontal passant 
sous les molaires et l'os basilaire 

Hauteur du sinciput au-dessus du même plan 

Largeur du museau au niveau des canines 

Largeur de la face au niveau du bord antérieur de 
l'orbite 

Largeur de la tète au niveau de la base du bord pos- 
térieur des pédoncules frontaux 

Largeur de la mâchoire inférieure entre les bords inté- 
rieurs des condyles 





MUNTJAC 




DE M0UP1N. 


DE L'INDE. 


DECOCHINCHINE 


DE JAVA. 


Millim. 


Millim. 


Millim. 


Millim. 


165 


186 


185 


214 


115 


130 


131 


152 


es 


76 


78 


88 


52 


52 


57 


60 


57 


56 


54 


76 


65 


73 


64 


76 


27 


28 


29 


32 


68 


71 


66 


82 


66 


83 


66 


102 


26 


58 


36 


37 



26. — GENRE ELAPHODUS. 



ELAPHODUS CEPJIALOPIIUS. 

(Voyez pi. LXV, LXVI et LXVII.) 
A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1871, t. VII, p. 93. 

J'ai cru devoir établir pour ce petit Ruminant un genre particulier, 
car, tout en appartenant à la famille des Cerfs, il ressemble aux Anti- 
lopes céphalophes par son aspect général ainsi que par la disposition 
des poils du sinciput; et à raison de divers caractères ostéologiques, il 
est intermédiaire auxMunljacs et aux Cerfs ordinaires; à certains égards 

il paraît même relier ces animaux aux Hydropotes et aux Moschus. 

45 



35/| MAMMIFÈRES DU TIBET. 

Effectivement, de môme que chez ceux-ci et que chez les Cervules, 
YElaphodus mâle est pourvu de grandes canines tranchantes qui débor- 
dent de beaucoup la lèvre supérieure et descendent môme notablement 
au-dessous du bord de la mâchoire inférieure. 

Il a, comme les Muntjacs, les joues creusées de fosses lacrymales 
de très-grandes dimensions, et il ressemble un peu a ces animaux par 
la forme et la direction des pédoncules frontaux, car ces prolongements 
de l'os coronal sont couchés de façon à se trouver à peu près dans le 
même plan que la région fronto-nasale, et leur bord externe est en con- 
tinuité avec une crête sus-temporale qui va rejoindre l'angle postéro- 
supérieur de l'orbite (1). Mais la forme générale de la région frontale 
est la môme que chez le Cerf ordinaire ; le front est fortement bombé et 
n'est pas encaissé entre deux bourrelets nasaux sus-orbitaires, comme 
chez les Muntjacs (2). Les bois sont simples et tellement rudimentaires, 
que malgré la longueur de leurs pédoncules frontaux, ils ne dépassent 
que de très-peu les poils dont le sinciput est hérissé; ils sont à peine 
apparents (3). Je rappellerai ici que chez le petit Cerf à grandes canines 
qui se trouve aux environs de Shanghaï, et qui a été décrit par 
M. Swinhoe sous le nom à' Hydropotes inermis (4), les bois font com- 
plètement défaut et les canines sont encore plus longues que chez YEla- 
phodus (5). Parmi les particularités ostéologiques d'une importance 
secondaire que nous offre la tête de YElaphodus, je citerai la forme 
busquée du nez, la concavité de la portion de la face située au-dessus 
de la racine des canines. En avant du bord antéro-supérieur de la fosse 



(1) Voyez pi. LXVII. 

(2) Voyez pi. LXV1II. 

(3) Voyez pi. LXV, fig. 2, représentant la tête du mâle recouverte de ses téguments. 

(i) Swinhoe, On a new Deer from China (Proceedings of the Zoological Society, \ 870, p. 89, 
pi. VI). 

(5) Il est aussi à noter que chez Y Hydropoles , les fosses lacrymales sont très-petites et les 
os intermaxillaires ne sont pas élargis vers le bout (voy. Swinhoe, loc. cit., pi. VII, fig. 1 et 2). 
— Sir V. Brooke, On Hydropotes inermis [Proceed. Zool. Soc., 1872, p. 322, fig. 1 , 2 et 3). 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 355 

lacrymale, une gouttière étroite, mais assez profonde, part du tronc 
sourcilier et se dirige en avant, où elle longe le bord supérieur de l'or- 
bite; enfin la portion supérieure des os intermaxillaires s'élargit beau- 
coup, et au lieu de se rétrécir \ r ers le bout, comme d'ordinaire, s'y 
dilate beaucoup (1). 

Chez la femelle, il n'y a ni bois ni prolongements frontaux, mais 
les fosses lacrymales sont presque aussi grandes que chez le mâle ; 
la mâchoire supérieure est année de petites canines pointues; les os 
intermaxillaires sont élargis à leur extrémité supérieure; enfin les 
fosses temporales sont limitées en dessus par une petite crête qui part 
du bord orbitaire postérieur et ressemble en miniature à la saillie laté- 
rale en continuité avec le bord externe des pédoncules frontaux chez 
le mâle. 

Le pelage de YElaphodus cephalophus est bien fourni, un peu plus 
foncé sur le dos qu'en dessous et tirant au noir sur le dessus de la tête, 
tandis qu'au [contraire il s'éclaircit beaucoup et devient d'un gris 
jaunâtre sur les sourcils, les joues et autour de la bouche. L'inté- 
rieur des oreilles est blanchâtre, et l'extrémité de ces organes, ainsi 
que la majeure partie de leur bord interne, est d'un blanc presque pur. 
La queue est également blanche en dessous, et la région anale est d'un 
blanc grisâtre, mais les membres, de même que le ventre, sont partout 
d'un brun foncé. Chez le mâle, le pelage est d'un ton plus foncé que 
chez la femelle ; le poil est assez fln, lisse et généralement court. Mais, 
ainsi que je l'ai déjà dit, il s'allonge beaucoup et se redresse en forme 
de houppe sur le dessus de la tête, entre les oreilles, à peu près comme 
chez les petites Antilopes de la division des Céphalophes : cette disposi- 
tion est plus prononcée chez le mâle que chez la femelle, mais est 
cependant bien marquée chez celle-ci. 

Le Muséum a reçu, par les soins de M. l'abbé A. David, la dépouille 

(l) Voyez pi. LXVII. 



35ti MAMMIFÈRES DU TIBET. 

de deux de ces animaux tués dans la principauté de Moupin. Malheu- 
reusement la peau du mâle était en si mauvais état, qu'il a été impos- 
sible de la monter ou d'en tirer des mesures utiles. C'est donc la femelle 
qui a été représentée dans l'atlas de cet ouvrage et qui m'a fourni les 
documents suivants concernant les proportions du corps. 



Hauteur de l'animal au garrot 49 cenlim. 

Hauleur aux lombes 56 

Longueur du tronc mesuré en ligne droite du poitrail à l'anus 58 

Longueur totale du museau à la base de la queue, en suivant les courbes 

de la tête, du cou et du dos 106 

Hauleur de la poitrine au-dessus du sol 26 

Longueur des oreilles 8 

Longueur de la queue 12 

Longueur de la tête osseuse 18,2 

Longueur de la face mesurée du bord antérieur des intermaxillaires au 

bord postérieur de l'orbite 12,2 

Diamètre antéro-postérieur de la fosse lacrymale 2,5 



TÊTE OSSEUSE DU MALE. 

Longueur totale 18,2 

Longueur de la face 13,7 

Diamètre antéro-postérieur de l'orbite 2,8 

Diamètre antéro-postérieur de la fosse lacrymale 3,5 

Longueur de l'arcade maxillaire 5,9 

Distance entre le bord orbilaire postérieur et l'extrémité des pédoncules 

frontaux, sous la base des bois 7,7 

Longueur de la région crânienne, depuis le bord postérieur de l'arcade 

maxillaire jusqu'au bord postérieur du trou occipital 7,3 

Longueur des pédoncules frontaux mesurés sur leur bord postérieur .... 2,6 

Longueur des bois 1,6 

Largeur de la tète entre les canines 3,9 

Largeur minimum du front entre les orbites 5 

Largeur maximum du front entre les angles orbitaires postérieurs 7,2 

Largeur de la face au niveau du milieu des orbites 8,6 

Largeur de la voûte palatine entre les premières molaires 2,5 

Largeur entre les dernières molaires 3,7 



MAMMIFÈRES DU TIBET. .557 

§ 27. — GENRE OVIS. 

OVIS NAHOOR. 

(Voyez pi. LXV11I et LXIX.) 

Hodgson, Leller addressed to the Secretary (Proceedings of Zoological Society, 1834, p. 107). — 
On two uild Species of Slieep inhabiting the Himalayan région (Journal of the Asialic Society 
ofBengal, ISil, t. X, p. 231, pi. I, 6g. 2, et pi. II). 

Le Mouflon du Tibet, qui est désigné sous le nom. de Nahoor et de 
Burrhal dans diverses parties de la région himalayenne, n'est pas nou- 
veau pour la science, mais il n'a été que peu étudié, et l'unique figure 
qui en a été publiée est une esquisse trop grossière pour pouvoir satis- 
faire les zoologistes. J'ai donc pensé qu'il serait utile de représenter 
ici cet animal, et d'examiner plus attentivement qu'on ne l'avait fait 
jusqu'ici quelques-uns de ses caractères. 

M. Gray a cru devoir distinguer génériquement VOvis Nahoor des 
autres Mouflons. Après avoir séparé tous ces animaux de nos Moutons 
domestiques et leur avoir appliqué en commun le nom de Musimon (1), 
il les a subdivisés en trois genres, dont l'un, appelé Ammotragus, ne 
comprend que le Mouflon à manchettes, et dont un second, appelé 
Pseudois, se compose uniquement du Mouflon tibétain. Pour les classer 
de la sorte, il se fonda principalement sur la longueur plus ou moins 
grande de la queue, sur l'absence ou la présence de larmiers, et sur 
quelques autres particularités dont la valeur est également faible 
D'après M. Gray (2), le genre Pseudois se distinguerait du groupe des 
Mouflons ordinaires par l'absence de larmiers; niais ces cavités 
cutanées, tout en étant rudimentaires cbez cet animal, ne font pas 
réellement défaut, car leur orifice, caché sous les poils, existe à la 
place ordinaire. Je n'adopterai donc pas cette dénomination générique, 

(1) Gray, Knowsley Ménagerie, 1815, p. 36. 

(2) Plus récemment M. Gray a substitué à ce nom celui de Caprovis (Catalogue of Mam- 
malia, part, m, p. 171 ; 1852). 



35S MAMMIFÈRES DU TIBET. 

et je continuerai même à laisser tous les Mouflons dans le genre Ovis, 
car ces animaux diffèrent de certains Moutons domestiques moins que 
ces derniers ne diffèrent entre eux ; et comme nous ne connaissons 
pas la souche originaire de ces dernières bêtes ovines, nous ne savons 
pas si les particularités de peu d'importance, à raison desquelles 
M. Gray les a séparés génériquement de la division des Musimons, ne 
sont pas des caractères déterminés par l'influence de la domesti- 
cation. 

Par la forme générale et par la nature de son poil, le Mouflon qui 
habite le Moupin, et dont la dépouille a été envoyée au Muséum par 
M. l'abbé David, ressemble beaucoup au Mouflon de Corse, mais on 
l'en distingue au premier coup d'oeil par son pelage. La teinte générale 
est d'un brun grisâtre peu intense et terne; les parties blanches, si 
remarquables et si étendues chez ce dernier, font presque entièrement 
défaut. Le dessous du corps est d'un gris pâle et sale plutôt que blanc ; 
il en est de même des parties latérales et inférieures de la tête, de la 
région anale et de la face interne des cuisses ; il n'y a de blanc à peu 
près pur que sur les parties inférieures et postérieures des membres. 
La face antérieure des pattes est noire, et cette teinte se prolonge posté- 
rieurement en forme de bracelet autour du boulet ; il y a aussi du noir 
sur le cbanfrein, le long de la face inférieure du cou et à la face supé- 
rieure de la queue, mais la bande noirâtre qui borde le bas des flancs 
chez le Mouflon de Corse manque presque complètement. Sous ce der- 
nier rapport, le Mouflon d'Anatolie (1) ressemble au Nahoor, mais il 
en diffère par son pelage d'un gris-chamois en dessus et blanc en 
dessous, par la crête de longs poils qui garnissent le devant du cou 
sur la ligne médiane, par l'existence de larmiers assez grands, par la 
forme des cornes et par plusieurs autres caractères. Enfin l'état rudi- 
mentaire des larmiers ne permet de confondre le Mouflon du Tibet, 

(1 ) Ovis anatolica, Valenciennes, dans l'ouvrage de Tchihatcheff sur l'Asie Mineure, 2 e partie, 
p. 727, Zoologie, pi. IV. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 35i) 

ni avec ïOvis Vignei (1), ni avec aucune autre espèce asiatique du 
même genre. 

Ainsi que l'a fait remarquer M. Gray, la tête osseuse des Mouflons 
du Tibet présente une particularité importante pour la caraclérisation 
de l'espèce, quoique, à mon avis, insuffisante pour l'établissement d'un 
genre spécial. Effectivement, les fosses lacrymales, qui, chez le Mouflon 
de Corse, sont situées au devant des orbites et au-dessous de la ligne 
massétériennede la joue, n'existent pas chez le Nahoor (2), qui, sous ce 
rapport, ressemble au Mouflon à manchettes. J'ajouterai que les os 
nasaux (3) sont beaucoup plus courts que chez le Mouflon de Corse, 
la voûte palatine est plus rétrécie antérieurement (k), et le diamètre 
antéro - postérieur des dernières molaires est notablement moins 
grand (5). Enfin le haut du front est plus concave, les axes osseux des 
cornes sont moins divergents à leur base. 

M. Blyth, qui pendant un long séjour dans le nord de l'Inde, s'est 
beaucoup occupé de l'histoire naturelle des Mammifères, réserve le 
nom d'Om Nahoor aux Mouflons du Tibet de grande taille et dont les 
cornes sont pâles, et il considère comme devant en être distingués 
spécifiquement les Mouflons du Népaul, qui sont moins robustes et ont 
les cornes de couleur très-foncée: il donne à ces derniers le nom d'Ovis 
Burrhal (6). 

M. Gray. au contraire, pense qu'ils appartiennent tous à une seule 
et même espèce. Je partage son opinion à cet égard ; mais je dois faire 
remarquer que la race du Moupin se rapporte à la seconde variété 

(1) Blyth, op. cit. [Aimais and Magazine of Natural Histonj, 1841, t. VII, p. 251, pi. V, 
fig. 9 : cornes). — Voyez aussi Sclater, Note oh Ihe Punjab Sheep living in tlie Socielifs Garden 
(Proceedings of Ihe Zoological Society, i 860, p. 1 26, pi. LXXIX). 

(2) Gray. Catalogue, part, m, p. 177, pi. XXII, fig. I. 

(3) Voyez pi. LX'.X, fig. 1. 
(i) Voyez pi. LXIX, Og. 16. 
(5) Voyez pi. LXIX, fig. ««. 

6] Blyth, op. cit. (Ann. of Nat. Hisl., 1841, t. VII, p. 218) : une corne est figurée dans 
la planche V, ri ■ 7. 



3tiO MAMMIFÈRES DU TIBET. 

plutôt qu'à la première. Les cornes, très-finement striées en travers et 
garnies postérieurement d'un bourrelet saillant le long de leur bord 
interne, sont d'une teinte brune noirâtre. Elles sont de médiocre gran- 
deur, épaisses à leur base, arrondies en avant, notablement tordues 
vers le bout, et dirigées d'abord obliquement en haut, en arrière et en 
dehors, puis recourbées graduellement en baut et en dedans. Leur axe 
osseux est strié longitudinalement (1). 

Le mâle adulte envoyé du Moupin par M. A. David n'est pas très- 
vieux. Il m'a donné les mesures suivantes : 



Longueur totale du nez à l'origine de la queue, mesurée en suivant sur la m . 

ligne médiane dorsale les courbes de la tête, du cou et du dus 1,31 

Longueur du tronc mesurée en ligne droite, du devant de la poitrine 

à l'anus 0,70 

Hauteur au garrot 0,70 

Longueur des Jambes antérieures 0,70 

Longueur des oreilles 0,09 

Longueur de la queue 0,13 

Longueur de la tète osseuse mesurée en ligne droite, du bord incisif anté- 
rieur à la protubérance occipitale 0,227 

Longueur de la face jusqu'au bord postérieur de l'orbite 0,175 

Longueur de la portion nasale de la face 0,123 

Longueur des os nasaux 0,071 

Largeur du front au-devant de la base des cornes 0,098 

Longueur des prolongements frontaux mesurés à leur face externe 0,133 

Largeur de la face dans la région malaire 0,118 

Largeur minimum du museau 0,022 

Hauteur du sinciput au-dessus du bord supérieur du trou occipital 0,101 

Longueur de la voûte palatine 0,119 

Longueur de la rangée des molaires supérieures 0,065 

Largeur du palais entre les premières molaires 0,02i 

Largeur entre les dernières molaires 0,034 

Longueur des cornes mesurées en suivant le bord interne 0,300 

Écartement à leur base 0,011 

Distance entre les pointes 0,280 

Circonférence à la base 0,190 



(1) Sur une tête de Mouflon des Indes, probablement de la même espèce, mais très-vieux, 
ces axes osseux sont beaucoup plus grands, et les stries, au lieu d'être fines, sont remplacées par 
des sillons séparés entre eux par aillant de grosses crêtes tranchantes. 



.MAMMIFÈRES DU TIBET. 361 

§ 28. — GENRE ANTILOPE. 

ANTILOPE (NyEMORHEDUS) GRISEA. 

(Voyez pi. LXXl, fig. 2, et pi. h\\[\ fig. 1, tète osseuse). 
A. Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, t. VII, Bulletin, p. 93. 

Cette Antilope à formes caprines ressemble beaucoup au Nœmo- 
rhedus caudatus de la Mongolie dont j'ai donné la description dans un 
autre mémoire (1). De même que celui-ci, elle se distingue de Y Antilope 
crispa du Japon par l'absence de larmiers (*2) ; mais ses formes sont plus 
grêles, sa queue est beaucoup moins longue et son pelage est plus 
foncé. Le dessus de la tête, la région nasale et le menton sont d'un brun 
tirant sur le marron; mais la partie blanchâtre qui occupe le devant 
du cou se prolonge davantage en avant sous la mâchoire. Le dessus du 
corps et les flancs sont d'un gris un peu jaunâtre, mélangé de brun ; 
cette dernière teinte prédomine sur la ligne rachidienne, sur le devant 
des épaules, et sur les jambes et les cuisses ; les pieds sont moins clairs. 
Enlin la région anale et la face interne des cuisses sont plus blanches. 
La hauteur de l'animal, mesuré au garrot, est de m ,60. 

Les cornes sont à peu près de même forme, mais à peine tuber- 
culées, tandis que chez le Nœmorhedus caudatus les bourrelets trans- 
versaux de la portion basilaire de ces organes sont représentés par des 
séries de gros tubercules très-distincts entre eux. 

(1) Éludes pour servir A l'histoire de la faune mimmalogique de la Chine, p. 186, pi. 23, 
23» et 23». 

(2) M. E. Gray se fonde sur ce caractère pour séparer génériquement l'Antilope caudata 
des Nœmorhedus et des Capricornis, et il lui donne le nom à'Urotragus caudatus (voyez Annals 
and Magazine of Xalural History, 1871, t. VIII, p. 371). Si l'on adoptait cette classification, il 
faudrait aussi placer Y Antilope grisea dans le genre Urotragus. Mais je ne pense pas que l'on 
doive le faire, car les particularités d'organisation dont arguë M. Gray ont en réalité si peu d'im- 
portance, que si l'on voulait les appliquer à la délimitation des genres, chaque espèce pourrait 
alors devenir le type d'une division générique spéciale. En effet, dans le groupe d'Antilopes qui 
nous occupa, les larmiers tendent à disparaître, et l'on sait que lorsqu'un caractère est en voie 
de dégradation, il perd presque toute sa valeur. 

46 



362 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

Les caractères ostéologiques fournis par la tête établissent d'une 
manière encore plus nette la distinction entre le Nœmorhedus griseus et 
le N. caudatus. Ainsi, chez le premier, la face est beaucoup plus allongée 
que chez le second (1) ; la partie supérieure de la région coronale est 
plus creuse ; le front est plus élargi et plus renflé au-dessus de la 
portion postérieure des orbites ; les prolongements frontaux sont 
moins divergents ; les os nasaux sont plus grands ; les os intermaxil- 
laires sont plus étroits vers le bout, et les dents molaires de la première 
paire sont plus franchement bicostulées à leur surface externe. Ces 
différences sont très-appréciables à l'œil, mais elles ressortent encore 
mieux de la comparaison des mesures exactes dont les détails sont 
consignés dans le tableau suivant (voy. page o64). 

ANTILOPE (IViEMORIIEDUS) CINEREA. 

(Voyez pi. LXX, LXXI, fig. 1, et LXXI\ fig. 2.) 

Les chasseurs du Tibet ne confondent pas cette espèce avec la 
précédente, bien qu'elle lui ressemble beaucoup. Ils en signalèrent 
l'existence à M. l'abbé David et lui apprirent qu'elle habite à des alti- 
tudes plus considérables. Elle est notablement plus grande, et son 
pelage, d'une teinte plus uniforme, est plus cendré et moins mélangé 
de brun. Les parties blanches du dessous du cou et des pattes sont 
plus étendues et moins jaunâtres; enfin la queue est non moins longue 
et touffue que chez le Nœmorhedus caudatus. 

Les cornes sont notablement plus longues que chez les deux espèces 
précédentes ; elles s'incurvent légèrement en dedans vers le bout, et les 
bourrelets transversaux qui les garnissent dans leur moitié basilaire 
sont obliques, "ondulés et presque lisses. J'aurais cependant beaucoup 

(1) Voyez comparativement les planches XXIlhet LXXl*, fig. I. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 363 

hésité à séparer spécifiquement le Nœmorhedus cinereus du N. griseus, 
si je n'avais trouvé dans la conformation de la (été osseuse, chez ces 
deux animaux, de très-grandes différences. 

Chez le Nœmorhedus cinereus, le museau est beaucoup plus allongé et 
plus rétréci vers le bout; la partie de la joue occupée par l'os lacrymal 
et la branche montante de l'os maxillaire est beaucoup plus concave ; 
le bord postéro-supérieur de l'orbite est plus saillant; la voûte palatine 
s'élargit davantage en arrière, et les dents molaires sont notablement 
plus épaisses ; enfin celles de la dernière paire ont en arrière un talon 
ou troisième lobule très-bien caractérisé, partie qui n'existe pas chez 
le Ncemorhedus griseus. (1) 

Les deux espèces dont je viens de parler se distinguent du Goral 
de l'Inde par leurs caractères ostéologiques, aussi bien que par leur 
pelage. Celui-ci est d'un brun jaunâtre clair; la ligne brune qui longe 
le milieu du dos est très-étroite, très-foncée et bien délimitée; enfin 
les pattes sont d'un brun plus foncé vers le bas que vers le haut et ne 
présentent nulle part des parties blanchâtres. Il est aussi à noter que 
la queue est courte et grêle. 

La conformation de la tête osseuse est également caractéristique. 
Le front est plus plat ; la face est beaucoup plus étroite comparati- 
vement à la région orbitaire ; la région lacrymale est plus concave; les 
joues sont moins renflées inférieurement. les os nasaux sont moins 
élargis en arrière. 

Pour bien apprécier les différences de proportions de la tête chez 
les quatre espèces dont je viens de parler, il est commode de prendre 
pour unité de mesure la longueur de la rangée des molaires supé- 
rieures, qui varie fort peu. 

Dans le tableau suivant, ces mesures ont été prises en millimètres 
sur des individus adultes. 

I, Voyez pi. XXIII 8 , fig. 2. 



3(54 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 





GE1SEUS. 


N/EMORHEDBS 

CINEREl'S. CAUDATUS. 


CURAI.. 


Longueur de la tête mesurée de la protubérance 


Millim. 

221 
190 

130 

70 

60 

93 

63 

25 
9 


Millim. 

220 
203 

132 
67 

65 

99 

69 

23 
13 


Millim. 

212 
192 

117 

70 

56 

100 

72 

24 
10 


Millim. 

208 
» 

117 
67 

52 

93 

60 

27 
10 


Largeur mesurée du bord inférieur du trou occipital. 
Longueur de la face mesurée du bord antérieur de 


Longueur de la rangée des molaires supérieures 

Distance entre le bord antérieur de la mâchoire et la 


Largeur maximum de la tête mesurée au bord infé- 


Largeur de la face au-dessus du bord antérieur de 


Largeur maximum l'e la portion antérieure des inter- 





ANTILOPE (IV^MORHEDUS) EDWA11DSII. 

(Voyez pi. LXXII et LXXIIl.) 

Capricornis Milne Edwardsii, A. David (Nouvelles Archives du Muséum, 1869, t. V, Bulletin, 

p. 10). 
Njemorhedus Edwardsii, A. David, rapport (Nouvelles Archives du Muséum, t. VII, Bulletin, 

p. 90). 

Celte espèce, dont la taille est très-grande, ressemble beaucoup 
au Thar, ou Antilope biibalina, qui habite leNépaul, et, de même que cet 
animal, elle diffère de toutes les Antilopes à formes caprines dont je 
viens de parler, par l'existence d'un mufle, c'est-à-dire d'un espace 
nu qui occupe l'extrémité antérieure de la région nasale et embrasse 
les narines chez le Goral et autres Némorhédiens, tels que le N. grisens et 
le N. cinereus. Les poils du nez se continuent sur la cloison située entre 
ces ouvertures, et ne laissent à nu autour de ^chacune de celles-ci 
qu'une bordure étroite. C'est principalement à raison de cette dispo- 
sition que M. Gray a cru devoir séparer ces animaux en plusieurs 
genres, et séparer le Thar et le Cambing de Sumatra du Nœmorhedus 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 3fi5 

Garai, sous le nom commun de Capricornis (1). Une autre différence 
consiste dans l'existence de larmiers chez les uns et l'absence de ces 
sacs glandulaires chez les autres. Mais ces caractères, excellents pour 
la distinction des espèces, ont en réalité si peu d'importance zoolo- 
gique, et la ressemblance est, sous tous les autres rapports, si grande 
entre les divers animaux dont il est question, que l'innovation proposée 
par le savant directeur du Musée Britannique ne me paraît pas suffi- 
samment motivée, et que je crois préférable de laisser toutes les Anti- 
lopes à formes caprines ilans un même sous-genre, auquel je conser- 
verai le nom de Nœmorhedus. 

Le poil du Nœmorhedus Edwardsii est long, fin et doux ; sous la jarre, 
on trouve une sorte de laine qui, chez un individu adulte, tué proba- 
blement en hiver, est crépue et très-abondante. 

Le pelage est généralement d'un brun noirâtre, mais devient 
ferrugineux sur les fesses et sur le bas des jambes. Le tour du mufle 
et les côtés de la mâchoire inférieure sont d'un gris jaunâtre, et il y a 
peu de blanc sur la région laryngienne. Chez le Nœmorhedus bubalinus, 
les pattes sont au contraire grisâtres clans toute leur portion infé- 
rieure et ne deviennent ferrugineuses que vers le haut ; la face interne 
des cuisses est grisâtre; les poils de l'occiput et du cou sont plus longs 
que chez le Nœmorhedus Edwardsii et relevés en manière de crête ; 
enfin les cornes sont proportionnellement plus longues. 

La première de ces deux Antilopes mesure m ,M au garrot; la 
seconde, m ,93. 

Par sa forme générale, la tête osseuse du Nœmorhedus Edwardsii 
ressemble beaucoup à celle du N. cinereus, si ce n'est que la face est 
creusée de chaque côté en avant des orbites, de façon à y offrir une 
fosse lacrymale grande et évasée (2). Les os du nez sont plus élargis 



(4) Catalogue o[ M ammalia in the collection of Brilisli Muséum, part, m: Ungulata furcipeda, 
1852, p. UO. 

(i) Voyez pi. LXXIII. 



366 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

et plus busqués en dessus ; la portion montante de l'os maxillaire est 
plus grande, et s'articule avec les os nasaux dans une étendue consi- 
dérable; l'orifice nasal, au lieu d'avoir, comme d'ordinaire dans ce 
sous-genre, à peu près la même largeur dans toute son étendue, est 
très-évasé postérieurement, tandis qu'en avant il se rétrécit beaucoup; 
la suture maxillo-palatine est située moins près des arrière-narines; 
enfin les cellules creusées dans l'intérieur des prolongements frontaux 
sont développées d'une manière remarquable. 

La tête osseuse du Nœmorhedus bùbalinns que j'ai sous les yeux ne 
diffère que peu de celle dont je viens d'indiquer les principaux carac- 
tères; le nez est un peu plus étroit et l'ouverture des fosses nasales 
moins élargie vers le haut. Cependant j'incline à croire que le Nœmo- 
rhedus bubalinus et le N. Edwardsii ne sont que deux races locales appar- 
tenant à une même espèce. Mais on ne possède pas dans les musées 
d'Europe assez d'individus appartenant à l'une ou à l'autre variété, 
pour que la question puisse être tranchée dans l'état actuel de nos 
connaissances. 

Les habitants du pays désignent cette espèce sous le nom de Gaé- 
lu ou Gailu, ce qui veut dire Ane des rochers. Ce nom lui vient des 
poils du cou qui lui forment une sorte de crinière. Cette Antilope vit gé- 
néralement solitaire dans les bois les plus épais des grandes montagnes 
ou au milieu des rochers escarpés, à environ 3000 mètres d'altitude. 

Je donne ici les principales dimensions de la tête osseuse d'un 
JSœmorhedus Edwardsii, envoyé au Muséum par M. A. David : 

Longueur totale 31,7 

Longueur mesurée du bord antérieur de la mâchoire supérieure au bord 

inférieur du trou occipital 28,8 

Longueur de la face en avant des orbites 17,9 

Longueur de la série des molaires 9»* 

Longueur du museau en avant des molaires 9>3 

Largeur maximum entre les pommettes 12,9 

Largeur au-dessous des fosses lacrymales 10> u 

Largeur maximum de l'ouverture nasale 5,1 

Largeur de la même ouverture au niveau du bord antérieur des trous 

incisifs u ,7 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 3(57 

§ 29. — GENRE BUDORCAS. 
BUDORCAS TAXICOLA var. TIBETANA. 

(Voyez pi. LXXIV à LXXIX.) 



Hodgson, On the Takin of tlie Easlern Himalaya (Journal of Ihe Asiatic Society of Bengal, 

■1850, t. XIX, p. 65, pi. I. 



Le grand Ruminant désigné par Hodgson sous le nom générique 
de Budorcas est un des animaux les plus remarquables de la faune 
tibétaine, et il nous fournit une nouvelle preuve des difficultés que les 
zoologistes rencontrent lorsque, pour répondre aux exigences de nos 
classifications métbodiques, ils cherchent à définir d'une manière 
absolue certains groupes naturels dont les types principaux sont cepen- 
dant très-distincts des types réalisés dans les autres divisions de la 
même famille ou du même ordre. En effet, le Budorcas est un de ces 
animaux à caractères mixtes qui semblent avoir emprunté les particu- 
larités de leur mode d'organisation à plusieurs types bien distincts: 
il tient à la fois de l'Antilope, du Mouton et du Bœuf. Il ne saurait être 
rangé dans aucun des genres dont ceux-ci sont les représentants, sans 
rendre ces groupes artificiels et sans leur faire perdre leurs carac- 
tères principaux; et si, au lieu de le rencontrer à l'état vivant, on 
l'avait trouvé à l'état fossile, dans quelque terrain ancien, les parti- 
sans de l'hvpotbèse du transformisme indéfini des organismes issus 
d'une souche commune l'auraient probablement considéré comme 
étant l'ancêtre de tous les Ruminants à cornes persistantes dont il 
est le contemporain. 

Il ne faut donc pas s'étonner si les zoologistes ont été fort partagés 
d'opinion relativement à la place que cet animal doit occuper dans 
nos systèmes de classification mammalogique. Hodgson le considère 



368 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

comme appartenant à la famille des Antilopes (1). M. Gray le range 
dans la famille des Bœufs (2). Enfin, M. Blyth, qui s'est beaucoup 
occupé de l'étude des animaux de l'Inde et des contrées adjacentes, 
n'hésite pas à dire que c'est avec les bêtes caprines que le Budorcas 
a le plus d'affinité (3). Mais ce désaccord ne dépendait pas seulement 
des caractères ambigus de ce singulier animal; on pouvait l'attribuer 
en partie à l'imperfection de nos connaissances relatives à son mode 
de conformation intérieure, et les naturalistes européens devaient 
regretter de ne pas avoir à leur disposition les matériaux nécessaires 
pour en faire une étude plus approfondie. 

Avant le voyage de M. l'abbé David dans le Tibet oriental, le Budor- 
cas n'était connu des zoologistes que par une peau en mauvais état 
de conservation, appartenant au Musée Britannique; un second spéci- 
men déposé dans le cabinet de l'ancienue Compagnie des Indes (i) ; 
quelques croquis au trait de la forme générale de l'animal et de sa tête 
osseuse, publiés à Calcutta par Hodgson, et par les détails des descrip- 
tions données par le même auteur dans le Journal de la Société asiatique 
du Bengale (5). Aujourd'hui il n'en est plus de même : le Muséum de 
Paris est en possession d'une série complète d'individus à divers âges 
et des deux sexes, qui proviennent du Moupin, et je me suis empressé 
de mettre à profit ces nouvelles richesses zoologiques pour compléter, 
autant que cela m'est possible, l'histoire du Budorcas, et pour mieux 
déterminer ses affinités naturelles. 

Pour le moment, je n'examinerai pas si le Budorcas de Moupin 
appartient à la même espèce que le Takin ou Budorcas taxicola du Tibet 
indien, ou bien s'il ne conviendrait pas de le considérer comme une 



(1) Loc. cil. 

(2) Catalogue of ths Spécimens of Mammalia in Ihe collection of the Brilish Muséum, pari, m, 
1852, p. 44. 

(3) Journal of the Asialic Soc. of Bengal, 1 850, t. XIX, p. 348. 

(4) Voyez Proceedings of the Zoological Socielij , 1853, pi. XXXVI, 

(5) Journal of Ihe Asialic Soc. of Bengal, 1 850, t. XIX, p. 65. 



MAMMIFÈRES DU TIBliT. 369 

simple variété ou race locale de celte dernière espèce. Je reviendrai 
bientôt sur cette question, et, pour ie moment, je me bornerai à dire 
que ces animaux ne paraissent différer entre eux que par la teinte de 
leur pelage, caractère que je puis négliger dans l'étude des relations 
zoologiques de cet animal avec les autres Ruminants à cornes persis- 
tantes, c'est-à-dire ayant le front armé de prolongements de l'os 
coronal, revêtus chacun d'une gaine cornée. 

Le Budorcas, loin d'être un animal à formes sveltes et élégantes, 
taillé pour la course, comme le sont la plupart des Antilopes, est gros, 
trapu et bas sur ses pattes (1). Sa tête est lourde, son cou est court, son 
poitrail est large, son torse est massif, ses membres sont très-robustes, 
et il semble être organisé pour grimper sur des pentes escarpées 
et pour fondre sur ses ennemis à la manière du Buffle du Cap et de 
YOvibos, plutôt que pour bondir et pour fuir le danger. En effet, il ue 
vit que sur les hautes montagnes, et les chasseurs assurent qu'il est 
fort redoutable. Tout son corps est couvert de longs poils pendants qui 
rappellent un peu ceux des Chèvres et du Yak. Il n'a pas de fanon 
comme les Bœufs , mais son cou est garni sur le devant d'une sorte de 
petite crinière médiane. Son front est armé de cornes très-puissantes, 
qui, très-élargies à leur base, s'y rencontrent presque sur la ligne 
médiane; elles se portent d'abord en dehors et un peu en avant, en 
s'infléchissant notablement, puis se relèvent et se dirigent en arrière, 
se recourbent un peu en dedans, à peu de dislance de leur extrémité, 
et se terminent en pointe. Chez la femelle, les cornes ont à peu près la 
même forme que chez le mâle, mais elles sont peu courbes et moins 
robustes. Le chanfrein est très-long et fortement busqué; le mufle est 
gros et dénudé dans la région occupée par les narines ; les lèvres sont 
épaisses et pendantes; les yeux sont très-petits, les oreilles sont fort 
courtes; le cou est très-robuste, ainsi que les épaules. Le Ironc est gros 



(«) Voyez pi. LXXIV. 

hl 



370 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

et long relativement à la taille de l'animal ; la queue est remarquable- 
ment courte; le train de derrière est massif, et, ainsi que je l'ai déjà 
dit, les pattes sont grosses et fortes. 

La tête osseuse présente des particularités non moins remar- 
quables. Ainsi que j'ai eu l'occasion de le rappeler, le principal ca- 
ractère anatomique employé par Cuvier, pour distinguer le grand 
genre Antilope des genres Bœuf, Chèvre et Mouton, est tiré de la struc- 
ture de l'axe osseux des cornes, lequel est en général compacte dans 
le premier de ces groupes et creusé de grandes cellules chez le 
second; parfois cette structure cellulaire se rencontre chez des Anti- 
lopes, mais on ne connaît aucun Bœuf, Mouton ou Chèvre, chez lequel 
les prolongements de l'os frontal soient dépourvus de ces cavités. 
Or, cbez le Budorcas, l'axe osseux des cornes est occupé tout entier par 
le tissu spongieux, comme chez les Antilopes ordinaires (1) ; les 
grandes cellules en communication avec les sinus frontaux, dont les 
Bœufs sont pourvus, font complètement défaut. Sous ce rapport, le 
Budorcas se rapporte donc au type Antilope et [non au type Bœuf. 
Mais la portion moyenne de l'os coronal, qui donne naissance à ces 
prolongements, s'élève beaucoup en forme de bosse (2), et contient 
une multitude de grandes cellules en relation indirecte avec les fosses 
nasales. 

Cette grande protubérance est comparable à la grosse crête trans- 
versale qui, chez les Bœufs, termine en arrière la région frontale et 
porte les cornes à ses extrémités latérales ; mais elle est située beau- 
coup moins loin en arrière, et, au lieu de se confondre avec la crête 
occipitale, comme chez la plupart de ces animaux, elle en est séparée 
par une portion considérable du sinciput occupée par les pariétaux. 
Chez le Bœuf, ces os, confondus entre eux sur la ligne médiane, sont 
cachés sous la portion postérieure de la table externe du coronal, qui 

(1) Voyez pi. LXXVt. 

(2) Voyez pi. LXXV. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 37J 

chevauche au-dessus d'eux pour gagner l'occipital. Chez le Budorcas, 
où la suture sagittale disparaît aussi de très-bonne heure, la partie 
antérieure du pariétal se relève brusquement pour constituer la face 
postérieure de l'éminence cératophore ; mais la distance comprise 
entre la suture fronto-pariétale et la crête occipitale est beaucoup 
moins grande que chez les Antilopes ordinaires, et les cornes, au 
lieu de naître directement au-dessus de l'angle orbitaire externe, 
sont placées au-dessus des fosses temporales (1). Sous ce rapport, le 
Budorcas se rapproche du Buffle et des Mouflons, particulièrement 
du Mouflon à manchettes, et il a aussi beaucoup d'analogie avec 
YOvibos (2). Chez le Bubale, les cornes sont également insérées au 
sommet d'une protubérance frontale ; celle-ci est rejetée beaucoup 
plus en arrière, et le pariétal, qui reste toujours bien distinct entre le 
coronal et l'occipital, monte presque verticalement depuis la crête 
occipitale jusqu'à la base des cornes, au lieu d'être brusquement coudé 
comme chez l'animal dont l'étude nous occupe ici. Au premier abord, 
on pourrait croire que la conformation de cette partie supérieure du 
crâne serait analogue à celle du sinciput des Antilopes gnous ; mais, en 
examinant les choses de près, on trouve que ces derniers animaux, 
sans avoir les formes aussi lourdes que le Budorcas, ressemblent davan- 
tage aux espèces bovines, car la table externe du frontal chevauche 
sur les pariétaux de façon à cacher cet os et à s'étendre jusqu'à la 
crête occipitale. On voit donc que les transitions de la forme bovine au 
mode d'organisation des Antilopes ordinaires sont non moins graduelles 
pour la boite crânienne que pour l'axe osseux des cornes, et que la 
ligne de démarcation entre les groupes zoologiques constitués par les 
deux types réalisés, d'un côté par le Bœuf proprement dit, de l'autre 
côté par les Gazelles, est moins nettement tracée que ne le supposait 
Cuvier. 

(1) Voyez pi. LXXV. 

(2) Voyez Ricbardson, Fos$il Mammalia in the Zoology of the Herald, pi. IV, fig. 1. 



372 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

J'ajouterai que, par la conformation du front et la disposition des 
orbites, dont les bords sont très-saillants, le Buclorcas ressemble aussi 
beaucoup au Bœuf musqué, ou Ovibos (1). Il y a cependant des diffé- 
rences notables : ainsi la partie supérieure du front est étroite et très- 
concave ; la partie interorbitaire, au contraire, est fort large et un peu 
bombée. 

La courbure du chanfrein commence au niveau des trous sourci- 
liers et devient très-forte antérieurement. Chez la femelle, le nez est 
encore plus busqué que chez le mâle. Les os nasaux sont courts, très- 
élargis vers le milieu de leur longueur et profondément engagés entre 
les prolongements latéro-antérieurs des frontaux (2). 

Les os lacrymaux sont remarquablement grands, et, de même que 
chez les Bœufs, s'articulent directement avec les frontaux, sans laisser 
sur les côtés de la base du nez des hiatus comme chez les Antilopes. 
La branche montante de l'os maxillaire est au contraire très-étroite, 
et son bord supérieur s'élève beaucoup plus haut que ne le fait l'os 
intermaxillaire. 

L'ouverture des fosses nasales est extrêmement grande et très- 
oblique (3). Cependant la portion antérieure de la face située au devant 
des molaires est courte ; sa région palatine n'est pas élargie comme chez 
le Bœuf, et présente le même mode de conformation que chez les 
Antilopes (h). 

Enfin les fosses temporales sont à peine voûtées en dessus, dans 
le voisinage de l'orbite, et leur partie supérieure est complètement 
ouverte en arrière des cornes, disposition qui est ordinairement celle 
des Antilopes, mais qui n'existe ni chez les Bœufs, ni chez les Gnous. 

Les dents molaires du Buclorcas ressemblent plus à celles des 
Chèvres et des Mouflons qu'à celles des Bœufs et des Antilopes, car 

(4) Richardson, op. cit., pi. IV, fig. 1. 

(2) Voyez pi. LXXV1I. 

(3) Voyez pi. I.XXV. 

(4) Voyez pi. LXXVIII. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 373 

elles sont très-étroites transversalement, mais elles sont très-longues, 
et elles s'enfoncent très-profondément dans leurs alvéoles avant de se 
diviser en branches radiculaires. 

Les membres, ainsi que je l'ai déjà dit, sont remarquablement 
forts, et leurs os sont facilement reconnaissables de ceux de tous les 
autres représentants du môme groupe. 

Le cubitus, sans être aussi robuste que l'est celui de l'Ami, est 
beaucoup plus fort que celui du Gnou ; sa portion olécrânienne est 
épaisse, et la portion moyenne de l'os ne devient pas grêle comme chez 
ce dernier Ruminant. Le radius est également très-gros; mais c'est 
surtout l'os canon dont le développement est remarquable : il est 
encore plus trapu que celui de l'Ami, et la trace de la séparation 
primordiale entre les deux métacarpiens principaux persiste très- 
longtemps. A la partie supérieure et en arrière, se voient deux petits 
stylets osseux représentant les doigts latéraux (1). 

Le fémur, comparé à celui de l'Ami, est moins robuste, mais il 
lui ressemble beaucoup par son mode de conformation, tandis qu'il se 
distingue davantage du fémur du Gnou, dont la tête articulaire est 
petite, le corps de grosseur médiocre et les condyles peu renflés. La 
rotule est très-grosse, et le tibia fort robuste, sans être cependant 
aussi élargi à son extrémité supérieure que l'est le tibia de l'Ami. 

L'os canon est beaucoup plus court, mais non moins large que 
celui de l'Ami, et sa face antérieure est à peine sillonnée ; il est d'ail- 
leurs remarquable par l'existence de vestiges d'une paire de doigts 
latéraux soudés latéralement à son extrémité supérieure ('2) ; le méta- 
tarsien accessoire est peu distinct du côté interne, mais celui du côté 
externe est très-bien caractérisé. 

Dans le très-jeune âge, le crâne ne présente aucune des particula- 
rités qui rendent cette partie du squelette si remarquable chez l'adulte. 

(<) Voyez pi. LXXIX, fig. 4 à 6. 
(2) Voyez pi. LXXIX, fig. 7 à 9. 



374 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

Les os frontaux ne se prolongent que peu sur le sinciput et ne che- 
vauchent pas sur les pariétaux, qui, déjà soudés entre eux sur la 
ligne médiane, sont très-grands et embrassent postérieurement un 
grand os épactal. 

A cette époque de la vie, le Budorcas du Moupin ressemble à un 
petit Veau dont le poil serait long et un peu laineux (1). Il est partout 
d'un brun roux plus ou moins foncé qui tire au noir le long de la ligne 
rachidienne, sur les joues, sur le dessous du corps et aux pattes. Ses 
formes sont non moins lourdes que celles de l'adulte, et ses cornes 
commencent à pousser de bonne heure. En avançant en âge, son pelage 
s'éclaircit et devient en grande partie jaunâtre comme chez l'adulte, 
mais la couleur d'un brun roussâtre persiste pendant longtemps sur le 
devant du garrot et sur la région pelvienne. 

La femelle à l'état adulte a le pelage plus pâle et plus grisâtre que 
chez le mâle; mais aucun des individus envoyés au Muséum par 
M. A. David ne présente le mode de coloration propre au Budorcas 
des parties moins septentrionales des montagnes himalayennes. 
Hodgson nous dit que le pelage de cet animal est mélangé de tons 
jaunâtres, comme chez le Blaireau. L'individu conservé dans la collec- 
tion zoologique du Musée Britannique présente la même teinte grise, et 
l'animal dont M. Gray a donné une figure coloriée est ardoisé, au lieu 
d'être, comme celui du Moupin, jaune roussâtre. 

Si les figures de la tête osseuse publiées par Hodgson sont 
exactes, il y aurait aussi quelques différences dans la forme des cornes 
chez le Takin de Mishmis et le Budorcas de Moupin. Faut-il, à raison de 
ces particularités, considérer ces animaux comme représentant deux 
espèces : le Budorcas taxicola de Hodgson, et le Budorcas auquel l'épi- 
thète de tibetanus conviendrait mieux? Dans l'état actuel de nos con- 
naissances, une distinction ne me paraîtrait pas suffisamment motivée, 

(1) Voyez pi. LXXIV. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 375 

et j'incline à croire qu'il n'y a là que deux variétés ou races locales 
d'une seule et même espèce. J'appellerai donc l'animal dont je viens 
de faire l'étude, le Budorcas taxkola var. tibetana. 

Les habitants du Moupin le distinguent sous le nom de Ye-mou. 
D'après les renseignements qu'ils ont donnés à M. l'abbé David, cette 
espèce vit sur les pentes les plus rapides et les plus boisées des très- 
hautes montagnes. Le Budorcas ne s'en éloigne que pour pâturer la nuit. 
En hiver, quand toutes ces montagnes sont couvertes de neige, il monte 
sur les sommités déboisées et très-élevées, où la neige ne tombe jamais 
dans cette saison, et où il trouve en abondance de longues herbes sèches 
sur les pentes exposées au soleil, qui a fait fondre les neiges tombées 
en été et en automne. 

Le Budorcas paraît assez commun sur toutes les grandes mon- 
tagnes du Tibet oriental ; il s'étend jusqu'à celles du Sé-tchouan occi- 
dental. Il vit généralemet isolé ou en petites troupes. Cependant il 
paraîtrait qu'au mois de juin on le rencontre en troupes nombreuses. 

Ses cornes fortes et pointues le font redouter des chasseurs, qui 
préfèrent le prendre au piège que de le chasser au fusil. 

Le cri du Budorcas est un sourd beuglement très -profond ; il 
souffle fortement du nez lorsqu'il est effrayé. Ses excréments sont durs 
et arrondis comme ceux des Moutons ou des Chèvres, et non pas 
diffluents comme chez les Bœufs. 

Voici les principales mesures propres à faire connaître les propor- 
tions des diverses parties du corps de ce Ruminant remarquable. Elles 
ont été prises sur un individu mâle adulte, mais jeune encore, puisque 
les épiphyses des os longs n'étaient pas encore complètement soudées 
à la diaphyse. 

Longueur totale mesurée de l'extrémité du mufle à la base de la queue en ra . 

suivant les courbures de la tête, du cou et du dos 2,13 

Longueur du tronc mesuré en ligne directe du poitrail à l'anus l,lfi 

Hauteur au garrot 1,02 

Distance de la face inférieure du thorax au sol 0,44 



376 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

Longueur des oreilles 0,11 

Circonférence des cornes à leur base 0,22 

Longueur des cornes mesurées en suivant la courbure de leur face anté- 
rieure 0,48 

Envergure à leur extrémité 0,33 

Maximum de la largeur mesurée entre les faces externes des cornes 0,41 

Longueur maximum de la tête osseuse (au niveau de la croie occipitale). . . 0,40 
Distance entre le bord antérieur de la mâchoire supérieure et le bord anté- 
rieur du trou occipital 0,35 

Longueur de la face (jusqu'au bord postérieur de l'orbite) 0,29 

Longueur du museau jusqu'au bord antérieur de la rangée alvéolaire 0,10 

Longueur de l'ouverture nasale mesurée du bord antérieur des intermaxil- 

laires à l'extrémité antérieure de la suture maxillo-nasale 0,181 

Longueur de celte rangée 0,120 

Largeur maximum de l'occiput 0,118 

Largeur maximum du ciàne dans la région temporale 0,093 

Largeur du front au devant de la base des cornes 0,119 

Largeur du front au devant de l'angle orbitaire postérieur 0,117 

Largeur maximum des os nasaux 0,058 

Largeur maximum de la face mesurée au-dessus de la quatrième molaire. 0,130 

Hauteur du chanfrein au-dessus du niveau du bord alvéolaire 0,1 43 

Hauteur de la protubérance frontale au-dessus de l'os basilaire mesurée sur 

la ligne médiane 0,107 

Hauteur maximum de l'axe osseux des cornes au-dessus du même plan. . . 0,200 

Longueur de I'humérus 0,315 

Diamètre transversal de l'extrémilé supérieure de cet os 0,101 

Épaisseur de la grosse lubérosité 0,033 

Diamètre minimum de la diaphyse 0,036 

Longueur de l'extrémité inférieure de l'humérus 0,069 

Longueur du radius 0,275 

Longueur de l'extrémité supérieure du radius 0,061 

Largeur de son extrémité inférieure 0,058 

Longueur du cubitus 0,365 

Longueur de l'os canon antérieur 0,103 

Largeur minimum 0,044 

Largeur maximum 0,065 

Épaisseur minimum 0,020 

Longueur du fémur 0,335 

Diamètre transversal de son extrémité supérieure 0,095 

Diamètre maximum de la diaphyse 0,031 

Diamètre transversal de l'extrémité inférieure 0,081 

Diamètre antéro-postérieur de la même partie 0,083 

Longueur du canon postérieur 0,151 

Diamètre transversal minimum 0,033 

Diamètre transversal maximum 0,056 

En résumé, les Budorcas me paraissent former un genre qui parti- 
cipe des caractères des Antilopes proprement dites, des Mouflons, des 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 377 

Chèvres et des Bœufs, mais qui est plus voisin de la famille des Anti- 
lopes et de celle des Mouflons que d'aucun autre groupe naturel de 
l'ordre des Ruminants. Par conséquent, je ne saurais adopter, en ce 
qui le concerne, le système de classification employé par M. Gray, 
système d'après lequel les Budorcas prendraient place dans la famille 
des Bovidœ. 

§ 30. — GENRE SUS. 

SUS MOUPINEXSIS. 

'.Voyez pi. LXXX et IAXXI.) 
Alphonse Milne Edwards, Nouvelles Archives du Muséum, 1871, t. VII, Bulletin, p. 93, 

Par sa taille, ce Sanglier égale presque celui de nos forêts ; il 
ressemble aussi à celui-ci par son pelage, mais il en diffère beaucoup 
par la conformation de sa tête osseuse. Le front est large et remarqua- 
blement bombé ; au lieu de former avec la face et le sinciput une ligne 
presque droite, il est fortement courbé d'avant en arriére, aussi bien 
que transversalement. 

La portion pariétale du sinciput comprise entre les crêtes tempo- 
rales est très-large. L'angle postérieur de l'orbite descend beaucoup. 
Le sillon fronto-nasal qui part du trou sourciller est très-courbe, et les 
portions antéro-latérales du front limitées en dedans par ce sillon sont 
renflées en forme d'amande. La fosse jugale, située au devant des 
trous lacrymaux, est profonde. 

Les défenses sont longues et très-saillantes en dehors des lèvres. 
Les alvéoles des canines supérieures se prolongent latéralement, comme 
d'ordinaire, en forme d'ailes, et sont surmontés d'une gouttière pro- 
fonde, limitée en dehors par une crête trôs-élevée ; mais leur bord 
supérieur ne se relève pas de façon a donner naissance a une seconde 

gouttière longitudinale. La voûte palatine est étroite, et ses bords 

ù8 



378 MAMMIFÈRES DU TIBET. 

latéraux sont droits et presque parallèles. Enfin, les protubérances 
formées de chaque côté de la surface basilaire sont remarquablement 
grosses. 

Le pelage est partout à peu près de la même couleur. Les poils, 
longs, roides et très-inégaux, sont d'un brun noir très-foncé, soit dans 
toute leur longueur, soit dans leur portion moyenne et basilaire; leur 
extrémité devient d'un brun jaunâtre beaucoup plus pâle. La première 
de ces dispositions existe sur les pattes, le dessous du corps et du cou, 
ainsi que sur la face; la seconde domine à divers degrés sur le dessus 
du corps et du crâne, de façon à donner à ces parties une apparence 
plus ou moins panachée. 

Il n'y a pas de parties blanches, soit sur les joues, soit sur le 
devant du cou, soit sur d'autres régions. 

Les joues sont dépourvues de protubérances. 

Les oreilles sont petites et très-poilues. 

La tête osseuse m'a fourni les mesures suivantes : 



Longueur de la tête 0,392 

Longueur de la face mesurée du bord antérieur de l'orbite au bord anté- 
rieur de l'os incisif 0,248 

Largeur de la tête aux angles postérieurs des orbites 0,112 

Largeur minimum du sinciput 52 

Longueur de la rangée des molaires 0,115 

Longueur du palais entre les molaires de la quatrième paire 0,052 

Hauteur maximum de la tête, mesurée verticalement du sommet du sin- 
ciput au plan passant par le bord inférieur de la mâchoire inférieure. . 0,225 



Cet ensemble de caractères distingue le Sus moupinensis non-seule- 
ment du Sus Scrofa, mais aussi des nombreux Sangliers asiatiques qui 
ont été décrits sous les noms de Sus crislatus (1), S. leucomystax (2), 

(1) Wagner, Munchen get Anzeig, 1839, p. 535. — Sus indicus, Cantor, Journal of the 
AsiaticSoc. of Bengal, t. XV, p. 261. 

(2) Temminck, Fauna japonica, Mammalia, pi. XX. 



MAMMIFÈRES DU TIBET. 379 

S. adamanensis (1), S. taivanus (2), S. barbahis (3), S. vittatus (4), S. cib- 
fensis(o), S. timorenis (6), S. verrucosus (7). 

Je serais assez porté à penser que ces animaux constituent des 
races locales ou espèces secondaires issues d'une souche commune 
plutôt que des espèces proprement dites ; mais, pour résoudre la ques- 
tion, il faudrait pouvoir comparer la tête osseuse et les autres parties 
du squelette chez un grand nombre d'individus appartenant à chacune 
de ces variétés, afin de déterminer le degré de fixité des caractères 
employés par les zoologistes pour les distinguer entre elles; et ces 
objets d'étude manquent dans nos musées européens. 



(1) Blyth, voyez Gray, Catalogue of Camivorous, Pachydermalous and Edentala Mam- 
malia, 1869, p. 336. 

(2) Swinhoe, Proceed. Zool. Sec, 1864, p. 383, et 1870, p. 641, fig. 3 et 4. 

(3) Salomon Mùller et Schlegel, Naluualijke Geschiedenis der Nederlandsche overseische 
Bezitlungen, Zoologie, p. 173, pi. XXX. 

(4) S. Mùller et Schlegel, loc. cit., p. 173, pi. XXIX. 

(5) S. Millier et Schlegel, loc. cit., p. 172, pi. XXVIII bis. 

(6) S. Millier et Schlegel, loc. cit., pi. XXX. 

(7) S. Mùller et Schlegel, loc. cit., p. 172, pi. XXVIII et pi. XXXI, fig. 1-4. 



OBSERVATIONS GÉNÉRALES 



Les animaux que je viens de décrire ne sont pas les seuls Mammi- 
fères qui habitent le Moupin et les parties adjacentes du massif central 
de l'Asie ou région himalayenne, et qui contribuent à donner à sa faune 
un caractère particulier. 

Ainsi le Panda éclatant, ou Aihinis refulgens (1). qui est le seul 
représentant de l'un des genres les plus remarquables de l'ordre des 
Carnassiers, se trouve sur le versant nord aussi bien que sur le versant 
méridional de ce groupe de montagnes, mais ne se montre sur aucun 
autre point de la surface du globe. 

L'Ursits tibetanus s'étend du nord de l'Inde jusque dans le Tibet 
chinois. M. l'abbé David l'a trouvé dans le Moupin, et les chasseurs lui 
ont affirmé que ces animaux existent dans d'autres parties de la même 
région. On y rencontre aussi le Tigre, qui habite non-seulement le sud- 
e.U de l'Asie, mais s'avance très-loin au nord-est de ce grand continent, 
Un autre Félin de forte taille, dont les chasseurs du Moupin ont parlé 
à M. l'abbé David, mais sans pouvoir lui en apporter la dépouille, est 
probablement l'Once, car il a le pelage tacheté et grisâtre. Les Pan- 
thères paraissent ne pas y être rares ; cependant le Muséum n'en a reçu 
aucun exemplaire venant de cette contrée, et par conséquent je ne 
puis rien dire relativement à leurs caractères spécifiques. 

(1) Fr. Cuvicr, Histoire naturelle des Mammifères, pi. CC III. 



OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 331 

Les Carnassiers du genre Paradoxure, groupe qui est propre à la 
région asiatique méridionale, sont représentés dans le Moupin par le 
Paguma larvata, espèce qui habite la Chine et l'ile de Formose, peut- 
être aussi le Népaul. 

Enfin, on trouve également clans ces montagnes le Viverra Zibctha, 
qui est répandu dans l'Inde, la Cochinchine et le sud de la Chine. 

Les Yaks, ou Bos gnamiens, vivent dans cette partie du Tibet aussi 
bien que dans les parties adjacentes de l'Asie centrale; mais c'est 
à l'état domestique seulement que M. l'abbé David a vu ces animaux 
dans les montagnes du Moupin. De grands Cerfs habitent également 
cette contrée, mais nous ne les connaissons que par les récits des 
chasseurs. Les Porte-musc n'y sont pas rares, et tous ces animaux 
appartiennent aux races concolores, désignées sous le nom de Moschus 
chrysogasler et de M. leucogaster ; les races à pelage tacheté qui se trouvent 
plus au nord n'y ont pas été observées. Je citerai aussi, parmi les Mam- 
mifères du Moupin . le Sciurus Mac Clellandi, qui habite également le nord 
de l'Inde, le midi de la Chine et l'île de Formose. 

En résumé, nous voyons que la faune mammalienne du Moupin 
se compose de trois sortes d'animaux : 

1° D'espèces dont le type générique n'est réalisé que dans la 
région tibétaine. 

2° D'espèces dérivées des types génériques ou sous-génériques 
propres à la partie méridionale et orientale de l'Asie, et aux îles adja- 
centes, et représentées avec des modifications légères sur divers points 
de cette partie du globe, mais inconnues dans les pays très-éloignés 
du massif himalayen. 

3° D'espèces appartenant à des genres occupant une aire géogra- 
phique tellement étendue, qu'on peut les considérer comme étant 
presque cosmopolites. 

La première catégorie comprend YAihtropus, VAilurus, le Neclogale, 
le Scaptonyx, le Budovcas etYElaphodus. Le genre Uropsilus appartient 



382 OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 

également en propre au Moupin , mais il ne caractérise pas au 
même degré que les genres précédents la faune tibétaine, car il a 
beaucoup d'affinités avec les Urotrichus du Japon et de l'Amérique 
septentrionale. 

Parmi les types zoologiques dont les principaux représentants sont 
spéciaux au Tibet, mais dont le mode d'organisation se retrouve chez 
des animaux qui habitent d'autres parties de l'Asie orientale, sans 
dépasser les limites de cette région, on doit citer en premier lieu le type 
Némorhédien. Effectivement nous avons vu que les Antilopes à formes 
caprines sont plus développées, plus variées, plus nombreuses dans 
le Moupin et sur le versant méridional du massif himalayen que par- 
tout ailleurs, mais qu'on les retrouve avec des formes un peu diffé- 
rentes, d'une part vers le nord-est de la Chine, à Formose, et dans la 
Sibérie orientale et au Japon, d'autre part vers l'ouest, dans l'Afgha- 
nistan, et enfin vers le sud-est, jusque dans l'île de Sumatra. La région 
tibétaine semble être en quelque sorte le quartier général de ce groupe 
de Mammifères dont quelques membres se sont répandus dans les pays 
circonvoisins, mais sans s'étendre jusque vers l'Asie occidentale, ni 
avoir passé dans le nouveau monde. Je rappellerai aussi que les Némo- 
rhèdes du Japon et de Formose, de même que ceux de Sumatra, diffè- 
rent de ceux du Tibet un peu plus que ceux du Moupin ne diffèrent de 
ceux du Népaul; mais que les particularités distinctives des représen- 
tants de ce groupe, dans chacune des contrées où ils habitent, n'ont 
que fort peu d'importance physiologique et ne paraissent pas être 
incompatibles avec une origine commune. J'incline donc à penser que 
tous ces animaux sont originaires du foyer zoogénique où sont nés les 
genres Budorcas, Elaphodus, Ailurus, Ailuropus, etc., et que peu à peu ils 
se sont étendus de la région tibétaine aux contrées circonvoisines,et que, 
sous l'influence des conditions biologiques différentes existant dans les 
localités où ils se sont établis de la sorte, ils ont subi des modifications 
légères à raison desquelles les zoologistes classificateurs les distinguent 



OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 383 

sous des noms différents. Pour le physiologiste, le Nœmorhedus crispus, 
le N. caudatas, le N. griseus et le N. cinereus ne constituent pas autant 
d'espèces distinctes, mais seulement des races locales d'une espèce 
primordiale unique. 

Le Nœmorhedus bubalinus de l'Inde ne serait qu'une race dégénérée 
du N. Edwardsii. 

Les considérations que je viens de présenter au sujet des Nemo- 
rhèdes sont également applicables au genre Porte-musc. Mais les 
membres de ce groupe zoologique ne se sont pas répandus aussi loin 
vers le sud et vers l'est; ils sont restés dans les parties montagneuses 
des pays qui avoisinent le Tibet, le nord de l'Inde, l'ouest de la Chine et 
la Sibérie, sans pénétrer dans les parties chaudes de l'Asie orientale. Ils 
varient entre eux suivant les pays qu'ils habitent, mais leurs caractères 
distinctifs sont probablement des particularités acquises et non des 
particularités primordiales ; en sorte qu'à mes yeux, ils ne constituent 
que diverses races locales appartenant à une seule et môme espèce 
physiologique. 

Le type mammalien, qui est réalisé par les Blaireaux, se trouve 
représenté d'une part dans le Moupin, d'autre part dans l'Assam et les 
autres parties adjacentes de l'Inde par les Arctoayx; mais ces animaux 
ne sont pas identiques au nord et au sud du massif himalayen, et, sui- 
vant qu'ils habitent l'une ou l'autre de ces régions, ils constituent les 
espèces secondaires ou races locales désignées sous les noms d'Arcto- 
nyx colîaris ou d'Arctonyx isonyx et d'Arctonyx obscums. Plus loin, vers 
le nord-est, dans la Mongolie chinoise, on rencontre aussi des animaux 
de ce genre, mais offrant d'autres caractères de valeur secondaire et 
distingués des précédents sous le nom d'Arctonyx leucolœmus. 

Le type dont dérivent les Pteromys, ou Ecureuils volants, compte 
aussi de nombreux représentants au Tibet et dans les pays adjacents 
du côté de l'est et du sud, mais ses dérivés ne sont pas limités à la 
région orientale de l'Asie comprenant l'Inde, la Chine et les îles de 



v 



384 OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 

la Sonde; on les retrouve à l'est de l'océan Pacifique, dans l'Amérique 
septentrionale, et cependant ils n'ont pénétré que peu en Europe et 
dans l'Asie occidentale, et ils sont restés exclus de l'Afrique, de l'Aus- 
tralie et l'Amérique méridionale. 

Les Lagomys, qui sont restés étrangers à l'Inde et au sud-est de 
l'Asie, mais sont répandus dans le nord, depuis le massif himalayen 
jusqu'en Sibérie et dans l'Amérique boréale, diffèrent si peu les uns des 
autres, qu'on peut les considérer comme issus également d'une souche 
commune; mais, dans l'état actuel de nos connaissances, il me paraît 
impossible d'avoir une opinion arrêtée au sujet de leur patrie origi- 
naire, car durant la période tertiaire ils existaient en Europe, et nous 
ne savons pas si, à la même époque, ils vivaient dans les parties cen- 
trales de l'Asie où ils habitent aujourd'hui. On peut donc se demander 
si les Lagomys du Tibet sont les descendants des individus venus du 
nord-est ou des produits de la création zoologique dont la région 
tibéto-indienne semble avoir été le siège. 

La même incertitude existe au sujet de la patrie originaire de 
quelques autres types mammaliens dont les représentants, légèrement 
diversifiés, suivant les contrées qu'ils habitent, vivent dans le Tibet, 
ainsi que dans beaucoup d'autres parties de l'hémisphère boréal, et 
constituent plusieurs races locales plus ou moins distinctes ou espèces 
secondaires. 

Il est probable que des échanges en sens inverse se sont effectués 
entre la faune primitive de la région tibétaine et les faunes originaires 
des contrées où d'autres foyers zoogéniques étaient situés, et il serait 
imprudent de hasarder des conjectures au sujet de la provenance de la 
plupart des genres qui aujourd'hui sont communs à l'Asie centrale et 
à d'autres parties du globe. 

Sans insister davantage sur des questions de cet ordre, je rappel- 
lerai cependant quelques traits de ressemblance qui existent entre la 
population zoologique de la région tibétaine et celles des régions cir- 



OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 385 

convoisines. Ces ressemblances sont généralement en raison inverse 
des distances à franchir pour aller par la voie de terre d'un foyer 
à l'autre. 

Ainsi c'est avec la faune indienne d'une part, et avec la faune 
chinoise et sibérienne d'autre part, que la faune tibétaine a le plus 
d'analogie. Le type simien, qui est si abondamment représenté dans 
l'Inde et les autres parties méridionales de l'Asie, se retrouve dans le 
Moupin, ainsi que dans les montagnes de l'ouest de la Chine, et c'est 
avec les Singes indiens que ceux du Tibet ont le plus d'analogie. L'un 
de ces animaux appartient au genre Macaque (1), groupe qui est très- 
répandu dans l'Asie méridionale et n'est pas étranger à la Chine, mais 
ne s'étend ni dans l'Asie occidentale, ni dans les autres parties de 
l'ancien continent. La seconde espèce, le Rhînopithécus, constitue un 
genre particulier ; mais il a plus d'analogie avec les Semnopithèques 
qu'avec aucun autre Simien, et les Semnopithèques, comme on sait, 
appartiennent exclusivement à la région indo-malaisienne. 

Les Cerfs du genre Muntjac, ou Cervulus, sont communs au Tibet 
et à la région indo-malaisienne; ils n'existent sur aucune autre 
partie du globe, et, de même que les Porte-musc, ils revêtent dans 
diverses contrées des particularités de minime importance, à raison 
desquelles ils sont inscrits sous plusieurs noms spécifiques dans les 
systèmes de classification. 

Parmi les Mammifères dont la présence dans le Moupin tend 
à affaiblir le caractère spécial de la faune tibétaine, parce qu'ils 
ne diffèrent que très-peu d'autres animaux réalisant les mêmes types 
génériques en Europe et en Amérique, aussi bien que dans la plus 
grande partie de l'Asie, je citerai divers Rongeurs, notamment les Rats 
et les Arvicoles, les Arclomys, quelques Insectivores, un petit nombre 
de Chiroptères, des Félins et des Renards. 

La faune mammalienne du Tibet , tout en possédant des types 

M) Le Macacut tibelanus. Voyez ci-dessus, page 241, pi. XXXIV. 

49 



386 OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 

spéciaux des plus remarquables, semble donc se relier d'une manière 
étroite aux faunes circonvoisines de l'Asie continentale ; elle paraît 
avoir des relations moins intimes tant avec la faune européenne 
qu'avec celle de la Malaisie, et ne pas être toujours séparée de la popu- 
lation zoologique des parties occidentales de Amérique septentrio- 
nale, mais n'avoir aucune connexion avec les faunes de l'Afrique 
méridionale et des autres terres de l'hémisphère sud. 

Ces faits ne sont pas sans intérêt pour l'étude générale de la dis- 
tribution géographique des êtres vivants; et lorsque les naturalistes 
chercheront à remonter aux origines de la population animale qui 
couvre aujourd'hui la surface de la terre, la comparaison de la faune 
tibétaine aux faunes des autres régions du globe les aidera peut-être 
à découvrir le siège de l'un des principaux foyers zoologiques dont 
les produits, en se multipliant par voie de génération, se sont peu 
à peu étendus au loin. Mais les investigations de cet ordre sont étran- 
gères à l'objet de ce Mémoire, et par conséquent je ne m'en occu- 
perai pas ici. 

En terminant ces travaux sur les Mammifères de la Chine et du 
Tibet, j'aimerais à insister de nouveau sur l'importance des services 
rendus à la zoologie par le savant explorateur dont les collections 
m'ont fourni tant d'objets d'étude; mais les éloges que je lui adresse- 
rais n'ajouteraient rien aux témoignages de haute estime qui lui ont déjà 
été accordés par des juges dont la voix a plus d'autorité que la mienne. 
Je me bornerai donc «à rappeler qu'en considération de ses services, 
l'Académie des sciences a décerné à M. l'abbé Armand David le titre 
de correspondant de l'Institut de France. 

Alph. MILNE EDWARDS. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES ESPECES ET DES GROUPES 



Ailuropoda melanoleucus, 321. 
Ailuropus (genre), 321. 
Ailuropus melanoleucus, 321. 
Ailurus refulgens, 380. 
Alactaga (genre), 147. 
Alactaga indica, 150. 
Amphibies, 60, 62. 
Anourosorex (genre), 259, 266. 
Anourosorex squamipes, 266. 
Antilope (genre), 186, 361. 
Antilope bubalina, 366. 

caudata, 18 j. 

cinerea, 368. 

crispa, 362. 

Edwardsii, 366. 

grisea, 361. 
Arctomys (genre), 309. 
Arctomys boibacinus, 311. 

caudatus, 312. 

hemacalanus, 313. 

himalayanus, 313. 

kamtcliaticus, 310. 

robuslus, 309. 
Arctonyx (sous-gehre), 195, 200, 338. 
Arctonvx collaris, 199, 338. 

iso*nyx, 200, 201. 

leucolœmus, 195, 338. 

obscurus, 200, 338. 
Arvicola (genre), 129, 286. 
Arvicola amuriensis, 130. 

Brandtii, 131. 

glareolus, 130. 

mandarinus, 129. 

melanogaster, 286. 

mongolicus, 131. 

Montebelli, 285. 

obscurus, 131. 

rufocanus, 131. 



Arvicola russatus, 131. 
rutilus, 130. 
saxatilis, 131. 



Bimanes, 60, 29, 62. 

Bos grutiniens, 381. 

Budorcas (genre), 367. 

Budorcas taxicola var. tibetana, 367. 



Camélidés, 37, 60, 62. 
Capricornis (genre), 187. 
Capricornis Milne Edwardsii, 366. 
Carnivores, 60, 30, 62. 
Cervulus (genre), 368. 
Cervulus cambodjensis, 369. 

lacrymans, 368. 

moschatus, 369. 

Reevesii, 369, 351. 

Sclateri, 352. 
Cervus (genre), 180. 
Cervus Alees, 181. 

Davidianus, 180. 

Elaphus, 183. 

mandarinus, 186. 

mantchuricus, 181, 185. 

pygargus, 180. 

xanthopygus, 181. 
Cétacés, 39, 62. 
Chiroptères, 60, 26, 62. 
Chœrodes, 66. 
Chœropsis, 66. 
Chœropsis liberiensis, 66. 
Citillus (genre), 156. 
Colobates mongolicus, 157. 
Cricelulus (genre), 133. 
Cricetulus griseus, 133. 



388 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES ESPÈCES ET DES GROUPES. 



Cricetulus longicaudatus, 136. 

obscurus, 136. 
Cricetus (genre), 135. 
Gricelus furunculus, 135- 

griseus, 135. 

isabellinus, 135. 

longicaudatus, 136. 

obscurus, 136. 
Crocidura (genre), 259, 263. 
Crocidura altenuala, 263. 



Dioplon (genre), 348. 
Dipus (genre), 146. 
Dipus Acontion, 149. 

annulatus, 149. 

aulacotis, 150. 

decumanus, 150. 

elater, 150. 

indicus, 152. 

jaculus, 149. 

minutus, 150. 

pygmaîus, 149. 

spiculum, 150. 

vexillarius, 150. 
Ditomeodon, 44. 



Édentés, 25, 38, 42. 
Elaphodus cephalophus, 353. 
Elaphodus (genre), 353. 
Elaphurus Davidianus, 180. 
Éléphants, 34, 40, 42. 



Felis (genre), 206, 341. 
Felis chinensis, 216. 

decolorala, 223. 

Fontanieri, 206. 

griseipectus, 227. 

Irbis, 213. 

javensis, 216. 

macroscelis, 206. 

Manul, 225. 

microlis, 221. 

minuLa, 222. 

nebulosa, 206. 

Pardus, 206. 

rubiginosa, 222. 

scripta, 341. 

tristis, 223. 

tulliana, 213. 

undala, 222. 



Gerbillus (genre), 139. 
Gerbillus Cuvieri, 141. 

erythrurus, 141. 

indicus, 141. 

meridianus, 141. 

opimus, 141. 

otarius, 141. 

psammophilus, 144. 

tamarinus, 141. 

unguiculatus, 142. 
Gerboise (genre), 146. 



Hématogenètes, 23, 30, 40, 42. 
Hemitragus (genre), 147. 
Hippopotame de Libéria, 43. 
Hippopotaraus amphibius, 53. 

liberiensis, 44. 

ininor, 44. 
Hvdropotes inermis, 354. 
Hyracidés, 24, 31, 40, 42. 
Hyraciens, 24, 31,40, 42. 
Hyrax, 31. 



Insectivores, 40, 26, 42. 



Jaculus (genre), 147. 
Jaculus annulatus, 149. 



Renias (genre), 174. 



Lagomys (genre), 314. 
Lagomys alpinus, 315. 

Curzoniœ, 316. 

Hodgsoni, 316. 

hyperboreus, 315. 

nepalensis, 316. 

ogotona, 315. 

pusillus, 315. 

Roylei, 316. 

rufescens, 316. 

tibetanus, 314. 
Leopardus brachyurus, 206. 

chinensis, 210, 216. 

japonensis, 211. 

Reevesii, 216. 



Macacus (genre), 227, 244. 
Macacus arctoides, 246. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES ESPÈCES ET DES GROUPES. 



389 



Macacus lasiotis, 229. 

tcheliensis, 227. 

tibetanus, 244. 
Macroxus griseopectus, 305. 
Mammifères normaux, 40, 42. 

pisciformes, 42. 
Marsupiaux, 42. 

Mégallantoïdiens, 25, 35, 40, 42. 
Meîes (genre), 190, 200, 338. 
Mêles chinensis, 190. 

leptorhynchus, 190. 

leucolœmus, 195. 
Mésallantoïdés, 24, 30, 40, 42. 
Micrallantoïdés, 24, 40, 42. 
Monon-Zocor, 118. 
Monotrèmes, 42. 
Moschus (genre), 176. 
Moschus chrysogaster, 179. 

leucogaster, 178. 

mosehiferus, 176. 

sibiricus, 177. 
Muntjacus (genre), 348. 
Murina (genre), 250. 
Murina aurata, 250. 

leucogaster, 252. 
Mus (genre, 137, 286. 
Mus Aspalax, 73. 

citillus, 154. 

Chevrieri, 288. 

Confueianus, 286. 

flavipectus, 289. 

Germani, 289. 

griseipectus, 290. 

humiliatus, 137. 

longipes, 141. 

Myospalax, 72, 118. 

Ouang-Thomœ, 290. 

plumbeus, 138. 

pygmœus, 291. 

talpinus, 73. 

typhlus, 74. 
Mustela alpina, 345. 

altaica, 205. 

Itatsi, 343. 

sibirica, 344. 



Nœmorhedus (sous- genre), 187. 
Na-rnorhedus bubalinus, 365. 

caudatus, 188. 

cinereus, 362. 

Edwardsii, 364. 

G oral, 365. 

griseus, 361. 



Nectogale (genre), 259, 266. 
Nectogale elegans, 266. 
Nyctoleptes Dekan, 294. 

Otospermophiles, 156. 
Ovis (genre), 357. 
Ovis Burrbal, 359. 

Nahoor, 357. 

Vignei, 359. 

Pachydermes bisulques, 40, 42. 
Pachydermes solidongulés, 40, 42. 
Paguma larvata, 381. 
Pecora, 37, 42. 
Pécoridés, 37, 40. 
Périssodactyles, 38, 40. 
Pinnés, 40. 
Plébéiates, 29, 40. 
Proboscidés, 24, 40. 
Proboscidiens, 24, 50, 42. 
Prox (genre), 348. 
Primates, 29, 40. 
Pseudois (genre), 357. 
Pteromys (genre), 167, 298. 
Pteromys albo-rufus, 298. 

grandis, 1 70. 

inornatus, 169. 

magnificus, 170. 

melanopterus, 168, 301. 

xanthipes, 171. 

xanthotis, 301. 
Putorius (genre), 205, 343. 
Putorius alpinus, 345. 

astutus, 345. 

Davidianus, 343. 

Fontanieri, 205. 

moupinensis, 347. 

Quadrumanes, 40, 26, 29, 42. 

Rhinolophus (genre), 248. 
Rhinolophus larvatus, 248. 
Rhinopithecus (genre), 233. 
Rhinopithecus Roxellanœ, 233. 
Rhizomys (genre), 292. 
Rhizomys badius, 294. 

cinereus, 295. 

Dekan, 295. 

minor, 295. 

sinensis, 293. 

vestilus, 292. 
Rongeurs, 40, 26, 42. 



390 TABLE ALPHABÉTIQUE DES ESPÈCES ET DES GROU ES. 

Ruminants ordinaires, 37, 40. Sus moupinensis, 377. 



Scaptochirus (genre), 173. 
Scaptochirus moschatus, 173. 
Scaptonyx (genre), 278. 
Scaptonyx fusicaudatus, 278. 
Scirtetes (genre), 147. 
Sciurus (genre), 160, 302. 
Sciurus Barlei, 208. 

castaneoventris, 306. 

chinensis, 307. 

consobrinus, 305. 

Davidianus, 160. 

erythreus, 307. 

erythrogaster, 306. 

griseopectus, 305. 

Lys, 308. 

M'Clellandi, 308. 

Pernyi, 302. 

trilineatus, 308. 

vulgaris, 307. 
Semnopithecus Roxellanœ, 233. 
Siphné (genre), 71. 
Siphneus Armandii, 119, 120, 128. 

Fontanieri, 119, 122, 128. 

Myospalax, 74, 128. 

psilurus, 119, 126, 128. 
Sirénides, 39, 42. 
Sorex (genre), 255. 
Sorex cylindricauda, 260. 

quadraticauda, 261. 
Spalax, 74. 

Spalax microphthalmus, 72. 
Spermophile (genre), 154. 
Spermophiles colobates, 156. 
Spermophilus mongolicus, 157. 
Stylocerus (genre), 348. 
Sus (genre), 377. 



Talpa (genre), 281. 
Talpa europaea, 178. 

insularis, 282. . 

longirostris, 281. 

Wogura, 281. 
Tamias Davidianus, 160. 
Tigre, 206. 
Tragulidés, 37, 40, 42. 



Uropsilus (genre), 272. 
Uropsilus soricipes, 272. 
Urotragus caudatus, 361. 
Ursus melanoleucus, 321. 
tibetanus, 380. 



Vespertilio (genre), 253. 
Vespertilio chinensis, 254. 

Davidii, 253. 

flmbriatus, 253. 

laniger, 253. 

moupinensis, 253. 

rufo-niger, 254. 
Vesperugo Akakomuli, 253. 

imbricatus, 254. 

molossus, 254. 

Pipistrellus, 254. 

pulverulentus, 253. 

pumiloides, 254. 

serotinus, 253. 
Viverra Zibetba, 381. 



Zemmi, 74. 
Zocors, 72. 



FIN DE LA TABLE ALPHABETIQUE DES ESPECES ET DES GROUPES 



TABLE DES MATIÈRES 



Considérations sur les affinités naturelles et la classification méthodique 

des Mammifères, par M. H. Milne Edwards 1 

Observations sur l'Hippopotame de Libéria, par M. Alph. Milne Edwards. . 43 

Études pour servir a l'histoire de la Faune mammalogique de la Ciiine, par 

M. Alph. Milne Edwards 67 

§ 2. Genre Siphneus 71 

Du squelette 79 

De l'appareil musculaire 93 

De la splanchnologie 116 

Des espèces qui composent le genre Siphné 118 

Siphneus Armandi 120 

Siphneus Fontanieri 122 

Siphneus psilurus 126 

§ 3. Genre Arvicola 129 

Arvicola mandarinus ib. 

§ 4. Genre Cricetus 132 

Cricetus [Cricelulus) griseus 133 

Cricetus {Cricetulus) obscurus 136 

Cricetus {Cricetulus) longicaudatus ib. 

§ 5. Genre Mus 137 

Mus humiliatus ib. 

Mus plumbeus 138 

§ 6. Genre Gerbillus 139 

Gerbillus unguiculatus. 142 

Gerbillus psammophilus 144 

§ 7. Genre Dipcs 146 

Dipus (Jaculus) annulatus 149 

§ 8. Genre Spermophilus 154 

Spermophilus (Colobutes) mongolicus 157 



392 TABLE DES MATIÈRES. 

§ 9. Genre Sciurus ICO 

Sciurus (Tamias) Davidianus ib. 

§ 10. Genre Pteromys 167 

Pteromys melanopterus 168 

Pteromys xanthipes 171 

§ 11. Genre Scaptochirus 173 

Scaptocliirus moschatus ib. 

§ 12. Genre Moscnus 176 

Moschus moschiferus ib. 

§ 13. Genre Cervus 180 

Cervus xanthopygus 181 

Cervus mandarinus 184 

§ 14. Genre Antilope 186 

Antilope caudata ib. 

§ 15. Genre Mêles 191 

Mêles leptorhynchus ib. 

Mêles {Arctonyx) leucolœmus 195 

§ 16. Genre Putorius 205 

Putorius Fontanieri ib. 

§ 17. Genre Felis 206 

Felis Fontanieri 208 

Felis Irbis 213 

Felis chinensis 216 

Felis macrotis 221 

Felis tristis 223 

Felis Manul 225 

§ 18. Genre Macacus 227 

Macacus tcheliensis ib. 

MÉMOIRE SUR LA FAUNE MAMMALOGIQUE DU TlBET ORIENTAL, ET PRINCIPALEMENT 

de la principauté de Moupin, par M. Alph. Milne Edwards 231 

§ 2. Genre Rhinopithecus 233 

Rhinopithccus Roxellanœ ib. 

§ 3. Genre Macacus '2hh 

Macacus tibetanus ib. 

§ k. Genre Rhinolophus 248 

Bhinolophus larvatus ib. 

§ 5. Genre Murina . . . 250 

Marina aurata ib. 

Murina leucogaster 252 



TABLE DES MATIÈRES. 393 

§ 6. Genre Vespertilio 253 

Vespertilio moupinensis ib. 

% 7. Genre Sorex 255 

Sorex cylindricauda 260 

Sorex quadraticaudn 261 

§ 8. Genre Crocidura 263 

Crocidura attemtata ib. 

§ 9. Genre Axoirosorex 261 

Anourosorex squamipes ib. 

g 10. Genre Nectogale 266 

Nectogale elegans ib. 

§ 11. Genre Uropsilus 272 

Uropsilus soricipes ib. 

§ 12. Genre Scaptontx 278 

Scaptonyx fusicaudatits ib. 

§ 13. Genre Talpa 281 

Talpa longirostris ib. 

§ \k. Genre Arvicola 28& 

Arvicola melanogaster ib. 

§ 15. Genre Mes 286 

Mus Confucianus ib. 

Mus Chevrieri 288 

Mus flavipectus 289 

Mus griseipectus . , • 290 

Mus Ouang-Thomœ ib. 

Muspygmœus 291 

§ 16. Genre Rhizouts 292 

Rhizomys vestitus ib. 

§ 17. Genre Pteromys 298 

Pleromys alborufus ib. 

§ 18. Genre Sciurds 302 

Sciurus Pernyi. ib. 

Sciurus Mat-Clellandii. . 308 

§ 19. Genre Arctomys 309 

Arclomys robustus ib. 

§ 20. Genre Lagomts 314 

Lagomys tibetanus ib. 

§ 21. Genre Aiixropus 321 

A iluropus melanoleucus ib. 

§ 22. Genre Arctonyx 338 

Arctonyx obscurus . ib. 

50 



39ZI TABLE DES MATIÈRES. 

§ 23. Genre Felis 341 

Felis sctipta ib. 

§ 24. Genre Putorius 343 

Putorius Davidianus . ib. 

Putorius astulus 345 

Putorius moupinensis 347 

§ 25. Genre Cervulus 348 

Cervulus lacrymans ib. 

26. Genre Elaphobus , 353 

Elaphodus cephalophus ib. 

§ 27. Genre Ovis 357 

Ovis Nahoor ib. 

§ 28. Genre Antilope „ 361 

Antilope (Nœmorhedvs) grisea ib. 

Antilope (Nœmorhedus) cinerea 362 

Antilope {Nœmorhedus) Edwardsii. . . 364 

29. Genre Buborcas 367 

Budorcas taxicola var. tibetana ib. 

§ 30. Genre Sus 377 

Sus moupinensis ib. 

Observations générales 380 

Table alphabétique des espèces et des groupes 387 



UN DE LA TABLE DES MATIERES 



PARIS. — IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 

















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